00:00Ma nouvelle tête ce matin s'appelle Bérangère McNeese.
00:02C'est une actrice qui a décidé de ne plus attendre qu'on lui donne la parole.
00:07Et comme je la comprends en ce moment.
00:09Bref, elle l'a prise, elle écrit, elle réalise, elle joue, elle regarde ses personnages droit dans les yeux.
00:14Bérangère McNeese est donc actrice réalisatrice.
00:17Révélée sur le petit comme le grand écran, si vous êtes fan de HPI, vous l'avez adorée dans le
00:21rôle de Daphné.
00:21Et c'est vrai qu'elles sont vachement sympas les Daphné.
00:24Des Magritte, l'équivalent des César en Belgique.
00:26Elle en a déjà deux, révélations féminines et meilleurs courts-métrages en tant que réalisatrice.
00:31Et quelque chose me dit que c'est que le début.
00:33Bref, aujourd'hui, elle a pris la caméra pour réaliser son premier film qui cogne et à la fois qui
00:37vous prend dans les bras en même temps.
00:39Il s'appelle Les filles du ciel.
00:41Bonjour Bérangère McNeese, bienvenue sur France Inter.
00:43Merci beaucoup.
00:44Parce qu'en fait, vous n'attendez pas qu'on vous invite pour y aller.
00:47Alors merci d'avoir accepté l'invitation d'aujourd'hui.
00:50Là on ne m'aurait pas laissé rentrer je pense.
00:51Oh si, si Charline avait été à la porte.
00:59C'est votre premier long-métrage, mais ce n'est pas votre première fois dans ce domaine.
01:03Vous avez tourné à l'âge de 8 ans dans une pub pour un cartable Barbie.
01:07Excuse-moi, mais c'est un premier rôle Sonia.
01:09Plus que chiquissime.
01:11Est-ce qu'on est actrice ou est-ce qu'on le devient pour survivre Bérangère ?
01:16En tout cas, moi j'ai toujours voulu faire ça.
01:18Je ne sais pas si je suis née actrice, mais c'est venu très tôt.
01:20Et c'est sûr que cette petite balade sur ce podium fuchsia avec le grand B argenté à l'arrière
01:26a achevé de me convaincre que c'était ça que je voulais faire de ma vie, pour toujours.
01:29Ce film en tout cas, il s'appelle Les filles du ciel.
01:31Et c'est donc l'histoire de jeunes filles qui vivent ensemble dans une colocation qu'elles appellent le ciel,
01:36tout en haut d'un immeuble.
01:38Quand on sonne d'ailleurs, la clé elle tombe.
01:40Elle partage tout.
01:40Les galères, l'argent, un bébé, les rêves.
01:43Un refuge qui peut aussi devenir une prison.
01:45Bande annonce.
01:46T'appelles comment ?
01:47Héloïse.
01:48T'es en fugue.
01:49Quelqu'un te cherche.
01:50Je suis en foyer, il y en a tout le temps des fuyants.
01:52Il y a juste quelques règles.
01:53Tu ne me mens pas.
01:54Ok.
01:55Vous faites quoi dans la vie ?
01:56Elle bosse en boîte de nuit.
01:58Tu veux venir ?
02:01Salut les garçons.
02:02Alors nous on est masseuse.
02:04Mais pure masseuse.
02:05Tu m'associe ?
02:06Elle apprend.
02:08C'est à cause de vos foyers de merde qu'on en est là.
02:09Je peux parler à ma patiente.
02:10Oui mais cette patiente-là, c'est nous.
02:12Elle, c'est nous, nous, c'est elle.
02:13Donc vous parlez à nous quatre en fait.
02:14C'est pour ça qu'on est là.
02:15C'est nous la vraie famille.
02:16Ça va.
02:17J'ai paniqué.
02:19C'est un film qu'on a particulièrement aimé.
02:22Avec Charline qui l'a vu aussi.
02:23Oui, je l'ai vu.
02:23J'ai beaucoup, beaucoup aimé.
02:24Ce sont des jeunes femmes qui ont été abandonnées à un moment donné.
02:27Qui n'attendent plus vraiment que quelqu'un vienne d'ailleurs les sauver.
02:30Alors elles se tiennent entre elles.
02:32Elles fabriquent une sorte de famille, un refuge.
02:34Qu'est-ce qui vous touche à cet endroit-là ?
02:36Le moment où on arrête d'attendre justement et on commence à choisir ses alliés.
02:41Je pense que c'est des jeunes femmes qui se reconnaissent entre elles.
02:43En fait, elles se croisent.
02:44Il y a quelque chose chez l'une et chez l'autre qui font qu'elles s'y voient.
02:47Et qu'elles s'offrent ce qu'elles ont peut-être parçu.
02:49Et cette idée de faire ce refuge et de décider avec qui on fait famille, ça me touche vachement.
02:53Et puis elles décident aussi de vivre un peu en marge et de se séparer du reste du monde.
02:59Et le questionnement du film, c'est aussi ça.
03:00C'est jusqu'où est-ce qu'on se sépare ?
03:02Jusqu'où est-ce qu'on s'impose des règles qui empêchent de re-rentrer un moment dans la société
03:05?
03:06Ou est-ce que petit à petit, on essaye de se réouvrir ?
03:08Et cette idée du ciel, cette colocation avec cette clé qui tombe d'en haut comme ça,
03:12presque comme un conte d'aujourd'hui, un conte en 2026, elle vous est venue comment ?
03:16Je crois que c'était la première image du film que j'ai eu en tête.
03:18C'était cet appartement avec le ciel par la fenêtre où on domine un peu
03:23et les matelas au sol sans sommier, un peu mis pêle-mêle, où on dort tous ensemble.
03:28Et puis je ne sais pas, il y a un truc un peu angélique.
03:32Les filles du ciel, ça leur colle un truc un peu angélique qui n'est pas complètement adapté.
03:36Mais j'aime bien cette dualité.
03:38Il paraît qu'il y a un peu de vous quand même dans le film.
03:40D'ailleurs, vous êtes arrivée en colloque sur une petite annonce quand vous avez débarqué à Paris.
03:44Ah oui, je suis arrivée.
03:45J'ai effectivement trouvé.
03:46Je me suis dit que j'allais partir vivre à Paris.
03:48juste après l'équivalent belge du bac.
03:51Et ne sachant pas du tout où commencer, j'ai trouvé une colocation sur petite annonce.
03:56Ce que je ne recommande pas.
03:58Même si ça s'est globalement assez bien passé.
04:00Mais c'est marrant parce qu'en fait, c'était très différent du film, en tout point.
04:04Mais on était quand même cinq filles avec un bébé d'un an et demi.
04:07Donc comme quoi, je suis en train de me rendre compte maintenant.
04:10Et d'ailleurs, pour ce film aussi, vous avez travaillé comme ces jeunes filles justement dans cette colocation.
04:18Jeunes notamment comme masseuses.
04:20Y compris dans des boîtes de nuit.
04:21Oui, en fait, j'ai beaucoup bossé dans des bars et dans des boîtes de nuit à un moment.
04:26Et effectivement, je suis partie à Londres suivre une copine qui faisait un stage.
04:31Et moi, j'étais un peu entre deux tournages.
04:32Je ne savais pas trop quoi faire.
04:33Et donc, j'ai dit, je viens.
04:34Sauf que Londres, très cher.
04:36Moi, pas d'oseille.
04:37Et donc, j'ai une pote sur place, une Belge, qui me dit, moi, je fais ça.
04:41Je fais des massages.
04:43Alors, elle me dit, des fois, c'est des centres commerciaux ou des centres de conférences ou des choses comme
04:46ça.
04:46C'est des massages assis, habillés.
04:50Mais sauf que quand on commence tout en bas de l'échelon, on va, on boîte.
04:53Et donc, ça implique un autre rapport au client quand même.
04:58Et j'étais vraiment très mauvaise.
04:59Parce que très mal à l'aise, en fait.
05:02Mais je n'arrivais pas à switcher.
05:03Il y avait un truc que je trouvais fascinant.
05:04C'est-à-dire qu'elle pouvait complètement rentrer dans la boîte et se mettre dans un rôle.
05:09Et être hyper à l'aise.
05:10Et proposer à tout le monde de passer un bon moment.
05:12Et ça marchait.
05:13Et elle faisait plein de pourboires.
05:14Et moi, je n'arrivais pas à le faire.
05:15Et donc, ça ne marchait pas pour moi.
05:17La grande timide, la grande adolescence.
05:20Il y a toujours un début dans une trajectoire.
05:21Votre père, c'est Barry McNeil.
05:23C'est un grand bassiste qui a joué avec Bachung et Adamo.
05:26Entre autres, quand il rentrait dans la salle de concert et que vous y étiez, apparemment, il jouait ça.
05:33Sur sa basse.
05:34Le générique des pierres à feu.
05:36Quand je dis que Bérangère ne demande pas l'autorisation, c'est que votre père était vachement inquiet à l
05:41'idée de cette carrière.
05:42Comme beaucoup de parents.
05:44Mais c'est votre grand-mère, elle-même comédienne, qui vous aurait donné l'autorisation de ne pas demander l
05:48'autorisation ?
05:49Oui, je pense qu'il y a un peu de ça.
05:50En fait, elle, elle est partie dans les années 40 de son Kentucky natal pour être comédienne et mannequin.
05:56Et elle est partie toute seule à cette époque-là.
05:58Moi, ça me fascine.
05:59C'est quand même une autre épreuve.
06:01Et puis, elle a fait ça quelques années.
06:03Elle a adoré.
06:03Elle est rentrée.
06:04Elle a fondé une famille.
06:05Elle a eu six enfants.
06:05Et elle a toujours continué à être comédienne plus localement.
06:08Et tous ses enfants sont artistes d'une manière ou d'une autre.
06:10Donc, je trouve ça très impressionnant, ça.
06:13Et puis, il y a un film aussi qui vous accompagne beaucoup depuis la grande adolescence.
06:18César et Rosalie de Claude Sauté.
06:20Vous l'avez vu, vous l'avez revu, vous l'avez aimé beaucoup.
06:22Alors, quand je vous ai proposé une carte blanche, vous m'avez dit, je vais lire la lettre de Rosalie.
06:27Alors, on va l'écouter ce matin.
06:29Comme ça, sur France Inter.
06:32C'est une maison qu'on avait oubliée.
06:35Car elle a dit qu'elle se rappelait la couleur des volets.
06:37Moi, je suis sûre que c'est pas la même.
06:40Mais tu sais comment sont les choses qu'on aime.
06:41On a beau les rependre.
06:44Le vent s'est levé lundi et je suis contente et je t'écris ma cinquième lettre.
06:47Et je m'attends à ton cinquième silence.
06:50J'entends toute la famille qui rit et qui vit en bas.
06:53Et si je t'écris que je suis triste, c'est malhonnête.
06:56Et je le sais.
06:58Je ne te reverrai pas et je le sais aussi.
07:00Et pourtant, je voudrais qu'on te dise où tu es.
07:03Où tu es.
07:05Tu vis et tu réponds pas.
07:09Évidemment, Marité a failli se tuer en sautant d'un rocher.
07:11Simon est amoureux.
07:13J'ai acheté deux robes.
07:14Une petite bleue et une petite blanche au marché du matin.
07:17Maman a passé son permis de conduire.
07:19On se demande pourquoi tout à coup.
07:21Antoine est venu nous voir.
07:24Pour les robes, c'est pas vrai.
07:25J'ai rien acheté.
07:26Mais je dirais n'importe quoi pour te parler de moi.
07:29C'est pas ton indifférence qui me tourmente.
07:32C'est le nom que je lui donne.
07:34La rancune.
07:35L'oubli.
07:37David, César sera toujours César.
07:39Et toi, tu seras toujours David.
07:42Qui m'emmène sans m'emporter.
07:43Qui me tient sans me prendre.
07:45Et qui m'aime sans me vouloir.
07:49Merci Bérengère.
07:50C'est vrai que normalement, c'est Romy Schneider.
07:52Bah ouais, c'est ça.
07:53C'était sublime de la réécouter comme ça.
07:57Mais après, on fait quoi ?
07:58On respire ?
07:58On appelle quelqu'un qu'on n'a pas eu depuis dix ans ?
08:00Peut-être c'est l'occasion.
08:01Peut-être c'est un signe.
08:02Peut-être c'est votre signe.
08:04Là, c'était très beau.
08:04Là, c'était un vrai moment de cinéma à la radio.
08:07Merci.
08:08C'est vrai.
08:08L'autre moment de cinéma qu'on vous conseille vraiment chaudement,
08:11ça s'appelle Les filles du ciel.
08:12C'est en ce moment en salle.
08:13Et j'en profite pour dire qu'il y a Héloïse Voil,
08:15Shirel Nataf, qu'on aime beaucoup ici évidemment,
08:18Yoha Angelis, Tchikaya et Mona Bérard,
08:22Sublime Casting.
08:23Bravo Bérengère-Makniz, merci.
08:24Merci à vous.