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Camaïeu a été liquidée en septembre et aujourd’hui, Go Sport, Gap ou encore des magasins Galeries Lafayette se retrouvent menacés. Derrière cette déroute se cache Michel Ohayon, un homme d’affaires bordelais qui s’était présenté comme le sauveur d’enseignes en déclin. Pour Code source, Odile Plichon, journaliste au service économie du Parisien, raconte le naufrage de l’empire Ohayon.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le samedi 1er octobre 2022, des centaines de magasins de prêt-à-porter camailleux ont définitivement baissé le rideau.
00:19Cette enseigne française, placée en liquidation judiciaire, avait été acquise deux ans plus tôt par un homme d'affaires,
00:25Michel Ohaillon, 62 ans, à la tête d'un empire immobilier.
00:30Depuis, toutes les marques qu'il avait rachetées se retrouvent tour à tour menacées,
00:35Gospor, Gap France ou encore une trentaine de magasins Galerie Lafayette.
00:39La justice veut désormais savoir ce qui a pu conduire à un tel naufrage.
00:44On fait le point dans CodeSource avec Odile Plichon, elle couvre le secteur de la distribution au service économie du
00:50Parisien.
00:59Odile Plichon, le samedi 1er octobre, vous vous rendez en reportage dans une boutique camailleux, rue d'Avron, dans le
01:0520e arrondissement de Paris.
01:06D'abord, pourquoi est-ce que vous allez là-bas ?
01:08Alors la liquidation judiciaire de l'enseigne vient d'être prononcée et c'est le dernier jour d'ouverture des
01:13magasins camailleux de France.
01:15Il y a là-bas une foule énorme, à la fois parce que les prix sont bradés de 50%, mais
01:21aussi parce qu'on retrouve là-bas beaucoup d'habitués, des fidèles de l'enseigne qui veulent venir pour la
01:25dernière fois.
01:26Que vous disent les gens sur place ?
01:28Alors je me rends compte ce jour-là à quel point camailleux est une marque à laquelle les gens sont
01:32attachés.
01:33L'une de ses clientes, par exemple, a les larmes aux yeux et elle me dit mais comment je vais
01:37faire à partir de maintenant pour m'habiller ?
01:38Parce que depuis 30 ans, elle ne s'habille que là.
01:41Beaucoup de clientes sont venues ce jour-là avec des chocolats, des fleurs, des bonbons, des petits mots d'encouragement
01:47aussi parce que la plupart des vendeuses de camailleux seront au chômage à partir du lundi
01:51et que pour certaines d'entre elles qui sont dans la boîte depuis 20 ou 30 ans, les lendemains vont
01:56être très très durs.
01:58Donc il y a beaucoup beaucoup d'émotions ce jour-là.
02:04Quand on parle de camailleux, on parle d'une enseigne bien connue des Français.
02:08Oui, elle est très connue. Elle a été créée en 1984. Elle est chiqui. Son siège social est basé à
02:14Roubaix.
02:15Dans les années 90 et 2000, c'est vraiment une des enseignes les plus connues en France.
02:19Il y a plusieurs centaines de magasins camailleux dans tous les centres-villes.
02:23Et c'est vraiment la marque de référence dans le segment qu'on appelle le milieu de gamme de la
02:28mode.
02:28Et tous les gens connaissent le nom de camailleux.
02:31Odile Plichon, dans cet épisode de Codesources, vous allez nous raconter comment camailleux et d'autres grandes enseignes comme Gospor,
02:38Gap ou encore les Galeries Lafayette se sont retrouvées en difficulté.
02:43Derrière ces grandes enseignes que je viens de citer, il y a un homme d'affaires qui les avait rachetées
02:48les unes après les autres.
02:49Qui est-il ?
02:50Il s'appelle Michel Hoyon. Il a aujourd'hui 62 ans.
02:53Il a cinq enfants. Il faut le souligner parce que certains de ses enfants travaillent avec lui dans la galaxie
02:59de sa holding.
03:01Quand on le voit, c'est quelqu'un qui a toujours des chemises sombres avec des costumes sombres.
03:05Il est très bien habillé. Il a une sempiternelle barbe de trois jours.
03:09Et tous ceux qui l'ont côtoyé décrivent quelqu'un qui est cultivé, intelligent, charmeur.
03:16Ambitieux aussi, très ambitieux. Quand il rencontre les gens, il leur dit quelle est l'étape d'après et ce
03:21qu'il fera plus tard.
03:22Donc c'est une ambition qui est totalement assumée.
03:27Revenons d'abord un peu sur son parcours. Dans quel milieu est-ce qu'il grandit ?
03:31Alors il est né en 1961 à Casablanca.
03:34Quand il a deux ans, ses parents décident de quitter le Maroc pour rejoindre Mérignac près de Bordeaux.
03:39Et ils deviennent marchands de tissus.
03:41En 1990, quand il a 29 ans, Michel Hoyon achète un premier fonds de commerce à Bordeaux.
03:46Et à partir de là, il se construit un empire immobilier regroupé au sein de sa holding, la FIB, la
03:53financière de l'immobilier bordelais.
03:55Il commence effectivement par acheter un premier magasin d'Agnel Echter qui va vite devenir bénéficiaire.
04:01Puis avec l'aide de ses parents, il rachète d'autres boutiques.
04:04Et il se lance dans l'immobilier commercial dont les prix sont alors très très bas.
04:08Il a cette intuition géniale de racheter en fait des immeubles dans lesquels il y a des commerçants.
04:13Il les rénove et il les revend plus cher.
04:15Il les loue également à des marques très connues comme H&M, Gap, Célio.
04:19Et la notoriété de ces marques fait que les banques ont confiance en lui et vont lui prêter de plus
04:25en plus d'argent.
04:26Et donc c'est à ce moment-là qu'il crée ce qui va devenir sa holding qui est la
04:30financière immobilière bordelaise.
04:31Et par la suite, il se met à acheter des grands hôtels.
04:34Oui, il commence par racheter le grand hôtel de Bordeaux en 1999.
04:38Il le rénove pendant plusieurs années.
04:40Il le transforme en palace.
04:41Et ce palace sera estampillé quelques années plus tard, plus bel hôtel de France.
04:45Quelques années plus tard, il rachètera d'autres hôtels comme le Trianon Palace à Versailles.
04:49Il rachètera même aussi des grands crus et des vignobles comme à Saint-Emilion.
04:53Et en quelques années, ça devient donc un homme d'affaires extrêmement connu dont l'ascension sociale impressionne tout le
04:59monde.
04:59A partir de 2018, la société de Michel-Ouayon élargit ses activités au secteur de la distribution en rachetant des
05:07grandes enseignes.
05:07Sa stratégie, en fait, c'est de racheter à bas prix des enseignes qui vont mal, souvent à la barre
05:12du tribunal de commerce pour un ou deux euros symboliques.
05:16Il s'intéresse d'abord en 2018 aux spécialistes des jeux qu'il a à grande récré.
05:21La même année, il rachète des galeries Lafayette de province.
05:24Après le Covid, il va racheter ensuite successivement Camailleux, Gap France et Gospor.
05:29Ces entreprises sont regroupées dans une nouvelle filiale qui s'appelle HPB pour Hermione, People & Brands.
05:35Et cette filiale sera dirigée par un ancien cadre dirigeant de Auchan qui s'appelle Willem Hubner.
05:40Quel est son pari à ce moment-là à Michel-Ouayon quand il se tourne vers la distribution ?
05:44Il ne croit pas du tout que le boom du e-commerce qui est évidemment avéré, avec notamment l'explosion
05:49d'Amazon,
05:50va se traduire par une disparition des commerces physiques, comme on dit en dur.
05:55Son idée, c'est d'avoir un maillage territorial sur tout le territoire, ce qui va être permis grâce à
06:00Camailleux et à Gospor qui ont beaucoup de magasins.
06:02Il décide également d'investir les centres-villes.
06:06Et son pari, c'est aussi en achetant plusieurs sociétés différentes, qu'il y ait des synergies entre les différentes
06:11sociétés.
06:12Par exemple, l'idée, c'est d'implanter des corners La Grande Récré dans les galeries Lafayette de province.
06:17Il a quelle image à ce moment-là à Michel-Ouayon quand il rachète toutes ses enseignes en difficulté ?
06:21Il est encore auréolé à l'époque de cette image d'entrepreneur à succès.
06:25Un certain nombre de salariés, notamment de Camailleux, le voient même comme un sauveur de leur entreprise,
06:30puisque à Camailleux, ils avaient le choix entre deux projets et ils ont choisi à une immense majorité le projet
06:36de Michel-Ouayon.
06:37A l'époque, on voit également fleurir énormément d'articles de presse qui sont complètement dithyrambiques sur cet homme.
06:44Déjà, il a quelques échecs dont la presse ne parle pas, mais quelques échecs dans ses projets.
06:48Et par ailleurs, certains experts se demandent comment il va transformer, je cite, le plomb en or.
06:53C'est-à-dire comment est-ce qu'il va faire en partant d'entreprises qu'il a rachetées pour
06:571 euro,
06:57donc qui vont très très mal, pour les rendre rentables et bénéficiaires.
07:02Certains, à ce moment-là, dès 2018, sont relativement sceptiques.
07:05En 2022, fort de ses acquisitions, il se hisse à la 104e place dans le classement des plus grandes fortunes
07:11de France,
07:12dressée chaque année par le magazine Challenge.
07:14Sa filiale de distribution, HPB, s'empare de l'entreprise familiale Café-Legal du Havre en mars 2022.
07:22Et pendant l'été qui suit, l'avenir de Camailleux s'assombrit.
07:25En août 2022, la société est placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille.
07:31Il faut dire qu'en l'espace de deux ans, les dettes de Camailleux ont explosé,
07:35puisque quand il rachète cette entreprise à la barre du tribunal de commerce en 2020, les dettes sont effacées.
07:41Deux ans plus tard, on se rend compte que Camailleux a 250 millions d'euros de dettes, ce qui est
07:46un niveau abyssal.
07:48Donc certes, il y a eu entre-temps le Covid, les fermetures de magasins.
07:51Camailleux a essuyé une cyberattaque.
07:54Et certes, les banques commencent à ce moment-là à refuser de lui prêter de l'argent,
07:58parce que sa réputation commence à être assez mauvaise.
08:01Mais là n'est pas l'essentiel.
08:02Ce que me disent, en septembre 2022, tous les salariés et les cadres supérieurs que je rencontre,
08:08c'est qu'à aucun moment, Michel Ohaillon n'a accepté d'injecter de l'argent dans l'entreprise pour
08:13qu'elle soit relancée.
08:15Donc, en fait, les salariés du siège racontent qu'ils sont appelés par des fournisseurs,
08:18qui sont parfois en pleurs parce qu'ils ne sont pas payés.
08:21Camailleux est l'une des seules entreprises à ne payer que la moitié de ses loyers,
08:24alors que les autres sociétés continuent à payer les loyers.
08:28Et surtout, le plus important, c'est que les collections ne seront pas au rendez-vous dans les magasins,
08:32alors qu'il faut en général 8000 pièces pour faire tourner un magasin.
08:36La plupart des magasins et des boutiques Camailleux ne tournent qu'avec 4 ou 5 000 pièces,
08:40ce qui ne leur permet pas de faire suffisamment de chiffre d'affaires pour fonctionner, tout simplement.
08:44Après le redressement judiciaire, les salariés de Camailleux sont à ce moment-là dans l'attente d'une nouvelle audience
08:50au tribunal de commerce,
08:51fixée fin septembre. L'enseigne risque la liquidation judiciaire.
08:56Quand vous échangez avec ces salariés, Odile Pichon, quel est leur sentiment ?
08:59Le sentiment dominant, c'est qu'on leur a menti, qu'on leur a fait de fausses promesses.
09:03Ce que racontent aussi beaucoup de cadres supérieurs de l'entreprise,
09:06c'est que pendant des mois et des mois, ils ont voulu alerter l'équipe de dirigeants O'Hayon et
09:11Willem-Ebner,
09:12mais que ceux-ci ont jusqu'au bout sous-estimé, voire nié, toutes les difficultés financières de l'entreprise.
09:19Un événement montre d'ailleurs ce décalage total entre les salariés et l'équipe de dirigeants.
09:25Nous sommes en juillet 2021. Camailleux est la cible d'une énorme cyberattaque qui va durer plusieurs semaines
09:31et donc tout le monde est effondré au siège parce qu'un certain nombre de process ne fonctionnent plus.
09:34et l'équipe de dirigeants décide de maintenir quand même la journée du fun et de la créativité qu'ils
09:40avaient organisée.
09:41Et donc ce jour-là, il y a des DJs, il y a des fêtes, l'équipe de danse avec
09:45les stars, une partie, vient au siège.
09:48Il y a un barbecue géant.
09:50Willem-Ebner est déguisé en Batman, il passera sa journée déguisé en Batman.
09:54Et Michel Wayon qui fête ses 60 ans demande à tous les salariés de sortir dehors, de figurer un 60
09:59collectivement.
10:01Et un drone qui monte dans le ciel va immortaliser cette photo montrant un 60 pour son anniversaire.
10:07Quand ils se remémorent cette journée de fête, j'imagine qu'ils sont en colère ?
10:10Quand ils racontent cette journée, ils sont tous atterrés en disant nous, on était conscients qu'on allait dans le
10:16mur et que tout allait mal.
10:18Et cette volonté, parce que c'est une volonté de ne pas voir et de ne pas parler, surtout parce
10:23qu'ils le voyaient évidemment,
10:25de la situation catastrophique, les a tous énormément inquiétés ce jour-là.
10:29Odile Pichon, le mercredi 28 septembre, vous êtes au tribunal de commerce de Lille, basé à Tourcoing, dans le nord,
10:36où Camailleux doit être fixé sur son sort.
10:39Vers 17h, après 3h d'audience, les juges rendent leur décision.
10:44Quelle est-elle ?
10:45Ils décident de prononcer la liquidation judiciaire de l'entreprise,
10:49ce qui veut dire concrètement que les 511 magasins vont fermer,
10:52que l'entreprise va cesser toute activité et que 2600 salariés vont se retrouver au chômage.
10:58C'est l'un des plus gros plans sociaux de ces dernières années.
11:03Dans la salle d'audience, il y a tous les syndicalistes, il y a beaucoup de salariés, mais il y
11:08a aussi Michel Wayon.
11:09Tout de suite, dans l'ensemble du tribunal, les gens sont à la fois stupéfaits, furieux, désespérés.
11:15Il y a des salariés qui pleurent.
11:17Certains disent « vous êtes un voleur », d'autres disent « mais comment je vais nourrir mes enfants ?
11:21».
11:21Dans un premier temps, Michel Wayon reste très calme et leur dit
11:25« écoutez, aujourd'hui vous avez tout perdu, vous avez perdu votre boulot, donc j'accepte que vous soyez en
11:30colère contre moi ».
11:31Mais quand il voit que les gens continuent et sont très en colère, il devient extrêmement maladroit.
11:36Et il leur dit « écoutez, vous, vous avez perdu votre emploi, mais moi, dans cette histoire, je viens de
11:41perdre 43 millions d'euros ».
11:43Et là, il y a un tel décalage à nouveau que les gens s'arrêtent, il y a un demi
11:46-silence.
11:47Et il est entouré de deux hommes qui le prennent et qui vont l'amener extrêmement vite à l'extérieur
11:52du tribunal.
11:53En fait, ils l'exfiltrent.
11:54Et je vais me renseigner après.
11:56Et en fait, ces deux hommes sont d'anciens membres de ce qu'on appelait auparavant les renseignements généraux,
12:00qui sont là pour vérifier qu'il n'y a pas de dérapage.
12:03Mais c'est vrai qu'à un moment, on s'est dit que tout pouvait basculer.
12:06Après cette liquidation judiciaire de Camailleux, comment réagissent les salariés des autres enseignes, rachetées par Michel Ouyon ?
12:14Ils s'alarment d'autant plus que les faits sont récurrents d'une entreprise à l'autre.
12:18Et notamment, dans toutes ces entreprises, les fournisseurs ne sont pas payés et donc arrêtent de livrer.
12:24Et les magasins se retrouvent parfois avec des ruptures de stock.
12:27La plupart de ces syndicalistes décident à l'époque d'exercer ce qu'on appelle le droit d'alerte,
12:32qui est une procédure qui permet d'obtenir une photographie fiable, financière de l'entreprise,
12:38parce qu'évidemment, dès ce moment-là, ils n'ont plus aucune confiance dans leur direction
12:43et veulent avoir une idée précise de la situation.
12:47Odile Pichon, on en vient à cette année, le 13 janvier, vous révélez dans Le Parisien
12:52les deux sous troublants d'un contrat de sponsoring entre l'enseigne Gospor et un club de cyclisme,
12:59le vélo-club de Roubaix. De quoi s'agit-il exactement ?
13:02En janvier, je reçois effectivement la copie d'un contrat confidentiel entre HPB,
13:07qui est donc la filiale distribution de l'Empire de Michel Hoaillon,
13:10et ce vélo-club, le vélo-club de Roubaix.
13:13Il s'agit d'un contrat de sponsoring de trois ans.
13:16Pendant trois ans, tous les ans, le vélo-club recevra 600 000 euros,
13:19donc on est sur un budget de 1,8 million d'euros.
13:23Et plusieurs choses interpellent assez vite quand on regarde ce contrat.
13:26Le premier élément, ce sont les sommes en jeu, parce que le vélo-club de Roubaix
13:30n'est entre guillemets que en troisième division mondiale,
13:33et donc la plupart des contrats à ce niveau-là sont quand même bien moins importants,
13:37voire, ce que me disent certains experts à l'époque, il n'aurait pas dû y avoir de contrat.
13:42Le deuxième élément qui trouble ces experts que j'interroge, c'est qu'en fait,
13:46il n'y a pas de contrepartie, c'est-à-dire que souvent, quand on signe un contrat de sponsoring,
13:51il y a des contreparties en matière de ce qu'on appelle les plans médias,
13:55c'est-à-dire d'organisation d'événements sportifs qui permettent de donner une visibilité à GoSport,
14:01puisque les cyclistes du vélo-club ont des maillots GoSport, par exemple.
14:05Donc là, il n'y a pas de contrepartie de ce style,
14:08et il n'y a pas non plus, ce qui est encore plus troublant, de clause antidopage,
14:11alors qu'on est dans le monde du cyclisme et que c'est devenu complètement systématique.
14:15Mais vous repérez quelque chose d'encore plus troublant dans ces contrats ?
14:18Oui, c'est quand on regarde les signataires du contrat,
14:21le parrain qui est donc HPB est représenté par Samuel Halimi,
14:25qui est le directeur général d'HPB, donc jusque-là, tout est normal.
14:29En revanche, quand on regarde qui est le signataire pour le parrainer,
14:32donc au nom du vélo-club de Roubaix, on trouve Willem Obner,
14:35qui est donc par ailleurs le vice-président de HPB.
14:39C'est un peu comme si HPB s'était signé à lui-même un contrat,
14:43je vais me renseigner et me rendre compte qu'un mois plus tôt,
14:46juste avant la signature de ce contrat,
14:49Willem Obner a été intronisé président du vélo-club de Roubaix.
14:52Et ça, c'est potentiellement illégal ?
14:54On va parler à minima d'un mélange des genres,
14:56ensuite les investigations judiciaires diront comment elles qualifient ce genre de contrat.
15:01Ce qui est certain, c'est que quelques semaines plus tard,
15:03dans une interview à Challenge,
15:05alors qu'en général, il ne reconnaît pas ses erreurs,
15:07Michel Wayon a évoqué à propos de ce contrat, je cite, « une connerie ».
15:12Toujours au mois de janvier 2023, c'est au tour de GAP France et de Gospor,
15:17cette fois-ci, d'être placés en redressement judiciaire.
15:20Pour quelles raisons ?
15:21Ces deux sociétés se retrouvent également à leur tour en grande difficulté financière.
15:26Gospor notamment, on se rend compte, grâce au commissaire au compte,
15:29que 36 millions d'euros sont partis de la trésorerie de Gospor
15:33pour remonter au niveau du groupe, ce qui, a priori, n'était pas légal.
15:37Dans un premier temps, l'équipe de direction sous-entend à demi-mot
15:41que c'est parce qu'une partie de cet argent a permis d'aider Camailleux.
15:46Et ensuite, ce qu'ils expliquent, c'est que cet argent a permis en grande partie
15:49à Gospor à racheter GAP France,
15:52le même GAP France qui avait été racheté pour 1 euro symbolique
15:56à la barre du tribunal de commerce.
15:57Donc ça sous-entend en creux que la valeur de GAP France, en quelque temps,
16:02est passée de 1 euro à 30 millions d'euros,
16:04ce qui laisse tout le monde pantois.
16:06Comment réagit Michel Loyon à la suite de ses revers ?
16:09Dans un premier temps, sa stratégie, ça va être de ne quasiment pas répondre.
16:12Il se fait extrêmement discret.
16:15Il fait juste deux interviews sur cette période
16:18dans lesquelles il reconnaît très peu de choses
16:20et se défend en disant « je ne suis pas un faux soyeur d'entreprise, notamment ».
16:24Dans toute cette histoire, c'est Willem Bumner qui va payer les pots cassés
16:28puisque Willem Bumner, qui était à la tête de la filiale distribution de la FIB,
16:34apprend par voix de presse qu'il a été remercié par Michel Loyon.
16:39Fin janvier, Michel Loyon est lâché par ses propres porte-paroles.
16:43Oui, effectivement, à cette époque-là, les journalistes qui suivent ce dossier
16:46reçoivent tous un mail de l'agence Thomas Marco
16:48qui s'occupe de la communication de HPB, la filiale distribution de la FIB.
16:54Dans ce mail, l'agence annonce cesser toute collaboration
16:57de sa propre initiative avec le groupe de Michel Loyon
17:00en évoquant l'abandon du projet entrepreneurial d'origine de HPB
17:05mais aussi le contexte social et judiciaire de l'entreprise.
17:08Et l'agence ajoute, et au-delà, le montant de nos encours,
17:12ce qui veut dire que l'agence elle-même n'a pas été payée
17:14ou uniquement partiellement.
17:18Odile Plichon, le vendredi 17 février,
17:21le tribunal de commerce de Bordeaux confirme une information révélée
17:24dans la presse la veille, à savoir que la société mère de Michel Loyon,
17:28la FIB, est placée en redressement judiciaire.
17:32Pourquoi ?
17:32Michel Loyon doit déposer le bilan parce qu'on se rend compte
17:36qu'il doit notamment 200 millions d'euros à la Bank of China.
17:40Ce sont des sommes qu'il avait empruntées pour acquérir ou faire tourner ses hôtels
17:44et qu'il est totalement incapable de rembourser ses sommes astronomiques.
17:49C'est donc à partir de là le vaisseau amiral du groupe qui prend l'eau
17:52et on se demande dans quelle mesure cela avait impacté toutes les sociétés du groupe.
17:57Il se trouve que dans d'autres domaines,
17:58la réputation de l'homme d'affaires a fini aussi par se ternir ces derniers temps.
18:03Oui, parce qu'au fil de ces révélations qui s'accélèrent,
18:06on apprend dans la foulée que Michel Loyon avait également des écoles de commerce
18:10dont certaines sont en grande difficulté, voire en cessation de paiement également.
18:15Le Parisien s'est aussi penché sur un gros projet immobilier à Marseille
18:18qui s'appelle le BAO, qui est le projet d'un immeuble de standing,
18:22où en fait, une fois de plus, donc cette fois-ci, ce sont les entrepreneurs
18:26dont une partie n'a pas été payée qui ont cessé les travaux.
18:30Le chantier est à l'arrêt depuis plusieurs années,
18:32ce qui plonge les acquéreurs dans une grande difficulté financière
18:36puisque comme ils ont acheté sur plan,
18:38ils ont souvent payé 90% des sommes qui sont dues.
18:41Donc il y a beaucoup de détresse humaine une fois de plus.
18:45Odile Pichon, depuis le 27 février,
18:47on sait que le parquet de Paris s'est saisi d'une enquête
18:50qui vise Michel Loyon pour des soupçons d'abus de biens sociaux notamment.
18:54Mais pas seulement, ça pourrait être plus grave que ça.
18:57Oui, parce que la juridiction nationale
18:58qui est en charge de la lutte contre la criminalité organisée
19:01qui s'appelle la Junalco,
19:03annonce l'ouverture d'une enquête préliminaire sur une possible,
19:06je cite, escroquerie en bande organisée.
19:09On entre donc là vraiment dans une nouvelle dimension.
19:12Elle va expertiser le patrimoine,
19:14et notamment le patrimoine immobilier de Michel Loyon,
19:17et elle va passer au clip toutes les sociétés du groupe,
19:20y compris, je précise, celles qui ont été liquidées comme camailleux.
19:23Pour les salariés de camailleux que j'ai rencontrés,
19:26il s'agit d'une véritable revanche,
19:28parce que quand on les avait rencontrés en septembre ou en octobre,
19:32beaucoup se posaient beaucoup de questions sur l'endettement massif,
19:36sur un possible enrichissement des dirigeants,
19:39et ils demandaient à la justice d'investiguer.
19:42Pour eux, je pense que c'est donc une grande satisfaction.
19:46Derrière ces investigations et les difficultés de la société mère de Michel Loyon,
19:52la FIB, ce sont des milliers d'emplois qui sont menacés aujourd'hui ?
19:55Oui, parce que quand on additionne le nombre de salariés de camailleux,
20:00Gospor, GAP, on arrive déjà à 5 800 salariés,
20:04sans compter les hôtels et tout ce qui est immobilier commercial,
20:09qui était le cœur de métier de Michel Loyon au départ.
20:12Le nombre de salariés concernés est tellement important
20:15que ce dossier est évidemment suivi de très près par Bercy.
20:30Merci à Odile Plichon.
20:31Cet épisode de Code Source est réalisé par Julien Moukoukiol.
20:34N'oubliez pas de vous abonner à Code Source sur votre plateforme d'écoute préférée.
20:39Nous publions un nouvel épisode chaque soir, du lundi au vendredi.
20:42Si vous voulez nous écrire, c'est possible sur Twitter,
20:46ou bien à cette adresse,
20:47code source at leparisien.fr
20:50Sous-titrage Société Radio-Canada
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