Plusieurs dizaines de propriétaires de voitures Renault et de sa filiale Dacia ont porté plainte contre le groupe après une série de dysfonctionnements sur des moteurs installés dans les années 2010.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Julia Paret, Clara Garnier-Amouroux et Emma Jacob - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
#renault #moteur
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Julia Paret, Clara Garnier-Amouroux et Emma Jacob - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le géant groupe français Renault attaqué en justice par des automobilistes.
00:16Le lundi 5 juin, plusieurs dizaines de propriétaires de voitures Renault et de sa filiale Dacia
00:21ont porté plainte contre le constructeur, notamment pour tromperie et mise en danger de la vie d'autrui.
00:27Près de 2000 autres prévoient à l'avenir de se constituer partie civile.
00:32Ses clients accusent le groupe Renault et son partenaire japonais Nissan d'avoir équipé dans les années 2010
00:38des milliers de véhicules avec un certain type de moteur, tout en sachant que ce dernier était défectueux
00:44et qu'il risquait de casser rapidement.
00:47On vous raconte dans CodeSource comment cette affaire, baptisée par les victimes le Motorgate, a vu le jour.
00:52Avec Mathieu Pelloli, journaliste au service économie du Parisien,
00:56il est en charge de l'automobile et des transports.
01:04Mathieu Pelloli, à la fin du mois de mai, vous interviewez Sidonie et Johan,
01:08un couple qui vit dans le département des Hauts-de-Seine.
01:11D'abord, est-ce que vous pouvez nous les présenter ?
01:13Sidonie, 39 ans, Johan, son conjoint, 38 ans.
01:16Tous les deux sont cadres dans le marketing, ils habitent dans les Hauts-de-Seine
01:20et ils sont parents de deux petits garçons, Mathis, 5 ans, et Nathan, 4 ans.
01:24Si vous allez les voir, c'est parce que quelques semaines plus tôt, le vendredi 7 avril précisément,
01:29ils ont eu très peur en roulant sur l'autoroute. Qu'est-ce qui leur est arrivé ?
01:33Ils circulent en direction de Nantes, en Loire-Atlantique.
01:36Ils s'apprêtent à passer le dimanche de Pâques en famille.
01:39Les garçons sont sagement assis à l'arrière.
01:41Et soudain, sur l'autoroute, le voyant moteur s'allume,
01:43qui signale donc un problème grave, un problème majeur.
01:46À ce moment-là, l'habitacle se met à trembler.
01:49C'est Sidonie, donc la mère de famille, qui est au volant.
01:52Elle a le bon réflexe puisqu'elle conserve son sang-froid.
01:55Elle se déporte vers la droite.
01:57Elle arrive à s'extraire de l'autoroute, à rejoindre les barrières de péage.
02:00Elle stationne, s'aperçoit qu'au moment où le contact est éteint,
02:04une fumée blanche se dégage du capot.
02:06Et puis ensuite, s'enclenche tout le procédé pour joindre un dépanneur.
02:09Une fois extraite du véhicule, elle se rend compte que,
02:12possiblement, il aurait pu se passer quelque chose de dangereux.
02:14Ils ont quoi comme voiture ?
02:16La famille est propriétaire d'un Nissan Qashqai 2, moteur 1,2 DIGT 115 chevaux.
02:22Et quand l'incidence produit, le moteur a à peu près 60 000 km au compteur.
02:27Bref, c'est une voiture qui est relativement récente.
02:30Elle est plutôt bien entretenue.
02:32Eux en avaient fait l'acquisition en concession Nissan en janvier 2015.
02:36La voiture part donc au garage, le diagnostic tombe et la facture est très salée.
02:40Quelques jours plus tard, on les recontacte pour leur donner le verdict définitif.
02:43Et là, ça fait mal, puisque effectivement, le devis qu'il aurait proposé est un devis à 10 000 euros.
02:47Pour faire réparer, il faut remplacer le moteur et ça coûte extrêmement cher.
02:50À ce moment-là, j'imagine qu'il contacte le service après-vente de Nissan.
02:54C'est le premier réflexe, c'est de se tourner vers l'assurance et puis vers le constructeur.
02:57Et c'est là que la situation s'envenime.
03:00Si Denis explique qu'elle a eu le sentiment d'être traité comme un simple numéro,
03:05que la gravité de son problème n'est pas véritablement prise en compte par l'interlocuteur qu'elle a au
03:10téléphone.
03:11Donc, on ne leur fait aucune proposition de prise en charge, même partielle.
03:14En tout cas, c'est ce qu'elle explique.
03:16J'ai contacté Nissan France qui, de son côté, assure que tous les documents n'ont pas été envoyés en
03:20temps et en heure.
03:22Il n'en reste qu'au final.
03:23Le sentiment d'une prise en charge, on va dire, défaillante,
03:25en tout cas, c'est le mot qui a été employé par Sidonie et son conjoint,
03:28est absolument réel.
03:34Mathieu Pelloli, rappelons que lorsqu'on parle de Nissan,
03:37on parle d'un grand constructeur, lui-même rattaché à un très grand groupe automobile.
03:41Voilà, Nissan, peut-être un peu moins connu en France qu'en Asie,
03:45est néanmoins un géant de l'automobile, un géant japonais,
03:49d'autant plus présent dans l'Hexagone qu'il fait partie d'un grand groupe,
03:51c'est-à-dire l'alliance Renault-Nissan et Mitsubishi,
03:54mais surtout l'alliance Renault-Nissan, c'est un constructeur de premier plan.
03:58En même temps que leur démarche, Sidonie et Johan font des recherches sur Internet.
04:02Qu'est-ce qu'ils découvrent à ce moment-là ?
04:03Ce qu'ils découvrent, c'est qu'ils ne sont pas seuls.
04:05Il y a beaucoup de malheureux automobilistes à qui la même mésaventure est arrivée.
04:10Ils s'aperçoivent que Renault, mais aussi Dacia, ainsi que Nissan,
04:14font partie des marques qui sont au premier plan de cette panne moteur.
04:18Et ils s'aperçoivent aussi qu'il y a un groupe Facebook
04:20qui recense toutes les victimes de l'incident avec le moteur concerné.
04:27Mathieu Pelloli, vous allez nous raconter comment ce groupe Facebook a vu le jour,
04:31ce que ses membres, qui sont près de 8000 aujourd'hui, reprochent à Renault-Nissan
04:35et comment ils en sont venus à porter en justice cette affaire,
04:39surnommée aujourd'hui le Motorgate.
04:41Pour bien comprendre tout ça, on va d'abord remonter à l'automne 2012.
04:44Au mois d'octobre cette année-là, le groupe Renault-Nissan
04:47attribue un nouveau moteur à tous ces véhicules neufs.
04:50De quel moteur il s'agit ?
04:51Alors, le moteur 1,2 TCE côté Renault et côté Nissan,
04:55c'est son équivalent, le 1,2 DIG-T.
04:59Ce moteur, au global, est monté sur 400 000 véhicules environ,
05:03d'octobre 2012 à juin 2016.
05:05En France, 133 000 voitures sont potentiellement concernées.
05:09La liste des modèles est longue, parce que chez Renault,
05:11si on regarde, on a le Renault Captur, la Clio 4,
05:14côté Dacia, le Dacia Duster, le Lodgy,
05:17et puis on peut rajouter le fameux Nissan Juke,
05:20qui a eu beaucoup de succès et qu'on a vu sur les routes de l'Hexagone, entre autres.
05:23Et donc en 2016, le moteur 1,2 litre TCE est remplacé par un autre moteur.
05:28Pourquoi ça ?
05:28Il est mis au placard, parce que justement,
05:31l'évolution technologique fait qu'un moteur suivant présente de meilleures qualités.
05:35Quelques années plus tard, en mars 2019,
05:37un internaute décide de créer un groupe Facebook
05:40baptisé casse-moteur Renault-Nissan.
05:43D'abord, qui est ce monsieur ?
05:44Ce monsieur s'appelle Olivier Blanchet.
05:46Il est informaticien de profession.
05:48Il habite dans le Finistère.
05:50Et il est devenu, disons, par la force des choses,
05:52expert du moteur cassé Renault-Nissan.
05:56Dans son cas, à lui, qu'est-ce qui s'est passé ?
05:58Olivier Blanchet, lui, était propriétaire d'un Dacia Docker
06:01qu'il avait acquis en 2013.
06:04Il avait remarqué dès le départ une surconsommation d'huile.
06:07Et suite à cette surconsommation d'huile,
06:09il y avait eu des entretiens dans le réseau.
06:11Manifestement, cela n'a pas suffi
06:12puisque, à un moment, le véhicule l'a lâché.
06:15Il y a eu une casse-moteur sur autoroute à 115 km heure.
06:19Seulement quelques semaines après la création de cette page Facebook,
06:22des centaines de personnes la rejoignent.
06:24Elles ont toutes connu le même problème ?
06:26Oui, absolument.
06:27Ce qui apparaît, c'est que ce problème est global,
06:29qu'il y avait sans doute beaucoup de victimes dans leur coin
06:31qui ne s'étaient pas agrégées ensemble.
06:34Et tout d'un coup, le phénomène s'enclenche.
06:35On arrive relativement vite au nombre de 7000 victimes,
06:38qui est quand même très conséquent,
06:40sachant qu'en plus, des groupes Facebook identiques
06:42se créent en Espagne, en Belgique, en Angleterre.
06:47Et aujourd'hui, chacun d'entre eux regroupe environ 700 victimes.
06:50À ce moment-là, donc, en 2019, ces internautes échangent entre eux
06:53et ils se rendent compte que leurs dossiers subissent de grands écarts de traitement.
06:58Ce que ça veut dire, et ce qu'ils dénoncent,
07:00c'est la façon dont les services après-vente des constructeurs
07:02traitent au cas par cas les demandes de conciliation
07:06ou de gestes commerciaux pour prendre en charge les avaries moteurs.
07:09Certains vont obtenir une prise en charge presque à 100%
07:12et d'autres, une prise en charge qui est, pour ainsi dire, anecdotique.
07:16Et donc, il y a un aspect loterie qui dépêlait fortement aux gens qui sont victimes.
07:21Finalement, on retrouve les reproches qui sont adressés
07:23par les premiers témoins qu'on a évoqués, Sidonie et Johan,
07:26à savoir que lorsqu'ils ont pris la tâche avec Nissan
07:28pour obtenir un remboursement ou une prise en charge de leur avarie technique,
07:31la réponse qui leur a été faite n'a pas été jugée satisfaisante.
07:39Et comment Renault, Nissan ou Dacia justifient le fait
07:41de ne pas prendre en charge le coût de cette casse moteur ?
07:44Renault, Nissan et Dacia vont se montrer très pointilleux,
07:47par exemple, sur le calendrier des révisions qui est exigé.
07:51Et dès qu'un jour, deux jours, même une semaine,
07:54ce qui parfois n'a strictement aucune importance,
07:56mais quand ce calendrier n'a pas été respecté,
07:59les constructeurs vont faire valoir que c'est peut-être
08:01la raison de l'incident en question.
08:04Pareil pour l'entretien en dehors du réseau, par exemple.
08:07C'est-à-dire que si vous êtes propriétaire d'une Renault,
08:08vous l'avez fait réviser chez Renault très bien.
08:10Si vous êtes allé chez une marque concurrente,
08:12Thiers, Speedy, Feuvert, etc.,
08:14on va vous dire, c'est peut-être aussi ça la raison
08:16qui fait que vous avez été victime d'un accident.
08:18Donc, d'une certaine façon, les constructeurs
08:20vont essayer de se décharger de leurs responsabilités.
08:23En mai 2019, l'association des consommateurs UFC
08:26que choisir publie une série de notes internes
08:28au groupe Renault-Nissan.
08:30Que révèlent ces documents ?
08:31On se rend compte que les constructeurs, finalement,
08:34sont conscients du problème, qu'ils l'ont acté,
08:36qu'ils ont parfois donné des consignes
08:38aux personnes dans leur réseau.
08:40Ces documents que révèle l'UFC que choisir,
08:42à ce moment-là, montrent finalement
08:43qu'ils ne sont pas tout à fait beaux joueurs
08:46vis-à-vis de leurs responsabilités
08:48avec les automobilistes auxquels ils ont vendu des voitures.
08:50À ce moment-là, est-ce que les ingénieurs du groupe
08:52ont au moins essayé de régler ce problème ?
08:54Il y a une future génération de moteurs qui va arriver
08:56et qui, de toute façon, devra permettre de résoudre le problème.
08:59Mais il y a la génération actuelle,
09:01celle qui est parfois encore en train d'être installée
09:02sur certains véhicules,
09:04et puis celle pour lesquelles les moteurs sont sur la route.
09:07Et donc, on essaye de trouver des rustines techniques.
09:10C'est-à-dire qu'on va modifier parfois les paramètres logiciels,
09:12on va essayer de modifier des pièces du moteur.
09:15Donc, il y a tout un tas de prises en charge un peu mécaniques.
09:18Et ça, il y a traces écrites de ces consignes
09:20qu'on va essayer de faire passer aux mécaniciens
09:22dans les ateliers du réseau,
09:23parfois à l'occasion des révisions standards.
09:25Quand ces documents sont révélés,
09:27on a une idée du nombre de clients
09:28qui sont touchés par ce problème ?
09:30En France, on peut évoquer plusieurs milliers de victimes.
09:33Et si on se place à l'échelle de l'Europe,
09:35on est sans doute sur quelque chose
09:36de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers.
09:38Est-ce que les autorités réagissent après ça ?
09:40Pas véritablement, puisque les plaignants,
09:43le groupe Facebook avait écrit un courrier
09:46à Mme Agnès Pannier-Runacher,
09:48qui à l'époque était ministre déléguée chargée de l'industrie,
09:52pour dénoncer la situation.
09:53Et la réponse est assez claire et catégorique.
09:57Je cite, entre guillemets,
09:58« Cette affaire ne relève pas du droit pénal de la consommation,
10:00mais plutôt d'une conception de pièces
10:02ou d'un calibrage à parfaire. »
10:05C'est-à-dire que ce problème n'est pas suffisamment grave
10:07aux yeux de la législation
10:08pour nécessiter une campagne de rappel,
10:11ce qu'aura aimé les plaignants,
10:12mais donc que ça doit se régler au cas par cas,
10:14avec toutes les insatisfactions
10:16que ça entraîne parmi les victimes.
10:17En 2020, des membres de ce groupe Facebook
10:19décident de créer une association
10:21baptisée « Victime du Motorgate ».
10:24Pourquoi ce terme « Motorgate » ?
10:25« Motorgate », c'est une allusion directe
10:28et claire au scandale du « Dieselgate ».
10:30C'est une fraude au contrôle anti-pollution
10:33découverte en 2015 chez le constructeur allemand Volkswagen,
10:37dont on s'est aperçu qu'elle avait touché ensuite
10:39également de nombreux constructeurs,
10:41y compris Renault.
10:43D'ailleurs, une affaire judiciaire est toujours en cours.
10:45Deux ans plus tard, les victimes de l'association
10:47décident de faire appel à des avocats
10:49spécialisés dans les actions collectives.
10:52En clair, c'est une procédure
10:54qui permet à plusieurs plaignants
10:55de se regrouper autour d'une seule et même plainte
10:58et de nouvelles victimes peuvent s'ajouter
11:00au fil de la procédure, c'est ça ?
11:02Voilà, le dossier aujourd'hui est toujours ouvert.
11:04On peut rejoindre le bataillon des victimes
11:07et aux civils faire partie de ceux
11:10qui se constitueront partie civile
11:11et qui pourront ainsi demander réparation.
11:13L'intérêt, c'est d'opérer un effet masse,
11:15c'est-à-dire d'arriver tout d'un coup
11:16avec beaucoup de plaignants
11:17répartis partout sur le territoire,
11:19avec un faisceau de déroulé de panne
11:21qui est absolument identique
11:22pour justement montrer
11:24qu'il s'agit d'un problème global
11:25et non pas ponctuel, réparti au cas par cas,
11:28mais qu'on a bien en face de la plainte
11:29un problème structurel.
11:30Et dès le printemps 2022,
11:32Mathieu Pelloli, ils intentent une action
11:34donc collective en justice.
11:36Qu'est-ce qu'ils réclament à ce moment-là ?
11:38L'objectif pour les plaignants
11:39à ce moment-là, c'est de mettre la main
11:40sur des éléments, des rapports internes,
11:43des mémos qui prouvent que les constructeurs
11:45avaient connaissance du problème,
11:47qu'ils savaient que le moteur était défaillant
11:49et qu'ils l'ont vendu en connaissance de cause.
11:51Ils ont déjà entre les mains
11:53des éléments de cet ordre-là
11:54qui auront parfois été transmis
11:56par des personnes en interne,
11:57ceux qu'on va appeler des lanceurs d'alerte,
11:59mais cette fois, l'objectif, c'est de mettre la main
12:01sur ces éléments de façon légale
12:02pour pouvoir ensuite les produire devant un tribunal
12:05et obtenir grâce à ça des réparations
12:07qui soient conséquentes.
12:08Et cette action, c'est un nouveau coup dur
12:10à ce moment-là pour le groupe Renault-Nissan
12:12qui traverse en 2022 une période très difficile.
12:15Beaucoup d'affaires délicates se sont enchaînées.
12:18D'abord, la fameuse affaire Ghosn en 2018,
12:20suivie de la crise du Covid-19.
12:23Et puis enfin, les conséquences de la guerre en Ukraine
12:26depuis février 2022.
12:28Suite à ça, Renault s'est retiré de Russie,
12:31a fait une croix sur ses actifs sur place.
12:33Donc voilà, on était à une période de l'histoire
12:35où le constructeur pensait avoir mis
12:36beaucoup de ses problèmes dans le rétroviseur.
12:38Et puis finalement, le motorgate arrive
12:40et lui montre qu'il y a encore des nuages à l'horizon,
12:43voire un vrai souci majeur à traiter.
12:49On en vient à cette année, en mars 2023.
12:51Le tribunal de Versailles rend sa décision
12:54quant à cette action collective menée aux civils.
12:57Qu'est-ce que ça donne ?
12:58Rien, hélas, pour les plaignants.
12:59Les documents n'ont pour l'heure pas été transmis
13:02puisque le tribunal de Versailles
13:04a demandé à Renault de fournir ses documents.
13:06Mais Renault a fait appel de l'ordonnance de référé
13:09et donc l'appel est suspensif.
13:11Renault, pour l'instant, n'a pas à exécuter la décision
13:13si bien que retour à la frustration
13:15pour les clients qui sont plaignants.
13:17Mais les avocats de l'association des victimes du motorgate
13:20veulent aller plus loin
13:21et envisagent de déposer une plainte au pénal.
13:23Il s'agit cette fois d'aller sur un autre registre
13:26beaucoup plus lourd.
13:27Les infractions dans la plainte que nous avons pu voir
13:29sont véritablement sérieuses
13:31puisqu'on parle de tromperie aggravée,
13:33de pratiques commerciales trompeuses,
13:35d'escroquerie, de destruction,
13:36de dégradation et de détérioration dangereuse
13:39pour les personnes,
13:40de mise en danger de la vie d'autrui.
13:42Donc, en portant le combat au pénal,
13:44les plaignants se donnent une chance
13:46de pousser la bataille beaucoup plus loin.
13:48Et le lundi 5 juin,
13:49les avocats des victimes déposent officiellement
13:52cette plainte massive au pénal,
13:54cette fois-ci au tribunal de Nanterre,
13:56dans les Hauts-de-Seine.
13:57Elle concerne combien de personnes ?
13:59La plainte au pénal concerne plusieurs dizaines de personnes.
14:02Mais surtout, ce qui est important,
14:03c'est que c'est en quelque sorte
14:04le début de l'effet boule de neige
14:06puisque derrière cette plainte au pénal,
14:08il y a, au moment où la plainte est déposée,
14:111782 victimes civiles, elles,
14:13qui sont prêtes à demander également réparation.
14:15Et en plus, d'autres victimes continuent d'affluer.
14:18Encore davantage, même,
14:19parce que les projecteurs sont braqués sur le dossier.
14:22À ce moment-là, les avocats en question ont une plateforme
14:24qui s'appelle MyLeo,
14:26qui permet, dans des conditions extrêmement simples,
14:28en quelques clics pour ainsi dire,
14:30en envoyant assez facilement ces documents,
14:31de rejoindre la procédure.
14:32Alors, ça a un coût,
14:33puisque ça va de 350 euros,
14:35selon qu'on est déjà partie prenante de la procédure,
14:37à 500 environ,
14:39lorsque l'on est directement nouvel entrant.
14:41Mais, effectivement,
14:42ça permet de voir affluer vers le tribunal
14:45un nombre massif de dossiers.
14:46Et les avocats vous ont expliqué
14:47qu'une plainte similaire
14:49doit bientôt être déposée,
14:50cette fois-ci,
14:51contre le groupe Nissan.
14:53Mathieu Pelloli,
14:54comment réagit de son côté le groupe Renault ?
14:56Renault et Dacia répètent
14:58que 93% des cas clients identifiés
15:01ont fait l'objet d'une prise en charge.
15:03Sans doute que ce chiffre est réel
15:05et qu'il y a eu des échanges
15:06avec 93% des personnes
15:07qui se sont tournées vers le service après-vente.
15:10Le problème, c'est que, justement,
15:11ces prises en charge
15:12sont considérées comme insuffisantes
15:14par la majeure partie des victimes
15:15et que, parfois,
15:16elles sont négligeables.
15:17L'autre argument du constructeur,
15:18c'est de dire
15:19« Nous n'avons enregistré jusqu'à présent
15:21aucun accident grave,
15:23donc nous n'avions pas à faire
15:24de campagne de rappel, etc. »
15:26Voilà, c'est aujourd'hui
15:27la ligne de défense Renault
15:28qui présente quand même
15:29un certain nombre de faiblesses.
15:31Ça, c'est la ligne de défense officielle,
15:33mais est-ce que certains cadres de Renault,
15:34par exemple,
15:35vous disent autre chose ?
15:36En interne,
15:37au siège du constructeur
15:38à Boulogne-Biancourt,
15:39cette affaire provoque clairement
15:41un agacement.
15:41Un temps, il était question,
15:42au tout début, justement,
15:43de savoir si la marque
15:44allait provisionner
15:45dans ses comptes
15:46pour les années à venir
15:47des sommes d'argent
15:48qui pourraient permettre
15:49de couvrir les remboursements
15:51si jamais la justice condamnait
15:52Renault à rembourser
15:54les personnes qui ont été victimes.
15:55Pour l'instant,
15:56ce n'est pas la décision
15:56qui a été prise
15:57parce que Renault répète
16:00à qui veut l'entendre
16:01que rien ne justifiait
16:03une campagne de rappel.
16:07Mathieu Pelloli,
16:08cette plainte pénale,
16:09elle peut aboutir
16:10à quoi, concrètement ?
16:11Dans le meilleur des cas,
16:12pour les plaignants,
16:13la reconnaissance
16:13de la culpabilité
16:14du constructeur.
16:15Donc, voilà aujourd'hui
16:16ce qu'espèrent les plaignants,
16:18ce qu'espèrent leurs avocats,
16:19c'est-à-dire obtenir
16:20une indemnisation intégrale
16:22des préjudices moraux,
16:23matériels, corporels
16:25qu'ils ont subis
16:25en raison du comportement
16:27de Renault,
16:27d'Asia, de Nissan.
16:28Cette affaire,
16:29que les victimes appellent
16:30le Motorgate,
16:31elle peut potentiellement
16:32coûter très cher
16:33au groupe Renault ?
16:34Oui, à plusieurs points de vue.
16:35Alors, il y a d'abord
16:36en termes de gros sous,
16:38c'est-à-dire une procédure
16:39qui va nécessiter
16:40des frais d'avocat,
16:42va nécessiter
16:42des remboursements
16:43si des condamnations ont lieu.
16:44On parle sans doute
16:45en termes de millions d'euros,
16:46voire de dizaines
16:47de millions d'euros.
16:47Mais l'autre enjeu,
16:49c'est le déficit
16:50en termes d'image de marque.
16:52Il y a eu un manque
16:53de transparence
16:53de la part de Renault.
16:55Donc, le risque réputationnel
16:56aujourd'hui pour Renault,
16:57il est très important.
16:58Et c'est bien davantage
17:00ce risque-là,
17:00plutôt que celui
17:01d'un remboursement
17:02en millions d'euros,
17:02qui inquiète le constructeur.
17:11Merci à Mathieu Pelloli.
17:12Cet épisode de Codesources
17:14a été produit par
17:14Emma Jacob,
17:16Clara Garnier-Amourou
17:17et Julia Paré.
17:18Réalisation,
17:19Julien Moncouquiole.
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17:29du lundi au vendredi.
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