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Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00C'est Daphne Burki et c'est sa nouvelle tête.
00:02Elle est en place ma nouvelle tête puisqu'il est 9h49 et nous sommes en direct dans le studio de
00:06la grande matinale de France Inter.
00:08Ma nouvelle tête ce matin s'appelle Valéry Carnoy, il est cinéaste et il déboule avec un premier film d
00:14'auteur mais avec de l'action et de la sueur.
00:16Et c'est réussi. Je ne suis pas la seule à le dire, le film a été particulièrement bien reçu
00:20déjà au dernier festival de Cannes.
00:22Et il y a beaucoup de choses qui m'intriguent dans le parcours de ma nouvelle tête, vous allez comprendre.
00:26Il devait être footballeur, il a finalement étudié la psychologie et aujourd'hui il est cinéaste.
00:31Avec un talent caché qui ne me déplaît pas, il sait imiter Garou quand il chante.
00:35Pour une fin de soirée ou peut-être pour une fin d'entretien, on verra bien.
00:40Bonjour Valéry Carnoy, il ne fallait pas me répondre ça dans le questionnaire.
00:43Bienvenue sur France Inter.
00:45Bonjour.
00:46Vous alliez partir en Garou dès le départ ?
00:48Non, non, quand même pas.
00:49Non, je peux.
00:51Votre premier film s'appelle La danse des renards, il sort mercredi prochain.
00:55Ça fait des mois que vous attendez ce moment.
00:56Comment ça va ?
00:57Content que ça sorte enfin.
01:00Depuis mai de l'année passée, c'est long.
01:02Il y a du trac ?
01:04Il n'y a plus de trac.
01:05Il y en a eu, mais il n'y en a plus maintenant.
01:07On raconte l'histoire.
01:08Parce que si je dis la danse des renards aux auditeurs, je ne sais pas ce que vous allez imaginer,
01:13mais ça doit être hyper joli dans votre tête.
01:14Non, sur l'affiche, on voit le visage d'un jeune boxeur qui tire la langue.
01:18Il s'appelle Camille, c'est un boxeur prodige dans un internat sportif,
01:23interprété par le brillant Samuel Kircher.
01:25À l'approche d'une compétition décisive, il y a un accident qui va briser son élan.
01:29Il chute d'une falaise.
01:30Il est sauvé par son meilleur ami.
01:32Officiellement, il est rétabli.
01:33Mais il reste traversé par une douleur inexplicable,
01:36une douleur que la médecine ne reconnaît pas.
01:38Bande annonce.
01:38Arrête de faire le clown là, tu vas énerver les juges, putain !
01:42Bac-moi ça, 40 mètres carrés à Paname.
01:45Moi là, je peux avoir ça là.
01:46Bien sûr, tu peux avoir ça.
01:47Mais il faut que tu gagnes aussi.
01:48Ceux qui me disent, moi, t'as réussi, c'est ma réussite, gros.
01:50C'est nous deux, frère.
01:53Mande !
01:54Je ne vois aucune raison qui puisse expliquer ta douleur.
01:57Mais depuis que tu as repris, tu n'es pas motivé, il n'y a rien là.
01:59C'est mon bras, c'est toujours mon bras.
02:01Ils disent quoi, le PFN à serre sur toi ?
02:03Que depuis ton accident, tu as peur.
02:05Et tu signes.
02:06Les championnats, ils sont dans 6 semaines.
02:07Je t'en tâtis de tout ça.
02:12Intense, hein ?
02:13Mais il est intense, ce film.
02:15Comme vous, j'imagine.
02:16Dans ce film, on est à la limite du documentaire.
02:18Enfin, c'est ce qu'on ressent, évidemment, quand on le voit.
02:21Et ce n'est pas un hasard.
02:22Donc, j'ai compris que vous aviez fait un casting sauvage.
02:24Vous avez écumé les clubs de boxe pour rencontrer des adolescents
02:28qui n'avaient encore jamais joué la comédie.
02:31Alors, c'est la directrice de casting, Alicia, qui a écumé les clubs.
02:34Moi, je suis resté sur mon canapé en attendant qu'elle trouve toutes ces petites perles.
02:38Donc, il faut rendre à César ce qui lui appartient.
02:40Mais vous en avez rencontré combien ?
02:41Elle en a rencontré énormément.
02:43Moi, au final, je n'en ai vu qu'une centaine de profils.
02:47Ça baisse de sélection.
02:48Mais voilà.
02:50On avait très envie d'avoir de vrais athlètes.
02:52Parce que voilà, même si c'est un film sur l'amitié, un film nerveux,
02:56l'arène, c'est quand même la boxe.
02:57Donc, il fallait de vrais boxeurs.
02:59Parce que voilà, former des jeunes qui n'ont jamais fait de boxe à la boxe, c'est complexe.
03:03On n'avait peut-être pas assez de moyens pour ça.
03:06Donc voilà, on est allé chercher plein de petites perles dans tous ces clubs de la périphérie de Paris.
03:12Il y en a quelques-uns qui vont exploser dans cette bande.
03:14Mais il y a Samuel Kerscher qui, lui, s'est entraîné pendant des mois.
03:17Alors, vous avez raison.
03:18Ce n'est pas tant un film sur la boxe que sur les traumatismes.
03:21Et là, je pense à des auditeurs qui vont peut-être se reconnaître.
03:25Après un accident, on peut garder une douleur que personne ne voit.
03:28On appelle ça une douleur fantôme.
03:31Et ce film, il parle aussi d'une histoire personnelle.
03:34Finalement, j'ai cru comprendre que vous, adolescents, vous avez intégré une classe sport-études en football.
03:38Et vous avez eu aussi un accident qui a brisé finalement cette trajectoire ?
03:43Je ne sais pas si elle l'a brisé en tout cas.
03:45Mais l'accident m'a plongé dans une telle période de faiblesse
03:49qu'évidemment, très jeune, quand vous êtes, moi j'avais 15 ans,
03:53vous remettez un peu tout en question.
03:55Parce que vous savez, vous n'êtes plus le jeune homme que vous étiez.
03:57Vous n'êtes plus l'ado que vous étiez.
03:59Et puis vous êtes tellement, moi j'avais une anémie,
04:02j'avais perdu beaucoup de sang pendant l'accident.
04:04Donc j'ai eu une longue anémie.
04:05Et donc du coup, pendant cette anémie, j'étais très faible.
04:08Quand vous êtes faible, vous êtes beaucoup plus sensible.
04:10Et quand vous êtes plus sensible, voilà, vous voyez votre monde
04:13et ce qui vous entoure complètement différemment.
04:15Et voilà, j'ai peut-être moins aimé l'univers de l'internat,
04:18toutes les injonctions de mon groupe et tout ça.
04:22Et voilà, j'ai fini par tout quitter.
04:24Et je suis reparti vers l'enseignement normal.
04:27Donc voilà.
04:28Et justement, vous avez complètement changé
04:30puisque vous avez ensuite fait des études de psychologie
04:33à l'Université libre de Bruxelles.
04:34La psychologie sociale, celle qui observe les mécanismes d'appartenance
04:39et d'exclusion dans les groupes.
04:40Est-ce que c'est ce regard-là qui vous a aidé
04:42à diriger cette bande de garçons ?
04:45Non, je ne pense pas.
04:47Mais la psychologie, ce qu'elle m'a appris,
04:50parce qu'au final, pour devenir psychologue,
04:52il faut exercer, il faut avoir pas mal d'expériences
04:54pour même être bon.
04:56Et donc moi, ce que ça m'a plus appris,
04:57c'est qu'en fait, 5 ans de psychologie,
04:59vous apprenez à tout désacraliser.
05:01C'est-à-dire que les humains, vous n'en avez plus tellement peur.
05:05Vous apprenez un peu l'altérité d'une certaine manière.
05:08Donc voilà, maintenant je suis posé.
05:09Je n'ai plus tellement peur des gens, même de vous.
05:13J'espère que vous n'avez pas peur de moi.
05:15Comme dirait ma mère, je suis vachement sympa.
05:18Il y a une bascule.
05:19Elle ne dit pas du tout ça, la catiche.
05:21Il y a une bascule, vous entrez à l'Institut supérieur
05:24des arts du spectacle à Bruxelles, à l'INAS,
05:26et puis vous devenez cinéaste.
05:28Mais si on remonte encore plus loin,
05:29vous racontez que le point de départ de votre imaginaire,
05:32il vient de votre père.
05:34Il vous racontait l'histoire d'une fée invisible,
05:37Rosalie, qui serait la sœur adoptive de vous et de vos frères,
05:40dont vous avez une sœur imaginaire.
05:42Elle est toujours là, Rosalie ?
05:44Non, elle n'est plus là, mais pendant pas mal d'années,
05:46avec mon frère, on devait la saluer.
05:48On saluait le vide.
05:49Mais c'était pas mal, parce qu'en gros,
05:51mon père nous disait qu'elle était extrêmement maladroite,
05:54comme elle avait perdu sa mère très jeune.
05:56Donc elle ne maîtrisait pas bien sa baguette magique.
05:58Donc chaque fois qu'on le voyait, car mes parents étaient divorcés,
06:00il fallait résoudre les problèmes de Rosalie,
06:04les quelques conneries qu'elle avait réalisées.
06:06Et donc on partait et on essayait de résoudre les choses.
06:09Donc il pitchait, c'était une sorte de pitch
06:11qui lui permettait de nous divertir d'une certaine manière.
06:13Mais on y a cru quand même pas mal de temps.
06:15Ah oui ?
06:16Mais vous n'y croyez plus ?
06:18Malheureusement, je n'y crois plus.
06:19Mais voilà, je l'ai enterré.
06:21Mais quelle matière formidable pour une psychanalyse !
06:25Vous lui avez déjà chanté du garou à Rosalie ?
06:28À Rosalie ? Non, quand même pas.
06:29Je lui disais qu'elle était belle.
06:30Ah, quand même !
06:31Alors moi, je vous ai proposé une carte blanche.
06:33C'est marrant, vu ce que vous venez de me raconter.
06:35Vous avez choisi Gilles Deleuze, dans l'ABCDR.
06:38Alors on va mettre un petit son que vous aimez bien,
06:40qui vous accompagne.
06:43Donc tout d'abord, c'est un texte d'un documentaire
06:46qui est l'ABCDR, et donc il parle de manière orale.
06:48Je ne sais pas si je vais le faire aussi bien que lui.
06:51Mais il dit « Les gens n'ont de charme que par leur folie.
06:55Voilà ce qui est difficile à comprendre.
06:57Le vrai charme des gens, c'est le côté où ils perdent un peu les pédales.
07:00C'est le côté où ils ne savent plus très bien où ils en sont.
07:03Ça ne veut pas dire qu'ils s'écroulent, au contraire.
07:05Ce sont des gens qui ne s'écroulent pas.
07:07Mais si tu ne saisis pas la petite racine,
07:09ou la petite graine de folie chez quelqu'un,
07:11tu ne peux pas l'aimer.
07:13On est tous un peu déments,
07:15et j'ai peur, ou je suis bien content,
07:17que le point de démence de quelqu'un
07:19soit la source même de son charme.
07:22C'est très très joli.
07:24Moi je voudrais dire quelque chose.
07:25Gilles Deleuze c'était un très grand philosophe français,
07:29et il avait une voix très particulière.
07:32Une voix qu'on reconnaît entre mille.
07:33Et je pense qu'il n'y a que vous,
07:35avec votre voix très particulière qu'on reconnaît entre mille,
07:38qui pouvaient faire la voix de Gilles Deleuze.
07:41Ou en tout cas essayer de s'en approcher.
07:43Pour être honnête, j'avais envie de faire exactement comme lui,
07:45mais je me suis dit, ça ne va pas le faire.
07:47Je vais faire avec mon style.
07:50Donc un peu granuleux, voix cassée,
07:52et je ne fume pas.
07:55Il y a une chanson qui vous accompagne en ce moment,
07:57c'est une chanson italienne de Lucio Battisti.
07:59C'est une chanson culte en Italie,
08:01qui parle d'une chose très simple,
08:04et très belle d'ailleurs,
08:05parce qu'en fait elle parle justement
08:07de se libérer du regard des autres,
08:09des règles, des injonctions du monde,
08:10pour trouver un espace
08:12où on pourrait être libre.
08:14Et je trouve qu'il rejoint d'une certaine façon aussi
08:16votre film La Danse des Renards.
08:34Avant de se quitter, j'aimerais savoir
08:36si vous avez une dédicace au micro de France Inter ce matin.
08:39Ouais, j'en ai une,
08:41mais une personne décédée qui est mon grand-père,
08:43donc qui était un inventeur un peu fou,
08:46qui était assez génial.
08:47Et un jour il a dit à mon père,
08:49donc j'aime bien cette petite histoire,
08:51il s'est mis devant un miroir,
08:52et il a dit à mon père,
08:53combien de pères vois-tu ?
08:54Mon père évidemment a vu son reflet,
08:57et mon grand-père,
08:57donc il a vu deux pères,
08:58il lui a dit, j'en vois deux,
09:00mais il lui dit, oui en effet,
09:02mais combien de pères as-tu ?
09:03Et là mon père a dit,
09:04je n'en ai qu'un,
09:05il fait en effet, tu n'en as qu'un.
09:07Et puis il lui a dit,
09:08apprends à regarder avec ta tête
09:09et pas avec tes yeux.
09:11Et voilà, je pense qu'il a,
09:12grâce à ça,
09:13c'est un peu le point de départ
09:14de l'imaginaire de mon père
09:16qui nous a transmis à moi et mon frère,
09:17même si mon père n'a pas fait une voie artistique,
09:20en tout cas il nous a bien amusé dans notre jeunesse.
09:23Voilà, donc petite dédicace
09:26à la transmission du grand-père au père au fils.
09:30Eh bien, tout l'imaginaire de Valérie
09:33et aussi de Valérie Carnoy,
09:34vous pouvez le retrouver
09:35dans ce premier film qui s'appelle
09:37La danse des renards,
09:38particulièrement réussie,
09:39bravo, à bientôt.
09:41Merci beaucoup.
09:42On n'aura pas eu Garou.
09:44Ah mais quelle prise !
09:45Je peux, je peux.
09:46Ah si, on peut, on peut bien sûr.
09:47Cadeau pour Sonia, tu vois,
09:49moi j'avais oublié mon Garou,
09:50mais Garou, ça donne quoi ?
09:52Bah je peux faire belle.
09:54Ouais, allez-y.
09:55Mais il faut me mettre dans le...
09:57Alors, il faut dire quoi ?
09:59Je la connais par cœur,
10:00elle a d'un coup...
10:01Belle, trois, quatre, quatre...
10:03Belle, c'est un nom qu'on dirait inventé pour elle,
10:08quand elle danse et qu'elle met son corps à jour.
10:12On me la fait faire toute ma jeunesse
10:14et là je dois la refaire.
10:15Non, ben voilà, c'est un petit garou.
10:17C'est un petit garou du matin.
10:19C'est un petit garou du matin.
10:21On se récipite au cinéma,
10:22on va voir la danse des renards.
10:23C'est la fin du mag de la grande matinale.
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