Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 8 heures
Melchior Leroux, réalisateur de clips.

Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Daphne Burki et sa nouvelle tête.
00:02Et il est 9h50, nous sommes en direct dans le studio de la Grande Matinale.
00:07Ma nouvelle tête ce matin s'appelle Melchior Leroux.
00:10Il est réalisateur et il fabrique des images comme d'autres bricoleraient des rêves sous acide.
00:15Je pense que c'est un génie qui est dans ce studio.
00:18Des clips tournés en quelques jours, devenus des phénomènes à des millions de vues.
00:23Il n'a pas fait de grande école mieux, il a foiré ses études.
00:26Et aujourd'hui, c'est lui qui façonne entre autres l'esthétique de la chanteuse Phénomène Théodora.
00:31Un regard libre, étranger, ultra référencé, que tout le monde est en train d'essayer de décrypter.
00:36Il y a encore quelques jours, son nom résonnait aux victoires de la musique.
00:43Je suis grave contente d'être là et de recevoir ce prix.
00:48Même si pour moi ce soir, ce prix c'est le prix de Melchior Leroux.
00:51C'est le réalisateur qui a réalisé Fagin Design Art.
00:54Je suis très contente.
00:57Moi je suis très contente.
00:58Bonjour Melchior Leroux, bienvenue sur France Inter.
01:00Bonjour, enchanté.
01:02Vous étiez où à ce moment-là ? Qu'est-ce qui s'est passé dans votre tête ?
01:05Parce que vous avez gagné aussi une victoire donc.
01:07En fait à ce moment-là, on en a parlé déjà, mais je suis très très timide.
01:11Et en fait à ce moment-là, j'ai un peu paniqué.
01:13Normalement je devais monter.
01:14Mais je lui ai demandé un peu au dernier moment de monter à ma place et de faire un bisou
01:18à ma maman.
01:20Vous étiez caché dans les coulisses.
01:21Oui, tout à fait.
01:22J'étais sur le petit banc là.
01:23Oui, je vois bien.
01:24D'ailleurs là, ce n'est pas vous, c'est votre cousin.
01:26Ce n'est pas moi.
01:27Oui, complètement.
01:27Mais vous avez fait un effort pour venir.
01:29Vraiment, je suis contente de vous présenter Melchior.
01:31Et il a mis une cravate pour sa maman aussi aujourd'hui.
01:33Donc bienvenue dans le studio de France Inter.
01:35Ce clip Fashion Designer, il vous a été proposé.
01:38Alors que la chanson, elle cartonne déjà.
01:40On entend le son, mais vous le dites très bien.
01:42Vous n'êtes pas producteur, vous n'avez pas du tout le pif.
01:44Donc vous ne savez jamais si un morceau va marcher ou pas.
01:46Donc vous acceptez la mission de réaliser ce clip.
01:49Qu'est-ce qui vous vient immédiatement quand vous avez entendu cette chanson ?
01:52Qu'est-ce qui se passe dans votre tête ?
01:54C'était un peu particulier.
01:56Déjà pour moi, en fait, comme j'avais pu le dire déjà,
02:01pour moi c'était déjà un petit peu trop tard.
02:03Et le son, en fait, c'était vraiment le meilleur de l'album.
02:05Et je n'avais vraiment peur de ne pas du tout être à la hauteur du son.
02:09Et en fait, après, elle m'a juste dit le terme afro-futurisme.
02:13Et on est parti là-dessus avec toutes les références que ça implicite.
02:17Donc les Jean-Paul Gould, toutes ces choses-là.
02:20Et puis j'avais quelques notions via Metal Hurlant ou les magazines pilotes,
02:23des choses comme ça.
02:24Donc des notions très graphiques.
02:25Et vous avez commencé par quoi ?
02:28Moi, je filme toujours un peu la même chose, honnêtement.
02:31Je fais toujours un plan plein pied de face, de profil de trois quarts.
02:35De votre talent.
02:38Oui, voilà, d'un peu n'importe qui.
02:40Là, en l'occurrence de Théodora, je la filme juste dans tous les angles.
02:43Et c'est un peu comme de la pâte à modeler.
02:46Et après, en fait, moi, c'est en post-production,
02:47surtout que je vais venir écrire beaucoup.
02:49Parce que vous venez des effets spéciaux aussi.
02:52Est-ce que vous vous souvenez de votre première rencontre avec Théodora ?
02:54Plus vraiment.
02:56C'est génial.
02:58En fait, ça vient d'une époque où j'enchaînais,
03:00je crois qu'on s'est rencontrés en studio.
03:02Oui, mais je crois que c'était il y a deux ans, donc une époque.
03:05Parce qu'il faut quand même remettre la prise chronologique de la pop culture.
03:09C'est très important.
03:10Non, peut-être deux ans et demi, peut-être.
03:12Deux ans et demi, c'est très important.
03:14Donc, vous ne vous souvenez pas, parce que vous enchaînez,
03:15vous faites des clips pour plein, plein de gens, en fait.
03:17Non-stop, non-stop.
03:18À ce moment-là, je fais beaucoup, beaucoup de clips pour une scène assez...
03:20C'était Besoin d'être, je vous le dis,
03:22parce qu'on entendra un petit peu le son,
03:23mais c'est sur Besoin d'être que vous vous êtes rencontrés.
03:25Oui, c'était sur ce morceau-là.
03:26Elle avait déjà sorti, du coup, Le Paradis se trouve dans le 9-3.
03:31Et puis après, on a pu travailler ensemble sur ce projet-là,
03:35parce que moi, déjà, j'étais déjà très fan de ce qu'elle faisait.
03:39Et voilà, ça s'était très bien passé.
03:41Et puis après, elle a eu l'explosion qu'on connaît.
03:43L'explosion, elle est énorme.
03:44Et alors, ce qui est drôle, c'est qu'il y a plein de légendes sur Melchior Leroux.
03:48Certains vous voient franc-maçon, d'autres illuminati,
03:51à cause de certains motifs, des damiers, des symboles dans vos clips.
03:54On va entendre des mythos aussi.
03:56Vous m'avez confié que vous adoreriez faire partie d'une secte d'aristocrates très fermées.
04:00Mais ce n'est pas le cas.
04:02Je suis désolée pour les spectateurs.
04:04Vos références, vous l'avez dit, il y a du Grace Jones,
04:06il y a du Jean-Paul Gould, il y a du Michel Oslo,
04:09fabuleux films, ou encore Monstres et compagnie, qu'on peut reconnaître.
04:12Il y a plein de références et les gens s'éclatent en ce moment à les décrypter.
04:15Mais il y a quelque chose d'étonnant dans votre travail,
04:18Melchior Leroux, c'est que vous ne storyboardez pas.
04:20C'est-à-dire que vous ne savez pas du tout à l'avance
04:22que vous allez faire tout sort de votre cerveau comme ça, instantanément.
04:26En général, oui.
04:27En général, j'ai quelques petits repères narratifs.
04:29Par exemple, sur le dernier, sur des mythos.
04:31Qu'on entend, oui.
04:32Oui.
04:33À un moment, par exemple, elle doit percer un petit ballon,
04:36parce que j'avais déjà dit l'idée du gars qui accrochait avec des petits ballons qui volent,
04:40et les ballons qui explosent et ça tombe.
04:42Donc il y a des petites actions comme ça qui sont un petit peu rythmées.
04:45Mais en général, oui, en général, il y a beaucoup de choses qu'on refait en post-production.
04:50Même on peut déplacer les corps assez facilement.
04:53Vu que j'ai un truc très collage, je peux un peu faire ce que je veux.
04:57Il y a des auditeurs qui n'ont peut-être pas encore vu ces images-là.
05:01Qu'est-ce que vous aimeriez qu'ils ressentent quand ils voient l'un de vos clips ?
05:06J'aimerais bien que ça a l'air un peu étrange quand même.
05:09C'est un petit peu l'idée.
05:10Ça renvoie peut-être même un petit peu des trucs à la Timberton.
05:13Tout ça, ça serait chouette.
05:15Que ça les emmène ailleurs.
05:17Votre parcours, il est complètement dingue, je le disais.
05:19C'est quand même inspirant.
05:20Vous avez foiré vos études.
05:22Vous avez été refusé dans les écoles de cinéma.
05:24Vous avez un parcours complètement hors cadre.
05:26Et votre premier clip, vous le faites à 17 ans.
05:29Votre cachet, c'était du shit et un sneakers.
05:31Ce qui est quand même une unité de production assez précise dans le cinéma indépendant.
05:36C'est comme ça que ça s'est passé.
05:38Oui, alors ça, ma mère aurait préféré que je ne le dise pas.
05:42Je suis désolée.
05:43Non, mais pas de souci.
05:44À l'époque.
05:45Non, mais oui, c'était une époque où j'étais à Nantes.
05:47C'est vrai qu'on travaillait un petit peu comme on pouvait.
05:50En fait, on prend juste les projets qu'on a sous la main.
05:52Parce qu'on n'a pas forcément beaucoup d'artistes avec qui travaillent.
05:54Et du coup, je pense que le tout premier clip que je fais, j'ai dû gagner 20 euros.
05:58Puis après, petit à petit, ça monte un petit peu.
06:01Et voilà.
06:02Moi, je pense que Charline et Sonia, c'est pareil.
06:04On a grandi avec des clips.
06:06En tout cas, comme des œuvres.
06:08Je ne sais pas pour vous, mais moi, je pouvais passer, si je commençais quelques heures,
06:11voir des après-midi entiers à regarder.
06:14Il y avait des chaînes de télé.
06:15Oui, c'était la musique qui t'ouvrait à un autre monde.
06:18Franchement, et votre travail, il est tellement fort qu'il ne me provoque justement aucune nostalgie.
06:22Je me dis, ah, ça existe encore.
06:23Cool, il y a des clips.
06:24D'où vient cet imaginaire ?
06:26Parce que votre première vocation, c'était de concevoir des stores électriques.
06:30Oui, c'est vrai.
06:31C'était fascinant, ça, les stores électriques.
06:32Quand j'étais petit, je trouvais ça fantastique.
06:34Mais, pardon, c'était quoi la question ?
06:36Elle vient d'où, cette vocation, cette envie de raconter des histoires ?
06:40Comment on passe du store électrique au clip vidéo ?
06:43Non, le store électrique, c'était une musique qui a duré quelques années, vraiment.
06:46Quelques années ?
06:50Mais, non, après, en fait, le clip, en fait, quand on était petit, moi, je n'avais pas
06:54une TV, mais par contre, on avait YouTube.
06:55Et sur YouTube, moi, je me souviens des clips, à l'époque, j'écoutais du métal.
06:58Et je voyais l'équipe de Rammstein, même dans un autre registre de Michael Jackson.
07:02En fait, c'est fou, le clip, tu as deux minutes pour faire tout ce que tu veux.
07:05Et vu que c'est suffisamment plus long que la pub pour avoir des bons moyens pour faire
07:09toutes les images que tu veux, et c'est suffisamment court pour déplacer l'univers complètement ailleurs.
07:14La musique, ça se regarde, dans le fond.
07:16Oui, ça se vit, surtout les médiums, on est d'accord.
07:20On va entendre un son qui vous réconforte.
07:23Nature Boy de Nat King Cole.
07:25Vous m'avez confié un cauchemar récurrent.
07:27Et j'aime bien ce cauchemar.
07:29Des pousses de soja vous sortent des oreilles.
07:32Les gens viennent se servir, vous êtes allongés et vous ne pouvez rien faire.
07:35Je ne vais pas analyser ce cauchemar.
07:37Mais ma question est...
07:38C'est un vrai cauchemar ?
07:39C'est un vrai cauchemar que je fais depuis quelques semaines.
07:42C'est terrible.
07:44Ma question est plutôt, quels sont vos rêves ?
07:45Parce que vous êtes passé par la publicité, vous êtes passé par les effets spéciaux,
07:48vous faites du clip aujourd'hui, vu par des millions, des millions de gens.
07:53Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
07:55Moi j'aimerais bien pouvoir continuer, pouvoir...
07:59J'aimerais bien être suffisamment confortable financièrement pour pouvoir faire des projets
08:03juste parce que je les aime et pas avoir à chercher l'argent à tout prix et machin.
08:08Et pouvoir continuer de faire un truc que j'aime, parce que c'est un luxe énorme.
08:11Et peut-être aller vers de la fiction d'ici quelques années.
08:16On est au micro de France Inter ce matin, je crois que vous aviez une dédicace particulière.
08:21Elle s'adresse à qui ?
08:23Elle s'adresse à tous les réalisateurs et réalisatrices que j'aime beaucoup.
08:26On est en France parce qu'on a un vivier exceptionnel en France.
08:30Je vais sûrement en oublier plein, mais je pense à Pedro Sommer, Jules Arbulot, Caprice Caprice, Nathan Galli, Roseau, Julia
08:39et Vincent.
08:40Et j'ai sûrement oublié un tas de noms.
08:41Etienne Sabi et voilà un petit peu tous ces gens qui sont super doués.
08:47Il ne faut pas oublier qu'en France, on a quand même un vivier de gens trop trop trop trop
08:50forts.
08:50Et que c'est bien d'aller voir aussi ce qu'ils font de leur côté.
08:53Lui, il s'appelle Melchior Leroux et vous pouvez le suivre.
08:55Voilà.
08:56Et si vous aussi, vous rêvez que des pouces de soja vous sortent des oreilles,
08:59vous serez une nouvelle tête chez Daphné Burki.
09:02Daphné Burki.

Recommandations