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Une confrontation féroce est en cours dans le secteur des médias, entre d’un côté CNews, Europe 1 et le Journal du Dimanche, et de l’autre l’audiovisuel public, dont deux journalistes ont été espionnés.

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Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : CNews, LCP, France TV, Europe 1.

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#codesource #bolloré #audiovisuel #europe1 #cnews #francetélévisions

Chapitres :
0:00 - Le début de la confrontation médiatique
5:42 - L’escalade des tensions et les réactions politiques
15:28 - L’espionnage : paranoïa et révélations

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Des journalistes espionnés, des conversations privées rendues publiques et des plaintes en série,
00:17une confrontation féroce est en cours dans le secteur des médias.
00:21Entre d'un côté CNews, Europe 1 et le journal du dimanche,
00:25des médias détenus directement ou indirectement par le milliardaire Vincent Bolloré,
00:30et de l'autre l'audiovisuel public France Télévisions et Radio France, notamment France Inter.
00:35Le service public, dont deux journalistes ont été espionnés, a choisi de riposter sur le terrain médiatique et judiciaire.
00:43Codesources reprend le fil des événements depuis septembre 2025 avec un spécialiste du sujet au Parisien,
00:50Benjamin Meffre, journaliste au service culture.
00:59Benjamin Meffre, le 11 janvier, vous avez raconté dans Le Parisien le climat de paranoïa, ou en tout cas de
01:04crainte,
01:05qui règne aujourd'hui chez des personnalités de Radio France et France Télévisions.
01:10On va voir précisément ce que ça veut dire.
01:13Mais d'abord, pour bien comprendre, on va résumer la confrontation qui est en cours dans le secteur des médias.
01:17Entre d'un côté les médias du milliardaire Vincent Bolloré, donc CNews, Europe 1, le journal du dimanche,
01:24et de l'autre le service public France Télévisions et Radio France, notamment France Inter.
01:29On commence ce récit le vendredi 5 septembre 2025.
01:33Ce jour-là, le journal fondé par des proches de Marion Maréchal, la nièce de Marine Le Pen,
01:38L'Incorrect, publie sur son site une vidéo sur laquelle on peut voir deux journalistes du service public.
01:45Oui, on voit sur cette vidéo Patrick Cohen, éditorialiste pour France Inter, et c'est à vous.
01:50À ses côtés, Thomas Legrand, éditorialiste sur France Inter et à Libération.
01:54Il discute avec deux hommes.
01:55Ce sont en fait deux cadres du Parti Socialiste, assez méconnus du grand public.
01:59On est dans un café à Paris.
02:01Il discute de politique.
02:03Et il y a notamment une phrase sur Rachid Alati qui va faire parler.
02:05C'est Thomas Legrand qui la prononce et qui dit « Nous, on fait ce qu'il faut pour Rachid
02:09Alati, Patrick Cohen et moi ».
02:11Nous, on fait ce qu'il faut pour Rachid Alati et moi.
02:13Visiblement, Thomas Legrand fait référence aux affaires judiciaires de Rachid Alati.
02:17La ministre de la Culture, qui veut devenir maire de Paris, va être jugée en septembre 2026 pour corruption.
02:24Dans le cadre de l'affaire Carlos Ghosn, deux autres enquêtes sont en cours.
02:28Ça, tous les journalistes en ont parlé.
02:30Oui, notamment Patrick Cohen qui, on se le rappelle, avait eu un échange très tendu avec Rachid Alati.
02:36Enfin, c'était plutôt à sens unique, parce que c'était Rachid Alati qui l'avait très violemment attaqué lorsqu
02:40'il avait évoqué ces sujets-là.
02:42Bonjour et bienvenue sur Europe 1.
02:44Cette vidéo montée, divulguée le vendredi 5 septembre, est largement commentée sur Europe 1 et sur CNews,
02:50notamment par Pascal Praud, l'ancien journaliste sportif devenu le visage de CNews et qui est aussi sur Europe 1
02:57depuis 2023.
02:58Une collusion idéologique qui existe entre le Parti Socialiste et messieurs Cohen et le Grand.
03:04Et Europe 1 et CNews vont en faire leur miel pendant plusieurs jours.
03:07Ils vont largement, voire très largement, traiter cette publication de l'incorrect et ses vidéos et leur contenu.
03:13Tout sera fait sur les antennes du service public pour que la droite échoue et qu'un homme de gauche
03:19entre à l'Elysée.
03:21Pour eux, il n'y a pas de doute. C'est la preuve qu'il y a une collusion politique
03:24entre, d'un côté, les médias de service public, France Télévisions, Radio France, et les partis de gauche comme l
03:30'EPS.
03:33Il y a plusieurs vidéos, plusieurs extraits du même échange dans ce café.
03:37L'une d'elles, donc celle qui concerne Rachid Adati, fait le plus parler.
03:41Et comment réagissent dans un premier temps les deux journalistes enregistrés à leur insu, Thomas Legrand et Patrick Cohen ?
03:47Ils sont dans un premier temps abasourdis.
03:49Ils essayent de reconstituer les événements parce qu'eux-mêmes n'ont pas forcément souvenir de cet échange.
03:54En fait, il faut se rappeler que l'échange est certes publié en septembre par l'incorrect,
03:58mais en fait, il remonte au mois de juillet précédent.
04:00Donc, ils vont essayer de se rappeler un peu ce qui s'est passé, comment ils se sont retrouvés dans
04:03ce café,
04:04qui a pu les filmer.
04:05Et ils sont évidemment très surpris de l'usage qui est fait de ces séquences-là par un certain nombre
04:09de médias.
04:10Et ils vont très vite engager une forme de riposte sur le terrain judiciaire et médiatique.
04:15Et le soir même de la divulgation de cette vidéo, France Inter condamne les procédés de l'incorrect,
04:21mais décide de suspendre provisoirement Thomas Legrand.
04:25Il ne présente pas dès le dimanche suivant son débat dominical.
04:29Et quelques jours plus tard, Thomas Legrand va renoncer à ce débat hebdomadaire sur France Inter.
04:34Mais il conserve ses chroniques sur la station en tant que journaliste éditorialiste de Libération.
04:40Benjamin Meffre, le 13 septembre, vous publiez une longue interview d'un cadre important de Radio France.
04:45Il est directeur éditorial des radios publiques.
04:48Il s'appelle Vincent Mellet et il dit que le groupe va riposter contre les médias Bolloré.
04:53Je le rencontre dans son bureau à la maison de la radio à Paris.
04:57Il est très remonté contre ce qui vient de se passer.
04:59Et pour lui, il y a un avant et un après.
05:01L'utilisation de ces séquences tournées de manière clandestine dans un café marque un tournant.
05:06Et il décrète que désormais, le service public ne se laissera plus faire,
05:10ne se laissera pas déstabiliser par les médias de la galaxie Bolloré.
05:14Et il a des mots très durs pour qualifier les médias qui sont dans le giron du milliardaire Vincent Bolloré.
05:18Oui, c'est ce qui va marquer un peu les observateurs.
05:20C'est que pour le coup, il sort vraiment du bois.
05:23Il qualifie la galaxie Bolloré d'oligopole hostile.
05:26Et il dit une nouvelle fois que le service public ne se laissera plus faire face à cet oligopole hostile.
05:31Je le relance à un moment pour lui demander si on peut parler de guerre contre les médias de Vincent
05:35Bolloré.
05:35Et là, il refuse cependant d'employer le mot de guerre.
05:42Benjamin Meffre, si on essaie d'être objectif, que fait ou qu'a fait le service public ?
05:46Qui pourrait laisser penser que son travail ne serait pas neutre, qu'il serait plutôt, en clair, favorable à la
05:52gauche.
05:53Alors, c'est une critique qui revient régulièrement, notamment évidemment, issue de certains représentants de la droite en France.
05:59On reproche beaucoup de choses au service public.
06:02Une tonalité, des choix d'angle, un ton qui laisserait penser qu'il penche à gauche.
06:06On reproche aussi au service public certaines de ses chroniques humoristiques,
06:10avec des humoristes qui se revendiquent clairement de gauche et opposés à certains partis du spectre politique français.
06:15Et puis, il y a aussi des déclarations de dirigeants, et notamment d'une dirigeante, Adèle Vendrette, la patronne de
06:20France Inter,
06:20qui, dans une interview au Figaro en 2024, avait affirmé que France Inter était un média progressiste.
06:25Et progressiste, aujourd'hui, clairement, ça s'oppose aux conservateurs.
06:29Exactement. On considère le progressisme comme un courant de la gauche opposé au conservatisme qui serait de droite.
06:35Dans les semaines qui suivent la divulgation des extraits vidéo de Thomas Legrand et Patrick Cohen,
06:39avec ces deux cadres du Parti Socialiste, plusieurs plaintes sont déposées.
06:44Oui, ça va être même une succession de plaintes.
06:46Alors, des plaintes d'abord des principaux concernés, des plaintes de Thomas Legrand, de Patrick Cohen,
06:50qui vont porter plainte contre cet enregistrement illégal et l'usage qui en a été fait par certains médias.
06:54Et puis, quelques jours plus tard, on va apprendre aussi que France Télévisions et Radio France
06:58vont déposer plainte, cette fois contre les médias du groupe Bolloré, pour dénigrement.
07:03Ils reprochent à CNews et Europe 1, concrètement, de prendre régulièrement pour cible
07:07et France Télévisions et Radio France, et de le critiquer publiquement.
07:10Et clairement, c'est illégal d'enregistrer comme ça des gens sans leur dire ?
07:13Ah, c'est en théorie illégal d'enregistrer sans leur consentement, sans les prévenir,
07:17des gens qui ont une conversation privée.
07:19Alors après, il va y avoir sans doute un débat autour de l'utilité d'un point de vue information
07:23du public
07:24de cet enregistrement.
07:25Ça, ça sera au tribunal, évidemment, de trancher.
07:29Le jeudi 18 septembre, dans une interview au Monde,
07:32la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, s'en prend ouvertement à CNews.
07:37Oui, on passe encore un cap, une étape supplémentaire dans l'hostilité affichée entre les deux camps.
07:44Donc après, Vincent Mellet, qui a parlé d'Oligopole Hostile,
07:46elle, elle revient dans plusieurs interviews sur l'hostilité supposée de CNews,
07:51notamment contre France Télévisions.
07:52Et si elle ne dit pas qu'elle est en guerre,
07:54elle qualifie CNews de médias d'opinion
07:56et demande à CNews d'assumer le fait qu'ils soient d'extrême droite.
08:00Ça, j'imagine que ça entraîne beaucoup de réactions chez Pascal Praud, notamment sur CNews.
08:04Tous les présentateurs, toutes les figures de CNews vont protester face à ces propos de Delphine Ernotte
08:09en expliquant qu'ils ne sont évidemment pas d'extrême droite,
08:12qu'ils donnent juste la parole à tout le monde
08:13et que toutes les sensibilités peuvent s'exprimer sur leur antenne.
08:16Aujourd'hui, dans les manifestations, il y aura des journalistes de CNews sur le terrain.
08:19Elle leur met une cible sur le dos.
08:21Exactement.
08:22Elle les met en danger.
08:24S'il y a un problème avec un journaliste de CNews,
08:26vous irez voir Madame Ernotte.
08:30Benjamin Meffre, après cette affaire, Marine Le Pen comme Jordan Bardella
08:34promettent une nouvelle fois de privatiser au moins en partie le service public
08:38en cas de victoire d'URN en 2027.
08:41C'est un peu la spécificité de cette affaire,
08:43c'est qu'elle n'est pas uniquement médiatique.
08:45Tout de suite, elle prend une dimension politique.
08:47Le Rassemblement National reprend la promesse qu'il fait depuis longtemps
08:51de privatiser au moins partiellement France Télévisions et Radio France
08:54et se sert de ces vidéos publiées par l'incorrect pour montrer qu'il y a un problème de neutralité,
08:59il y a un problème de partialité au sein du service public
09:02et que donc il faut le privatiser, d'autant qu'il coûte cher au Contriblob.
09:07Dans ce contexte, le mardi 23 septembre,
09:09la Cour des Comptes publie un rapport sur France Télévisions.
09:12Il tombe au plus mauvais moment pour les chaînes publiques.
09:15Alors la Cour des Comptes salue les bonnes audiences de France Télévisions,
09:19première en audience devant les chaînes privées,
09:21à la fois sur la télé classique et sur le numérique.
09:24C'est également la première source d'information des Français.
09:27Mais Benjamin Meuf, la Cour des Comptes, dénonce également
09:30une situation financière, je cite, « lourdement dégradée ».
09:35Oui, globalement, le rapport est quand même assez cinglant
09:38pour France Télévisions et sa gestion.
09:40Et notamment, le rapport de la Cour des Comptes s'inquiète de comptes dans le rouge
09:43et notamment de capitaux propres qui atteignent des niveaux visiblement très inquiétants.
09:47Des niveaux tellement inquiétants qu'ils vont sans doute demander
09:49l'intervention de l'État très prochainement pour éviter que la société ne coule.
09:54Surtout, la Cour des Comptes souligne que dans la gestion,
09:57il y a eu des décisions stratégiques coûteuses,
09:59comme Salto notamment, une plateforme de streaming qui a été très éphémère.
10:02Il y a aussi des accords sociaux trop rigides.
10:04Il y a un train de vie à corriger également du côté de France Télévisions.
10:07Bref, la Cour des Comptes appelle à des réformes urgentes.
10:10Sinon, le groupe risque de disparaître.
10:12D'un mot là-dessus, comment se défend la présidente de France Télévisions, Delphine Ernaut ?
10:16La présidente de France Télévisions ne conteste pas les constatations faites par la Cour des Comptes.
10:19Elle explique juste qu'elle a déjà, elle, mis en place un certain nombre de mesures
10:23qui ont permis d'améliorer les choses,
10:25notamment des plans de départ successifs qui ont permis de réduire la masse salariale de la société.
10:29Elle souligne aussi que la dotation de l'État a drastiquement baissé ces dernières années
10:34et qu'il lui est difficile d'assumer autant de missions que celles que lui demande l'État,
10:37avec toujours moins de moyens.
10:39Elle annonce aussi qu'il va y avoir lieu une renégociation des accords collectifs
10:44passés avec les syndicats.
10:45Ça, c'est une des préconisations de la Cour des Comptes
10:47parce que c'est notamment via cette renégociation des accords collectifs
10:51qu'on va pouvoir faire éventuellement baisser ou en tout cas limiter la progression de la masse salariale.
10:55C'est une des critiques qui est portée par la Cour des Comptes.
10:59Un mois plus tard, le jeudi 27 novembre,
11:02France 2 sort un documentaire sur CNews dans le cadre de son émission complément d'enquête.
11:07Benjamin Meffre, ce numéro intitulé « La méthode CNews » était en préparation depuis de longs mois.
11:13Oui, il avait même été mis en chantier au début de l'année 2025.
11:16On arrive à la fin de l'année 2025 et les équipes de complément d'enquête sont prêtes.
11:20Elles veulent évidemment diffuser leurs documentaires.
11:22Sauf que, évidemment, entre-temps, c'est passé tout ce dont on vient de parler,
11:25c'est-à-dire une succession d'événements qui a créé un contexte explosif
11:28autour de la question de CNews et du service public.
11:31Et évidemment, en interne, on est un peu crispé de diffuser ce doc
11:34qui va sans doute être instrumentalisé par le camp d'en face,
11:37comme une attaque en règle.
11:39Complément d'enquête sur CNews, c'est bien ce soir.
11:42On vous décrypte les succès d'audience d'une antenne qui électrise les débats
11:46et qui est accusée par ses détracteurs d'être la première chaîne de désinformation en continu.
11:51D'un mot, que dit ce long reportage et quelles ont été les réactions ?
11:55Il se penche en fait sur la ligne éditoriale de CNews et la fabrique de l'information à la sauce
12:00CNews.
12:00Pour ce faire, il décortique notamment les temps de parole.
12:03Complément d'enquête montre que CNews se livrerait à une forme de contournement des règles de pluralisme.
12:10Pour savoir si CNews est vraiment obsédé par l'islam comme il l'affirme,
12:15nous avons utilisé un outil de l'Institut National de l'Audiovisuel.
12:19Il permet de savoir combien de fois un terme est mentionné sur les différentes antennes.
12:24Par exemple, entre 2020 et 2024, le mot « islam » a été utilisé à 30 993 reprises sur CNews,
12:33soit au moins deux fois plus que les chaînes concurrentes.
12:36Côté réaction, évidemment, elles sont très très vives.
12:39Toute la chaîne est mobilisée pour contre-attaquer après la diffusion de ce reportage de complément d'enquête.
12:44Pascal Praud va monter au créneau et toutes les figures de l'antenne également.
12:48Benjamin Meffre, après la divulgation des vidéos volées de Thomas Legrand et Patrick Cohen,
12:52un député demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la neutralité du service public.
13:00Ce député, c'est Éric Ciotti, l'ancien patron des Républicains,
13:04qui est parti en 2024 quand il a conclu pour les élections législatives un accord électoral avec le RN, le
13:11Rassemblement National.
13:12Éric Ciotti demande donc une commission d'enquête en tant que chef des députés de son nouveau parti,
13:18l'UDR, l'Union des Droites pour la République, qui est aujourd'hui un allié du RN.
13:24Pourquoi est-ce qu'il demande une commission d'enquête ?
13:25Alors, il réagit tout de suite très vivement à la polémique autour des vidéos Legrand-Cohen.
13:31Il trouve que c'est un scandale et que c'est la preuve de l'absence de neutralité,
13:34ou en tout cas du manque de neutralité du service public audiovisuel.
13:38Et étant également partisan, lui, d'une privatisation au moins partielle de ce service public audiovisuel,
13:44il estime que c'est le bon moment pour se pencher sur ces questions-là.
13:46Et il demande de créer une commission d'enquête sur la neutralité de l'audiovisuel public.
13:50Quand il y a de l'argent public, il doit y avoir encore plus de devoirs, une indépendance totale,
13:55il ne doit pas y avoir d'idéologie.
13:57Et beaucoup de Français ont eu le sentiment qu'il y a eu une dérive vers la gauche du service
14:02public,
14:03voire vers l'extrême gauche.
14:05Éric Ciotti ne cache pas ses réserves sur la gestion de l'audiovisuel public,
14:09sur la gabgie que ça représenterait pour le contribuable français.
14:12Et il est également favorable à une privatisation au moins partielle de l'audiovisuel public.
14:16Et il va donc proposer la création de cette commission d'enquête.
14:21La demande d'Éric Ciotti est validée au mois d'octobre.
14:25Le rapporteur de cette commission d'enquête est membre de l'UDR.
14:28Il s'appelle Charles Alloncle, il a 32 ans, il est député de l'Hérault dans le Sud.
14:33Fin novembre, dans Le Parisien, il vous accorde une interview.
14:37Et à la veille des premières auditions de cette commission,
14:39il fait la liste de tout ce qui ne va pas selon lui dans l'audiovisuel public.
14:44Et d'après lui toujours, la liste est longue.
14:46Oui, même très longue. Un peu de choses trouvent grâce à ses yeux quand je discute avec lui.
14:51Ce que je comprends en échangeant avec ce député UDR,
14:54c'est qu'il estime qu'il y a de trop nombreuses entraves à la neutralité sur les antennes du
14:58service public.
14:59Il me cite notamment la couverture du conflit à Gaza.
15:02Il estime aussi que France Télévisions est mal gérée,
15:05que le train de vie de France Télévisions est dispendieux.
15:08Il trouve aussi qu'il y a des soupçons à creuser concernant d'éventuels conflits d'intérêts.
15:13Il me parle notamment des contrats entre France Télévisions et les producteurs audiovisuels,
15:19de gros producteurs comme MediaOne par exemple.
15:21Et donc autant de sujets qu'il veut mettre sur la taille, il me dit on va tout regarder.
15:24Sous-entendu, il n'y aura pas de sujets tabous, on va vraiment aller au fond des choses.
15:29Benjamin Meffre, le mardi 16 décembre, sur CNews et Europe 1 en simultané,
15:35Pascal Praud parle d'une discussion privée entre le journaliste Thomas Legrand
15:39et l'ancienne patronne de France Inter, Laurence Bloch.
15:42Que dit Pascal Praud ce jour-là à l'antenne ?
15:44Thomas Legrand, journaliste à France Inter le jour, porte-parole du Parti Socialiste la nuit,
15:50serait poussé vers la sortie de la radio publique.
15:53C'est Europe 1 et Alexis de La Fontaine qui le révèlent ce matin.
15:58Il cite en réalité des propos rapportés par Europe 1,
16:01médias sur lesquels il officie également,
16:03et il explique que ces propos sont vérifiés car il existe un enregistrement de ces propos,
16:07mais qu'il ne peut pas le diffuser à l'antenne parce que c'est illégal.
16:10Et donc d'après lui, que se serait dit Thomas Legrand et Laurence Bloch, l'ancienne chef de France Inter
16:15?
16:15Laurence Bloch, elle a rencontré M. Legrand dans un café du 14e arrondissement à la vue de tous
16:21pour lui souffler cette initiative.
16:23Et si tu démissionnais ?
16:25Afin de protéger la station.
16:28D'après lui, reprenant les éléments d'Europe 1,
16:30Laurence Bloch aura été en service commandé pour demander à Thomas Legrand,
16:33notamment de se mettre en retrait, de quitter Radio France pour protéger Radio France,
16:37alors que se profilent les auditions des dirigeants de Radio France
16:41devant la fameuse commission d'enquête dont Charles Aloncle est le rapporteur.
16:44En tout cas, ça veut dire que Thomas Legrand a une nouvelle fois été écouté et enregistré
16:49sans qu'il soit au courant.
16:51Concrètement, il ne sait pas c'est quoi, est-ce qu'on sait ?
16:53À ce moment-là, on ne sait pas vraiment, justement.
16:55On comprend qu'une conversation entre Thomas Legrand et Laurence Bloch a été écoutée.
17:01A-t-elle été enregistrée ? On n'en a aucune certitude.
17:03Quand on écoute Pascal Praud, on comprend qu'il y a un enregistrement,
17:05mais on n'en a pas la preuve à ce moment-là.
17:07Et donc on se demande bien comment cela est possible,
17:08sachant que Thomas Legrand a été filmé au mois de juillet précédent
17:12dans un café avec Patrick Cohen.
17:14Donc ça ferait deux fois en à peine six mois
17:16que ce journaliste est enregistré dans un café,
17:18ce qui est évidemment inédit et qui interroge.
17:21Comment réagit Thomas Legrand ?
17:22Il est évidemment sidéré par ce nouvel enregistrement clandestin
17:25qui semble avoir eu lieu.
17:27Et évidemment, il n'est pas le seul d'ailleurs.
17:29Il commence à se poser de sérieuses questions
17:30sur comment est-il possible
17:32qu'à deux reprises en à peine six mois,
17:35il soit enregistré par un inconnu dans un café
17:37alors qu'il a une conversation privée.
17:39Et évidemment, la machine à fantasme,
17:42à idées autour d'une officine d'espionnage
17:44commence à surgir dans les esprits.
17:46Laurence Bloch, elle, explique que ses propos ont été déformés.
17:49Elle dément évidemment l'idée sans laquelle
17:50elle serait en service commandé par Radio France
17:53pour convaincre Thomas Legrand de quitter le groupe public
17:56et elle explique qu'elle buvait juste un café
17:58avec un ancien collaborateur.
18:02Benjamin Meffre, là encore, plusieurs plaintes seront déposées.
18:05Thomas Legrand va porter plainte
18:06pour enregistrement clandestin,
18:08pour utilisation de cet enregistrement clandestin
18:11par Europe 1 et CNews.
18:13Et Laurence Bloch va faire de même dans les jours qui suivent.
18:15Pendant ce temps, le travail de la commission d'enquête parlementaire continue
18:18mais dans un climat tendu.
18:21Par exemple, le 10 décembre,
18:22l'audition de la présidente de France Télévisions,
18:24Delphine Ernotte, est chaotique.
18:26Son audition donne lieu à des disputes
18:28entre députés, membres de la commission
18:31mais de bords différents.
18:32Elle est chaotique et elle est aussi très très longue
18:33parce que Delphine Ernotte va répondre aux questions des parlementaires
18:36pendant près de 4 heures,
18:37ce qui est assez inédit quand même.
18:40En théorie, ce genre d'audition dure moins longtemps.
18:43Alors, quelle est la question ?
18:44C'est une question qui est...
18:47Oh, oh, oh, oh, oh, oh, monsieur...
18:50Bon, est-ce qu'on peut se calmer ?
18:51Et au cours de ces auditions, évidemment,
18:53il va y avoir un certain nombre de frustrations qui vont surgir
18:55et notamment celle d'Emerick Caron, député proche de LFI,
18:59qui va en vouloir à la présidente de France Télévisions
19:01de ne pas avoir répondu à ces 6 questions qu'il lui avait posées.
19:05Et le ton va monter avec le président de séance,
19:08le député de raison Jérémy Patrier-Létu.
19:11Et petit à petit, ça va se transformer en un pugilat
19:13à tel point qu'on va être obligé d'interrompre les débats
19:15avant de les reprendre dans des conditions un peu plus sereines.
19:18Madame Soudaine, ne mettez pas en cause ma présidence,
19:20vous avez posé une question,
19:21j'ai fait en sorte que vous ayez une réponse.
19:22Vous n'allez pas faire comme monsieur Caron,
19:23si la réponse ne vous plaît pas, c'est votre problème.
19:25Maintenant, on avance.
19:25Mais en effet, cette audition a été particulièrement chaotique.
19:28Elle ne sera pas la seule d'ailleurs.
19:29Benjamin Meffre, au-delà de l'aspect chaotique de certaines auditions,
19:32sur CNews et Européens,
19:34Pascal Praud parle beaucoup du travail de cette commission
19:36et en insistant notamment sur le budget du service public.
19:40Oui, c'est un de ses axes d'attaque principaux.
19:43Pascal Praud sur ses plateaux évoque souvent le chiffre de 4 milliards d'euros.
19:464 milliards d'euros, c'est la dotation publique globale
19:48pour tout l'audiovisuel public.
19:50Donc ça comprend France Télévisions, Radio France,
19:52mais aussi France Média Monde, Lina notamment,
19:54et Arte par exemple.
19:55Il trouve que c'est trop,
19:57que cet argent qui vient de la poche des Français
19:58est mal utilisé aussi.
20:00C'est son autre axe d'attaque.
20:01Et il veut avoir des réponses à ces questions,
20:03notamment le prix des émissions.
20:04Il demande le prix par exemple de Cetavou,
20:07l'émission quotidienne sur France 5.
20:08C'est une émission qui dure une heure.
20:10Il y a 5 personnes autour de la table.
20:12En fait, c'est une émission qui coûte rien.
20:13Et je sais ce que ça coûte.
20:15Mais si c'est facturé 2 fois, 3 fois, 4 fois, 5 fois, 6 fois,
20:19le prix que ça coûte, là je dis attention.
20:22Il demande publiquement le salaire de Patrick Cohen en disant
20:25j'ai le droit de savoir en tant que contribuable français,
20:27moi qui finance le service public,
20:28j'ai le droit de savoir combien ça coûte
20:30et comment mon argent est utilisé.
20:34Et en tout cas, quand on écoute Pascal Praud,
20:36on a l'impression qu'il est proche
20:38du rapporteur de la commission, Charles Aloncle.
20:40En tout cas, il salue son travail.
20:41Il salue son courage publiquement à l'antenne.
20:43Il salue la pertinence de ses questions.
20:45Et donc, on sent qu'il y a un soutien, en tout cas,
20:48de Pascal Praud au travail de ce parlementaire.
20:50Le 16 décembre, la présidente de l'Assemblée nationale,
20:53Yann Brond-Pivet,
20:54adresse un courrier de rappel à l'ordre
20:56au rapporteur de la commission d'enquête
20:58sur le service public, Charles Aloncle.
21:00Qu'est-ce qui ne va pas,
21:01d'après la présidente de l'Assemblée ?
21:03Alors, elle trouve que les premières auditions
21:04qui ont eu lieu ont été trop chaotiques.
21:06Donc, elle demande à tout le monde
21:07de reprendre ses esprits.
21:09Et puis, elle regrette aussi
21:10que le rapporteur Charles Aloncle
21:12n'ait pas respecté un certain nombre de règles
21:14et d'usages de l'Assemblée nationale.
21:16Elle vise par là l'annonce dans la presse
21:19de convocations qui n'ont pas encore été envoyées.
21:21Elle vise par là le suivi en temps réel
21:24sur les réseaux sociaux du député des auditions
21:26avec des commentaires sur le contenu des réponses
21:28des personnes auditionnées,
21:29alors qu'elles n'ont même pas fini leurs auditions.
21:31Et donc, elle demande à tout le monde
21:33d'avoir un peu de retenue
21:35et notamment au rapporteur Charles Aloncle.
21:38Benjamin Meffre, comme promis,
21:39on en vient à votre enquête du 11 janvier
21:41sur une forme de paranoïa
21:43ou en tout cas de méfiance accrue
21:45qui s'est installée
21:46chez les personnalités du service public,
21:48télé et radio.
21:49L'un de vos interlocuteurs parle même
21:51d'un climat de terreur.
21:53Oui, il me décrit sa direction
21:54comme étant un peu omnubilé
21:56parce que pourrait penser le camp d'en face,
21:57sous-entendu CNews Europe 1,
21:59des décisions qu'elle va prendre.
22:02Également, un climat de terreur
22:03parce que tout le monde se méfie de tout le monde.
22:05Tout le monde a peur d'être sur écoute,
22:07de se faire enregistrer dans un café,
22:10dans un bistrot.
22:11Et que donc maintenant,
22:11les habitudes changent.
22:12On évite certains lieux,
22:14on essaie de rencontrer les gens
22:15davantage au bureau,
22:16de faire des réunions professionnelles
22:17dans des salons privés
22:18plutôt qu'au restaurant
22:20autour d'un repas.
22:21Certains vont même se demander
22:22si leur téléphone n'est pas sur écoute
22:24et donc on va développer l'emploi
22:25de messagerie cryptée
22:26comme Signal, comme Telegram.
22:28On va faire en sorte
22:29que ces messages s'autodétruisent
22:31au bout de quelques minutes.
22:32On va également ne pas répondre
22:34à certains messages
22:34pour ne pas laisser de traces écrites.
22:36Vraiment un changement total de mentalité.
22:39Benjamin Meffre, dans cet article,
22:40vous expliquez aussi
22:41que Thomas Legrand
22:42a fait tester son téléphone portable
22:45pour vérifier s'il n'est pas écouté.
22:47C'est peut-être ce qui m'a le plus sidéré,
22:48c'est qu'un journaliste en France
22:50soit aujourd'hui
22:51à un tel niveau d'inquiétude
22:53qu'il en soit à faire ausculter son téléphone
22:54pour savoir qu'il n'est pas piraté.
22:56Donc après avoir été enregistré
22:58une deuxième fois,
22:58Thomas Legrand finit par se poser des questions,
23:00se demander si tout simplement
23:01son téléphone n'est pas piraté,
23:02n'est pas espionné
23:03et ne sert pas d'enregistreur
23:04à ses conversations.
23:05Et donc il décide de faire ausculter
23:07son téléphone portable.
23:09Il se tourne alors vers
23:10Reporters sans frontières,
23:11l'ONG bien connue des journalistes
23:13qui disposent des compétences en interne
23:15pour faire ce travail d'expertise
23:18et donc ils vont ausculter le téléphone
23:20et déclarer qu'il est clean,
23:22c'est-à-dire qu'il est propre,
23:23qu'il n'y a pas de logiciel espion dedans.
23:25Et finalement, le jeudi 15 janvier,
23:27une journaliste de Radio France
23:28révèle qui, d'après ses informations,
23:31a espionné Thomas Legrand la seconde fois.
23:33D'après ses travaux,
23:35la personne qui a enregistré la conversation
23:37entre Thomas Legrand et Laurence Bloch
23:39dans ce café parisien
23:40ne serait autre qu'un journaliste d'Europe 1,
23:42celui qui avait d'ailleurs écrit
23:43les premiers articles sur cette conversation
23:45et qui, par hasard,
23:46se serait retrouvé au même instant,
23:48dans le même lieu,
23:49dans la même brasserie,
23:50à côté des deux personnes,
23:52les aurait reconnus
23:53et se serait mis à enregistrer
23:54ou en tout cas écouter
23:55leur conversation
23:56pour ensuite en faire des articles.
23:57Benjamin Meffre,
23:58cette confrontation
23:59entre CNews et Europe 1 d'un côté
24:01et l'audiovisuel public de l'autre,
24:03on a l'impression
24:04qu'elle n'est pas prête de s'arrêter.
24:06Non, elle s'installe
24:07dans le paysage audiovisuel français.
24:09Elle va sans doute durer
24:09pendant plusieurs mois,
24:10déjà le temps de la commission d'enquête
24:12qui va étendre ses travaux
24:13jusqu'au mois d'avril.
24:15Et puis après,
24:15on peut se dire que
24:16dans la perspective
24:17de la prochaine présidentielle de 2027,
24:19ce conflit n'est pas prête
24:20de s'arrêter non plus.
24:28Merci Benjamin Meffre.
24:29Cet épisode de Code Source
24:31a été produit par Clara Garnier-Amourou
24:32et Thibault Lambert.
24:34Réalisation, Pierre Chafanjon.
24:36Code Source est le podcast quotidien
24:38d'actualité du Parisien.
24:39Nous publions un nouvel épisode
24:41chaque soir de la semaine,
24:42du lundi au vendredi.
24:44Et puis n'oubliez pas Crime Story,
24:45chaque samedi,
24:46notre podcast consacré
24:47aux affaires criminelles.
24:48Crime Story présenté par
24:50Claudia Prolongeau
24:51et Damien Delceni.
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