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Attention : Cet épisode de Code source a fait l’objet d’une modification le lundi 28 mars 2021. La version initiale, publiée sur YouTube le mercredi 23 mars comportait des inexactitudes concernant Yvan Colonna, mort le 21 mars 2022. L’enregistrement avait été effectué le 17 mars, avant que nous prenions connaissance de plusieurs éléments importants de cette affaire, et les éléments datés concernant Yvan Colonna ont échappé à notre vigilance lors de la finalisation de l’épisode.

Depuis 2017, les agents du Service national du renseignement pénitentiaire surveillent les détenus susceptibles de s’évader, de se radicaliser voire d’organiser des attentats depuis leur cellule. Sophie Stadler, journaliste au Parisien Week-End, vient de publier une enquête sur ce service méconnu. Pour Code source, elle raconte comment elle a eu accès à ces espions pas comme les autres.

Dans ce podcast : Profession : espions de prison, sous ce titre le Parisien Week-End a publié le vendredi 11 mars une enquête sur le Service National du Renseignement Pénitentiaire, service créé en 2017 en réaction aux attentats de 2015 et qui est très peu connu des Français. La journaliste qui a réalisé cette enquête Sophie Stadler est dans Code source aujourd'hui. Elle nous raconte comment elle a travaillé et ce qu'elle a appris sur ces agents secrets des prisons.
Vous échangez avec la chef de ce service d'abord par téléphone puis en la rencontrant au mois de janvier à Paris au siège du Service National du Renseignement Pénitentiaire c'est une discussion très franche. L'idée c'est vraiment de se dire ce que nous journalistes on veut obtenir comme informations, que l’on veut faire du terrain du reportage être vraiment auprès des agents. La directrice du Service National du Renseignement Pénitentiaire explique aussi quelles vont être les contraintes de sécurité et d'anonymat pour ces agents comme pour les détenus.
Sophie Stadler à ce stade du podcast il faut expliquer que le Service National du Renseignement Pénitentiaire a été créé en réaction aux attentats de 2015. Suite aux attentats
de Charlie Hebdo et L’hyper Casher notamment, l'idée c'est de renforcer les pouvoirs des services de renseignements, de tous les services de renseignement Français. La ministre
de la justice de l'époque Christiane Taubira vraiment œuvrer pour ça. Les surveillants de prison ont des informations mais ce qu'on ne fait pas c'est quel’on organise pas ces informations et surtout on ne les fait pas remonter à un niveau national…

Pour en savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/espionnage-comment-le-renseignement-infiltre-les-prisons-22-03-2022-FL67JYWKCBFP3OPW5RDW5IEYXM.php

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny, Thibault Lambert et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#espionnage #prison #renseignement

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Profession espion de prison.
00:15Sous ce titre, le Parisien Week-end a publié le vendredi 11 mars une enquête sur le service national du
00:22renseignement pénitentiaire.
00:23Service créé en 2017 en réaction aux attentats de 2015 et qui est très peu connu des Français.
00:30La journaliste qui a réalisé cette enquête, Sophie Stadler, est dans Codesources aujourd'hui.
00:35Elle nous raconte comment elle a travaillé et ce qu'elle a appris sur ses agents secrets des prisons.
00:44Sophie Stadler, comme dans chaque épisode où le ou la journaliste du Parisien est le fil rouge du podcast,
00:49on vous présente d'abord brièvement. Vous avez 44 ans et pour le Parisien Week-end, vous couvrez des sujets
00:55de société.
00:56En 2020, à l'approche du procès des attentats du 13 novembre 2015, vous avez eu une idée de sujet.
01:03Laquelle ?
01:04On cherchait une idée de sujet autour de la radicalisation et surtout on essayait de se demander comment ces détenus
01:12qui étaient condamnés,
01:14comment on allait les suivre à leur sortie de prison. Est-ce qu'on était sûrs qu'ils ne représentaient
01:18plus de danger ?
01:20Voilà, c'était ça la question de départ.
01:21Avec la rédaction du Parisien Week-end, vous pensez au départ faire une interview d'un gardien de prison
01:26qui serait au contact tous les jours des détenus radicalisés. Mais cette idée s'avère compliquée à réaliser.
01:33Ces surveillants de prison sont tenus à ce qu'on appelle le droit de réserve.
01:37Donc ils n'ont pas le droit de parler, encore moins aux journalistes. Je leur proposais à chaque fois un
01:42anonymat total.
01:44Mais c'était compliqué. Et puis surtout, je me suis aussi rendu compte que juste un témoignage,
01:49ça n'apportait pas de certitude sur ce que devenaient ces détenus à leur sortie de prison.
01:54Et au fil des semaines, vous comprenez qu'il y a finalement un autre sujet à faire ?
01:58Oui, en fait, j'interroge ces gardiens de prison, j'interroge les directeurs de prison en off à chaque fois.
02:04Finalement, je comprends qu'il y a peut-être un autre sujet à faire, c'est-à-dire qu'il
02:08y a des surveillances particulières des détenus les plus dangereux.
02:13Et du coup, je me dis que peut-être que c'est là qu'il y a plus une enquête
02:17à faire plutôt que de recueillir de simples témoignages.
02:20Et vous apprenez qu'il y a carrément un service national du renseignement pénitentiaire qui a été créé, c'est
02:25ça ?
02:25Oui, c'est ça. En fait, évidemment, je lis, je me documente.
02:28Mais de contact en contact, en fait, plus ça va et plus je grimpe un peu dans la hiérarchie du
02:33ministère de la Justice, du ministère de l'Intérieur.
02:36Et on me donne à chaque fois de nouveaux contacts.
02:38Et on me parle effectivement de la montée en puissance de ce service national du renseignement pénitentiaire
02:44et qui joue a priori un rôle capital dans la surveillance de ces détenus hyper dangereux.
02:52Et vous comptez bien faire du reportage, aller voir concrètement comment fonctionne ce service national du renseignement pénitentiaire.
03:01En clair, l'espionnage des détenus les plus sensibles. Qu'est-ce qu'on vous répond ?
03:04L'administration carcérale a déjà du mal à accepter les journalistes sur le terrain.
03:10Mais là, pour parler d'agents de renseignement, ça va être compliqué.
03:14Mais là, nous, au Parisien Week-end, on n'en démore pas.
03:17Ce qu'on veut, c'est du reportage et de l'enquête.
03:19Donc on veut du terrain, on ne veut pas faire un sujet institutionnel, froid, juste avec des interviews,
03:25mais sans jamais voir la vie ni des détenus ni des agents en prison.
03:29Donc on maintient ça, on veut absolument du reportage.
03:32Vous échangez avec la chef de ce service, d'abord par téléphone,
03:36puis en la rencontrant au mois de janvier à Paris, au siège du service national du renseignement pénitentiaire.
03:43C'est une discussion très franche.
03:45L'idée, c'est vraiment de se dire ce que nous, journalistes, on veut obtenir comme information,
03:50qu'on veut faire du terrain, du reportage, être vraiment auprès des agents.
03:54La directrice du service du renseignement pénitentiaire, Charlotte Emmerdinger,
03:58nous explique aussi quelles vont être les contraintes de sécurité et d'anonymat pour ces agents,
04:04comme pour les détenus.
04:05Sophie Stadler, à ce stade du podcast, il faut expliquer que le service national du renseignement pénitentiaire
04:11a été créé suite, en réaction, aux attentats de 2015. Rappelez-nous ça.
04:16Oui, suite aux attentats de Charlie Hebdo et de Pierre Cacher,
04:19notamment, l'idée, c'est de renforcer les pouvoirs des services de renseignement,
04:23de tous les services de renseignement français.
04:26Et donc, notamment la ministre de la Justice de l'époque, Christiane Taubira,
04:30a vraiment œuvré pour ça au départ.
04:32Les surveillants de prison ont des informations, mais ce qu'on ne fait pas,
04:36c'est qu'on n'organise pas ces informations et surtout, on ne les fait pas remonter à un niveau
04:40national.
04:40L'intérêt de monter un service national du renseignement pénitentiaire,
04:44c'est qu'on professionnalise tout ça et surtout, on lui donne les mêmes droits
04:47et les mêmes outils que tous les autres services de renseignement.
04:51Et donc, le service national du renseignement pénitentiaire est créé en 2017, vous l'avez dit.
04:56Pour être clair, là, on parle bien de renseignement, d'espionnage.
04:59Ce n'est pas juste de la surveillance des détenus, c'est ça ?
05:01Oui, les agents du renseignement pénitentiaire, leur rôle, c'est de traiter ces informations
05:06requiées sur le terrain, c'est d'aller en chercher d'autres.
05:09C'est-à-dire qu'ils peuvent écouter, ils ont le droit d'écouter des détenus,
05:12d'écouter leur téléphone, de chercher des informations sur leur téléphone,
05:16de les espionner pour récolter des informations qui pourraient permettre
05:21d'éviter l'organisation d'un attentat à l'extérieur ou à l'intérieur de la prison.
05:26Ce service compte aujourd'hui 330 agents, il y a environ 70 000 détenus en France.
05:31Qui est-ce qu'ils surveillent précisément ? Quelles sont leurs cibles au sein des prisons ?
05:35Au tout départ, l'idée après 2015 et surtout à la création en 2017, c'était en premier lieu
05:40de surveiller les terroristes, donc les détenus qui ont été incarcérés pour actes terroristes avérés.
05:47Ensuite, le SNRP a vu ses missions s'élargir un petit peu parce qu'il y a d'autres gens
05:52à surveiller,
05:52par exemple, les gens issus du grand banditisme ou du trafic de drogue
05:56et d'autres types de terroristes potentiels aussi qui pourraient être issus des activistes
06:03d'extrême gauche ou d'extrême droite.
06:05Ces détenus qui sont espionnés, ils sont combien en France aujourd'hui ?
06:08Il y a à peu près 1500 à 1800 cibles actuellement en France.
06:13Donc les cibles, c'est les détenus particulièrement surveillés par les agents du renseignement pénitentiaire
06:19pour prévenir toute mutinerie ou acte grave en prison.
06:24Certains détenus essayent de fomenter de vrais attentats terroristes
06:27en faisant entrer en prison par les parloirs ou d'autres moyens des explosifs,
06:32essayer de prendre des gardiens en otage, de fomenter de vrais attentats terroristes en prison
06:37pour pouvoir les revendiquer à l'extérieur ensuite.
06:40Sophie Stadler, dans le cadre de votre reportage, vous pouvez visiter le siège du SNRP.
06:46Alors pénitentiaire, vous nous le disiez, est-ce que vous pouvez nous décrire les lieux ?
06:50Alors a priori, c'est juste un couloir avec des portes et des salles de réunion et des bureaux.
06:55Mais c'est juste un a priori parce qu'en fait, dès la première porte,
06:58il y a des agents qui sont là pour vous accueillir et en fait, c'est aussi pour vous surveiller.
07:02Vous ne rentrez que sur vérification de votre identité, évidemment.
07:06Tout est très confidentiel, on sent cette tension et on nous explique aussi que tout est très surveillé.
07:10Toutes les informations dans ces bureaux sont des informations confidentielles, secret défense et classées.
07:17Donc il faut éviter à tout prix qu'elles sortent de ces bureaux.
07:20On l'a compris, le service dépend du ministère de la Justice.
07:23Sophie Stadler, chaque écoute, chaque mesure de surveillance doit être validée par le gouvernement.
07:29Il faut que chaque agent prouve la nécessité et l'utilité d'aller écouter un détenu
07:34ou d'aller surveiller un détenu en particulier à chaque fois qu'on demande l'utilisation d'un outil,
07:40il y a une procédure qui est visée et acceptée par le Premier ministre
07:44qui, in fine, accorde ou non l'autorisation de suivre quelqu'un.
07:48Sophie Stadler, pour ce reportage, vous êtes autorisé à visiter plusieurs prisons en France
07:53et vous allez pouvoir interviewer les agents de ce service que vous allez rencontrer dans les établissements pénitentiaires.
07:59Ça se passe en fait sur plusieurs jours, entre le 25 et le 28 janvier, avec un protocole de sécurité
08:05très strict.
08:05Oui, j'ai les grandes lignes du reportage, mais je ne sais pas forcément qui je vais rencontrer,
08:10je n'ai pas l'identité des agents et surtout je ne sais pas où je vais aller.
08:15Je reçois souvent un coup de fil ou un SMS la veille pour me dire que je vais dans tel
08:20endroit
08:20et il faut que je demande telle personne pour qu'on m'ouvre les portes de la prison.
08:24Alors est-ce que vous pouvez nous décrire l'une des prisons que vous visitez ?
08:27C'est une très grande prison, un très grand établissement pénitentiaire,
08:31des grands couloirs avec des portes fermées, parce que j'étais en établissement fermé.
08:36Les détenus, on les croise dans les couloirs parce qu'ils font des tâches ménagères
08:40ou des tâches d'utilité d'intérêt général.
08:42On les croise quand ils se rendent à la promenade.
08:45Voilà, c'est une prison, elles se ressemblent toutes plus ou moins
08:47et c'est ce qui m'a aidée aussi au niveau de l'article,
08:51c'est que moi je devais anonymiser, je devais blanchir un peu les lieux et les gens rencontrés.
08:55Et comme les prisons se ressemblent plus ou moins toutes,
08:59c'était plus facile de se dire que tout était plus ou moins anonyme.
09:02Dans votre reportage, vous décrivez la fouille de la cellule d'un détenu
09:06soupçonné de se radicaliser au contact d'un autre prisonnier.
09:09Racontez-nous comment se passe l'opération.
09:11Il y a un agent du renseignement pénitentiaire qui est là
09:14et qui se fait passer pour un surveillant normal.
09:17Donc lui, il cherche des informations un peu plus spéciales en fait.
09:20Par exemple, quand on rentre dans la cellule, si les toilettes sont dépourvues de papier toilette,
09:26ça c'est un indice parce qu'en fait, les détenus les plus radicalisés
09:30pensent que les toilettes, c'est une voie d'accès pour le diable.
09:36En fait, il peut sortir des toilettes.
09:38C'est aussi un endroit de souillure.
09:40Il ne faut absolument pas être souillé.
09:42Donc, on n'utilise pas de papier toilette, on se lave avec de l'eau
09:45et on couvre la cuvette des WC avec une serviette, avec n'importe quoi
09:50qui permet de protéger l'accès et du coup, le diable ne peut plus en sortir.
09:55Mais en fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que ça ne signifie absolument rien.
09:59On ne peut pas dire que quelqu'un est radicalisé juste parce qu'il a deux pratiques
10:03comme ça qui peuvent être de la superstition ou rien à voir avec la radicalisation.
10:07L'idée, c'est vraiment d'arriver à prouver une radicalisation,
10:11de voir si la personne se radicalise, devient violente et ensuite fomente
10:15soit du prosélytisme en prison ou à l'extérieur, soit des actes répréhensibles.
10:21D'un mot, Sophie Stadler, cet agent du service de renseignement,
10:23en apparence, c'est un gardien de prison comme les autres
10:25et les autres ne sont pas au courant, c'est ça, de ce qu'il fait réellement.
10:28L'idée, c'est qu'il se fonde totalement dans le métier des surveillants pénitentiaires lambda.
10:33Tout le monde ignore qu'il est agent du renseignement pénitentiaire
10:37et lui, toute sa hiérarchie, c'est au sein du ministère de la Justice.
10:42Lui, il n'est pas comme les autres surveillants lambda,
10:45sous les ordres du directeur de prison.
10:47Et donc, parmi les agents, certains sont des spécialistes
10:49de l'islam radical et du djihadisme, c'est ça ?
10:52Oui, en fait, l'idée, c'est que tous les agents du renseignement pénitentiaire
10:55sont des spécialistes.
10:56On a des spécialistes de l'islam radical,
10:59on a des spécialistes du grand banditisme et du narcotrafique.
11:02Il y a aussi des spécialistes du numérique,
11:04des analyses des réseaux sociaux, de l'Internet.
11:08Chaque métier est hyper spécialisé.
11:11Est-ce qu'on sait combien il y a de personnes condamnées
11:12pour terrorisme islamiste et détenues actuellement en France ?
11:16Il y a environ 450 terroristes islamistes incancérés aujourd'hui
11:20et environ 50 de ces gens-là doivent être libérés cette année.
11:25Sophie Stadler, toujours pendant ce reportage de plusieurs jours en janvier,
11:30et c'est une première pour un journaliste depuis 5 ans,
11:33vous êtes autorisé à visiter ce qu'on pourrait appeler
11:35la maison des espions de la prison,
11:38la cellule interrégionale du renseignement pénitentiaire, CIRP.
11:43D'abord, comment est-ce qu'on s'y rend ?
11:45Celle que j'ai visitée se trouve tout près de l'une des plus grandes prisons françaises.
11:50J'avais rendez-vous avec le directeur de la cellule sur un chemin
11:56et il m'a conduit ensuite au sein de la maison
11:59où est abrité le service du renseignement régional.
12:05Il y a des barbelés, des barrières,
12:09et puis un premier tourniquet qu'on pousse uniquement quand on a l'accès,
12:12donc avec un badge, et ensuite on arrive dans un jardin
12:16et c'est une maison a priori lambda,
12:19comme toutes les autres du voisinage en fait,
12:22sauf qu'elle est située un peu plus loin au bout d'un chemin et en pleine forêt.
12:26Et donc ça ne se voit pas de la route par exemple ou de la prison,
12:29c'est comment à l'intérieur ?
12:30Tout est sécurisé, il y a des sas d'entrée, des portes blindées,
12:33des barreaux à toutes les fenêtres,
12:35les bureaux sont fermés, c'est très silencieux,
12:38et puis surtout il y a un sous-sol où on descend,
12:40il y a des ordinateurs sécurisés, c'est assez particulier comme maison en fait.
12:45Il y a combien d'agents environ et que font-ils concrètement ?
12:48Alors dans celle-ci, il y a une quinzaine, une vingtaine d'agents,
12:51je ne les ai pas tous vus et pas tous en même temps,
12:54donc ceux-là ce ne sont pas des agents de terrain,
12:56eux ne vont pas en prison, leur terrain c'est les réseaux sociaux,
13:00c'est les écoutes téléphoniques aussi,
13:02en fait ils sont au plus près des détenus,
13:04mais sans que les détenus ne les voient jamais.
13:06Et ils n'étudient ici que les informations de leurs détenus cibles
13:11ou de leur environnement.
13:13Sophie, vous avez donc le droit de parler avec ces agents,
13:15comment se passent les interviews ?
13:17Je demande à être vraiment dans leur lieu de travail,
13:20c'est-à-dire dans leur bureau,
13:21j'essaye de leur faire raconter certains souvenirs d'affaires
13:25qu'ils ont réussi à démanteler,
13:26de m'expliquer concrètement comment ils écoutent les détenus,
13:31et surtout tout est anonyme,
13:32je n'ai jamais aucun nom de détenus,
13:34jamais aucun nom d'agent, les lieux et les noms sont toujours cachés.
13:38Vous ne pourriez pas les reconnaître si vous les voyez dans la rue par exemple ?
13:41Non, je ne sais pas toujours quels sont précisément leur métier ou leur poste,
13:46et surtout je n'ai pas leur nom,
13:47et puis le Covid aidant, tout le monde portait des masques,
13:51il ne faut pas que la venue d'un journaliste les mette en danger,
13:54ça mettrait par terre des années de travail en fait.
13:57Ils n'ont pas le droit de dire ni à leurs amis, ni à leurs familles
13:59ce qu'ils font réellement, leur vrai métier ?
14:01Oui c'est ça, ils tombent sous le coup du secret défense,
14:03donc c'est très sévère, c'est à vie,
14:06donc ni leur entourage, ni leur famille ne doit savoir ce qu'ils font exactement,
14:11la plupart disent quand même qu'ils travaillent pour l'administration pénitentiaire,
14:15certains disent qu'ils travaillent au RH ou à la comptabilité,
14:17ils se créent une légende, c'est leur couverture,
14:20leur histoire qui est très proche de leur histoire personnelle,
14:23mais qui anonymise leur travail,
14:26et qui cache un peu ce qu'ils font en tant qu'agent du renseignement.
14:29Vous êtes frappés dans l'ensemble par leur modestie ?
14:31Oui, puisqu'ils savent que malgré ce travail de fourmi qu'ils font,
14:36certains analysent parfois 200 000 informations juste dans un téléphone portable,
14:41ils savent que tout ça c'est un petit maillon de la chaîne globale du renseignement,
14:46et en général ils n'ont pas la fin de l'histoire,
14:48quand ils surveillent un détenu, ils ne savent pas si ça a servi à quelque chose ou pas.
14:55Et pour ceux qui sont au contact des détenus,
14:58donc des agents qui sont sur le terrain en prison,
15:00quelles sont les qualités d'un bon espion ?
15:03C'est celui qui parle aux détenus,
15:04c'est celui qui est le plus sympa, à qui on a envie de se confier,
15:07c'est quelqu'un qui a beaucoup d'empathie,
15:09qui rend service à ses collègues,
15:10comme ça il peut aussi avoir des informations de la part de ses collègues.
15:15Un des agents me disait que les détenus très souvent ont des gros coups de cafard,
15:19sont déprimés, voilà.
15:21Et donc là l'agent, s'il est un peu malin,
15:24c'est à ce moment-là qu'il va voir le détenu,
15:25il va lui demander de se confier,
15:27il va donner des informations sur sa vie personnelle,
15:31sur son entourage en prison,
15:33pourquoi ça ne va pas avec un tel, etc.
15:35Et tout ça c'est de l'information collectée,
15:37qu'on compile sur Informatique,
15:38et on les fait remonter si besoin au service central à Paris.
15:42L'un des agents que vous rencontrez, que nous appellerons Pascal,
15:45vous raconte comment son service a permis de prévenir une évasion.
15:48Oui c'est ça, en écoutant un détenu et ses complices,
15:51enfin ou son entourage,
15:53les agents ont compris qu'il était en train de préparer une évasion,
15:58il devait simuler une blessure pour se faire extrader vers l'hôpital,
16:03et là un commando armé l'attendrait en plein milieu de la rue.
16:07Les agents ont réussi, en écoutant les détenus,
16:10et en apportant des preuves de ce projet d'évasion,
16:14prévient les services de police,
16:15et du coup démanteler cette évasion.
16:17Un autre agent, Serge, vous décrit le cas d'un détenu,
16:21un islamiste radical qui appelait sa famille,
16:24particulièrement tôt chaque matin.
16:25On remarque que celui-là, à 4h du matin,
16:28tous les jours, appelle sa femme,
16:30et lui demande de réveiller les deux ou trois enfants de la maison,
16:33pour que tout le monde fasse ses prières en même temps.
16:35Ça c'est un indice,
16:37et sauf qu'en fait, les agents, à force d'écouter,
16:39se rendent compte que ce détenu,
16:40qui est déjà condamné pour acte terroriste,
16:43continue à avoir une certaine forme d'emprise très forte
16:46sur sa femme et sa famille,
16:47et donc ils ont pu intervenir,
16:49pareil, prévenir le juge,
16:51les services de police,
16:52et je crois que les enfants ont été placés
16:54pour sortir de l'emprise de ce détenu.
16:57Sophie Stadler,
16:58votre reportage sort finalement dans le Parisien Week-end,
17:01le vendredi 11 mars,
17:02mais avant ça,
17:03vous avez accepté de collaborer avec les services de renseignement
17:06pour finaliser votre article.
17:08C'était une question de vie ou de mort pour les agents concernés ?
17:11Pour les agents,
17:13oui, c'était une question de sécurité pour eux,
17:15mais aussi pour les détenus.
17:16En fait, l'idée, c'était d'anonymiser,
17:18eux, ils disent blanchir,
17:19toutes les informations que j'avais pu collecter,
17:21pour qu'à aucun moment,
17:22aucune personne dangereuse ne puisse remonter ces informations
17:25et aller trouver soit un agent du renseignement,
17:29soit un détenu qui serait l'un de ses ennemis.
17:32Et moi, quand j'avais des doutes en écrivant,
17:34j'appelais le ministère de la Justice
17:36qui me passait éventuellement un agent
17:38pour que je puisse vérifier que j'avais suffisamment
17:40blanchi les informations
17:41pour que vraiment personne ne soit en danger
17:43à la lecture de mon papier.
17:45Sophie Stadler,
17:46près de cinq ans après la création de ce service,
17:49quel est son bilan ?
17:50Qu'est-ce qu'il a permis ?
17:51Alors, c'est assez peu connu du grand public,
17:53mais 37 attentats islamistes ont été déjoués
17:55sur le sol français depuis 2017.
17:58Et forcément, le SNRP y a pris sa part
18:01et a aidé à déjouer ces attentats.
18:03Et puis surtout, il est monté en puissance,
18:05ce service, depuis cinq ans.
18:07Et sa valeur ajoutée, vraiment,
18:09c'est qu'aujourd'hui, dans les prisons,
18:11il n'y a plus ce trou noir.
18:12On suit les détenus,
18:13on les connaît parfaitement,
18:15on sait qui ils sont,
18:16on sait quelles sont leurs fréquentations,
18:17leurs idées, leurs mouvances.
18:19Et quand ils sortent de prison,
18:22on sait exactement où ils vont aller,
18:24qui ils vont rencontrer
18:24et s'ils sont encore dangereux ou pas.
18:36Merci, Sophie Stadler.
18:37Je précise que c'est la première fois
18:39qu'une journaliste a eu accès
18:40à autant d'informations
18:41sur le SNR.
18:44Votre enquête est à retrouver
18:46sur leparisien.fr.
18:49Son titre, profession espion de prison.
18:52Merci à Julien Mock pour son aide.
18:55Cet épisode de Code Source
18:56a été produit par Raphaël Pueillot,
18:58Sarah Adni et Thibault Lambert.
19:00Réalisation, Julien Moncouquiole.
19:02Code Source est le podcast
19:04d'actualité du Parisien.
19:05Nous publions un nouvel épisode
19:07chaque soir de la semaine.
19:08pour n'en rater aucun.
19:10N'oubliez pas de vous abonner
19:11sur votre appli audio préférée.
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