Passer au playerPasser au contenu principal
Après l’arrestation choc de son PDG en novembre 2018, un risque d’implosion de l’alliance avec Nissan, puis la chute de ses ventes durant la crise du Covid, la marque au losange est toujours debout. Pour Code source, Matthieu Pelloli, journaliste au service Economie, raconte comment Renault est parvenu à traverser les crises.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : Renault Group, INA.

#renault #nissan

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Arrestation de son patron, Carlos Ghosn, en novembre 2018, alliance avec Nissan au point mort, vente à l'arrêt avec
00:19le Covid en 2020 et abandon forcé de ses usines de Russie au printemps 2022.
00:24Depuis 4 ans, le constructeur automobile français Renault a subi plusieurs coups durs, au point qu'en interne, certains salariés
00:31ont douté de la survie de l'entreprise.
00:34Mais depuis quelques mois, Renault semble se redresser, notamment grâce aux bonnes ventes de ses modèles électriques.
00:41Cet épisode de Codesource est raconté par Mathieu Pelloli, journaliste au service économie du Parisien. Il suit notamment l'industrie
00:47automobile.
00:58Mathieu Pelloli, en 2018, l'alliance Renault-Nissan est le premier groupe automobile mondial. Qu'est-ce qui permet de
01:05dire ça ?
01:06En nombre de ventes de véhicules, pour les particuliers, l'alliance Renault-Nissan devient premier constructeur mondial.
01:11Ça représente 10,5 millions de véhicules vendus. Renault est en tête devant des géants comme Volkswagen, le géant allemand,
01:18comme Toyota, le géant japonais.
01:19On est véritablement là dans la cour des grands et en première place.
01:22Pour expliquer ce succès, il faut d'abord parler de son patron, Carlos Ghosn. Qui est-il ?
01:27Carlos Ghosn, c'est à l'époque l'archétype, l'incarnation du patron de l'auto mondialisé, qui pour ainsi
01:33dire vit dans son jet, entre Paris et Tokyo.
01:36La consécration pour Carlos Ghosn, considéré comme une star ici au Japon.
01:41L'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est le premier groupe automobile mondial.
01:45Il n'y a plus de discussion possible. Ceci n'est pas un objectif, mais je dirais que c'est
01:48une satisfaction.
01:49Ceci est de dire qu'il n'y a personne qui peut gagner sur nous en matière d'échelle.
01:53Il est libanais, français et brésilien. Il a les trois passeports. Il parle de multiples langues, donc portugais, français.
02:00Il s'est mis au japonais. Il parle évidemment anglais, libanais, donc arabe.
02:04Il a une réputation de quelqu'un de très charismatique, avec possiblement une personnalité qui impressionne.
02:10On lui reproche parfois d'être autoritaire, cassant, etc. En tout cas, les résultats sont là et c'est quelqu
02:16'un qui, à ce moment-là, est l'incarnation du patron qui réussit.
02:19Renault a donc aussi créé une alliance puissante.
02:22C'est-à-dire qu'ils ont mis en place un modèle extrêmement particulier, qui n'est pas une fusion.
02:27On a une structure qui s'appelle une alliance, c'est-à-dire que c'est un partenariat juridique bien
02:32particulier,
02:32qui permet de réduire les coûts en mettant en commun des projets, en mettant en commun des plateformes.
02:37C'est ce qu'on appelle la base pour un véhicule et cette réduction des coûts a permis d'obtenir
02:41des résultats.
02:42Et d'ailleurs, la place de premier vendeur de véhicules mondiales l'a bien montré.
02:45Renault a aussi racheté une petite entreprise en 1999, Dacia.
02:51Dacia, une marque roumaine. L'objectif de Renault, avec ces voitures-là, c'est de faire du low-cost,
02:55c'est-à-dire de vendre des véhicules un petit peu moins chers que ce que propose Renault avec sa
02:59marque phare, la marque Renault.
03:01Et donc, Dacia, cette petite structure permet d'aborder le marché avec d'autres positionnements.
03:10Renault est donc le premier vendeur de voitures dans le monde en 2018.
03:14Mais à ce moment-là, il y a une guerre secrète qui secoue l'Alliance en coulisses.
03:19Renault est une entreprise particulière parce que l'État est actionnaire.
03:22L'État actionnaire se dit « Renault va très bien, Renault est devenu un géant mondial.
03:26Maintenant, il faut qu'on aille encore plus loin dans ce qu'est l'Alliance.
03:29Il faut qu'on aille vers la fusion. »
03:31Sachant qu'au sein de l'Alliance Renault-Nissan, Renault est le partenaire majoritaire.
03:35C'est Renault qui est venu sauver Nissan au moment où Nissan allait mal.
03:38Donc, Renault a les coudes effranches pour essayer d'aller plus loin.
03:41Et l'État actionnaire dit « Allons-y, on va vers la fusion. »
03:44Avec une fusion Renault-Nissan, Renault risquerait de prendre le dessus sur Nissan.
03:49Et ça, évidemment, les Japonais sont contre.
03:51Ce qu'on appelle le vieux Nissan est très réfractaire parce que Nissan est une entreprise très particulière au Japon,
03:57très emblématique et avoir tout d'un coup Renault qui devient patron de Nissan avec l'État dans Renault,
04:03donc l'État français qui devient quelque part patron de Nissan,
04:06c'est pour les Japonais quelque chose qui est vécu presque comme un camouflet.
04:10Le lundi 19 novembre 2018, Carlos Ghosn est arrêté au Japon dans un aéroport de Tokyo.
04:16Carlos Ghosn qui, des centaines, peut-être même des milliers de fois, s'est présenté à la douane avec son
04:21passeport,
04:21présente son passeport comme à chaque fois, sauf que cette fois, les fonctionnaires lui disent
04:25« Écoutez, monsieur Ghosn, vous allez nous suivre, on a un problème avec votre passeport. »
04:29Et puis, la suite se passe très mal puisqu'il est arrêté et emprisonné.
04:33« Coup de tonnerre dans le monde de l'automobile.
04:35Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan, a été arrêté ce matin au Japon.
04:40Quelles conséquences pour le constructeur français ? »
04:42Que lui reproche le Japon à ce moment-là ?
04:44Les reproches que lui adresse la justice japonaise, ce sont d'avoir non déclaré des revenus,
04:48c'est-à-dire en quelque sorte d'avoir minoré son salaire.
04:50Dans les mois qui suivent, l'action Renault s'effondre.
04:53« L'action Renault dégringole en bourse, et ça on peut le comprendre,
04:56puisque finalement on est une entreprise qui était certes un géant mondial,
04:58mais qui vient d'être décapitée et sur lesquelles soudain pèse de lourds soupçons.
05:02Donc évidemment, les actionnaires, certains se mettent à vendre,
05:05les investisseurs paniquent et l'action dégringole littéralement. »
05:08Et dans les mois qui suivent, l'alliance Renault-Nissan est à l'arrêt.
05:12« L'alliance existe encore, puisque la structure juridique n'a pas été supprimée,
05:15mais on se retrouve dans un cas de figure où les deux partenaires n'ont plus confiance l'un dans
05:18l'autre,
05:19ne se parlent plus, n'ont plus de projets d'avenir.
05:21Tous les projets qui consistaient à travailler ensemble pour réduire les coûts,
05:24c'est-à-dire que Nissan allait développer une plateforme et puis allait la partager avec Renault.
05:28Renault allait développer de la recherche et développement sur, par exemple,
05:31un software qui est destiné à alimenter un programme du véhicule électrique.
05:34La chose allait être mise en commun avec Nissan.
05:36Toutes ces choses-là, qui étaient la nature même de l'alliance, n'ont plus lieu.
05:39Donc l'alliance est à l'arrêt. »
05:41Mathieu Pelloli, le 24 janvier 2019, un nouveau président de Renault est nommé.
05:46« Et à ce moment-là, c'est Jean-Dominique Sénard, quelqu'un qui vient de chez Michelin.
05:49Donc Michelin a une entreprise très particulière, avec une dimension sociale assez marquée.
05:55Jean-Dominique Sénard arrive chez Renault avec la lourde tâche de piloter le groupe
05:58dans ce contexte de très forte turbulence. »
06:00La même année, au printemps, au mois d'avril, l'idée d'une fusion avec un très gros constructeur est
06:05évoquée.
06:05Jean-Dominique Sénard surprend tout le monde, puisque au sein même de cette tempête,
06:10il se rend à Bercy, auprès de l'un de ses actionnaires, l'État, pour dire « Moi, j'ai
06:14une idée,
06:14on pourrait fusionner Renault et Fiat Chrysler pour construire un géant mondial. »
06:19Bercy se dit « Là, on a un vrai problème avec nos alliés japonais.
06:22On ne va pas en plus faire rentrer dans le jeu Turin, Détroit, les États-Unis, l'Italie, etc.
06:27Ça va devenir un micmac pas possible. »
06:29Donc ça pourrait être une bonne idée, mais finalement, l'État met son veto
06:31et la fusion ne se fait pas entre Renault et Fiat Chrysler Automobiles,
06:37qui est le grand groupe italo-américain de l'époque.
06:39À ce moment-là, Renault traverse un trou d'air ?
06:41Oui, c'est vraiment le mot, c'est-à-dire que Renault, qui était lancé à toute vitesse
06:45sur sa performance de l'année 2018, qui était premier constructeur mondial,
06:49tout d'un coup décroche, brutalement, parce que l'entreprise a été décapitée
06:52et que tous les projets qui étaient lancés sont à l'arrêt, qu'il n'y a plus de direction
06:55et qu'il y a de très fortes incertitudes sur l'avenir.
07:00« L'incroyable fuite de Carlos Ghosn, le patron déçu de Renault-Nissan, a quitté le Japon.
07:06Il s'est enfui pour échapper, dit-il, à l'injustice. »
07:09Toujours en 2019, le 19 décembre, Carlos Ghosn, qui était emprisonné au Japon,
07:14fuit le pays en se cachant dans un grand caisson à roulettes
07:18pour déjouer la sécurité à l'aéroport d'Osaka et il se réfugie au Liban.
07:22Au printemps 2020, l'économie mondiale est à l'arrêt avec le début de l'épidémie de Covid,
07:27les ventes de voitures s'effondrent et le 29 mai, Renault annonce un plan d'économie
07:33qui prévoit en trois ans 15 000 suppressions de postes dans le monde, dont 4 600 en France.
07:39« Oui, Renault, à ce moment-là, n'a pas d'autre choix que de réduire la voilure.
07:42Les gens sont chez eux, ils ne se servent plus de leur voiture, ils n'achètent pas non plus de
07:45voiture neuve.
07:46Donc l'outil industriel est complètement surdimensionné.
07:48Il faut se séparer de certaines forces vives et donc Renault met en place un plan de départ volontaire.
07:56C'est une année noire, une année zéro presque pour le constructeur,
07:59puisque en 2020, Renault va afficher un déficit, enfin une perte sèche historique de 8 milliards d'euros.
08:05Le 1er juillet, un nouveau directeur général est nommé, un certain Luca Demeo,
08:1053 ans à ce moment-là, qui est-il ?
08:12C'est quelqu'un vraiment qui est un professionnel reconnu dans le milieu,
08:16qui connaît extrêmement bien les marques, les projets.
08:18Il a relancé la Fiat 500 en électrique, c'est un très beau succès.
08:22Il est passé chez les Allemands, il est passé chez Volkswagen.
08:25C'est aussi quelqu'un qui incarne un petit peu ce qu'on pourrait appeler par l'anti-Carlos Ghosn.
08:30C'est-à-dire que ses méthodes de management, son personnage lui-même,
08:33est très très différent du grand patron mondial qui a incarné Carlos Ghosn.
08:36Luca Demeo, il est beaucoup plus proche des équipes, plus au contact.
08:40D'ailleurs, l'entreprise elle-même essaye de recréer cette énergie qui est un petit peu disparue.
08:44On organise ce qu'on appelle des chats avec Luca et ça permet aux équipes de se réinvestir,
08:48de comprendre qui est le nouveau personnage qui va diriger l'entreprise.
08:51Et lui arrive avec une vraie volonté de faire redémarrer le moteur de Renault qui est à l'arrêt pour
08:55le moment.
08:57Il parvient à attirer des talents de l'industrie automobile.
09:00Oui, c'est un des premiers succès de son retour.
09:03Il y a des mercatos, comme au football finalement.
09:05On va chercher des grands joueurs.
09:07Les grands joueurs, ça va être des grands designers, des grands patrons de l'ingénierie.
09:10Il y a Gilles Vidal par exemple.
09:12C'est un nom qui, dans le milieu de l'automobile, marque les esprits et qui crée beaucoup d'enthousiasme.
09:17C'est le chef du marketing, il vient chez Renault.
09:18Il est dérobé, entre guillemets, au grand rival historique qui est PSA, Peugeot-Citroën.
09:23Pareil pour Gilles Leborgne, le patron de l'ingénierie.
09:25C'est un nom qui, au sein du milieu automobile, est très emblématique.
09:29Il y a un petit côté Neymar ou Mbappé au PSG.
09:32On a fait un recrutement qui va permettre au groupe de retrouver les projecteurs, le devant de la scène, et
09:37sans doute d'avoir du succès.
09:39Le nom le plus important à retenir de ce mercato finalement, c'est celui de Luc Julia.
09:43C'est le patron de Siri.
09:44Quand il parle des projets qu'il développe, il dit « moi je ne travaille pas pour moins de 100
09:46millions de personnes ».
09:47Et en arrivant chez Renault, finalement il a dit ça.
09:49On va travailler sur la future R5 électrique, on va faire plein de choses.
09:52On va faire des projets qui vont à nouveau parler aux gens, et pour l'immense majorité.
09:56Donc tous ces recrutements, ça a permis aux équipes de se dire « ça y est, on va à nouveau
09:59retrouver des couleurs ».
10:00Et avec ses renforts, Luca Demeo lance de nombreux nouveaux modèles.
10:04Oui, dont notamment la Mégane, une nouvelle Mégane qui est un véhicule très très emblématique de la marque.
10:10Cette fois il s'agit de la Mégane e-Tech.
10:12E pour électrique, 100% électrique.
10:15Tech parce que ça va être un monstre de technologie.
10:17Côté Dacia, il va lancer la petite Dacia Spring, 100% électrique.
10:21Il va lancer le Jogger avec des motorisations hybrides.
10:24Et puis il annonce aussi des modèles très très emblématiques, avec une forte charge émotionnelle,
10:28qui ont un capital sympathie très élevé auprès des Français.
10:31La future R5 et la future 4L électrique.
10:34En 2021, la situation financière de Renault s'améliore.
10:37L'entreprise revient dans le vert.
10:40Et c'est ce que vous racontez Mathieu Pelloli dans « Le Parisien » le 20 janvier 2022.
10:44Ce jour-là, vous signez le fait du jour, le gros dossier quotidien du Parisien,
10:49à propos justement de ce redressement de Renault.
10:51Oui, parce qu'il est en train de se passer quelque chose chez Renault.
10:54Et c'est ce dont on a envie de rendre compte.
10:56Academio nous l'a dit, il l'a raconté.
10:58Il y a plein de choses qui ont été faites.
10:59Par exemple, les coûts fixes ont été réduits.
11:02Les hiérarchies ont été chamboulées.
11:04On a raccourci la chaîne de commandement pour permettre aux équipes d'avoir les mains directement dans le cambouis.
11:09Si on peut résumer tout ça par une formule, en quelque sorte, le losange est en train de se remettre
11:12au carré.
11:13Tout va bien, enfin tout va mieux.
11:14D'ailleurs, l'action en bourse l'atteste, elle grimpe.
11:17Et puis, il y a aussi des bonnes nouvelles directement dans les ateliers avec les voitures.
11:21Et Dacia, encore et toujours, et notamment la Dacia Sandero.
11:24Également le Duster, dont les ventes se portent très très bien sur la durée.
11:30Mathieu Pelloli, le mois suivant, le 10 février, pour « Le Parisien », vous allez au Liban, à Beyrouth.
11:35Vous rencontrez l'ancien patron de Renault, Carlos Ghosn.
11:38Il vous accorde une interview exclusive.
11:41La seule chose aujourd'hui qui m'apporte, c'est raconter mon histoire, la réhabilitation.
11:46Qu'est-ce qu'il vous dit d'un mot de son cas personnel et qu'est-ce qu'il
11:49dit surtout de l'état de l'entreprise ?
11:51On peut résumer ça de façon très rapide et très simple.
11:53C'est qu'il est innocent de toutes les accusations qui lui sont faites et qu'il est en train
11:56de construire sa défense.
11:58Quelque part, il y a une bataille pour au moins éviter que le mensonge et l'injustice l'emportent.
12:04Sur l'entreprise, il est extrêmement sévère sur la relation Renault-Nissan.
12:08En expliquant que cette relation-là, il en a la certitude parce qu'il a encore des contacts côté japonais
12:14qui lui disent que l'alliance est à l'arrêt et qu'elle ne peut que péricliter.
12:18Deux semaines plus tard, le 24 février, le président russe, Vladimir Poutine, ouvre une guerre contre l'un de ses
12:24voisins, l'Ukraine, qu'il veut envahir.
12:26La Russie est alors visée par une série de sanctions internationales.
12:30L'Europe appelle au boycott.
12:32Renault hésite à quitter le pays.
12:34Renault est très très impliqué en Russie.
12:36C'est un héritage de l'époque Carlos Ghosn.
12:38Carlos Ghosn avait rencontré Vladimir Poutine et les deux, ensemble, avaient décidé de développer Renault en Russie
12:44en s'alliant avec un constructeur russe, l'ADA.
12:47Donc Renault a une installation industrielle majeure et n'a évidemment pas envie de l'abandonner
12:52parce que, un, il y a eu des investissements qui ont été faits, ça se compte en milliards d'euros.
12:57L'autre aspect, il est un petit peu plus géopolitique, mais c'est qu'en partant, si on laisse cette
13:01usine vide,
13:02elle ne restera pas longtemps vide et les Russes l'exploiteront sans doute pas directement,
13:07mais la mettront entre les mains de ce qui est un petit peu sur la scène internationale à ce moment
13:11-là,
13:11leur allié, c'est-à-dire les Chinois, Chinois qui sont le grand concurrent de l'industrie automobile européenne.
13:17Pour Renault, il y a cet aspect double peine.
13:19On s'assoit sur un investissement qu'on a fait et en plus, on l'offre à un concurrent majeur.
13:23Et c'est pour ça que Renault hésite fortement.
13:26Le mercredi 23 mars, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'exprime par visioconférence devant le Parlement français
13:33et à un moment, il parle de Renault.
13:34Le risque pour Renault, c'est de perdre la bataille de l'image, c'est ce qui est en train
13:38de se passer,
13:38c'est-à-dire que les opinions publiques vont trouver que finalement, Renault, en restant sur place,
13:43favorise la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine et par ricochet, donc c'est une sanction sur les parts de
13:48marché.
13:48Et finalement, dans la foulée de l'intervention de Volodymyr Zelensky, Renault décide de quitter la Russie.
13:54Comment, concrètement, dans quelles conditions ?
13:56Dans des conditions extrêmement contraignantes parce que, vous vous souvenez,
14:00il y avait des sanctions qui avaient été mises en place contre la Russie et donc on ne pouvait plus
14:03vendre
14:03à une entreprise russe ni à des entreprises liées à la Russie.
14:07Renault doit partir en abandonnant sur place son usine.
14:09Il n'y a même plus la possibilité juridique pour le groupe de le vendre à son associé actionnaire Rostec.
14:15Donc, on va s'asseoir sur l'actif industriel qui est estimé à peu près à 2,2 milliards d
14:20'euros.
14:21Celle-ci va être cédée à la ville de Moscou.
14:23C'est une entreprise qui a connu des difficultés énormes, qui était en train de remonter la pente
14:28et qui tout d'un coup se prend un coup de bambou, qui met directement en jeu sa survie
14:32puisque tous les contacts en interne que je peux avoir, que ce soit au siège de Renault à Boulogne-Biancourt
14:37mais aussi à Bercy côté État actionnaire, se demandent vraiment de quoi va être refait l'avenir de Renault
14:41dans un contexte qui est déjà très très sombre à cause de la pandémie.
14:46À ce moment-là, la situation économique mondiale empire avec des pénuries,
14:50l'inflation qui progresse un peu partout dans le monde.
14:52Ce départ de Russie, c'est un nouveau coup très dur pour Renault ?
14:55C'est un coup très dur et véritablement dans l'émotion du moment,
15:00certains en interne chez Renault ont des mots très forts.
15:03Ils n'hésitent pas, quand je les appelle, pour savoir un petit peu quelle est l'ambiance,
15:06à parler de pronostics vitals engagés, de risques vitals, de disparitions.
15:10Renault a quand même des atouts, des actifs pour survivre.
15:13Mais je me souviens très bien qu'à cette époque,
15:16certaines personnes en interne du moins parlent presque de la fin de Renault.
15:19Mesdames et messieurs, chers actionnaires,
15:22sont présents à mes côtés M. Luca Demeo, directeur général du groupe.
15:27Quelques mois plus tard, le 25 mai, pendant l'Assemblée générale des actionnaires de Renault,
15:32le directeur général Luca Demeo affiche son optimisme.
15:35C'est le capitaine à la barre en période de tempête.
15:37Et c'est exactement l'attitude qu'adopte Luca Demeo.
15:40Nous avons accompli, grâce à une mobilisation sans faille des équipes du groupe,
15:47l'un des redressements les plus rapides de l'histoire récente de l'industrie automobile.
15:53Finalement, le groupe est résilient, il a des atouts.
15:56On ne passe pas du jour au lendemain de numéro mondial à plus rien, disparition,
15:59quand bien même on affronte des difficultés majeures.
16:01Et donc, Luca Demeo se présente à la barre pour dire,
16:04on va mettre les soucis dans le rétro.
16:05C'est vrai, voilà, il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses.
16:07On a pris plusieurs tsunamis de suite, mais on va essayer de repartir de l'avant
16:12et de remonter la pente progressivement.
16:17Et pendant l'été, le lundi 8 août, dans le Parisien, Mathieu Pelloli,
16:21vous expliquez que les ventes du nouveau modèle Mégane, la Mégane E-Tech, partent bien.
16:26Finalement, cette voiture qui a été lancée, qui est extrêmement importante pour Renault,
16:29c'est ce qui doit subventionner les futurs investissements, donc les futures voitures.
16:33Et ça part plutôt bien, effectivement.
16:35Les commandes sont là, les retours qualitatifs sur la voiture elle-même sont plutôt bons.
16:40Donc tout ça donne de l'espoir aux gens de Renault.
16:42On en arrive à l'actualité récente, Mathieu Pelloli.
16:45Le lundi 26 septembre, vous faites un coup pour le Parisien.
16:49Une interview croisée du dirigeant de Renault, Luca Demeo,
16:52et de Carlos Tavares, le patron de Stellantis, la maison mère de Peugeot.
16:56D'un mot, racontez-nous un peu les coulisses de cette interview réalisée dans un hôtel de Versailles.
17:00Les Parisiens avaient envie de réunir ces deux grands patrons emblématiques du secteur
17:04et de les faire dialoguer des profondes mutations qui sont en train de se passer
17:07dans le cadre de l'arrivée du véhicule électrique.
17:10Il y a un moment de l'entretien qui, je trouve, a été un petit peu symptomatique.
17:14Il y a Carlos Tavares qui chiffre à l'appui, évoque les résultats absolument excellents de Stellantis aujourd'hui,
17:20et Luca Demeo l'interrompt en lui disant « c'est pas mal ».
17:23Sous-entendu, c'est brillant, j'aimerais bien avoir les mêmes résultats.
17:25Et Carlos Tavares lui dit « mais toi, ce que tu es en train de faire, c'est de relever
17:29Renault aujourd'hui en ce moment,
17:30et ça, c'est pas mal aussi ».
17:31Et c'est pas seulement de la politesse.
17:34C'est-à-dire qu'un expert reconnu du secteur observe que Renault est allé très mal,
17:39mais est en train de remonter la pente.
17:41C'est le cas, vraiment ? Renault remonte la pente aujourd'hui ?
17:43Oui, oui, par rapport aux difficultés qu'ont été affrontées, le groupe est reparti.
17:47Il y a des projets qui sont sur la table.
17:49Si les choses restent en l'état, là, Renault est à nouveau sur des rails relativement.
17:53Et Dacia, qui avait été rachetée en 1999, pourrait une nouvelle fois aider Renault
17:58dans ce contexte difficile avec beaucoup d'inflation et un pouvoir d'achat qui baisse ?
18:03Exactement, c'est ça qui est absolument formidable dans cette histoire.
18:06C'est que Dacia, qui était une toute petite chose au début, a été plusieurs fois.
18:10D'abord, la bouée de sauvetage, c'est ce qui a apporté de l'argent à Renault.
18:13C'est ce qui lui a permis de survivre, c'est ce qui a conservé ses parts de marché.
18:16Et maintenant, ça pourrait presque être plus qu'une bouée de sauvetage, une rampe de lancement.
18:19C'est-à-dire que Dacia continue de faire des ventes qui sont absolument excellentes,
18:23à tel point que Dacia est en train même de changer de modèle.
18:25On passe de plus en plus du low cost à un constructeur lambda classique,
18:30parce que les clients plébiscitent le prix, la qualité et même l'image de la marque.
18:41Merci à Mathieu Pelloli.
18:42Cet épisode de Code Source a été produit par Raphaël Pueillot et Thibault Lambert.
18:46Réalisation, Julien Moncouquiol.
18:48Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
18:51Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
18:54N'oubliez pas de vous abonner pour n'en rater aucun.
18:57Si vous aimez Code Source, n'hésitez pas à le dire en laissant un commentaire
19:00ou des petites étoiles sur votre application audio préférée.
19:02Vous pouvez nous contacter sur Twitter at Code Source
19:05ou nous écrire codesource at leparisien.fm
Commentaires

Recommandations