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Après de longues semaines de menaces, Donald Trump a assuré le 21 janvier dernier qu’il n’avait pas l’intention d’annexer le Groenland par la force. Mais la méthode brutale d’intimidation utilisée par le président américain signe la fin de l’ancien ordre mondial où l’Europe trouvait dans les Etats-Unis un allié infaillible. Récit.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Anaïs Godard et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Le Monde, AFP, ABC News

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00:00 Trump et le Groenland : le contexte
03:46 Pourquoi Trump menace
09:05 Réaction de l’Europe
17:36 Davos : recul et conséquences

#codesource #donaldtrump #groenland

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le mercredi 21 janvier, au Forum économique de Davos, en Suisse, Donald Trump a rassuré les Européens en affirmant qu
00:20'il n'avait pas envie d'utiliser la force pour obtenir le Groenland.
00:24Depuis quelques semaines, le président américain menaçait d'annexer militairement ce territoire autonome du Danemark et plusieurs dirigeants européens de
00:34leur côté ont essayé de le dissuader, bien conscient qu'il se trouve malgré tout en position de faiblesse vis
00:41-à-vis des Etats-Unis.
00:42On revient sur ce feuilleton dans Codesources aujourd'hui avec deux journalistes, Charles de Saint-Sauveur, chef du service international
00:50du Parisien, et Mathieu Mabin, correspondant de France 24 aux Etats-Unis.
00:55Il est en ligne avec nous depuis Washington.
01:05On va voir pourquoi Donald Trump a finalement décidé, jusqu'à nouvel ordre, de ne pas annexer le Groenland et
01:12les répercussions de cet épisode sur les relations internationales.
01:16Mais d'abord, pour bien comprendre, Charles de Saint-Sauveur, décrivez-nous le Groenland, où ça se trouve et à
01:22qui ça appartient.
01:22Alors il y a déjà une petite illusion d'optique, parce que le Groenland c'est effectivement une île immense,
01:27c'est 2 millions de kilomètres carrés, c'est 4 fois la France.
01:30Mais avec la fameuse projection des planisphères, on a l'impression que le Groenland c'est la taille de l
01:35'Afrique.
01:35Donc ça lui donne une espèce de dimension géographique et stratégique, qui est, on ne va pas dire comme une
01:42mesure avec la réalité, mais en tout cas qui dépasse un peu de loin la réalité.
01:45Le Groenland c'est donc une immense île très peu habitée, 55 000 habitants, je crois que c'est sans
01:51doute la densité de population la plus faible de la planète,
01:54mais qui, à la faveur des changements et notamment du changement climatique, puis des nouvelles priorités stratégiques, a pris vraiment
02:00une importance grandissante,
02:02puisqu'elle se trouve aux confins nord de la planète, entre l'Europe, les Etats-Unis, il y a la
02:07Russie qui n'est pas très loin.
02:08Donc tout ça évidemment fait du Groenland une place stratégique, et puis avec la fonte des glaces, attendu, on sait
02:14qu'à partir de 2050, 2070,
02:17il y a de nouvelles routes maritimes qui vont se créer, et donc le Groenland, qui jusqu'à présent intéressait
02:22peu de monde, va devenir assez central.
02:24A qui ça appartient aujourd'hui le Groenland ?
02:26Alors le Groenland appartient aux Danois depuis le 18e siècle, 1721, d'abord sous forme de colonie,
02:33et depuis le 20e siècle, la faveur des luttes contre la colonisation, etc., sous forme de territoire autonome,
02:39qu'il est d'ailleurs devenu de plus en plus, l'autonomie a été renforcée en 2009,
02:44il dispose d'un gouvernement avec un premier ministre qui ne décide pas de tout concernant l'île,
02:49mais qui est en tout cas largement consulté, puis qui est effectivement quelques prérogatives.
02:53Mais depuis la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ont aussi des droits spécifiques sur ce territoire, lesquels et pourquoi
03:00?
03:00Oui, il y a ce qu'on appelle les accords de 1951, donc entre les Etats-Unis et le Danemark,
03:05qui donnent une quasi carte blanche aux forces armées américaines au Groenland.
03:09Alors pendant la guerre froide, ils étaient plusieurs milliers de soldats,
03:12parce qu'effectivement l'île avait à l'époque, on comprend avec l'affrontement entre les blocs soviétiques et américains,
03:20un emplacement stratégique.
03:21Avec la fin de la guerre froide, donc à partir de la fin des années 90, cet intérêt a diminué,
03:26et le nombre de soldats américains lui aussi s'est largement amenuisé.
03:29Ils ne sont aujourd'hui que 150, mais grâce à ces accords de 1951,
03:33ils peuvent au fond faire ce qu'ils veulent, c'est-à-dire rouvrir des bases si cela leur semble
03:39nécessaire,
03:40évidemment en en discutant avec les autorités danoises.
03:44On continue de poser le décor avec vous cette fois-ci, Mathieu Mabin.
03:48Donald Trump arrive pour la première fois à la Maison Blanche en 2017,
03:51après sa victoire en novembre 2016 face à la démocrate Hillary Clinton.
03:57Pendant son premier mandat, quelle est sa feuille de route en matière de politique internationale ?
04:02Alors, elle est assez binaire. D'abord, soyons parfaitement clairs,
04:05en 2016, on a quand même remarqué que le candidat Trump ne brillait pas particulièrement
04:09par sa maîtrise des grands sujets de politique étrangère.
04:12C'est le moins qu'on puisse dire.
04:13Mais très rapidement, ce qui s'est imposé, en conformité d'ailleurs totale avec l'idée de rendre à l
04:19'Amérique sa grandeur,
04:20pour reprendre le slogan Maga, c'est une volonté viscérale de rompre avec ce qu'il adorait appeler
04:26l'époque des guerres interminables dans lesquelles s'est embourbé.
04:31L'Amérique, c'est vrai, en payant selon lui un prix exorbitant, autant en vie humaine qu'en dollar américain.
04:36Parmi ces guerres interminables, il y a l'Afghanistan.
04:40Donald Trump enclenche le retrait des troupes qui sera effectif sous le mandat de son successeur, Joe Biden.
04:47Donald Trump est ensuite réélu et revient à la Maison-Blanche en janvier 2025.
04:53Comment ça se passe ?
04:54Alors, le contexte est fondamentalement différent.
04:56Son prédécesseur a désengagé définitivement les troupes américaines d'Afghanistan, on l'a dit,
05:00mais en retrouvant le bureau ovale, Donald Trump hérite de nouveaux conflits en cours.
05:05L'Ukraine, et n'oublions pas Gaza, évidemment.
05:08Ce qui lui permet de marteler depuis que s'il avait été à la Maison-Blanche au moment du déclenchement
05:14de ces conflits,
05:15rien de tout cela ne serait arrivé.
05:16Pendant ce second mandat, il est à l'initiative sur beaucoup de sujets.
05:20Il est à la manœuvre pour trouver un accord de paix entre la Russie et l'Ukraine.
05:25À Gaza également, il envoie son vice-président, J. Divens, à Munich, en Allemagne,
05:30pour prononcer un discours très hostile envers l'Europe.
05:33Mathieu Mabin, qui conseille le président des États-Unis en matière de politique étrangère ?
05:38Alors, en matière de politique étrangère, Donald Trump s'appuie sur un cercle tout à fait restreint,
05:43mais structuré autour de l'exécutif, du renseignement et de conseillers politiques de confiance.
05:50On a beaucoup parlé de Steve Witkoff dans le dossier ukrainien,
05:54et d'ailleurs dans la résolution du dossier des otages israéliens à Gaza, par exemple.
05:58Mais il ne faut pas non plus oublier Jared Kushner, son gendre.
06:02Maintenant, avec des profils comme ça, on sort évidemment du cadre purement diplomatique.
06:07Un point absolument crucial, c'est le rôle de Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine,
06:12dont la fonction finalement est une sorte de service après-vente
06:16et surtout de reformulation de la parole présidentielle
06:19en des termes un peu plus audibles et compréhensibles pour les diplomates du monde entier.
06:25Et ses conseillers, ils ont vraiment une influence sur les décisions de Donald Trump ?
06:29Oui, et c'est sans doute d'ailleurs une des différences majeures
06:32entre son premier mandat, celui qui a débuté en 2017,
06:35et son second mandat, celui dans lequel il se trouve aujourd'hui.
06:39On mesure assez facilement aujourd'hui la compétition qui existe parmi ses conseillers
06:46et notamment les propos parfois un peu contradictoires
06:48qu'on peut détecter chez notamment le vice-président des Etats-Unis, J.D. Evans,
06:53qui de temps en temps amaille à partir, c'est vrai, encore une fois avec Marco Rubio par exemple.
06:59C'est du jamais vu depuis la deuxième guerre mondiale, se vante ce soir Donald Trump.
07:03La nuit dernière, la tension entre les Etats-Unis et le Venezuela a franchi un cap.
07:07Le président Nicolas Maduro a été capturé et exfiltré par Washington.
07:11On en vient aux événements les plus récents.
07:13Cette année, le samedi 3 janvier, les forces armées américaines
07:17bombardent en pleine nuit plusieurs sites à Caracas, la capitale du Venezuela,
07:22et capturent le président Nicolas Maduro, un autocrate qui dirige le pays depuis 2014.
07:28Nicolas Maduro est traîné de force devant la justice américaine.
07:33Mathieu Mabin, pourquoi Donald Trump a décidé d'une telle opération ?
07:36Alors bien sûr, il a invoqué la raison du narcotrafic pour justifier son intervention,
07:42mais finalement personne n'a vraiment été dupe sur le continent.
07:46Le Venezuela n'a jamais représenté la principale menace dans ce domaine,
07:51en tout cas pas en comparaison avec le Mexique par exemple.
07:53Dans l'imaginaire trumpien, tout ce qui se trouve au sud de la frontière du Mexique
07:57reste une zone d'influence américaine.
07:59C'est la fameuse doctrine Monroe ressuscitée par Donald Trump.
08:03Un Venezuela qui défie ouvertement le président américain,
08:07tout en reposant sur la principale réserve de pétrole du monde quand même,
08:11il n'en fallait pas beaucoup plus dans le fond pour que Donald Trump fasse la démonstration
08:15de la toute-puissance de son armée.
08:17Et le tout sans déclencher de conflits réellement.
08:20Le droit international n'est pas la passion de Donald Trump.
08:23Est-ce que ce type d'intervention, d'ingérence, on parle quand même de capturer un chef d'État,
08:29est nouveau pour les États-Unis ?
08:31Non, pas du tout.
08:33C'est d'ailleurs ce qui est particulièrement intéressant à observer dans les réactions internationales.
08:36Il y a de vraies similitudes entre l'opération au Venezuela
08:40et l'opération menée par les États-Unis au Panama par exemple à la fin des années 80.
08:45Et puis plus proche de nous, rappelez-vous quand même,
08:47comment les États-Unis sont intervenus en Irak.
08:49En réalité, la seule chose qui a vraiment changé, c'est que la diplomatie américaine
08:54ne perd plus son temps à tenter de convaincre l'opinion internationale
08:58que le but de l'opération aurait été de rendre sa liberté au peuple vénézuélien.
09:04Au lendemain de la capture de Nicolas Maduro,
09:07alors que le monde entier réagit à cette annonce,
09:10une femme qui s'appelle Cathy Miller,
09:12qui est l'épouse du chef adjoint du cabinet de Donald Trump, Stephen Miller,
09:16publie un post sur le réseau social X
09:19qu'est-ce qu'il y a sur ce post et qu'est-ce qu'il se passe dans la
09:23foulée ?
09:23Eh bien, c'est une carte du Groenland recouverte du drapeau américain
09:27et assortie du commentaire bientôt, un commentaire menaçant.
09:31Alors évidemment, ça a fait réagir le Danemark d'abord,
09:35puis évidemment le Groenland et enfin l'Union européenne
09:38et quiconque se préoccupe un tant soit peu de droits internationaux.
09:42Cathy Miller est une communicante proche du pouvoir.
09:45Les chances pour qu'elle ait agi sur un coup de tête sont assez maigres.
09:49Dans le fond, pour Donald Trump, ça a d'abord été une excellente introduction
09:53qui lui a permis d'annoncer la perspective d'une intervention.
10:02Et dans les jours qui suivent, il y a des signes qui montrent
10:05qu'il envisage d'avoir recours à la force au Groenland, c'est ça ?
10:08Exactement. Le Danemark a eu beau rappeler par la voix de son Premier ministre
10:12son attachement à l'Alliance transatlantique
10:14et à quel point il était évidemment inimaginable
10:18que le Groenland ne devienne jamais concrètement américain,
10:20la réponse de Donald Trump a consisté à rappeler
10:23qu'il ne lui faudrait qu'un tout petit effort
10:26pour s'emparer par la force de ce qu'il appelle le bloc de glace.
10:32Donald Trump avait déjà réclamé le Groenland au début de son second mandat.
10:36Le président du Danemark lui avait rétorqué que l'île n'était pas à vendre
10:40et Trump avait l'air d'être passé à autre chose.
10:43Mathieu Mabin, qu'est-ce qu'il faut comprendre
10:45dans le timing de cette nouvelle revendication
10:48juste après le coup d'État au Venezuela ?
10:51Eh bien, juste après le Venezuela,
10:53le monde avait encore bien en tête
10:54que Donald Trump était capable d'agir par la force, justement.
10:58Ce qui, vous en conviendrait,
11:00rajoute quand même une certaine pression aux chancelleries adverses
11:04mais aussi partenaires et même alliées.
11:06Dans les interviews qu'il donne à la presse,
11:08Donald Trump dit que les États-Unis ont besoin du Groenland
11:11pour leur sécurité.
11:13Qu'est-ce qu'il entend par là ?
11:14Dans le contexte que nous connaissons,
11:16Washington considère que la brèche du Groenland
11:19est une fragilité face à la Chine ou encore à la Russie.
11:22Ce n'est pas nouveau.
11:24C'est d'ailleurs ce qui avait justifié les fameux accords de 1951
11:28qui ont vu l'implantation d'une dizaine de milliers
11:30de soldats américains au Groenland.
11:32Mais dix ans avant cela,
11:34c'est sous les glaces du Groenland
11:36que se cachaient les sous-marins allemands
11:38et plus tard, les sous-marins soviétiques.
11:40Maintenant, ne soyons pas dupes.
11:42Il n'y a pas que ça.
11:42Oui, parce qu'il y a des intérêts économiques
11:45derrière cette volonté d'annexer l'île, c'est ça ?
11:47Oui, c'est même la principale raison, disons-le,
11:49de l'intérêt de Washington
11:50pour cette région riche en terres rares
11:53et en minerais critiques.
11:55Pour Donald Trump,
11:56il est autant question de s'emparer de ces minerais
11:58que d'empêcher qu'il ne tombe aux mains d'un autre.
12:01Là encore, évidemment, il pense à la Chine.
12:04Et au-delà de ça,
12:04il y a aussi chez Donald Trump
12:06l'idée que les États-Unis doivent tout simplement s'étendre, c'est ça ?
12:10Oui, les détracteurs de Donald Trump disent beaucoup cela.
12:13Cela remonte à l'époque pas si lointaine
12:15où il avait déjà publié une carte des États-Unis
12:18englobant le Canada cette fois.
12:20Maintenant, l'idée que Donald Trump rêve
12:22d'être à la tête du plus vaste pays du monde
12:25devant la Russie
12:26contredit ceux qui voient en l'action du président américain
12:29une démarche beaucoup plus rationnelle
12:31qu'elle n'y paraît dans le fond.
12:33Le business, d'abord la démarche de Donald Trump
12:37et bel et bien de rendre à l'Amérique
12:39d'abord sa puissance économique.
12:41En réaction,
12:42huit pays européens, dont la France,
12:45décident après cette déclaration
12:46d'envoyer au Groenland quelques dizaines d'officiers
12:49pour une mission de reconnaissance
12:52à partir du 15 janvier.
12:54Emmanuel Macron parle aussi
12:55de déclencher l'instrument anti-coercition.
12:58C'est un arsenal européen de sanctions économiques
13:01qui pourrait frapper durement l'économie américaine.
13:04Charles de Saint-Sauveur,
13:05on peut parler d'un sursaut d'une partie de l'Europe
13:07à ce moment-là ?
13:08Alors, il s'est passé quand même
13:10quelque chose de très important.
13:12C'est qu'on n'en est pas resté au stade des déclarations.
13:15Les Européens ont envoyé des petits contingents,
13:17certes de taille très modeste.
13:18Il n'était évidemment pas question
13:20qu'ils rivalisent avec un possible assaut américain.
13:23L'idée, c'était d'envoyer ce qu'on appelle
13:24« boats on the ground »,
13:26c'est-à-dire en gros des militaires en treillis,
13:28fouler le sol,
13:29pour bien faire comprendre le message.
13:32Tout le monde s'est un petit peu moqué au départ
13:33parce qu'effectivement, il y avait peu de soldats.
13:35Mais pour une fois,
13:36les Européens, effectivement,
13:37ne se sont pas contentés de propos déclaratifs.
13:40Ils ont anticipé le coup de force américain
13:43et pris les devants, en quelque sorte,
13:45en envoyant des militaires.
13:46C'est pas rien.
13:47Le message, en tout cas,
13:48est allé directement à Washington
13:50qui a dû en prendre son parti.
13:51Mathieu Mabin,
13:52comment réagit Donald Trump
13:53face à l'envoi de troupes au Groenland
13:55et face aux menaces de sanctions économiques
13:58de la part de l'Europe ?
13:59Alors, le président américain
14:00concentre sa riposte sur Emmanuel Macron,
14:02lui reconnaissant d'ailleurs au passage
14:04et de manière implicite
14:06le statut de chef de file
14:07de l'opposition européenne
14:09au rêve expansionniste américain.
14:12Et n'oublions pas de le tacler également au passage
14:16en rappelant qu'il est en fin de mandat.
14:18Soit dit en passant,
14:19il n'a plus d'avenir politique.
14:21Le président français a droit
14:22à quelques sarcasmes, on l'a compris,
14:23mais ce qui inquiète les Européens,
14:26disons-le, en tout cas,
14:27huit nations européennes
14:29qui font bloc dans le dossier arctique,
14:31c'est la menace d'une nouvelle taxation
14:33de leurs produits à hauteur de 10%.
14:37En parallèle, Charles de Saint-Sauveur,
14:39le président américain presse de nombreux États
14:42à rejoindre ce qu'il appelle
14:44un Conseil de la paix,
14:45une organisation qui le vient de créer
14:47et qu'il compte superviser.
14:49Alors, qu'est-ce que c'est ?
14:50Initialement, le Board of Peace,
14:52donc le Conseil de la paix,
14:53c'était une instance qui était normalement
14:55conçue pour superviser la reconstruction de Gaza
14:58sous l'égide américaine
14:59avec d'autres personnalités,
15:01d'autres nations, etc.
15:02Mais les appétits de Trump
15:04et ses ambitions internationales aidant,
15:06il est ensuite devenu,
15:08quelques mois plus tard,
15:09une sorte d'instance
15:11qui vise à œuvrer à la résolution
15:13des conflits dans le monde,
15:14pas seulement au Proche-Orient,
15:16mais bien au-delà.
15:18Donc, en gros,
15:18ce qui en fait assez naturellement
15:20une sorte de concurrent de l'ONU,
15:22on sait très bien ce que Donald Trump
15:24pense de l'ONU
15:25et de toutes ses organisations internationales.
15:27Il les quitte les unes après les autres,
15:29il les méprise,
15:30il les trouve absolument illégitimes.
15:32Lui, ce qu'il souhaite,
15:33c'est être un peu le shérif du monde
15:35et régenter avec une organisation
15:38qui est à sa main,
15:39les affaires courantes du monde,
15:40en négociant d'État à État,
15:42etc.
15:42dans un cadre qui leur a façonné
15:44de sa propre main.
15:45Est-ce que les États répondent
15:46favorablement à cette invitation ?
15:48Eh bien, pas tous.
15:49Une soixantaine d'États
15:51ont, a priori, été invités,
15:53dont la Russie de Vladimir Poutine,
15:55qui a participé à ce Conseil de paix,
15:58ce qui ne manque pas de sel.
16:00Apparemment, une dizaine
16:01ou une quinzaine auraient répondu présents.
16:04Pas les États les plus,
16:06on va dire, importants de la planète.
16:08Beaucoup ont refusé,
16:09à commencer par la France,
16:10d'Emmanuel Macron,
16:11qui a publiquement dit
16:12qu'il n'était pas question
16:13d'intégrer une instance
16:14qui concurrencerait directement
16:16la charte des Nations Unies
16:18et pour laquelle, en plus,
16:19il faut payer un milliard de dollars
16:21pour l'intégrer.
16:22D'ailleurs, le Premier ministre canadien
16:24lui aussi a dit
16:24qu'il n'était pas question
16:25de payer un milliard de dollars.
16:26Il s'en est exclu lui-même.
16:28Donc, il y a toutes ces menaces
16:29que Donald Trump fait peser
16:31sur l'Europe,
16:31des menaces économiques.
16:33Il y a ce Conseil de la paix.
16:35Selon vous, Charles de Saint-Sauveur,
16:36est-ce que Donald Trump
16:37veut rompre avec l'ordre mondial
16:39qui existait jusqu'à présent
16:41et en particulier cette alliance
16:44entre l'Europe et les États-Unis ?
16:46Donald Trump,
16:47c'est un secret pour personne,
16:48n'a que faire
16:49de l'ordre du monde
16:50tel qu'il existe aujourd'hui.
16:52Il faut quand même d'abord dire une chose,
16:53il n'est pas responsable
16:54du désordre mondial.
16:55Ça, effectivement,
16:56il donne cette impression-là,
16:57mais le désordre mondial
16:58a commencé bien avant lui.
17:00La nouveauté,
17:01c'est qu'auparavant,
17:02les États-Unis étaient un peu
17:03le garant de cet ordre mondial
17:04qui était challengé,
17:06disputé,
17:06qui était mal en point,
17:07mais qui existait toujours
17:08et notamment grâce aux États-Unis
17:10qui étaient en quelque sorte
17:10son gendarme.
17:12Aujourd'hui,
17:12les États-Unis sont le principal
17:14facteur de désordre.
17:15En plus,
17:16Donald Trump considère
17:17que cet ordre mondial
17:19tel qu'il a été façonné
17:20par les États-Unis
17:20en 1945
17:22joue contre les États-Unis.
17:24C'est-à-dire que,
17:24en gros,
17:25l'ONU,
17:26toutes les instances
17:28supranationales,
17:28elles n'ont qu'un but aujourd'hui,
17:30c'est effectivement
17:31de tailler des croupières
17:32aux États-Unis,
17:33de l'empêcher
17:33d'exercer
17:34sa toute-puissance.
17:35Le lundi 19 janvier,
17:37l'édition annuelle
17:38du Forum économique
17:39de Davos
17:40en Suisse
17:41démarre.
17:42Pendant une semaine,
17:43les grands décideurs politiques
17:44et économiques
17:45de la planète
17:45se réunissent.
17:46De nombreux chefs d'État
17:48font le déplacement.
17:49Donald Trump
17:50est attendu
17:50en milieu de semaine.
17:51Charles de Saint-Sauveur,
17:53avant son arrivée,
17:54les menaces
17:54du président américain
17:55électrisent
17:56le Forum économique.
17:58Racontez-nous ça.
17:59Exactement.
17:59Il n'y en a que
18:00pour Donald Trump.
18:01Il n'est pas encore arrivé
18:02que tout le monde
18:03ne parle que de lui
18:04puisque Emmanuel Macron
18:05prend la parole
18:06pour défendre
18:07l'ordre international.
18:14Mike Carnet,
18:15le canadien aussi,
18:16fait un discours
18:17qui marque les esprits
18:18autour des dangers
18:19que font peser
18:20les États-Unis,
18:20même s'il ne les nomme
18:21pas forcément directement.
18:22Et je parlerai aujourd'hui
18:24de la rupture
18:25de l'ordre mondial,
18:26de la fin,
18:27d'une fiction agréable
18:30et de début,
18:32d'une réalité
18:34brutale.
18:34En gros,
18:35il y a une espèce
18:35de tension dans l'air,
18:36une tension qui est attisée
18:37par les appétits
18:39de Donald Trump
18:39au Groenland.
18:41La veille de son arrivée
18:42à Davos,
18:43en Suisse,
18:44il poste sur son réseau social
18:46une photo de lui,
18:48une espèce de photomontage
18:49comme il en a l'habitude,
18:50où on le voit planter
18:51un drapeau américain
18:52sur la banquise
18:54avec derrière lui
18:55G.D. Vance,
18:56le vice-président,
18:57et Marco Rubio,
18:58son secrétaire des droits,
18:59c'est-à-dire son ministre
19:00des Affaires étrangères.
19:00En gros,
19:01il fait savoir
19:02qu'il s'emparera
19:03du Groenland
19:04par la force
19:04s'il le faut,
19:05il le dit,
19:06et en tout cas
19:07qu'à minima,
19:08il l'annexera.
19:08Le mercredi 21 janvier,
19:10Donald Trump
19:11arrive au forum
19:12de Davos
19:12et dans son discours,
19:14il évoque
19:15le sort du Groenland.
19:17Qu'est-ce qu'il dit
19:17précisément,
19:18Mathieu Mabin ?
19:19Alors,
19:19d'abord,
19:19c'était clairement
19:20un discours
19:21aussi attendu
19:22que redouté
19:23par ceux
19:24qui y ont assisté
19:25et globalement
19:26par l'ensemble
19:26des chancelleries européennes.
19:27Assez rapidement,
19:29quand même,
19:29Donald Trump
19:30a confirmé
19:31ce que tout le monde
19:31espérait,
19:32c'est-à-dire
19:32qu'il a renoncé
19:34à l'usage
19:34de la force
19:35pour s'emparer
19:36du Groenland.
19:41Ensuite,
19:42le président guerrier
19:44a laissé la place
19:45à ce personnage
19:46de champion du deal
19:48qu'il aime tellement
19:49incarner.
19:50Un dialogue
19:50avec le Danemark
19:51a été proposé,
19:52un dialogue
19:53avec le secrétaire général
19:54de l'OTAN
19:55et la recherche
19:56d'un accord
19:57qui permettra
19:57à terme
19:58aux Etats-Unis
19:59d'exploiter
20:00finalement
20:01les sols
20:01du Groenland
20:02et de se réimplanter
20:03militairement également.
20:08Comment expliquer
20:09le fait,
20:09selon vous,
20:10qu'il ait renoncé
20:11finalement à la force
20:12au profit
20:13d'un accord
20:14avec le Danemark ?
20:15Alors,
20:16on est purement
20:17dans la méthode
20:18Trump.
20:18Le président américain
20:20veut être
20:20imprévisible.
20:22Et il faut bien
20:22reconnaître
20:23que ça fonctionne
20:24dans quand même
20:25beaucoup de cas.
20:26Donald Trump
20:26va toujours
20:27un peu trop loin
20:29dans la menace.
20:30Certains diront
20:30beaucoup trop loin.
20:31Il le sait,
20:32mais l'important
20:33pour lui,
20:34c'est que ses interlocuteurs,
20:35eux,
20:36continuent à douter.
20:37Et c'est certainement
20:38la méthode
20:39la plus efficace
20:40qu'il a trouvée,
20:41en tout cas,
20:41pour finalement
20:42arriver à ses fins.
20:43Est-ce qu'il a renoncé
20:45à annexer
20:46le Groenland
20:46ou est-ce que
20:47tout ça,
20:48toutes ces menaces,
20:49ce n'était que pour
20:50étendre sa présence,
20:52son influence
20:53sur l'île ?
20:54Il a clairement
20:55renoncé,
20:56techniquement en tout cas
20:57et militairement.
20:59Personne dans son entourage
21:00ne veut se priver
21:01durablement en tout cas
21:03du marché européen,
21:04absolument indispensable
21:06à l'économie américaine.
21:07Le divorce
21:08avec l'Europe
21:09aurait été consommé
21:11et les conséquences économiques
21:12pour Washington,
21:14très graves.
21:14Est-ce que Trump
21:15aurait pu mettre
21:15la main sur le Groenland
21:17s'il l'avait vraiment voulu ?
21:19Oui,
21:20ça aurait été
21:21techniquement
21:21et militairement
21:22une formalité.
21:23Il faut mesurer
21:24le décalage
21:25qu'il peut bien y avoir
21:26entre l'outil de défense
21:28des États-Unis d'Amérique,
21:30première puissance mondiale,
21:32souvenez-vous
21:32que le budget militaire
21:34des États-Unis
21:35est supérieur
21:37à la somme
21:38des dix budgets
21:39qui le suivent.
21:40Vous vous rendez compte
21:41du décalage ?
21:42Bien sûr
21:43que ce que Donald Trump,
21:44encore une fois,
21:45qualifie avec dédain
21:47de pain de glace
21:48aurait pu être capturé
21:50techniquement
21:51et militairement
21:52par les forces américaines
21:53en un temps
21:54absolument record.
21:56Charles de Saint-Sauveur,
21:57cet épisode,
21:57il va quand même
21:58laisser des traces
21:59dans la relation
22:00entre les États-Unis
22:01et l'Europe ?
22:02Oui, fondamentalement,
22:03oui.
22:04Pas que cet épisode,
22:04d'ailleurs.
22:05Toute cette suite d'épisodes
22:06depuis le début,
22:08le retour de Donald Trump
22:09à la Maison-Blanche,
22:10le rapprochement
22:10avec Poutine, etc.
22:11Mais là,
22:12vraiment,
22:13qu'un pays,
22:14les États-Unis,
22:15déclarent vouloir
22:16annexer,
22:17y compris par la force,
22:18un territoire,
22:19le territoire d'un allié
22:20et d'un allié
22:21vraiment très proche.
22:22Le Danemark,
22:23c'est le pays
22:24le plus atlantiste
22:24quasiment de l'Europe.
22:26C'est quand même
22:26un coup de tonnerre énorme.
22:28Donc l'Europe,
22:29je pense là,
22:29a vraiment compris
22:30de quoi il s'agissait,
22:31compris qu'on ne pouvait
22:32plus compter
22:33sur les États-Unis
22:34comme un partenaire
22:35absolument fiable,
22:36qu'il fallait
22:38se construire
22:39une autre histoire.
22:41Et donc,
22:41du coup,
22:41maintenant,
22:42qu'est-ce qui va se passer ?
22:43Je pense que
22:44le discours du Premier ministre
22:46canadien Marc Carnet
22:47a été de ce point de vue-là
22:49quelque chose
22:50d'assez salutaire
22:51puisqu'il a,
22:51contrairement à tous les autres,
22:53montré une voie,
22:54quelque chose
22:55qui peut ressembler
22:56à un avenir
22:56pour la France,
22:57pour l'Europe,
22:58pour tous ces pays
22:59qui ne veulent pas rentrer
23:00dans ce jeu
23:00des grandes puissances,
23:01la Chine,
23:02la Russie,
23:03les États-Unis,
23:04cette loi du plus fort
23:05qui a l'air
23:05de s'imposer à nous.
23:06c'est une alliance
23:07des puissances moyennes,
23:08des puissances
23:09qui veulent continuer
23:10à vivre,
23:11non pas selon les règles
23:12du vieillissement international,
23:13mais en tout cas,
23:14selon des règles communes,
23:16partagées
23:17et fondées sur le droit.
23:25Merci à Charles de Saint-Sauveur
23:26et Mathieu Mabin.
23:27Cet épisode de Code Source
23:29a été produit par Clémentine Spiller
23:31et réalisé par Julien Moncouquiol.
23:33Code Source,
23:34c'est le podcast quotidien
23:35d'actualité du Parisien.
23:37Nous publions un nouvel épisode
23:38chaque soir de la semaine,
23:40du lundi au vendredi.
23:41Et puis, n'oubliez pas
23:42Crime Story,
23:43chaque samedi,
23:44notre podcast consacré
23:46aux affaires criminelles
23:47présenté par
23:48Claudia Prolongeau
23:49et Damien Delseny.
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