00:00Plus, RTL Matin, Thomas Soto.
00:05Il est 8h19, face à Fogiel, Marc-Olivier, votre invité à livrer un témoignage glaçant il y a quelques jours
00:10à l'Assemblée.
00:10Il y était question du traitement des violences sexuelles et justement, Colline Berry affirme en avoir été victime, visant très
00:16directement son père, Richard Berry.
00:18Et c'est toute une famille qui se déchire autour de ces accusations.
00:21Bonjour Colline Berry.
00:23Bonjour.
00:23Merci d'être là après votre intervention devant les parlementaires mercredi dernier.
00:27Pourquoi c'était important pour vous de raconter à nouveau votre histoire à l'Assemblée la semaine dernière ?
00:33C'était important déjà d'y participer parce que je porte certains engagements sur les propositions qui sont envisagées par
00:42cette commission, notamment l'imprescribilité.
00:44Il y a déjà eu beaucoup d'auditions d'experts et j'avais l'impression qu'il fallait incarner un
00:51peu cette réalité,
00:52que ce n'est pas qu'une réalité juridique, théorique, qui a déjà très bien été dépliée par plein de
01:00gens,
01:01mais qu'il fallait un peu se cogner au réel de ce qu'on racontait justement dans...
01:06Le réel, vous avez évoqué des viols répétés presque chaque week-end de la part de votre père dans les
01:11années 80.
01:12Dans quel contexte ces viols survenaient ?
01:15Dans le contexte d'une garde alternée de week-end, de jeux, de moments complètement détournés puisque c'était très
01:26ludique.
01:28Des jeux imposés, vous avez raconté.
01:31Imposés, c'est-à-dire qu'un enfant, vous lui proposez de jouer, il joue, il n'a pas conscience
01:36de la portée de ce qu'on lui demande de faire.
01:40Concrètement, qu'est-ce que vous avez vécu, Coline Berry ?
01:44C'est beaucoup de choses que j'ai vécu avant ça.
01:47C'est toute une confusion des places.
01:52D'abord, c'est des baisers sur la bouche avec la langue.
01:57C'est aussi des gestes, des attouchements.
01:59Et puis, ça a été jusqu'à son paroxysme pour moi, ça a été cette participation récurrente à ces jeux.
02:07Voilà, qui ont carrément la mis en scène les organes génitaux de mon père.
02:13Là, vous parlez de viol, clairement.
02:15Alors, je parle de viol.
02:16Ça a été requalifié après en agression sexuelle.
02:19Et ça, d'ailleurs, ça faisait partie des points que j'avais envie de soutenir à travers cette commission.
02:24Parce que d'ailleurs, il y a eu un cas très récemment qui vient en appel d'être à nouveau
02:28requalifié en agression sexuelle
02:29pour des cunnilingus imposés à une jeune fille, enfin une petite fille,
02:34et que de débattre du nombre de centimètres d'une pénétration orale ou vaginale quand il s'agit d'un
02:42enfant,
02:43pour moi, ça n'a même pas lieu d'être.
02:45Ça doit être criminalisé et donc pénalisé.
02:49Devant les parlementaires, vous dites que l'inceste, c'est un climat.
02:52C'est une imprégnation lente, diffuse et constante.
02:54Vous avez dénoncé l'absence de pudeur, la dignité, les portes ouvertes, les corps exposés, y compris dans les rapports
03:00sexuels.
03:00Ce que vous racontez, on va voir après que la famille se déchire autour de tout ça,
03:04mais c'est que, en gros, votre enfance, elle a baigné dans un climat de sexualité débridée et déplacée.
03:13Débridée, banalisée, en tous les cas, pas forcément très originale pour mon époque.
03:19C'est ce qu'évoque aussi d'ailleurs Camille Kouchner dans son livre.
03:22C'est une époque où on imaginait, en tous les cas, on comportait plus librement l'idée que la sexualité
03:30des adultes et des enfants
03:32pouvaient se mélanger et qu'au contraire, c'était une éducation, éventuellement, qui pourrait faire avancer la libération sexuelle.
03:41Donc, oui, c'est une absence de pudeur.
03:43Alors, il y a l'incestuel et l'inceste.
03:47Je pense, comme le juge Durand, que l'incestuel et l'inceste, c'est la même chose.
03:51Vous aviez quel âge ?
03:53Mes parents se sont séparés quand j'étais très jeune et donc, ça a commencé.
03:57Moi, le souvenir que ma mère me rapporte, puisque moi, je ne l'ai pas, mais qui marque, en tous
04:03les cas, la première réaction qu'elle a eue.
04:05J'ai trois ans et je rentre après un week-end et je lui reproduis sur elle ce que mon
04:11père faisait et elle l'appelle.
04:12Et voilà. Donc, moi, j'avoue que je n'ai pas de souvenirs de cet âge-là. J'en ai
04:16plus tard.
04:17Voilà.
04:18Vous dites devant l'Assemblée que vous avez tenté de vous protéger toute seule à l'âge de 10 ans.
04:22Vous avez cessé de manger pendant les vacances scolaires pour qu'ils vous ramènent chez votre mère.
04:25Vous avez aussi tissé une toile autour de vos lits pour éviter qu'ils s'approchent la nuit.
04:30C'était ça, votre réalité ?
04:31Ma réalité, c'était ça. Contrairement, d'ailleurs, à un syndrome qui est complètement empoisonnant, c'est-à-dire que
04:41ce syndrome qu'on évoque d'aliénation parentale,
04:44moi, ma mère ne m'a jamais monté la tête de quoi que ce soit et, au contraire, elle insistait.
04:50Enfin, moi, je lui expliquais que je ne voulais plus y aller, je lui racontais, mais elle avait très peur
04:55de mon père.
04:56Très peur, d'abord, parce qu'il a été violent physiquement.
04:59Votre père, c'est la comédienne Catherine Yégelle ?
05:00Ma mère, oui. Très peur aussi parce qu'elle avait peur de la puissance de sa parole, plus sa notoriété,
05:06et qu'elle avait peur que parole contre parole, quand l'inceste ne laisse pas de traces physiques,
05:10surtout en plus à cette époque, et on voit déjà encore aujourd'hui comment c'est difficile.
05:14Donc, elle m'a obligée à y aller, et à un moment donné, en vacances au Maroc, j'ai cessé
05:20de manger.
05:21Vous en avez parlé avec votre père, plus tard, adulte, plusieurs fois ?
05:24Plusieurs fois, j'ai essayé.
05:24Il est né à chaque fois, évidemment, et il n'est pas le seul, on y vient. Vous en avez
05:29parlé avec votre père ?
05:29Alors, j'en ai parlé à différents moments. J'en ai parlé quand j'avais 20 ans. Là, ça a
05:35été extrêmement violent.
05:37En fait, j'ai commencé à faire une thérapie, et c'est d'ailleurs avec Claude Almos, et c'est
05:42elle qui, la première fois, a mis ce mot d'inceste.
05:44Parce que moi, j'évoquais des choses que je n'aimais pas, qui s'étaient passées, qui me restaient comme
05:49un traumatisme, mais je n'avais même pas le mot.
05:52Donc, voilà, j'ai commencé ce travail avec elle. J'en ai parlé à mon père, qui m'a dit
05:56que si je continuais d'en parler, il me renierait.
06:00C'est très violent, parce que le rapport à un parent, justement, les agressions sexuelles ou les viols sur un
06:07enfant,
06:08quand elles sont en plus commises par un membre de la famille qui fait référent d'autorité et figure d
06:15'attachement principale, en l'occurrence, c'est très compliqué.
06:18Ce que vous êtes en train de dire, c'est qu'en même temps, vous l'aimiez, ce père.
06:21Bien sûr, bien sûr. C'est beaucoup, d'ailleurs, beaucoup d'enfants maltraités continuent de...
06:27Parce que ce n'est pas des monstres. Enfin, je veux dire, ils ont une part aussi très normale, très
06:34agréable, qui cohabite très bien.
06:37D'ailleurs, ils sont très clivés, et ça cohabite très bien avec les autres moments qui, eux, sont totalement déconnants.
06:43Très clivés, la famille aussi. Parce que depuis votre intervention, ça existait avant, mais là, c'est reparti.
06:49Son entourage proche, et on l'écoute aussi, notamment sa femme, nouvelle femme, mère de sa petite-fille, dit
06:55« Maintenant, ça suffit, Colline. La limite est clairement franchie. C'est la limite, c'est ma famille.
07:00Elle pense que vous instrumentalisez tout ça. Tout ça est faux. »
07:03La sœur de Richard Berry, à qui il a donné d'ailleurs son rein, dit que plus de petites, on
07:07vous appelait Colline la mytho.
07:09Vous avez inventé un certain nombre de choses, jusqu'à votre sclérose en plaques dont vous aviez parlé, qui n
07:13'existe pas.
07:15Alors, c'est pas mon cas là-dessus, personnel, et pas très original, parce que les attaques et les disqualifications
07:25dont je fais l'objet par ma famille,
07:26Enfin, par...
07:27Une partie, puisque Josiane Balasco, qui était la belle-sœur de Richard Berry, elle était mariée à son frère, ou
07:32votre cousine, Marie Lou Berry,
07:33elle, prenne votre défense.
07:35Mais cette famille proche, et qui développe sur les réseaux sociaux de façon très étayée, met en cause votre probité,
07:41Et, en gros, vous auriez toujours menti, parce que vous étiez la petite-fille jalouse, jalouse d'ailleurs de votre
07:47petite-sœur aujourd'hui.
07:48Bien sûr, oui.
07:49Ben, écoutez, je ne sais pas quoi vous dire, jalouse, folle, mythomane, je veux dire, c'est ce qu'on
07:54retrouve dans tous les...
07:56Enfin, voilà, déjà, c'est difficile de parler, et quand les victimes parlent, en général, c'est exactement ce qu
08:00'on leur renvoie dans la figure.
08:01C'est étayé simplement par leurs propos, tout seul, parce que moi, je ne m'appuie que sur le dossier,
08:07je me suis appuyée dans mon audition que sur les éléments de la procédure,
08:12parce que malgré le temps, malgré le fait que tout ne se passe pas, évidemment, sur des vidéos, etc., il
08:20y a quand même des éléments,
08:21il y a notamment quand même des SMS de mon père, un enregistrement, voilà.
08:26Parce que vous avez porté plainte, il faut le rappeler, c'était en 2021 qu'on va faire pour viol,
08:30agression sexuelle et corruption de mineurs,
08:31mais l'enquête a d'ailleurs été classée sans suite pour prescription, c'est donc l'objet d'un...
08:35C'est aussi pour ça que vous prenez la parole pour l'imprescrétibilité de ce genre de choses.
08:41Oui, alors maintenant, effectivement, depuis 2021, par une circulaire de Dupond-Moretti,
08:46les affaires prescrites donnent l'occasion d'une enquête systématique,
08:52et au moment de leur classement pour prescription, sont qualifiées ou pas, pour insuffisance de faits, voilà.
09:00Donc moi, je vous dis, elle a été qualifiée et même requalifiée, puisque du viol, on est passé à l
09:04'agression sexuelle.
09:06Donc, la prescription, c'est l'inceste, il faut bien entendre que c'est un crime qui est tellement spécifique,
09:15parce qu'il est intrafamilial, alors je parle en plus de l'inceste parental, qui est encore plus compliqué,
09:21mais où le silence est l'arme de l'agresseur, et pas parce que ça vient s'effacer avec le
09:26temps.
09:26Moi, j'ai encore retrouvé des éléments, par hasard, il y a un mois.
09:30Donc, une photo...
09:31Quel type d'élément ?
09:31Une photo.
09:32Une photo de quoi ?
09:33Une photo très explicite de mon père.
09:36Avec vous ?
09:37Avec une photo en grand plan, un polaroïd, un sexe que je n'identifie pas, puisqu'il est...
09:44Que vous avez vous ?
09:45Que j'ai moi.
09:46Donc, pour ce qui illustre cette sexualité, en tout cas, plus que débridée.
09:49En tous les cas, cette perméabilité avec le fait que moi, j'en sois en ma possession,
09:56et que cette photo, elle date des années 80.
09:58Vous êtes en contact avec votre père ?
09:59Pas du tout.
10:00Plus aucun contact depuis quand ?
10:04Depuis la mort de mon oncle, le père de Marie-Lou.
10:08Merci.
10:09Je ?
10:10Non, non, je veux dire, je ne l'étais plus avant, et quand je dis contact, c'est...
10:14Voilà.
10:15Merci de votre témoignage ce matin sur RTL.
10:17...
10:17C'est un colline bien.
10:17Merci.
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