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6 ans après une série de vols avec violences à Brétigny-sur-Orge (Essonne), la police n'a toujours pas identifié de suspect. Irène Frain, dont la sœur est morte des suites de blessures infligées par le cambrioleur, veut relancer l'enquête. Témoignage.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

#coldcase #faitsdivers #crimestory

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 26 septembre, l'édition de l'Essonne du Parisien est revenue sur un fait divers oublié.
00:17Dans ce département, à Bretigny-sur-Orge, entre 2017 et 2019, un mystérieux agresseur au marteau
00:24a commis une série de vols avec violence chez des retraités, une femme de 78 ans est morte des suites
00:31de ses blessures.
00:32La sœur de cette femme, la romancière Irène Frein, se bat depuis des années pour relancer l'enquête qui n
00:38'a jamais rien donné.
00:39Irène Frein témoigne aujourd'hui dans Codesources au micro de Barbara Gouy.
00:51Irène Frein a 74 ans. Elle me donne rendez-vous dans son bel appartement dans le 15e arrondissement de Paris.
00:58Son mari m'ouvre la porte, très souriant. Irène arrive peu de temps après, habillée avec une robe orange, très
01:04élégante.
01:06Irène Frein est née le 22 mai 1950 en Bretagne.
01:10Sa famille a très peu d'argent. Elle vit avec ses deux grandes sœurs dans un tout petit appartement dont
01:17le sol est en terre battue.
01:19Dès son plus jeune âge, Irène ressent le manque d'amour de sa mère.
01:24Moi, je suis l'enfant d'un déni de grossesse. On n'avait pas de nom pour ça.
01:28Ma mère avait accouché manifestement seule. On l'avait découverte avec un bébé.
01:34Et donc, elle m'a rejetée. Donc, moi, j'étais la troisième à qui on n'apprenait pas grand-chose.
01:40Ça a été assez dur à accepter, mais c'était comme ça.
01:42Irène admire sa grande sœur, Denise, avec qui elle a 11 ans d'écart.
01:47Moi, j'avais ma sœur aînée Denise qui est devenue un prodige.
01:50À 14 ans, elle était tellement douée que les instituteurs lui ont fait passer l'école normale d'instituteurs, le
01:57concours.
01:57Et elle a eu haut la main. Et à 14 ans, je l'ai vue partir.
02:01Je me souviens que j'avais pleuré. Elle était en pension. Elle revenait que tous les trois mois.
02:07Parce qu'à l'époque, il n'y avait pas les vacances de février. Il n'y avait pas les
02:10vacances de tout ça.
02:11Lorsque Denise revient pendant les vacances, elle apporte des livres chez eux pour aider ses sœurs et ses parents à
02:18s'instruire.
02:19Même si Irène est toute petite à ce moment-là, elle s'empresse alors d'essayer de comprendre ce qui
02:24est écrit dans ses fameux livres.
02:26Mon idée, c'était d'être une dame institutrice comme Denise.
02:33J'avais envie de rassembler à Denise pour ficher le camp et gagner ma vie toute seule.
02:37J'avais parfaitement compris que c'était une femme très indépendante et travailleuse.
02:40Et je voulais être comme elle, indépendante, travailleuse, tracer ma voie, loin de là.
02:45Et après le bac, je suis partie. J'ai rencontré mon mari.
02:50Puis on s'est mariés. J'ai eu ma fille et j'ai fait mes études avec un bébé.
02:56Donc je voulais m'en sortir. M'en sortir. J'avais que ça en tête.
03:01Ce n'était pas nécessairement réussir. C'était vivre. Vivre. Vivre intensément.
03:10Irène construit sa nouvelle vie de famille avec son mari et sa fille.
03:14Après ses études de lettres, elle commence à enseigner à Paris et dans les années 80, elle publie son premier
03:19roman.
03:20Elle garde peu de liens avec sa famille, y compris avec sa sœur, Denise.
03:25À cette période, Denise, qui a eu deux enfants, est diagnostiquée bipolaire quand elle a une quarantaine d'années.
03:32À l'époque, on disait maniaco-dépressive.
03:35Irène est en vacances à ce moment-là et tarde à être prévenue par sa famille.
03:39Au fil des années, elle s'éloigne encore plus d'eux et la maladie de Denise se dégrade.
03:48Elle était vraiment très très malade. Elle s'est présentée plusieurs fois chez moi.
03:51Quand je n'étais pas là, elle laissait des écrits incompréhensibles.
03:55Mais vraiment incompréhensibles. Elle écrivait des lettres vraiment très perturbées.
04:00Elle m'avait plusieurs fois convoquée dans des cafés et elle ne venait jamais.
04:04Ça, c'est ça le truc. Et elle n'était jamais là. Je l'ai attendue une fois cinq heures.
04:09Qu'est-ce qui s'était passé ? Est-ce qu'elle voulait me dire quelque chose ?
04:12Je ne sais pas. Je n'ai jamais su.
04:15Le samedi 9 septembre 2018, Denise, alors âgée de 78 ans, est victime d'un cambriolage chez elle, à Brittany
04:23-sur-Orge, en Essonne.
04:25Un homme la frappe violemment avec un marteau et prend la fuite.
04:29Denise meurt sept semaines plus tard à l'hôpital des suites de ses blessures.
04:32Et c'est seulement à ce moment-là que la famille d'Irene lui envoie un mail.
04:38J'apprends la mort sept semaines après les faits par un mail qui comportait d'ailleurs toutes les discussions de
04:45la famille.
04:46Est-ce qu'on prévient Irène ou pas ? Est-ce qu'on l'invite aux obsèques ou pas ?
04:49C'est quand même sympathique dans le même mail.
04:51J'apprends sa mort et je vois ça.
04:53C'était quand même assez extraordinaire avec les noms des gens qui étaient opposés quand même.
04:58À ce que je vienne à ces obsèques, c'était vraiment charmant.
05:01J'apprends tout et je suis écrasée de culpabilité, en même temps que de douleur.
05:10Et je n'apprends de la bouche d'un de ses fils que le minimum.
05:17Donc là, je sombre.
05:18Irène se rend à l'enterrement où elle voit les fils de Denise.
05:22L'un d'entre eux me dit « on va venir chez toi avec nos enfants ».
05:26Sa femme vient et il dit « ah oui, on va venir chez toi ».
05:28Tout ça très souvent.
05:29Moi, j'y crois.
05:31Je me dis « la mort a tout arrangé ».
05:33S'il y a au moins quelque chose qu'on peut sortir de cette tragédie, ce sera ça.
05:38Et c'est ce que je lui dis d'ailleurs.
05:40Et je lui propose d'envoyer des photos de Denise petite que j'ai.
05:44Enfin, des scannées.
05:45Les scans sont...
05:46Mon mari les avait déjà réalisées pour nos archives.
05:50Et puis j'ai aussi des lettres.
05:51De mes parents qui correspondent au sujet de Denise pendant la guerre.
05:56C'est émouvant.
05:57Je me dis « ça leur fera plaisir ».
05:58Je me dis « mais oui, bien sûr ».
05:59Bien sûr.
06:00Les fichiers, je les ai envoyés, n'ont jamais été téléchargés.
06:04Et là, j'ai compris.
06:05J'ai compris que j'étais mise au banc.
06:07L'enquête de police conclut que la mort de Denise est naturelle.
06:11Comme si elle n'était pas morte à la suite des coups et blessures qui lui ont été infligées par
06:15son cambrioleur.
06:17Irène engage alors un avocat pour porter plainte.
06:20Son avocat contacte le chef d'enquête.
06:22Mais Irène s'impatiente car elle n'a toujours pas de réponse plusieurs mois après le meurtre.
06:27J'ai eu très vite la sensation qu'il se passait des choses curieuses à Bretigny-sur-Range au niveau
06:32de la ville.
06:33Puisqu'avant l'histoire de Denise, il y avait eu déjà 12 agressions depuis un an et demi.
06:39Oui, donc c'était aussi des choses qui se passaient à Bretigny-sur-Range.
06:45Alors quand j'ai compris ça, à travers la presse, que j'ai compris que j'y arriverai jamais avec
06:52mon premier avocat,
06:54j'ai pris deux décisions en moins de cinq minutes.
06:58J'ai décidé de changer d'avocat.
07:01Et j'ai décidé d'écrire un livre et j'ai appelé mon éditeur, Le Seuil.
07:05Et dans les jours qui ont suivi, je me suis rendue à Bretigny-sur-Range avec une amie journaliste, mais
07:12à titre privé, et mon mari.
07:15Et on a commencé à enquêter un peu, mais de façon un peu sauvage, quoi.
07:21En regardant les lieux, avec une carte, en faisant le point à trois.
07:26Mon amie qui interrogeait les gens.
07:28Mais la marge ne m'avait pas été étroite parce qu'on n'était quand même qu'un an après.
07:32Et quand même, je ne savais pas où on mettait les pieds. C'était pareil.
07:38Irène parle au passant dans la rue et elle s'approche de la maison de sa sœur.
07:42Elle apprend que cette maison a été à nouveau cambriolée, deux fois suite au meurtre.
07:46La scène de crime n'avait donc pas été protégée.
07:50Irène contacte également le journaliste qui a suivi l'affaire, ainsi que le maire de la ville.
07:55Son enquête dure plusieurs mois.
07:57En décembre 2019, une femme de 79 ans et sa fille en situation de handicap de 53 ans
08:04sont retrouvées par deux voisins couvertes d'hématomes et de plaies.
08:08Ça s'est une nouvelle fois passé à Bretigny-sur-Orge.
08:11L'agresseur, un homme masqué, a pris la fuite lorsque les voisins sont arrivés.
08:16Un juge d'instruction est nommé pour cette affaire et il joint au dossier l'enquête sur la mort de
08:21Denise.
08:22Un soulagement pour Irène, qui peut enfin se constituer partie civile.
08:28Plusieurs mois plus tard, Irène achève l'écriture de son livre.
08:31Deux jours avant de le sortir, elle reçoit enfin le dossier d'instruction.
08:36Elle découvre le récit détaillé du meurtre de sa sœur.
08:41Ma sœur a été attaquée dans sa cuisine.
08:44Elle est en train de faire des bouquets de lavande, vraisemblablement le matin.
08:50Elle avait donc du bolduc.
08:51Vous savez, cette ficelle qui sert à faire des petits bouquets.
08:55Ficelle un petit peu brillante, vous voyez.
08:58Et le meurtrier l'a poursuivi de pièce en pièce.
09:02Elle a tenté d'aller s'enfermer dans les toilettes.
09:05Elle n'a pas réussi, il est entré, il avait déjà frappé, donc elle saignait.
09:09Puis dans la salle de bain, elle n'a pas réussi, il a encore frappé, il a encore eu du
09:13sang.
09:13Et ainsi de suite, dans toutes les pièces de cette maison de plein pied,
09:17jusqu'à ce qu'elle cherche à aller dans sa chambre.
09:20Déjà c'est horrible.
09:21Mais quand les policiers entrent, ils vont d'abord à la cuisine.
09:26Et ils suivent sa trace à quoi ?
09:28À la ficelle du bolduc.
09:30Parce qu'elle ne l'a lâché que dans sa chambre.
09:33C'est-à-dire qu'ils explorent, et c'est très clair dans les PV de police,
09:39ils explorent les pièces, toilettes, salles de bain, salons,
09:44en suivant le bolduc et les traces de sang.
09:48Et à sa chambre, où ils l'ont trouvé fracassé sur son lit,
09:55elle a lâché la ficelle en bolduc.
09:59Et là, moi, sur le moment, j'étais froide.
10:03Je lisais ça en prenant des notes, comme dans un dépôt d'archives.
10:08Et je me suis aperçue que l'autopsie était très étrange.
10:11Des scellés n'avaient pas été analysés.
10:14Je les ai transmis à l'un des meilleurs experts.
10:17Il m'a confirmé qu'elle était étrange.
10:19J'ai obtenu au bout de quelques mois qu'il y ait une contre-expertise.
10:23On a enfin analysé les scellés cérébraux.
10:27C'était très important, puisqu'elle avait été tuée à coups de marteau.
10:31C'était logique, donc, que les scellés cérébraux révèlent la trace des coups.
10:37Donc, elle était morte, non pas de mort naturelle.
10:40La contre-expertise révélée qu'il y avait la trace des coups de marteau.
10:44Pourquoi est-ce qu'on l'avait cachée ?
10:47Pourquoi le médecin s'était abstenu de les analyser ?
10:52Peu de temps après avoir lu le dossier d'instruction,
10:55Irène se retrouve seule chez elle, dans sa maison à la campagne,
10:58pendant que son mari fait des courses.
11:00Elle s'effondre.
11:04J'ai pu réussir à tenir debout.
11:06Je suis allée sous ma couette,
11:08et je me suis repliée sur moi-même,
11:12comme on a trouvé Denise dans son lit.
11:14Alors, évidemment, je m'en suis aperçue,
11:18j'étais très très mal, très angoissée,
11:21seule dans cette maison.
11:22Je me suis reprise, j'ai attendu le retour de mon mari.
11:25Il m'a vu, il m'a dit, qu'est-ce qui t'arrive ?
11:27Je lui ai dit, je vais très mal,
11:29et je lui ai expliqué que je m'étais retrouvée prostrée,
11:31comme Denise.
11:33Il m'a dit, bon, il faudrait peut-être appeler un psy.
11:36Le 20 août 2020, le livre d'Irène sort en librairie.
11:40Il s'appelle Un crime sans importance,
11:42et retrace l'enquête qu'Irène a faite sur le meurtre de sa sœur.
11:47Quand j'ai écrit ce livre,
11:49je ne l'ai pas écrit pour qu'il ait un prix littéraire.
11:52Il a été, en 2020,
11:54sur toutes les listes des grands prix littéraires.
11:56Moi, je me disais,
11:58ça n'a aucune importance que je les ai ou que je ne les ai pas.
12:01Ce qui compte, c'est qu'ils servent à quelque chose
12:03pour le dossier de Denise.
12:06Quand j'ai appris que j'avais le prix interallié,
12:09j'avais déjà plus de 70 ans.
12:12J'ai appris ça un soir.
12:14J'étais dans ma chambre.
12:16J'ai dit, génial.
12:18Et quand on a raccroché après me l'avoir appris,
12:21vous savez ce que j'ai fait ?
12:23J'ai fait du trampoline sur le lit conjugal.
12:26Comme si j'avais 4 ans.
12:28Et j'ai dit, Denise, Denise,
12:30c'est génial.
12:32Si elle est quelque part et qu'elle nous voit,
12:34elle doit être pleine de joie.
12:37En juillet 2024,
12:39Irène rencontre la juge
12:41et les policiers chargés du dossier.
12:436 ans après le meurtre de sa sœur,
12:45elle se sent prise au sérieux pour la première fois.
12:48C'était des gens formidables.
12:50Très humains.
12:51Très humains, très clairs.
12:53Ne demandant pas de faux espoirs.
12:55Ils avaient tout compris.
12:57Donc, je les ai écoutés.
12:59Ils m'ont dit à ce moment-là
13:00que le Paul Colquet s'avait contacté
13:03après la lecture de mon livre.
13:05Tout ça a été très réparateur pour moi
13:08parce qu'enfin, j'étais écoutée.
13:10Mieux que ça, j'étais entendue.
13:13Parce que entendue, ça veut dire aussi comprise.
13:16C'est comme un nœud
13:17qui s'est brusquement dénoué, vous voyez.
13:19Et là, l'espoir du Colquet, quand même.
13:23De passage au Paul Colquet.
13:25C'est-à-dire dans le service dédié
13:27aux crimes non élucidés.
13:29Ça, j'ai cet espoir.
13:31On verra bien.
13:41Barbara, c'est un fait divers qui n'est pas du tout connu.
13:44Au-delà du cas de la sœur d'Irene Frein,
13:46on sait ce qui s'est passé à Bretigny-sur-Orge,
13:48dans l'Essonne, donc, entre 2017 et 2019 ?
13:51Alors, en tout, il y a eu une douzaine d'agressions.
13:54Toutes les personnes concernées étaient des retraités.
13:56L'agresseur semble avoir un mode opératoire.
13:59Il a toujours un masque et un marteau.
14:01Il demande à ses victimes d'aller sous leur couette dans leur lit.
14:04Et il commet ses agressions presque toujours le samedi matin.
14:07Et même s'il n'y a pas eu d'agression depuis 2019,
14:09l'agresseur court toujours aujourd'hui.
14:11On l'a bien entendu, Irène Frein attend beaucoup
14:13d'un éventuel transfert de cette enquête
14:15au Paul Colquet de Nanterre.
14:17Oui, ce qu'elle espère, c'est que le regard neuf
14:19des nouveaux enquêteurs puisse faire avancer l'enquête
14:21qui stagne depuis plusieurs années.
14:23En six ans, il n'y a eu aucune mise en examen.
14:25Et elle me parlait aussi du fait qu'elle s'inquiétait
14:28de voir peut-être l'agresseur sévir ailleurs
14:30dans une autre région.
14:31Et donc, elle se dit que si le Paul Colquet
14:33est chargé du dossier, les enquêteurs pourront faire
14:36des vérifications pour voir si l'agresseur
14:38a pu commettre d'autres agressions ailleurs en France.
14:41Merci Barbara Gouy.
14:42Cet épisode de Codesources a été produit
14:44par Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux.
14:47Réalisation, Julien Moncouquiol.
14:49Codesources est le podcast quotidien
14:50d'actualité du Parisien.
14:52N'oubliez pas de vous abonner pour ne rater aucun épisode.
14:55Et n'oubliez pas le second podcast du Parisien,
14:57Crime Story, chaque samedi,
14:59une affaire criminelle racontée par Claudia Prolongeau
15:01avec Damien Delsenis,
15:03le chef du service police-justice du Parisien.
15:05Et dans les
15:06– Sous-titrage stéphile –
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