- il y a 5 semaines
- #ukraine
- #engagement
Le cinéaste Olias Barco s’est engagé dans l’armée ukrainienne après l’invasion du pays par la Russie. Il est resté deux mois sur le front et depuis, il essaie de se reconstruire. Crédits.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#ukraine #engagement
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#ukraine #engagement
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le président russe, Vladimir Poutine, a lancé le 24 février 2022 une vaste offensive pour
00:17essayer d'envahir son voisin ukrainien. Depuis, d'après les Nations Unies, plus de 7000 civils
00:23ukrainiens ont été tués et plus de 11 000 blessés. Selon la justice ukrainienne, plus de 450 enfants
00:30ukrainiens sont morts, victimes des bombardements. Le nombre des soldats tués des deux côtés,
00:36ukrainiens et russes, se chiffre en dizaines de milliers. Un an après le début de la guerre,
00:41la rédaction du Parisien se mobilise avec notamment une série de reportages de nos envoyés spéciaux
00:46en Ukraine, à lire dans leparisien et leparisien.fr, et Codesources consacre trois épisodes à la
00:52guerre en Ukraine, le deuxième aujourd'hui. Témoignage d'un Français qui vivait en Ukraine
00:57et qui a choisi d'aller se battre dans les tout premiers mois de l'invasion russe.
01:01Olias Barco est producteur de cinéma, il a 54 ans et il vit maintenant en Belgique,
01:06à Bruxelles, où il a reçu Ambre Rosala pour Codesources.
01:28Olias Barco habite à Bruxelles, en Belgique, où il héberge régulièrement des réfugiés
01:32ukrainiens depuis le début de la guerre. Il a 54 ans et il a les yeux clairs et les
01:37cheveux et un bouc grisonnant. Il travaille dans le cinéma depuis plus de 30 ans et en
01:42mars 2022, juste après le déclenchement de la guerre en Ukraine, où il vivait, le cinéaste
01:47a publié un petit film sur Internet. Sur cette vidéo, visionnée plus de 600 millions
01:52de fois dans le monde, on peut voir, grâce à des images de synthèse, Paris sous les bombes.
02:05Olias Barco a fait ce film pour alerter le reste de l'Europe de la gravité de ce qui
02:09se passe en Ukraine.
02:10C'est un film que j'ai fait de mon cœur, c'est un film que j'ai voulu faire
02:15dans la
02:15rage pour montrer, pour dire à la France, réveillez-vous, c'est une réalité. Ça peut
02:21demain vous arriver, ça arrive près de chez vous les gars. Vous allez voir ça au journal
02:26télévisé ou vous allez voir ça dans les journaux, mais c'est une réalité.
02:34Olias Barco est né à nuit sur Seine en région parisienne, mais il grandit près de Draguignan
02:38dans le Var, dans le sud-est de la France. Avec son frère et ses deux sœurs, il est
02:42élevé dans un milieu confortable. Ils vivent dans une grande ferme avec des animaux, entre
02:47la mer et la montagne. Leur père travaille dans la finance et leur mère gère un magasin
02:51de linge de maison. Dès l'enfance, Olias Barco se passionne pour le théâtre. Il arrête
02:56l'école en seconde et à 18 ans, il part aux Etats-Unis. Il vit de petits jobs avant
03:01de rentrer en France et de s'installer à Paris sans trop savoir quoi faire.
03:05Le cinéma, pour moi, c'était un monde à part, intouchable. C'est un monde, pour
03:09moi, qui était complètement clos. C'est en revenant des Etats-Unis où je me suis
03:13dit, j'ai envie quand même de voir ce que c'est que ce milieu. Et donc, c'est comme
03:17ça que j'ai commencé à lire le film français, ce magazine professionnel du cinéma. J'allais
03:21le lire. À l'époque, je n'avais pas énormément d'argent. J'allais à Beaubourg où il y a
03:25une bibliothèque et où ils avaient le film français. Donc, chaque semaine, je relevais
03:29les films en cours ou qu'il y allait se faire. Et je téléphonais à toutes les productions
03:34pour pouvoir avoir un stage, en gros, porter des cafés, être conducteur, etc. Et puis,
03:39un jour, j'ai eu une production qui m'a engagé.
03:42Pour son premier contrat dans le cinéma, Olias Barco, qui a 20 ans, doit s'occuper des
03:47nombreux enfants présents sur le tournage d'un film qui s'appelle La Colo. Olias Barco
03:51sympathise avec la maquilleuse. C'est la femme de Thierry Arbogast, un directeur de la photographie
03:56reconnue, qui a notamment travaillé avec Luc Besson. Elle lui présente son mari et
04:01ce dernier accepte d'aider Olias à tourner son premier court-métrage. Ce film, clin d'œil,
04:06sort en 1991 et remporte deux prix. Olias Barco se met ensuite à réaliser des publicités
04:12et des clips vidéo. Il rencontre sa femme, Juliette, et en 2002, on lui propose de réaliser
04:18son premier long-métrage. Le film s'appelle Snowboarder et on y retrouve Thierry Lhermitte,
04:23Nicolas Duvauchel ou encore Mélanie Laurent. J'ai fait ce film que tout le monde attendait
04:29et qui a été un échec total au niveau critique et au niveau public. J'ai ma femme, à ce
04:37moment-là, qui est enceinte. On se retrouve à Paris et vous vous retrouvez complètement
04:43en dehors du système. Parce qu'effectivement, quand vous avez un échec en France, c'est fini
04:48pour vous, en tout cas sur un premier film. Ça m'a permis quand même de me dire que
04:54j'étais fini à Paris à ce moment-là. Et c'est là où mes amis, surtout Guillaume
04:58Malandrin et Stéphane Malandrin, qui sont français mais qui vivent et qui travaillent
05:02en Belgique, m'ont dit de venir à Bruxelles, que c'était plus sympa et qu'ils étaient
05:06moins prétentieux et difficiles sur la suite de ma carrière. Donc ils m'ont proposé un
05:10film à faire, à écrire. Et c'est un film qui m'a permis de m'installer à Bruxelles
05:15après l'échec. Olias Barco déménage en Belgique avec sa femme Juliette. Elle donne
05:19naissance à leur premier fils, puis ils ont un autre enfant, un deuxième garçon.
05:23Le cinéaste co-écrit et réalise « Kill Me Please », un film franco-belge avec
05:28Benoît Poulvord et Virginie Efira qui sort en 2010. En France, le film connaît un succès
05:33mitigé, mais il est sélectionné au Festival international du film à Odessa, dans le sud
05:37de l'Ukraine, où Olias Barco se rend en 2011.
05:40J'ai gagné au Festival d'Odessa le prix de la meilleure critique et meilleur réalisateur.
05:46Et donc à partir de là, je me suis lié d'amitié avec une personnalité qui s'appelle
05:49Denis Sivanoff, qui était le directeur artistique du Festival et qui m'a invité l'année suivante
05:57en tant que membre du jury. Donc je me suis retrouvé membre du jury du Festival d'Odessa.
06:02Et à ce moment-là, je me suis lié d'amitié encore plus avec Denis Sivanoff.
06:06Et je suis parti en vacances avec sa famille et mes enfants, à ce moment-là, dans l'ouest
06:12de l'Ukraine, faire du canoë.
06:13Pendant ce séjour, le cinéaste français et Denis Sivanoff ont l'idée de faire un film
06:17ensemble. Olias Barco écrit et réalise « A Magical Journey » avec Jean Reno, Edouard
06:23Baer et Virginie Ledoyen. Le film est entièrement tourné en Ukraine, alors que ce pays n'est
06:28pas encore très connu pour abriter beaucoup de tournages.
06:31C'était au niveau des coûts incomparables avec ce qui était possible de faire en France
06:35ou en Belgique ou ailleurs. C'est un film qui est assez incroyable à l'image et qui
06:41a été fait pour un budget de moins d'un million de dollars. Donc c'était incroyable.
06:47Et le fait est que j'ai rencontré beaucoup de techniciens ukrainiens, bien évidemment,
06:50beaucoup d'autres amis. Et qu'au fur et à mesure, je me suis aperçu que l'Ukraine
06:55et Kiev, en l'occurrence, était vraiment un endroit incroyable de vie, de travail.
07:01Il y a une jeunesse à Kiev qui est incroyable, un dynamisme que je ne trouvais plus ici en
07:07France ou en Belgique. Et donc, je me suis associé avec Jean-Charles Lévy, qui est un producteur
07:13français, et deux amis ukrainiens. Et nous avons créé une société à Kiev de production
07:19de services, où on a commencé à récupérer des films internationaux, soit américains
07:27ou français, qui sont venus tourner en Ukraine.
07:30En 2014, Olias Barco prend un appartement à Kiev où il a fondé sa société de production.
07:35Il fait des allers-retours entre la Belgique, où il habite, et l'Ukraine, où il s'installe
07:39le temps des tournages. Là-bas, il lâche un temps sa casquette de réalisateur pour
07:43devenir producteur sur des films comme Cold Blood Legacy avec Jean Reno, ou encore Le Dernier
07:49Mercenaire, avec Jean-Claude Van Damme.
07:51Je suis passé plus du côté de production, parce que je me suis aperçu déjà que je
07:54n'avais pas le talent de Scorsese, il faut être honnête. Et qu'ensuite, je me suis
07:58dit, si je dois rester réalisateur, c'est un film tous les jours, en gros, dix ans.
08:03Moi, ma passion, c'est d'être sur un plateau de tournage, c'est de vivre avec des équipes,
08:06des techniciens, c'est des acteurs, j'adore les acteurs, j'adore regarder les acteurs.
08:11Et je me suis aperçu qu'en tant que producteur, c'était un métier qui me permettait
08:14d'être sur les tournages, de voir des équipes, de participer à des histoires, de vivre
08:20dans le cinéma et d'en vivre, surtout.
08:25Olias Barco se sépare de sa femme avec qui il a deux enfants. Il continue ses allers-retours
08:29entre la Belgique et l'Ukraine, où il rencontre sa nouvelle femme, Vitalia, en 2020.
08:35À Kiev, il atteint un idéal de vie. Il est amoureux, il se fait beaucoup d'amis et il a
08:40de plus
08:40en plus de travail. À tel point qu'il décide, en décembre 2021, de s'installer définitivement
08:46en Ukraine avec Vitalia. Ils prennent un appartement dans la capitale et ils achètent
08:51aussi une petite maison de campagne, une Datsha, dans la ville de Boucha, dans la banlieue
08:55de Kiev. Quand ils s'y installent définitivement, il y a déjà en Ukraine une guerre dans le
09:01Donbass, à l'est du pays. Depuis 2014, des affrontements ont lieu entre le gouvernement
09:06ukrainien et des séparatistes pro-russes soutenus par la Russie. Mais Olias Barco,
09:11sa femme et ses amis, n'ont pas du tout l'impression de vivre dans un pays en guerre.
09:19On n'était pas particulièrement pris dans cette guerre. On ne s'apercevait pas vraiment
09:23d'ailleurs que cette guerre existait, puisqu'on était loin du front, parce que ça ne remontait
09:28pas vraiment au niveau de la presse et parce qu'on ne ressentait pas ça du tout. La mère
09:34de mes enfants, Juliette, elle était inquiète quand j'allais là-bas. Elle me disait
09:37« Mais tu vas dans un pays en guerre ». Et moi, je disais « Mais non, tu ne comprends
09:41pas, c'est un pays qui est libre, il y a une partie de l'Ukraine qui est en guerre,
09:46mais c'est loin ». Mais elle m'a mis en guerre plusieurs fois, à tel point qu'elle
09:49ne voulait plus que mes enfants aillent en Ukraine, par exemple, parce qu'elle était
09:52inquiète que cette guerre du Donbass déborde sur l'Ukraine. Mais c'est vrai qu'on vivait
09:56plus d'une façon peut-être nonchalante, en vivant sans s'apercevoir qu'il y avait
10:01une guerre. En janvier 2022, les tensions montent
10:05d'un cran dans le conflit qui oppose l'Ukraine à la Russie. En février, Olias Barco emmène
10:10sa femme et ses deux enfants à elle, en Turquie, juste au cas où. Mais lui reste à Kiev
10:15dans leur appartement. Et le mercredi 23 février 2022, il dîne avec des amis.
10:20« J'étais le soir, la veille du 24, en fait, à un anniversaire d'une amie. Et je suis
10:27rentré à 2h du matin chez moi. Et j'ai été réveillé par des missiles russes qui
10:34tombaient sur Kiev ». Vers 4h du matin, Vladimir Poutine annonce à la télévision
10:38russe, dans une déclaration surprise, une opération militaire spéciale en Ukraine.
10:47La ville de Kiev est bombardée et Olias Barco ne comprend pas ce qui se passe.
10:52« Donc qu'est-ce que vous faites ? Vous sortez très bizarrement de l'immeuble pour
10:57aller voir ce qui se passe. Et puis d'un seul coup, vous voyez en face de vous l'horreur.
11:01Le bruit, l'odeur, c'est terrible. Donc là, qu'est-ce que vous faites ? Vous remontez
11:06en se demandant ce qui se passe. Et vous essayez de reprendre vos esprits, vous essayez
11:10de comprendre ce qui se passe. Vous êtes abasourdi, vous êtes dans un autre monde.
11:14C'est l'inconcevable qui arrive. »
11:17« Vladimir Poutine a lancé dans la nuit son offensif sur l'Ukraine et pas seulement
11:21dans l'est du pays. Des frappes ont eu lieu dans la capitale Kiev où nous serons dans
11:24un instant. Des explosions dans d'autres grandes villes aussi. Nous serons à Moscou
11:29où le maître... »
11:30Je sais très bien ce que ça veut dire, c'est de guerre. Ça veut dire que je perds tout.
11:32Tout mon idéal est mort. Il y a un monde que j'avais créé, 10 ans de travail,
11:37de vie qui s'écroule à ce moment-là. Tout mon rêve est mort. Le cinéma, pour
11:42moi, est mort. Mes amis sur place vont mourir, ou peut-être. Et donc, je suis plus dans
11:48un rapport à ce moment-là de rage, d'énervement, de violence par rapport à ce qui se passe
11:56que de fuite ou d'échappatoire.
12:03Olias Barco n'imagine pas quitter ce pays qu'il lui a tant apporté au niveau professionnel
12:07et personnel. Il appelle ses proches pour les prévenir qu'il va bien et pour avoir
12:11de leurs nouvelles. Et dans les jours qui suivent, avec l'aide de l'équipe d'un film
12:15qu'il a tourné en Ukraine quelques mois plus tôt, il s'organise pour aider de nombreux
12:19Ukrainiens à quitter le pays.
12:20On s'est retrouvés avec des gens du cinéma avec lesquels je travaillais. Les personnes
12:25qui s'occupaient de la cantine à l'époque sur le tournage, les chauffeurs, à créer
12:30un réseau pour aller récupérer des familles entières pour les faire sortir de l'Ukraine.
12:38Les parents de ma femme, par exemple, qui étaient chez eux, qui ont construit une maison,
12:42qui ont mis toute leur vie dans cette maison, ne souhaitaient pas partir. Et je les ai poussés
12:47à partir. Ça a été très difficile. Finalement, ils ont accepté de partir. Et effectivement,
12:52le jour où ils sont partis, le lendemain, en fait, tout leur quartier a été bombardé.
12:57Donc c'est passé à une journée près.
13:01En mars, Olias Barco décide de rejoindre une unité de combat montée par des amis à lui.
13:05Ce sont des hommes qui avaient été dans l'armée pendant la guerre dans le Donbass, puis qui
13:09ont travaillé avec lui sur certains des films qu'il a produits. Il s'occupait de la sécurité
13:14de nombreux acteurs avant que la guerre n'éclate. Olias Barco rejoint leur base militaire sur
13:19le front. Il a quelques notions de tir parce qu'il s'entraînait parfois en Ukraine pour
13:23son loisir, mais ses amis lui demandent de ne pas venir avec eux en première ligne.
13:27Pendant les batailles d'Irpin ou de Bucha, qui sont très meurtrières, Olias Barco est
13:32en deuxième ligne et il s'occupe des nombreux blessés ou même de ramasser des cadavres.
13:37Quand on était sur les lignes de front à Erpin et autres, on était dans une espèce
13:41d'adrénaline, de dynamisme qui fait qu'on était, c'est complètement aussi fou le cerveau
13:47humain à ce moment-là, on ne se rend pas compte du danger, vous avez quand même des
13:49obus qui tombent près de vous. Vous êtes à 200 mètres de sniper, vous êtes en face
13:54de Russe, vous êtes en face de Tchétchène. Mais j'ai été vraiment traumatisé psychologiquement
14:01par rapport à tout ce que j'ai vu en fait. J'ai vu ce qui n'était pas visible
14:04en fait.
14:07L'innomable, c'est de voir des femmes qui ont été violentées, c'est de voir des
14:09enfants qui n'ont plus de bras, c'est de voir des animaux éventrés où on met des
14:13grenades dedans parce que vous allez soigner l'animal qui est blessé et que vous explosez.
14:18Quand vous rentriez le soir et en ayant vu toutes les horreurs et que vous ne dormez pas
14:23la nuit parce que 1 vous avez ces images en tête et puis 2 vous avez peur de vous faire
14:27bombarder puisque c'est une base. Donc du coup, vous ne dormez pas, vous êtes dans
14:32un rapport, encore une fois, au monde qui est complètement sauvage, qui est barbare parce
14:37que ce n'est pas du tout ça qu'on peut penser qu'un humain puisse faire à un humain.
14:47Olias Barco reste près de 2 mois sur le front, puis il décide de quitter son uniforme.
14:52En ayant vu tout ce que j'ai vu, vous vous dites à ce moment-là, je veux voir mes
14:56enfants
14:57parce que vous vous rendez compte dans le monde dans lequel vous êtes et que rien ne va changer
15:02de toute façon, que vous soyez là ou pas. Et à ce moment-là, j'ai compris que c'était
15:07important pour moi de revenir à Bruxelles et de voir mes enfants.
15:12Olias Barco rentre en Belgique en mai où il retrouve ses deux garçons de 12 et 16 ans.
15:17Sa femme Vitalia le rejoint et ils font quelques allers-retours en Ukraine pour amener des vivres
15:21et des médicaments. En juin et en juillet, il décide avec sa femme de retourner au plus près
15:27de la guerre pour réaliser un documentaire.
15:29Je me suis dit que mon métier, ce n'est pas de tenir une arme. Je ne suis pas préparé
15:34à tuer, je ne suis pas né pour tuer en fait. Donc, s'il fallait que je fasse quelque
15:38chose, c'était un documentaire. Et donc avec ma femme, on a décidé de faire un documentaire
15:42sur les femmes soldates. Ma femme voulait filmer les femmes qui se sont engagées dans
15:46l'armée. Donc, on a fait ce documentaire. Mais c'est vrai qu'encore une fois, on se retrouve
15:52dans cette violence, cette guerre, ces obus qui nous tombent dessus, ces villages que j'ai
15:58vu détruits totalement, avec des cadavres partout, des animaux qui traînent partout.
16:03Voilà, c'était trop. Je suis allé au bout de ce que je pensais pouvoir faire. Et le
16:08bout du bout, c'était de faire ce documentaire. J'ai fait tout ce que j'ai pu faire. Et
16:13à partir de là, j'ai arrêté d'aller en Ukraine.
16:16Olias Barco passe l'été dans le sud-ouest de la France, auprès de ses proches, au bord de
16:20l'océan Atlantique. Puis il rentre à Bruxelles. En décembre 2022, il apprend la mort d'un
16:27de ses amis, le monteur de presque tous ses films, Victor Onisco, tué pendant la guerre
16:32d'une balle dans la tête.
16:34C'était un monteur super, avec qui j'ai fait vraiment tous mes films là-bas, qui était
16:38un ami, on faisait la moto ensemble, moto de crosse, on aimait bien. Et effectivement,
16:43il est mort sur le front. Il était marié, il avait 34 ans, avec une petite fille de 8 ans.
16:49C'était un homme formidable. Donc c'est vrai que ça fait mal, mais c'est pas le seul.
16:53J'ai perdu beaucoup d'amis. Il n'y a pas un mois qui passe, des semaines qui passent,
16:58je n'ai pas un coup de téléphone. Je perds beaucoup d'amis dans cette guerre.
17:04Olias Barco reste pudique sur ses nombreux proches qui sont morts pendant la guerre.
17:09Aujourd'hui, il a l'impression d'avoir presque tout perdu. Sa vie en Ukraine, la société
17:13qu'il avait montée là-bas. Et il a aussi perdu le goût du cinéma.
17:19Je ne sais pas quoi écrire, je n'ai pas vraiment d'inspiration. Je ne suis pas dans
17:24un état d'esprit aujourd'hui comme je l'étais avant la guerre, qui était de faire
17:28des films, de raconter des histoires, de rêver. Je ne rêve plus aujourd'hui. Je fais
17:35des cauchemars, c'est la différence. Mais en même temps, j'ai aussi envie de vivre.
17:42Aujourd'hui, je me reconstruis en étant ici à Bruxelles, au calme, avec mes enfants.
17:49Donc c'est vrai que je suis plus dans un rapport de tranquillité par rapport à ce
17:55que j'ai vécu. Après, est-ce que je vais bien ? Non, je ne vais pas bien.
18:07Ambre, on l'a entendu dans ton sujet, Olias Barco est traumatisé par cette guerre.
18:10Comment est-ce qu'il va aujourd'hui ?
18:12C'est encore compliqué. J'ai senti pendant l'interview qu'il était encore très affecté
18:16par toutes les horreurs qu'il a vues pendant la guerre. Surtout que cette guerre continue
18:20et que même s'il est loin, il est encore en contact avec des amis là-bas. Et donc,
18:23c'est difficile d'aller de l'avant quand on sait que tout ça continue. Mais quand même,
18:27j'ai aussi senti qu'il avait envie d'aller mieux. Et donc aujourd'hui, il se reconstruit
18:31petit à petit auprès de sa femme Vitalia et de ses deux fils à Bruxelles.
18:35Est-ce qu'il continue d'aider son pays d'adoption ?
18:38Oui, il est encore très impliqué. Alors, il n'a pas du tout envie de reprendre
18:41les armes et de retourner sur le front en Ukraine. Par contre, il continue d'aider ce pays,
18:47notamment en hébergeant des réfugiés ukrainiens chez lui. Là, quand j'y étais,
18:51par exemple, ils étaient trois. Et Olias Barco m'a dit qu'en fonction des périodes,
18:54il pouvait parfois en héberger plus.
18:56Professionnellement, il en est où ? Il fait quoi ?
18:58Alors, en ce moment, il est en train de finaliser le documentaire qu'il a réalisé
19:01avec sa femme Vitalia. Donc, sur ces six femmes qui se sont engagées dans l'armée ukrainienne
19:06et qu'ils ont suivi sur le front. Pour l'instant, il finit ce documentaire-là.
19:10Par contre, c'est vrai qu'après ça, il ne sait pas du tout quoi faire.
19:13On l'a entendu dans le sujet, il n'a plus d'inspiration.
19:15Il m'a même dit à quoi bon faire une comédie, un drame,
19:18après avoir vu toutes les horreurs de la guerre.
19:20Donc voilà, il ne sait pas vraiment quoi faire ensuite.
19:22En tout cas, il ne se voit pas du tout refaire de la fiction pour le moment.
19:25Donc, probablement qu'il continuera de faire d'autres documentaires.
19:30Merci Ambre Rosala et merci à Catherine Ball pour son aide.
19:34Dans le prochain épisode, avec nous, Christelle Brigodeau,
19:37envoyée spéciale du Parisien en Ukraine.
19:38C'est son sixième reportage sur place depuis le début de la guerre.
19:42Elle nous raconte ce qu'elle voit, les hommes et les femmes qu'elle rencontre,
19:45notamment près du front, dans la région du Donbass.
19:48Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
19:51Cet épisode a été produit par Thibaut Lambert et Clara Garnier-Amourou.
19:56Réalisation, Julien Moncouquiol.
20:03Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires