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Un ADN retrouvé sur une balle pourrait relancer l’enquête sur l’affaire du « monstre de Florence », un tueur en série qui a terrifié l’Italie jusqu’au début des années 1980.
Le 9 septembre 1985, les corps de deux français sont retrouvés près de Florence, en Italie. Nadine Mauriot et son petit ami Jean-Michel Kraveichvili, 36 et 25 ans, ont été assassinés et le corps de la jeune femme a été mutilé. Les enquêteurs italiens reconnaissent le mode opératoire d’un tueur en série qui sévit depuis les années 1970, surnommé le « monstre de Florence ». En tout, 8 couples ont croisé sa route et aucun n'a survécu.
Au début du mois d’août 2024, près de 40 ans après les derniers meurtres et après plusieurs procès retentissants, l’avocat de plusieurs familles de victimes a annoncé qu'un ADN a pu être retrouvé sur une des balles du tueur. Il demande à présent à ce que deux des victimes soient exhumées, afin de pouvoir procéder à des comparaisons.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : INA
#crime #crimestory #coldcase
Le 9 septembre 1985, les corps de deux français sont retrouvés près de Florence, en Italie. Nadine Mauriot et son petit ami Jean-Michel Kraveichvili, 36 et 25 ans, ont été assassinés et le corps de la jeune femme a été mutilé. Les enquêteurs italiens reconnaissent le mode opératoire d’un tueur en série qui sévit depuis les années 1970, surnommé le « monstre de Florence ». En tout, 8 couples ont croisé sa route et aucun n'a survécu.
Au début du mois d’août 2024, près de 40 ans après les derniers meurtres et après plusieurs procès retentissants, l’avocat de plusieurs familles de victimes a annoncé qu'un ADN a pu être retrouvé sur une des balles du tueur. Il demande à présent à ce que deux des victimes soient exhumées, afin de pouvoir procéder à des comparaisons.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Raphaël Pueyo pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Au début des années 80, un tueur en série terrorise l'Italie, c'est le monstre de Florence.
00:18A chaque fois, il suit le même mode opératoire, il s'attaque la nuit à de jeunes couples isolés dans
00:24les collines de Florence,
00:25armés d'un couteau et d'un Beretta de calibre 22.
00:28En tout, 8 couples ont croisé sa route et aucun d'entre eux n'a survécu.
00:33Près de 40 ans après son dernier meurtre et après plusieurs procès retentissants,
00:37le monstre de Florence continue d'obséder l'Italie.
00:40Cette année, l'enquête a même été relancée, des traces ADN ont été retrouvées sur l'une des balles du
00:46tueur.
00:47Aujourd'hui dans Codesources, retour sur l'une des plus grandes affaires criminelles d'Italie
00:51avec Nicolas Jacquard, journaliste au service police-justice du Parisien.
01:09Notre récit débute le mardi 10 septembre 1985 à Pontarlier dans le Doubs.
01:15Salvatore Mogheri, 27 ans et surveillant dans un lycée.
01:18Et ce matin-là, Nicolas Jacquard, comme à son habitude, il achète l'édition du jour de l'Est républicain.
01:23Oui, et sur la une de ce quotidien local, il découvre effaré la photo de Jean-Michel Kraveshvili, 25 ans.
01:32Jean-Michel était l'ami d'enfance de Salvatore Mogheri.
01:36Ils ont passé leur adolescence ensemble.
01:39Ils jouaient de la musique ensemble dans un groupe de jazz qui s'appelait Vendredi 13.
01:44Et aux côtés de la photo de Jean-Michel, il y a celui de Nadine Morio, sa compagne, de 9
01:50ans, son aîné.
01:50Et le journal local, l'Est républicain, annonce qu'ils ont été assassinés en Italie.
01:56Nicolas Jacquard, en lisant l'article de l'Est républicain, que découvre Salvatore Mogheri ?
02:01Alors, il découvre une scène de crime particulièrement terrible,
02:07puisque Jean-Michel et sa compagne étaient partis pour quelques jours de vacances en Italie.
02:13Ils avaient stationné aux environs de la ville de Florence.
02:17Et on voit sur les photos de la scène des crimes qui sont sorties très vite,
02:22on voit la golfe blanche de Nadine, on voit la tente qu'avait plantée le couple.
02:27Et on devine même, sur certaines de ces photos, il faut se replonger dans le contexte de l'époque,
02:32où on n'avait pas, j'allais dire, la prévention d'aujourd'hui, on devine les corps du couple.
02:36Le corps de Jean-Michel est retrouvé nu, criblé de plusieurs coups de couteau.
02:41Nadine a, elle, été exécutée d'une balle en pleine tête.
02:44Détail macabre, son corps a été atrocement mutilé après sa mort.
02:48Son pubis et son sein gauche ont été prélevés par le tueur.
02:52Nicolas Jacquard, tous ces indices retrouvés sur la scène de crime, interpellent les enquêteurs italiens.
02:57Oui, on n'est absolument pas sur un fait divers, j'allais dire, terrible, mais isolé.
03:03On est sur un crime qui, d'emblée, s'inscrit dans une série.
03:07Dès le départ, la presse italienne parle du monstre de Florence, un tueur en série qui a pris l'habitude
03:14d'assassiner les couples dans les environs de Florence, justement.
03:18Et il semble, au vu des premiers éléments recueillis sur la scène de crime, que Jean-Michel et Nadine sont
03:23les dernières victimes en date du monstre.
03:27Dans les années qui suivent, Salvatore Mogheri reste hanté par cette affaire qui va l'obséder, au point de vouloir
03:33mener sa propre enquête sur le monstre de Florence.
03:35Nicolas Jacquard, on va revenir avec vous sur l'enquête de Salvatore Mogheri et sur les nouveaux indices qui ont
03:41été révélés cet été dans la presse.
03:43Mais d'abord, on va reprendre cette affaire depuis le début.
03:45Tout commence le samedi 6 juin 1981 sur les hauteurs de Florence, en Italie.
03:51Oui, on est donc dans cette région de Toscane, une région connue plutôt pour sa douceur de vivre.
03:57Et tout commence en 1981, ce jour de juin 1981, où sur les hauteurs de la ville, un premier couple
04:06assassiné va être trouvé.
04:08C'est un policier qui fait cette macabre découverte. Il était allé se promener avec son fils de 4 ans.
04:14Et là, il découvre d'abord un sac à main et puis il poursuit ses investigations.
04:18Il va tomber sur un premier corps, un deuxième corps, une voiture qui était là.
04:24Il apparaîtra en fait qu'il s'agit d'un couple de la vingtaine qui se prénommait Carmela et Giovanni.
04:30Un couple officiellement fiancé qui devait aller ce samedi soir en discothèque.
04:35Et puis qui avait fait une pause dans cette campagne italienne pour un moment d'intimité.
04:40Et c'est là qu'il a été tué.
04:43Quels sont les indices retrouvés par les enquêteurs sur la scène de crime ?
04:47On a d'abord des douilles.
04:49Des douilles de la marque Winchester qui sont assez caractéristiques puisqu'à cette époque-là, elles sont frappées d'un
04:55hache sur le culot.
04:57Un hache absolument caractéristique.
04:59On a également les corps qui sont atrocement mutilés et notamment celui de Carmela.
05:05Le pubis de la jeune femme a été prélevé post-mortem.
05:09Et d'entrée de jeu, les enquêteurs ont la conviction qu'ils ont affaire à un monstre de sang-froid,
05:16à quelqu'un qui n'a pas failli lorsqu'il a découpé le corps de Carmela.
05:21D'ailleurs, les médecins légistes préciseront à ce moment-là qu'il a fait d'un geste absolument sûr et
05:25avec un sang-froid total.
05:28Dans les jours qui suivent, un article publié dans un journal local attire l'attention des enquêteurs.
05:33Oui, parce que cet article fait un parallèle avec un premier crime qui a vu lieu en 1974.
05:40On avait aussi un couple qui a été massacré dans des conditions relativement similaires.
05:45Encore une fois, on est sur les hauteurs de Florence, dans la campagne toscane.
05:49On est avec un couple de jeunes gens qui avaient là encore voulu s'isoler.
05:54Les enquêteurs vont être obligés de se rendre compte qu'ils ont affaire à une série.
05:57Nicolas Jacquard, ce qui attire l'attention des enquêteurs sur ces deux meurtres, c'est qu'il n'y a
06:02pas de traces de viol sur le corps des deux femmes.
06:04Oui, le tueur procède en d'abord éliminant soit la jeune femme, soit son compagnon.
06:10Il va ensuite, on l'a dit, mutiler les corps des jeunes femmes.
06:14Mais à chaque fois, il n'y a pas eu de viol, il n'y a pas eu d'agression
06:17sexuelle.
06:18On a l'impression que ce tueur est plutôt un voyeur qui va chercher ses proies la nuit,
06:24qui va attendre justement qu'un couple s'isole en voiture dans la campagne pour ensuite passer à l'action.
06:30Les enquêteurs prennent cet article très au sérieux, à tel point qu'ils décident de faire des comparaisons balistiques entre
06:36les deux scènes de crime.
06:37Oui, et les résultats de ces comparaisons tombent assez rapidement.
06:40L'arme utilisée dans chacun de ces crimes est vraisemblablement la même.
06:45On parle d'un pistolet de marque Beretta de calibre 22 long rifle.
06:49Et quand on compare les douilles retrouvées sur les deux scènes de crime,
06:53il apparaît là encore qu'elles ont été tirées par la même arme.
06:57Quelques mois plus tard, le vendredi 23 octobre 1981,
07:01Susanna Camby, 24 ans, et Stefano Baldi, 26 ans, sont tués dans les mêmes conditions,
07:06sur les hauteurs de la ville, dans un endroit isolé, poignardé et criblé de balles de calibre 22.
07:11Le corps de Susanna Camby a lui aussi été mutilé après sa mort.
07:15La presse italienne en est maintenant convaincue.
07:18Un tueur en série rôde dans les collines de Florence.
07:20Elle lui donne même un nom, le monstre de Florence.
07:24Nicolas Jacquard, quelles sont les pistes privilégiées par les enquêteurs ?
07:27Les pistes vont être absolument légions.
07:31On a une dizaine de personnes qui seront interpellées, dont la plupart seront mises hors de cause.
07:36On a même Mario Spezzi, qui est un des journalistes les plus célèbres ayant travaillé sur le monstre,
07:43qui a publié un ouvrage de référence, qui sera lui-même un temps soupçonné.
07:47On a même certains enquêteurs qui partiront sur une piste ésotérique,
07:51en ayant la conviction qu'on avait affaire à plusieurs petites mains,
07:55qui travaillaient pour un réseau occulte.
07:57Voilà, on a dans cette piste-là un médecin, un pharmacien qui seront inquiétés
08:01avant d'être mis hors de cause, comme d'autres l'ont été avant eux.
08:04Durant l'été 1982, le monstre de Florence frappe à nouveau,
08:09cette fois au nord de la ville.
08:10Un couple est retrouvé massacré dans leur voiture.
08:13A ce moment-là, les policiers sont dans l'impasse,
08:15et contre toute attente, c'est une lettre anonyme qui va venir relancer l'enquête.
08:20Un courrier reçu par les enquêteurs,
08:23qui contient un article du journal italien La Nation,
08:27avec cette phrase qui dit « Vous devriez vous intéresser à cette affaire ».
08:32Et en fait, cette affaire que le courrier anonyme pointe,
08:36c'est un premier crime qui a eu lieu 14 ans plus tôt,
08:39c'est-à-dire qu'on remonte cette fois au 22 août 1968,
08:45et à cette époque-là, déjà, un premier couple était assassiné.
08:50Barbara, 32 ans, et son amant Antonio, 29 ans,
08:53qui avaient été, comme à chaque fois, retrouvés morts dans leur voiture.
08:57Et les enquêteurs, très vite, vont avoir le sentiment que ce courrier dit vrai,
09:02et que ce premier crime de 1968, pourrait lui aussi être attribué au tueur.
09:07Et donc, sur quoi débouche cette nouvelle piste ?
09:09Alors, cette piste, on va très vite la qualifier de « piste sarde »,
09:14du nom de cette communauté originaire de l'île de Sardaigne,
09:17parce que Barbara était sarde, son amant également.
09:22Et assez rapidement, les enquêteurs vont partir sur la piste d'un crime conjugal.
09:28Ils vont se demander si ce n'est pas le mari de Barbara,
09:32qui aurait voulu éliminer sa femme et son amant.
09:36Et en investiguant sur le mari potentiellement jaloux, trompé et potentiellement meurtrier,
09:43un autre personnage va apparaître, qui s'appelle Francesco Vinci.
09:47C'est également un sarde, qui est réputé extrêmement violent.
09:51Et surtout, il aura été vu à plusieurs reprises,
09:55à proximité de certains des crimes du monstre.
09:58Francesco Vinci est arrêté et placé en détention provisoire.
10:02Avec le sarde derrière les barreaux, les enquêteurs pensent en avoir fini,
10:05avec le monstre de Florence.
10:07Mais le samedi 10 septembre 1983,
10:11deux nouveaux corps sont retrouvés au sud de la ville.
10:13Oui, et c'est justement cette tragique réalité qui va disculper le sarde emprisonné,
10:19puisque ce jour de septembre 1983,
10:23c'est à nouveau un couple qui est assassiné sur les hauteurs de Florence,
10:28avec cette particularité qu'il s'agit d'un couple de touristes allemands,
10:32un couple gay qui avait stationné son combi Volkswagen à l'écart de la ville.
10:37Et assez rapidement, du fait du mode opératoire,
10:40les enquêteurs pensent qu'ils ont affaire à nouveau au monstre de Florence,
10:44mais que le monstre se serait trompé,
10:46que de l'extérieur il aurait vu les cheveux longs de l'un des garçons
10:50et qu'il aurait pensé qu'il s'agissait d'un couple hétérosexuel.
10:53Et puis, encore une fois, en 1984, le monstre frappe à nouveau.
10:59Cette fois, c'est un couple d'Italiens,
11:01avant que le 8 septembre 1985, au lieu dit les Scopetti,
11:07soient retrouvés les corps de Jean-Michel et Nadine.
11:10On est encore une fois sur les hauteurs de Florence.
11:13On est à 50 mètres du cimetière américain de Florence,
11:18dans un endroit très isolé, un petit peu au milieu des broussailles et de la nature.
11:22Et c'est donc là que vont être découverts les corps de Nadine et Jean-Michel.
11:27Pour la huitième fois en 17 ans, celui que l'on appelle le monstre de Florence a tué.
11:32Ces dernières victimes, deux touristes français qui campaient près de Cassiano,
11:36à une dizaine de kilomètres de la ville.
11:38Le couple, originaire du Doubs, s'était installé à l'orée d'une pinède.
11:43D'après la police, le crime a eu lieu dimanche.
11:45L'homme s'est approché un fusil à la main et a tiré à bout portant.
11:49Le corps de la jeune fille a été mutilé, la signature du tueur.
11:55Nicolas Jacquard, est-ce que cette nouvelle enquête permet de dégager de nouvelles pistes ?
11:59Eh bien malheureusement, pas vraiment.
12:01Parce que cette enquête, dès le départ, elle va montrer un sommet d'amateurisme.
12:06Parce que d'entrée de jeu, comme à chaque fois, la scène de crime est piétinée,
12:12labourée par les enquêteurs, par également les journalistes, les photographes.
12:16Tout le monde se précipite sur place.
12:17Aucune précaution n'est prise.
12:20On va voir que c'est seulement plusieurs jours après que des badauds,
12:24des curieux, qui venaient là un petit peu comme en pèlerinage,
12:27vont trouver des gants chirurgicaux, vont trouver un mouchoir taché de sang.
12:31Ce que les enquêteurs n'auront pas vu.
12:33On verra ensuite que la Golfe de Nadine,
12:36elle est rendue deux jours après la découverte des corps seulement
12:40au frère de Jean-Michel qui est venu sur place.
12:43Et cette voiture, pourtant, c'est une véritable pièce à conviction.
12:46D'abord parce qu'il y a des traces de sang qui figurent sur le rétroviseur.
12:50Et puis surtout, elle va permettre de dater le moment du crime.
12:55Les enquêteurs italiens pensent que le crime a eu lieu dans la nuit
12:59qui précède la découverte des corps.
13:01Et en fait, ce sont les proches de Jean-Michel qui vont trouver dans la voiture
13:06un certain nombre de tickets de caisse que Nadine conservait,
13:08qui permettent de retracer le périple du couple jusqu'en Italie.
13:13Et ces tickets de caisse s'arrêtent le vendredi précédent.
13:17Donc très clairement, il y a eu une erreur des enquêteurs et des légistes
13:20dans la datation du crime qui, a priori, a eu lieu deux jours avant
13:25ce qui était dit dans un premier temps.
13:28À ce moment-là, le monstre de Florence n'en a pas fini avec les enquêteurs.
13:31Dans les jours qui suivent, Nicolas Jacquard, il va aller jusqu'à mettre en scène son crime.
13:36Oui, et encore une fois, c'est par le biais d'un courrier, une lettre anonyme
13:40qui correspond, on peut dire, au cliché qu'on a en tête des lettres anonymes
13:44avec une adresse qui est faite de lettres découpées dans un magazine,
13:49collées les unes à côté des autres.
13:51Et puis surtout, à l'intérieur de ce courrier qui a été envoyé à la procureure
13:56en charge de l'enquête sur la mort de Nadine et Jean-Michel,
13:59on va trouver un morceau de peau, un morceau du sein gauche de Nadine
14:04que le tueur avait prélevé.
14:06À la sortie de l'autoroute, quand on va à Florence, on reçoit un ticket,
14:10son reste, mais aussi un prospectus.
14:13Ce prospectus est surtout destiné aux couples, légitimes ou pas.
14:17Le prospectus dit ceci en cinq langues.
14:20Attention, jeunes gens, danger, risque d'agression.
14:25Nicolas Jacquard, que donne l'enquête dans les années qui suivent ?
14:28Le meurtre de Jean-Michel et Nadine est le dernier du monstre.
14:32On n'entendra plus parler de lui après la mort des deux Français.
14:36Si la série s'arrête, par contre, l'enquête se poursuit.
14:40Elle va prendre des proportions absolument hors normes.
14:43On a un dossier qui sera fort de près de 56 000 pages.
14:48Les enquêteurs italiens sont toujours dans le flou.
14:51Ils vont même, en 1989, aller demander l'aide du FBI
14:55qui va établir un portrait psychologique de ce tueur en série.
15:00Le FBI penche pour un tueur solitaire, un tueur de sang-froid,
15:05quelqu'un qui a l'habitude des armes,
15:07quelqu'un qui habite la région et qui connaît parfaitement les lieux de ses crimes.
15:12Des milliers de témoins seront interrogés.
15:14On aura même, à un moment, une équipe d'enquêteurs spécialement dédiée aux monstres,
15:19la SAM, la Squadra Anti-Mostro.
15:21Mais ce n'est pas pour ça que le monstre sera formellement identifié.
15:29Après plusieurs années de fausses pistes,
15:31en 1992, un paysan toscan, suspecté d'être le monstre de Florence,
15:37est finalement arrêté par la police italienne, Pietro Paciani.
15:41Cet homme presque souriant dans une voiture de police banalisée,
15:44c'est Pietro Paciani.
15:46Selon le ministère public italien, ce serait le monstre de Florence.
15:50Paciani, c'est un homme perdu.
15:52C'est quelqu'un qui est d'abord alcoolique,
15:55c'est un personnage assez rustre,
15:58c'est un paysan,
15:59quelqu'un sans beaucoup d'instructions,
16:02et puis surtout un mari violent et un pervers,
16:05puisqu'on découvrira après coup qu'il violait ses deux filles.
16:07Pourquoi les enquêteurs sont convaincus de tenir le monstre de Florence ?
16:11Parce que d'abord, il y a une lettre anonyme qui va accuser ce Paciani.
16:18Ils vont effectuer des fouilles à son domicile,
16:21une première perquisition.
16:23Le regard du commissaire en charge des fouilles sera attiré,
16:28dit-il, par un éclat lumineux dans le jardin,
16:30à une distance quand même assez importante.
16:32Et quand on va fouiller,
16:34on va découvrir qu'il y a une douille qui correspond aux douilles utilisées par le monstre.
16:38Alors, disons-le tout de suite,
16:39certains penseront que la douille a été placée là,
16:42par le commissaire qui voulait absolument un coupable.
16:44Et puis, on le disait,
16:46il y a cette personnalité maniaque de Paciani
16:49qui pourrait correspondre à un assassin en puissance,
16:51de même que sa proximité géographique,
16:54puisqu'il habite dans la région non loin de certains des crimes.
16:58Au terme d'un procès très médiatisé qui aura passionné l'Italie,
17:02le 1er novembre 1994,
17:05Pietro Paciani est condamné à la prison à perpétuité
17:07par la cour d'assises de Florence.
17:09Mais deux ans plus tard,
17:11le paysan toscan est finalement acquitté.
17:13Pourquoi Nicolas Jacquard ?
17:15Parce que, quand on reprend l'ensemble des crimes,
17:18il y en a certains pour lesquels
17:19une culpabilité de Paciani ne colle pas.
17:23Alors, à ce moment-là,
17:24certains enquêteurs vont estimer,
17:27vont mettre en scène, pourrait-on dire,
17:28que Paciani, pour commettre ces crimes,
17:31a eu l'aide de deux complices,
17:33qui s'appellent Giancarlo Lotti et Mario Vanni.
17:36Et à ce moment-là,
17:39on va estimer qu'il y a donc trois criminels,
17:42que le monstre a donc en quelque sorte trois têtes.
17:45Mais dans un procès en appel,
17:48Paciani va être acquitté,
17:49parce que manifestement,
17:51il y a certains des crimes du monstre
17:52qu'il n'a pas pu commettre,
17:53d'où cet acquittement au procès en appel.
17:5618h30, hier soir,
17:57un fourgon des carabiniers
17:59quitte la prison de Florence.
18:00À son bord,
18:01Pietro Paciani,
18:02le monstre de Florence,
18:04destination inconnue,
18:05peut-être un couvent.
18:07Sa femme, en tout cas,
18:08a déjà fait savoir qu'elle n'en voulait plus.
18:10Quelques heures auparavant,
18:11la cour d'appel avait rendu son verdict.
18:13Paciani a quitté.
18:17Les avocats de l'accusé se congratulent.
18:21Coup de théâtre,
18:22en décembre 1996,
18:24la cour de cassation annule le jugement
18:26de la cour d'appel.
18:27Celui qui est présenté comme le monstre de Florence
18:30doit donc être rejugé.
18:31Mais le dimanche 22 février 1998,
18:35quelques jours avant son troisième procès,
18:37Pietro Paciani est retrouvé mort chez lui
18:39dans sa maison près de Florence.
18:41Selon l'autopsie,
18:42il a été victime d'une crise cardiaque.
18:44Nicolas Jacquard,
18:46est-ce que pour la justice italienne,
18:47le dossier du monstre de Florence
18:49est définitivement refermé ?
18:51Alors, d'une certaine manière, oui,
18:52puisqu'on le disait,
18:53il y a eu cette condamnation
18:55des complices de Paciani.
18:56Mais pour tous les spécialistes du monstre,
18:58très clairement,
18:59l'affaire n'a pas un point final
19:01avec ces condamnations-là.
19:03Aujourd'hui, l'affaire est toujours ouverte.
19:06C'est-à-dire que des avocats,
19:08des témoins,
19:09des familles de victimes
19:10peuvent demander officiellement
19:12qu'un acte soit effectué.
19:14Mais avec cette condamnation,
19:16on a le sentiment que la justice italienne
19:18a voulu absolument un coupable,
19:20voire des coupables,
19:22et que pour elle,
19:22elle en a fini avec le monstre,
19:24même si ce n'est pas le cas.
19:30Pour Salvatore Mogheri,
19:32cette affaire est loin d'être terminée.
19:33Je le rappelle,
19:34il était l'ami de Jean-Michel Cravejvili,
19:37ce Français de 25 ans
19:38qui est la dernière victime connue
19:40à ce jour du monstre de Florence.
19:42Depuis presque 30 ans maintenant,
19:43Salvatore Mogheri mène sa propre contre-enquête.
19:46Il en a même tiré un livre
19:47paru cet été aux éditions Ovadia.
19:50D'abord, Nicolas Jacquard,
19:51pourquoi est-ce qu'il ne croit pas
19:52à la thèse officielle,
19:54celle qui présente
19:55Pietro Paciani et ses complices,
19:57comme le monstre de Florence ?
19:58Parce que Salvatore est convaincu
20:00qu'en fait,
20:01le monstre n'est qu'un seul et même homme,
20:04un tueur solitaire.
20:05Et pour Salvatore,
20:06ça ne colle pas
20:07avec le profil de ses trois hommes,
20:09donc Pietro Paciani
20:10et ses deux complices,
20:11qui sont des alcooliques,
20:14des personnages très rustres,
20:15à l'intelligence relativement limitée.
20:18Pour lui,
20:18il était indispensable
20:21pour les autorités italiennes
20:23d'avoir un coupable,
20:25voire des coupables,
20:26mais que le fait d'établir la vérité
20:30dans ses crimes
20:31passait au second plan.
20:32Aujourd'hui,
20:33quelle est la thèse privilégiée
20:34par Salvatore Mogheri ?
20:36Il y a un personnage
20:37qui est apparu
20:39dans le cadre de l'enquête,
20:41qui est un ancien légionnaire,
20:44donc un Italien
20:45qui s'était engagé
20:46dans la Légion étrangère française,
20:48dont le profil
20:49correspond justement parfaitement
20:51à cette image
20:52d'un tueur isolé.
20:54C'est quelqu'un
20:54qui a fait plusieurs guerres,
20:55l'Indochine, l'Algérie,
20:57qui se targue
20:58d'avoir tué,
20:59assassiné,
21:00torturé
21:01des dizaines
21:02et des dizaines
21:02de Vietnamiens
21:03et d'Algériens.
21:05Et son nom
21:06va apparaître,
21:07il y a encore une fois
21:08des perquisitions
21:09qui vont être effectuées,
21:11mais à chaque fois,
21:12on a l'impression
21:13que la justice italienne
21:14va passer à côté
21:15de cette piste
21:15pourtant prometteuse
21:17parce que justement,
21:18à ce moment-là,
21:19elle aura eu
21:19d'autres suspects
21:21dans sa ligne de mire,
21:22à commencer par Paciani,
21:23et que cette piste
21:24du légionnaire,
21:25elle n'aura pas été fouillée
21:26autant peut-être
21:27qu'elle aurait dû l'être.
21:28Et malheureusement,
21:29ce légionnaire
21:30qui lui-même,
21:31d'ailleurs,
21:31par provocation,
21:33se répandait
21:33dans les médias italiens
21:34pour dire
21:35« Ah oui,
21:35c'est peut-être
21:36moi le tueur,
21:37j'avais une lancière rouge
21:38comme celle
21:39qui avait été vue
21:39à proximité
21:40de certaines scènes de crime. »
21:42Eh bien,
21:43ce légionnaire
21:44est mort l'année dernière
21:45à 93 ans.
21:46Nicolas Jacquard,
21:47l'affaire a connu
21:48plusieurs rebondissements
21:49ces dernières années.
21:50L'un des dernières en date
21:51remonte à 2014.
21:52On a un plombier
21:54qui a arrêté
21:55à Florence
21:56pour avoir
21:56sauvagement
21:57assassiné
21:58une prostituée
21:59pour en avoir
22:00agressé
22:00très violemment
22:01six autres
22:02et dès le départ,
22:04la presse italienne
22:05va penser
22:05que ce plombier
22:06pouvait être
22:07le monstre
22:08mais malheureusement
22:09pour la résolution
22:10de l'énigme du monstre,
22:12eh bien en fait,
22:12le plombier
22:13n'était que
22:14le meurtrier
22:14de ses propres crimes
22:16mais il n'avait rien à voir
22:17avec la série
22:18des années 80.
22:21Durant son enquête,
22:22Salvatore Mogieri
22:23a pu travailler
22:24avec un autre spécialiste
22:25du monstre de Florence.
22:26Il s'appelle
22:27Vieri Adriani
22:28et il a fait
22:29une découverte
22:30inattendue
22:30en 2015.
22:32Alors Vieri Adriani,
22:34c'est un avocat
22:34qui travaille
22:35sur le dossier
22:35du monstre
22:36depuis 20 ans
22:37et il est aussi
22:38officiellement
22:39l'avocat
22:40de certaines familles
22:41des victimes
22:42dont celle
22:42des victimes
22:43françaises
22:44du monstre.
22:44Il a repris
22:45l'intégralité
22:46du dossier
22:47à sa disposition
22:48et en 2015
22:49il va s'interroger
22:51à la lecture
22:52du rapport
22:53d'enquête
22:53sur le crime
22:54visant Jean-Michel
22:55et Nadine
22:56parce qu'il se rend compte
22:58qu'en fait
22:58si l'on compare
22:59le nombre de balles
23:00recueillies
23:01sur la scène de crime
23:02au nombre de douilles
23:03il manque
23:04l'une de ces balles.
23:05A force
23:06de pression
23:07sur la justice italienne
23:09il va demander
23:10à ce que
23:10les scellés
23:11soient à nouveau
23:12expertisés
23:13et l'on va retrouver
23:14la balle en question
23:16dans le coussin
23:17qui était dans
23:18l'attente
23:18du couple
23:19de français
23:20et il va faire
23:21analyser
23:21à ses frais
23:22cette balle
23:22par différents spécialistes.
23:24Cette année
23:25au mois d'août
23:25Vieri Adriani
23:27annonce à la presse
23:27qu'un ADN
23:28a pu être identifié
23:29sur cette balle
23:30le même ADN
23:31qui a été retrouvé
23:32sur des munitions
23:33utilisées par le tueur
23:34pour d'autres meurtres
23:35il annonce aussi
23:36vouloir exhumer
23:37le corps de deux victimes
23:38en France
23:39et en Italie.
23:40Oui parce que
23:41la réflexion
23:42et la conviction
23:43de l'avocat
23:45Vieri Adriani
23:45c'est que
23:46de l'ADN
23:47potentiellement
23:48du tueur
23:48peut aussi subsister
23:50sur les corps
23:51de certaines
23:51de ses victimes
23:52notamment sur
23:54le corps
23:54de deux victimes
23:55qui sont
23:56la petite Stéphania
23:5718 ans
23:58dont on avait déjà parlé
23:59et également
24:00Jean-Michel Kravishvili
24:01le français
24:02parce que
24:02ces deux victimes
24:04ont la particularité
24:05d'avoir lutté
24:06avec le tueur
24:07et donc potentiellement
24:08il pourrait rester
24:09de l'ADN
24:10du monstre
24:11sous les ongles
24:12de ces deux victimes.
24:14Nicolas Jacquard
24:15est-ce que
24:15cette procédure
24:16a une chance
24:17d'aboutir aujourd'hui ?
24:18C'est très compliqué
24:19de le dire
24:19d'abord parce qu'il y a
24:20des obstacles juridiques
24:22est-ce que
24:23la justice italienne
24:25en premier lieu
24:26autorisera
24:27l'exhumation
24:27du corps de Stéphania
24:29est-ce que
24:29la justice française
24:31pourrait autoriser
24:31la même chose
24:32en France
24:33est-ce que
24:34les familles
24:35aujourd'hui
24:35sont prêtes
24:36à une telle exhumation
24:38on peut dire
24:39par contre
24:39que la cousine
24:41de Stéphania
24:41qui est le seul membre
24:43de sa famille
24:43encore vivante
24:44aujourd'hui
24:45s'est prononcée
24:46dans le quotidien italien
24:47à la républica
24:48pour une telle exhumation
24:49en disant que
24:50s'il y a la moindre chance
24:51d'identifier le monstre
24:53et donc l'auteur
24:53du meurtre de Stéphania
24:55elle était prête
24:56à arriver
24:56à de telles extrémités.
25:06Merci à Nicolas Jacquard
25:08Cet épisode de Codesource
25:10a été produit
25:10par Clara Garnier-Amourou
25:12réalisation
25:13Julien Moncouquiole
25:14Codesource
25:15est le podcast
25:16d'actualité
25:17du Parisien
25:17et puis
25:18n'oubliez pas
25:19notre deuxième podcast
25:20Crime Story
25:21chaque samedi
25:22Claudia Prolongeau
25:23vous raconte
25:23une grande affaire criminelle
25:25avec Damien Nelsoni
25:26le chef du service
25:27police-justice du Parisien.
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