- il y a 2 jours
Pour Dominique de Villepin, face à la capture du président vénézuelien ou les vues de Donald Trump sur le Groenland, “l’Europe n’a pas ouvert les yeux et continue à vouloir imaginer que les Etats-Unis sont de parfaits alliés”.
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
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00:00Et dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel ce matin, nous recevons un ancien Premier ministre,
00:05ancien ministre des Affaires étrangères.
00:07Très chers auditeurs, appelez-nous et posez-lui vos questions au 01 45 24 7000
00:13ou sur l'application Radio France.
00:15Bonjour Dominique de Villepin.
00:16Bonjour.
00:17Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter dans un moment de trouble majeur
00:21après l'opération militaire américaine au Venezuela.
00:24Son président Nicolas Maduro, enlevé, inculpé aux Etats-Unis.
00:28Que peut faire l'Europe face au triomphe de la loi du plus fort ?
00:33La France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ?
00:35On va dire aussi un mot de vos ambitions présidentielles de plus en plus assumées.
00:39Dominique de Villepin, vous avez eu des mots très durs il y a deux jours à l'égard d'Emmanuel Macron.
00:44Soumis, disiez-vous, à Donald Trump après sa réaction qui ne mentionnait pas le droit international
00:50à la suite de l'intervention américaine au Venezuela.
00:53Le président français a finalement rééquilibré sa position hier.
00:57La France n'approuve pas la méthode pour renverser Maduro.
01:01Donc ça y est, vous êtes rassuré ?
01:02Oui, c'était important que le président français puisse le faire parce que le droit international,
01:08ce n'est pas uniquement pour en causer.
01:12C'est une règle commune pour la société internationale.
01:15Ce sont des gardes fous qui permettent d'éviter en permanence d'aller plus loin dans la violence
01:24et dans la tentation impériale qui saisit aujourd'hui le monde.
01:30Donc le président a bien fait de corriger et de prendre date parce que nous sommes dans un continuum.
01:37Nous sommes dans des événements qui se succèdent.
01:38Depuis 2003, la France avait posé une sorte de doctrine sur la nécessité de respecter le droit international,
01:45de respecter le multilatéralisme et de refuser le récit civilisationnel sur lequel aujourd'hui
01:54s'appuient Donald Trump et un certain nombre de grands États impériaux.
01:58Cette doctrine, elle nous permet clairement de marquer les risques de l'avenir.
02:06Et on le voit aujourd'hui avec le Groenland, si nous voulons prendre date
02:09et lancer un avertissement aujourd'hui à Donald Trump et aux États-Unis
02:13sur les risques que court la société internationale,
02:17eh bien il faut le faire extrêmement fortement.
02:19Alors c'est quoi le faire fortement ?
02:20Ce ne sont pas seulement des mots que de rappeler les conséquences de ces scénarios,
02:28de ces choix de violences.
02:29On l'a vécu avec l'Afghanistan, intervention militaire,
02:32on l'a vécu avec l'Irak, on l'a vécu avec la Libye,
02:35on l'a vécu avec le Sahel.
02:36À chaque fois, c'est la même logique de destruction, de chaos
02:39et de plus grands risques pour la société internationale.
02:42Mais Dominique de Villepin, on peut le dire,
02:43mais ça ne change absolument rien pour Donald Trump.
02:45Ça change tout.
02:46Ça change tout.
02:47Et en particulier, on voit aujourd'hui la situation devant laquelle est placé Donald Trump.
02:53Tout commence pour Donald Trump.
02:54Les difficultés commencent.
02:56Le réel commence.
02:57Ils ont choisi de changer une personne.
03:01Le président mal élu ou non élu du Venezuela
03:05qui a été la cause de grands drames pour ce pays
03:09et de grandes souffrances, à la fois sur le plan humanitaire
03:13et en même temps sur le plan social et sur le plan économique.
03:17Aujourd'hui, la question, est-ce que les Etats-Unis peuvent de loin
03:21avec le même régime ?
03:23Parce qu'on conteste la légalité à juste titre de M. Maduro,
03:27mais Delcy Rodriguez, vice-présidente nommée aujourd'hui par la Cour suprême,
03:30n'a pas davantage de légalité.
03:32Donc les Etats-Unis, de ce point de vue-là, ne s'embarassent pas du droit,
03:35quels que soient les arguments avancés sur le narcotrafic
03:38et qui, aujourd'hui, on le voit bien, ne tiennent pas compte tenu des précédents
03:43décidés par les Etats-Unis.
03:45Mais comment, aujourd'hui, faire revenir un ordre ?
03:48Comment assurer une transition démocratique ?
03:51La logique serait que, très vite, cette transition puisse voir confier
03:56à ceux qui ont été les mieux placés et vraisemblablement élus.
04:00Corinna Machado aurait été élue.
04:03Celui qui a été le candidat Edmundo González-Urrutia
04:08serait logiquement destiné à prendre le pouvoir.
04:10Mais on voit bien que les Américains ne sont pas pressés de leur donner la parole.
04:14Par ailleurs, parmi les décisions qui s'imposeraient aujourd'hui,
04:17libérer les prisons, combien de prisonniers politiques au Venezuela ?
04:21Remettre en marche l'économie du pays ?
04:24Tout ceci, est-ce que cela va se faire avec le régime en place ?
04:27Donc le réel est là.
04:29Et avant de songer à faire tomber tel ou tel autre régime en Amérique latine,
04:33la question c'est comment remettre le Venezuela en marche ?
04:36Comment répondre à l'aspiration des populations ?
04:38Et à ces 8 millions de Vénézuéliens qui n'attendent qu'une chose,
04:41c'est de pouvoir rentrer chez eux.
04:43Alors voilà le tableau que vous dressez,
04:45des enjeux auxquels doit faire face Donald Trump.
04:47Mais sur la question, et je prolonge ce que disait Florence il y a un instant,
04:50de la critique que vous avez pu faire depuis quelques jours
04:54sur la pusillanimité des Européens, sur la réaction du Président de la République.
04:58Au-delà du constat, vous, Président de la République, Dominique de Villepin,
05:01qu'est-ce que vous auriez fait différemment ?
05:02Vous auriez décroché votre téléphone pour dire à Donald Trump que c'était inacceptable,
05:06vous seriez allé faire un discours à l'ONU ?
05:09Qu'est-ce que vous auriez fait très concrètement différemment
05:11pour précisément que les choses ne se passent pas comme cela ?
05:14Et qu'est-ce que ça aurait changé ?
05:15Eh bien, c'est intéressant de vous poser la question comme cela,
05:17parce que ça montre à quel point le court-termisme l'a emporté en politique
05:21sur ce qui doit constituer la règle essentielle.
05:25C'est la responsabilité.
05:26Nous avons raté beaucoup d'occasions au fil des dernières années qui nous ont affaibli.
05:30Nous avons raté l'occasion de marquer une véritable détermination sur l'Ukraine.
05:34Lors du sommet de Versailles, au début 2022,
05:37quelques mois après l'agression russe en Ukraine,
05:42nous aurions dû marquer une détermination beaucoup plus forte.
05:45Et c'est ce que j'avais proposé à l'époque.
05:46Il fallait être capable de se faire mal davantage sur les sanctions,
05:51notamment énergétiques, vis-à-vis de la Russie.
05:53Nous avons raté une occasion en étant toujours trop tardifs
05:56dans les armements que nous avons livrés à l'Ukraine.
05:58Nous avons raté une deuxième occasion.
06:00Mais là, vis-à-vis de Donald Trump et Dominique de Villepin.
06:02Mais tous ces messages auraient été très percutants sur Donald Trump et sur les Etats-Unis
06:06et s'adressaient à l'ensemble de la planète,
06:09en ratant l'occasion de marquer clairement notre engagement
06:12vis-à-vis de ce qui s'est passé au Proche-Orient,
06:14après le 7 octobre, cette tragédie terrible,
06:17mais après aussi l'engrenage de la violence.
06:18Tout ça aurait dissuadé Donald Trump d'intervenir au Venezuela.
06:21Mais cela aurait marqué l'engagement européen à faire respecter le droit et une règle internationale.
06:28C'est véritablement la marque de l'Europe.
06:32Il y a un prix à payer pour ça.
06:34Et parallèlement, se doter des moyens qui nous permettent d'avoir davantage de puissance.
06:40Après l'Ukraine, après ce qui s'est passé au Proche-Orient,
06:43après ce qui se passe au Venezuela,
06:45avant ce qui se passe au Groenland,
06:46que d'années perdues pour se mobiliser et créer une véritable armée européenne
06:54ou à défaut d'armée européenne,
06:55des armées européennes dans un cadre qui aurait été celui du pilier européen de la défense.
07:00Nous voyons bien que la mobilisation a été extrêmement tardive,
07:03extrêmement faible, du point de vue de la défense de notre souveraineté,
07:07que d'occasion perdue.
07:08Nous avons raté l'occasion face au traité commercial signé par Mme Ursula von der Leyen
07:12de marquer clairement notre refus.
07:14Nous avions la possibilité d'utiliser l'arme anti-coercition qui pourra peut-être servir
07:19si l'appétit de Donald Trump le porte vers le Groenland.
07:23Nous avons eu d'autres occasions de marquer clairement sur le numérique
07:27quelle est la réaction de l'Union européenne face à l'interdiction de territoire américain
07:32de M. Thierry Breton, ancien commissaire, et d'un certain nombre d'Européens.
07:38La bataille de la souveraineté, elle n'est pas divisible.
07:41C'est le commercial, c'est le numérique, c'est la défense.
07:44L'Europe n'a pas ouvert les yeux et continue à vouloir imaginer que les États-Unis sont les parfaits alliés,
07:50alors qu'on voit bien que nous avançons vers le moment.
07:53Ce ne sont plus nos alliés.
07:54Nous avançons vers le moment où nous aurons tous l'obligation de regarder les choses en face.
07:59Si Donald Trump pousse plus loin sa décision d'avancer au Groenland par le biais militaire, par le biais politique ou économique,
08:09eh bien là, il faudra constater que cette alliance, eh bien, elle fait défaut.
08:14Et en tirer les conséquences en ce qui concerne l'OTAN, en ce qui concerne l'Union européenne,
08:18c'est la nécessité avant toute chose, vous savez, avant toute chose, il faut de la lucidité et de la responsabilité.
08:26Nous avons le pouvoir de dire non.
08:28Et ce pouvoir, on l'a utilisé dans l'histoire, avec très peu de moyens, je le rappelle,
08:33une étude de faire référence au général de Gaulle.
08:35Nous avons le pouvoir de dire non.
08:36Et nous avons, M. Guhamel, et j'insiste là-dessus, aujourd'hui, le devoir de dire non.
08:42De ce point de vue-là, le non aux États-Unis, sur l'Irak, ça n'a pas...
08:47Non, mais ce n'est pas inutile, ce n'est pas inefficace.
08:50C'est un point de repère pour l'ensemble des pays du monde.
08:53Et nous ne sommes pas seuls.
08:55Nous ne sommes pas seuls.
08:56Il y a le sud global, un nombre très grand de puissances qui ne souhaitent qu'une chose,
09:01c'est avancer avec une Europe qui se prendrait en main pour un ordre mondial plus stable.
09:06Juste avant d'aller au standard, vous évoquez le Groenland,
09:08puisque ça fait effectivement partie des plans assumés de Donald Trump,
09:11si demain, les États-Unis décident d'annexer le Groenland.
09:15La réaction des Européens, ça doit être quoi ?
09:16Est-ce que ça veut dire, en prévision, envoyer des troupes au Groenland,
09:21qui, je le rappelle, est un territoire propriété du Danemark, donc territoire de l'OTAN ?
09:25Est-ce que ça veut dire menacer d'un conflit assumé face aux États-Unis ?
09:28Là encore, au-delà des mots, au-delà de vos expressions pacte de souveraineté,
09:30on fait quoi pour éviter que Donald Trump annexe le Groenland ?
09:33Les outils y sont sur la table.
09:35Je l'ai dit, en matière commerciale, anti-coercition,
09:38qu'aurions-nous fait ?
09:39Qu'aurions-nous dû, nous, qu'aurait-on ?
09:42Qu'est-ce qu'on aurait dû faire face à la Russie ?
09:45Et qu'est-ce qu'on a fait face à la Russie ?
09:46Eh bien, ce qui a valu pour un pays comme la Russie agressant l'Ukraine,
09:51eh bien, la question doit être posée aujourd'hui, en parallèle, en symétrique, pour les États-Unis.
09:56Il y a des mesures de rétorsion économique,
09:58il y a un certain nombre de mesures qui peuvent être prises sur nos dispositifs militaires,
10:04marquées.
10:06Mais l'article 4 de l'OTAN, l'article 47.2, tout ça, c'est du papier ?
10:11Alors, c'est là où nous sommes à l'épreuve.
10:13Et ce que je voudrais dire, M. Duhamel, ce matin,
10:15c'est que de la même façon que nous assistons à une poussée impériale dans le monde,
10:20qui n'est pas le seul fait des États-Unis,
10:21on le voit avec la Russie, la Chine et d'autres États,
10:24nous devons prendre en compte le fait qu'il y a, de la même façon, sur le plan intérieur,
10:29une poussée illibérale qui va avoir des conséquences,
10:32et c'est le même mouvement historique.
10:34Qu'est-ce que c'est que cette poussée illibérale ?
10:36Ce sont des forces à la fois oligarchiques, économiques, technologiques,
10:40qui ont l'ambition, avec des forces populistes, politiques, en Europe.
10:49Et c'est tous les partis d'extrême droite qui ont l'ambition
10:52de démanteler l'État-nation sous couvert de le défendre.
10:55Ça veut dire quoi ?
10:56J'ai entendu Marine Le Pen et Jordan Bardella, Dominique Dubéin,
10:58condamner, pardonnez-moi considérer que c'était une attente à la souveraineté du Venezuela
11:03que dit intervenir.
11:03Je ne parle pas de communiquer, je parle de réalité.
11:07C'est derrière l'ambition de ces extrêmes droites,
11:11il y a le démantèlement de l'État de droit,
11:13on a suffisamment entendu de déclarations dans ce sens,
11:15la Constitution modifiait en permanence la loi,
11:18modifiait les traités européens,
11:20et il y a le bouleversement de l'État social,
11:23évidemment toujours trop cher,
11:25qui sont susceptibles de nous amener exactement dans la situation
11:29où sont les Américains.
11:30L'offensive qui a été faite contre les universités,
11:33contre la science,
11:34contre la jeunesse,
11:36contre la justice,
11:37contre les médias,
11:38eh bien ce même phénomène est en train de se produire en Europe
11:42avec les mêmes conséquences.
11:44Et, élément supplémentaire pour ce qui concerne l'Europe,
11:47cela introduit une faiblesse de l'Europe,
11:50une soumission de l'Europe,
11:51et c'est pour cela que j'ai réagi très vivement
11:54vis-à-vis de l'absence de position forte d'Emmanuel Macron,
11:57parce que cela crée les conditions de la vassalisation
12:00vis-à-vis des grands empires,
12:03en particulier les États-Unis et la Russie.
12:05Vous dites que l'Europe est trop faible et trop lente
12:08à instaurer le rapport de force.
12:10On a une question de Jean-Louis de Marseille.
12:13Bonjour, bienvenue Jean-Louis.
12:15Bonjour à vous trois, et meilleurs vœux bien sûr.
12:18Bonjour, bonjour Jean-Louis.
12:19Monsieur de Villepin, en matière de vœux justement,
12:22puisque nous vivons dans un monde où la guerre,
12:24sous toutes ses formes, est devenue un langage banal,
12:26où le droit international n'existe plus.
12:30Pensez-vous qu'aujourd'hui, notre nation
12:31peut encore prendre un geste diplomatique fort,
12:35capable de réinventer la paix,
12:36ou n'est-ce qu'un vœu pieux ?
12:38Merci pour votre avis.
12:40Ce n'est pas un vœu pieux, et vous avez raison.
12:42Aujourd'hui, parmi les menaces auxquelles nous devons faire face,
12:46il y a le démantèlement de tout ce qui est protecteur,
12:50et tout ce qui constitue notre identité
12:52et notre singularité française.
12:53La France, elle s'appuie sur trois grands piliers.
12:57Bien sûr, la nation.
12:59Et plus que jamais, il faut fortifier cet esprit de la nation
13:02et sa capacité et sa résolution à se défendre,
13:05à défendre ses libertés et son indépendance.
13:07Le deuxième élément essentiel, c'est bien sûr l'État.
13:11La grande raison de la situation française,
13:13la situation de faiblesse de la France,
13:15de l'instabilité politique,
13:17c'est l'effondrement de l'État.
13:18Il faut le remettre en marche à la fois pour assurer les obligations de cet État
13:22en matière de sécurité, en matière d'immigration,
13:25mais aussi pour remettre en marche au service des Français
13:28le pouvoir d'achat, les inégalités sociales,
13:32sa capacité à mettre en place des politiques publiques.
13:35Et puis, il y a un troisième pilier qui est essentiel,
13:37où il faut se retrouver.
13:38C'est la défense de la République.
13:39La République, on la voit, elle est entamée,
13:42elle est menacée jour après jour à travers ses grands principes.
13:45À l'intérieur, c'est nos grands principes,
13:48liberté, égalité, fraternité, laïcité qui sont menacées.
13:52À l'extérieur, c'est le droit international.
13:54C'est une même pièce à double face.
13:57Et il faut comprendre aujourd'hui que la menace, elle est globale.
14:01Et cette poussée impériale s'ajoute à la poussée illibérale et autoritaire
14:06qui aujourd'hui menace les pays européens,
14:09à commencer par la France et l'Allemagne.
14:11Justement, Dominique de Villepin, vous nous amenez à la situation politique nationale.
14:16On a une année de campagne présidentielle qui va commencer
14:19puisque les élections auront lieu l'an prochain, en 2027.
14:22Vos ambitions sont de moins en moins dissimulées.
14:25Est-ce qu'il y a encore quelque chose qui pourrait vous empêcher
14:28d'être candidat à la prochaine présidentielle ?
14:30Vous placez les choses dans une mauvaise perspective.
14:36Ah bah décidément, pourquoi c'est une mauvaise perspective ?
14:38Parce que ce n'est pas mon ambition.
14:40J'ai parlé de pouvoir de dire non et de devoir de dire non.
14:43Vous parlez d'être aux avant-postes.
14:45Je dis non aux évolutions qui sont celles de la France, de l'Europe et du monde.
14:50Et vous parlez de Dominique de Villepin comme un candidat à l'élection présidentielle.
14:53Et je crois qu'il y a une alternative.
14:56Je parle comme quelqu'un qui est convaincu
14:58que nous n'éviterons pas un grand combat historique,
15:02mais également politique.
15:04La question aujourd'hui, c'est de faire converger des forces
15:06avec un centre, un centre droit et un centre gauche
15:09qui sont en train de disparaître.
15:10Est-ce que quelque chose pourrait vous empêcher d'être candidat à l'élection présidentielle ?
15:12Et cela se verra de plus en plus après les municipales.
15:16Il faut donc qu'il y ait une convergence
15:18de l'ensemble des personnalités.
15:20Mais surtout, ne l'oublions pas.
15:22Parce qu'on a parlé du Venezuela,
15:24n'oublions pas le peuple vénézuélien.
15:26On parle de la France, n'oublions pas le peuple français.
15:29Vous savez, quand les gouvernements font défaut,
15:32quand les présidents ne sont pas toujours à la hauteur de la tâche,
15:35et bien c'est aux citoyens qu'ils reviennent de se prendre en main.
15:38Les municipales sont une occasion,
15:40les sénatoriales et la perspective des présidentielles.
15:42Et dans cette perspective,
15:44ce n'est pas d'une ambition que je veux témoigner,
15:46mais de la volonté de participer au combat
15:49avec tous ceux qui se reconnaîtront
15:51parmi les forces démocratiques, écologiques,
15:55économiques, sociales,
15:57qui voudront, culturelles,
15:59qui voudront se mobiliser.
16:00Donc je le dis...
16:01Ça ressemble à un discours de candidature.
16:03Ça s'appelle une déclaration de candidature,
16:04mais je remarque Dominique de Villepin
16:05qui, c'est souvent les journalistes qui voient des ambitions,
16:07et les potentiels candidats en voient moins.
16:09Ce que sera l'incarnation, au bout du compte,
16:12c'est un long chemin.
16:13C'est un long chemin, les Français choisiront.
16:15Nous ne sommes pas dans le temps des présidentielles,
16:17mais il est essentiel que l'on comprenne
16:19que ce combat, ce n'est pas un combat comme les autres.
16:23Et c'est pour cela que je le dis.
16:25Je ne fais pas de procès en incompétence
16:26ou en compétence à qui que ce soit.
16:28Je dis que l'expérience,
16:31la capacité à tirer les leçons des erreurs du passé,
16:34vous voyez, je parlais de la capacité
16:36à tenir la mémoire, l'histoire de notre pays.
16:39Vous parlez d'une expérience, Dominique de Villepin.
16:42Vous avez taclé Jordan Bardella,
16:45le président du Rassemblement national,
16:46qui sera peut-être un de vos adversaires sur la ligne de départ.
16:48Vous avez dit, est-ce que vous monteriez dans un A380
16:50avec à sa tête un pilote qui aurait
16:52zéro heure de vol au compteur ?
16:54Je n'ai jamais parlé de Jordan Bardella.
16:58Vous ne visiez pas Jordan Bardella en disant ça ?
17:00Pas uniquement.
17:00Je vise tous ceux qui n'ont pas d'expérience politique
17:05et de connaissance aujourd'hui
17:08et du monde et de l'État.
17:10Que vous ne vous êtes jamais soumis au souffrage des Français.
17:13Mais c'est bien pour cela que je vous dis.
17:15Je parle d'expérience.
17:17Je ne parle pas d'élection.
17:18Je parle d'expérience.
17:20Mais ça compte, non ?
17:20Il y a deux expériences majeures
17:22qui font la capacité à faire face à des crises.
17:27La capacité à avoir géré des crises dans le passé.
17:29Avec plus ou moins de succès d'ailleurs ?
17:32Pour certaines, oui.
17:34Pour d'autres, je parle en matière internationale.
17:37Pour d'autres, avec un certain succès.
17:38Je parlais plutôt des crises nationales dans le cas d'espace.
17:40Et de la même façon, sur le plan national,
17:42si vous faites référence à la crise des banlieues.
17:45Ou la contestation contre le CPE.
17:47Le résultat est là.
17:48Oui, c'est une crise sociale.
17:50J'en ai tiré toutes les leçons.
17:51La capacité à tirer les leçons,
17:53ça fait partie de l'apprentissage d'un homme d'État.
17:56On ne s'improvise pas à quel cage que ce soit
17:58du jour au lendemain homme d'État.
18:00C'est un processus qui suppose des métamorphoses,
18:02qui suppose des changements,
18:04qui suppose aujourd'hui beaucoup d'humilité.
18:06C'est pour cela, quand vous parlez de mon ambition,
18:08je ne pose pas mon ambition sur la table.
18:10Je pose aujourd'hui une expérience que je partage
18:12sur des crises internationales et sur ce qui vient.
18:15Car je voudrais vous convaincre ce matin,
18:17et convaincre tous nos auditeurs,
18:19que ce qui vient est prévisible.
18:21De la même façon que ce qui s'est passé au Venezuela
18:24faisait partie des choses prévisibles.
18:27Et que ce n'est pas au dernier moment
18:28qu'il s'agit de se poser la question que vous vous posez,
18:31et qui est en permanence posée par les médias.
18:33Concrètement, ce mot, concrètement,
18:35qu'est-ce que vous faites ?
18:36Eh bien, si vous n'avez rien fait avant,
18:37concrètement, eh bien, vous êtes démunis.
18:40C'est exactement ce qui arrive aux Européens aujourd'hui.
18:43Concrètement, ils n'ont rien fait,
18:44ou peu fait, dans les années précédentes,
18:46et ils sont aujourd'hui démunis.
18:47L'expérience vous permet de vous préparer,
18:51et de préparer la mission à faire face à la politique.
18:52Alors, vous parlez d'expérience,
18:53on ne sait pas si les électeurs en ont vraiment envie.
18:56Nous avons par exemple Eric, sur l'appli Radio France,
18:58qui nous dit, j'ai 42 ans depuis Chirac,
19:00vous êtes une représentation de l'ancienne politique en France,
19:03il faut en changer.
19:05Le pays a besoin d'une nouvelle politique.
19:07Donc, voilà, je ne suis pas sûr que vous convainquiez.
19:08Mais la démocratie, c'est que chacun puisse s'exprimer.
19:11Ceci dit, quel est l'ancien monde aujourd'hui ?
19:14Quel est l'ancien monde ?
19:15Ce qui explique que le droit international ne sert à rien.
19:18Ce qui explique que, puisque le droit en France
19:22constitue une gêne, par exemple en matière écologique,
19:24alors qu'on pourrait trouver un équilibre entre écologie et économie.
19:27Ceux qui pensent qu'il suffit de démanteler,
19:30ceux-là, à mon sens, sont l'ancien monde.
19:33Dans le monde qui vient,
19:35il faut prendre en compte
19:36toutes les expériences du monde d'avant,
19:39et se projeter dans l'avenir.
19:40Si les Français sont troublés aujourd'hui,
19:42c'est parce qu'ils ne voient pas l'avenir.
19:45Ils sont angoissés pour leurs enfants
19:47dans cet avenir qui vient.
19:49Eh bien, le fait de connaître le passé,
19:51le fait d'avoir médité sur ce passé,
19:54toutes les leçons de l'histoire et de la géographie,
19:57elles sont là, à nous, d'en tirer les leçons.
20:00Et donc, vous serez peut-être le nouveau monde.
20:02Une toute dernière question, Dominique de Villepin.
20:03Vous êtes régulièrement interrogé sur vos activités professionnelles,
20:06il y a un mois encore,
20:07suite à l'enquête de la cellule d'investigation de Radio France
20:09sur vos activités en Chine.
20:10On ne va pas revenir dans le détail
20:11puisque vous avez eu l'occasion d'y répondre.
20:12Non, on peut juste rappeler
20:13puisque nous sommes sur...
20:14Est-ce que je peux juste poser ma question, Dominique de Villepin ?
20:15Oui, mais avant...
20:16Non, non, non, non, je vais juste...
20:17Si vous voulez poser ma question.
20:18Non, c'est un préalable.
20:18C'est un préalable, mais j'ai vu un mail d'honnêteté.
20:20D'honnêteté de votre part.
20:21Alors...
20:22Nous sommes sur l'antenne de Radio France.
20:23Oui.
20:24Sur cette enquête qui n'a manifestement rien donné,
20:27la médiatrice de Radio France a tout dit
20:29et les auditeurs de Radio France ont tout dit.
20:32et je défends le travail de mes collègues
20:34qui ont établi des faits
20:35et vous avez eu l'occasion d'y répondre.
20:36Non, ils n'ont pas établi des faits
20:37puisqu'ils ne m'ont pas interrogé
20:39sur les seuls faits qui ont été retenus.
20:41Ils ne m'ont pas interrogé
20:42sur les seuls faits qui sont retenus.
20:44Je suis prêt, devant vos journalistes
20:46et devant le producteur,
20:48à expliquer chacun des points
20:50qui ont montré qu'à aucun moment
20:52il n'y a eu d'interférences dans mon activité.
20:54Je vais juste poser ma question.
20:55Vous avez des activités privées
20:56depuis que vous avez quitté
20:57vos fonctions gouvernementales.
20:59Est-ce qu'à un moment donné,
21:00quand on se prépare à être candidat
21:01à l'élection présidentielle,
21:02puisque c'est visiblement votre cas,
21:03il ne faut pas faire la transparence.
21:05À quel moment est-ce que vous nous direz
21:07qui sont vos clients,
21:08avec qui vous travaillez
21:09et comment vous avez gagné votre vie
21:10depuis ces dernières années
21:11pour que là encore
21:12la transparence la plus totale soit faite ?
21:14Monsieur Duhamel, faites votre travail.
21:15La transparence, elle est totale.
21:16Mes comptes sont ouverts.
21:17Ils sont déposés
21:18comme la loi le prévoit.
21:21Donc vous pouvez nous dire aujourd'hui
21:22par exemple avec qui vous travaillez,
21:24quel contrat vous avez,
21:25qui vous paye ?
21:26Je peux dire et détailler
21:27l'ensemble de mon activité.
21:29Je l'ai fait pendant une heure et quart
21:30avec vos collègues
21:31qui n'ont gardé que quelques secondes
21:32de ce que j'ai dit.
21:34Publiez l'ensemble de cette interview.
21:36Vous savez, la transparence,
21:37elle est un atout
21:38pour ceux qui comme moi
21:39s'engagent en politique.
21:40Par exemple, avec quelles entreprises
21:41est-ce que vous travaillez aujourd'hui ?
21:42Monsieur Duhamel,
21:43il y a pour toute activité
21:45une règle
21:46qui est le secret
21:47de l'activité professionnelle.
21:48Ah donc ce n'est pas transparent alors ?
21:49Non, mais c'est les clients
21:50qui sont...
21:51C'est une exigence contractuelle.
21:53Mais sur...
21:54Donc impossible d'être transparent.
21:55Mais si, on peut être transparent
21:57sur la nature de l'activité,
21:59sur les montants...
22:01Mais ni sur la nationalité
22:02de l'entreprise,
22:03ni sur le...
22:05Je vous le dis tout de suite,
22:06la nationalité de l'entreprise,
22:07je n'ai que des contrats
22:08avec des entreprises françaises
22:09ou européennes.
22:10Ah, aucune entreprise étrangère
22:12en Asie, en Amérique ?
22:14Aucune, aucune activité en Asie.
22:17Et à quel moment
22:18vous ferez cette transparence ?
22:19Puisque...
22:20Je vous le dis,
22:22il y a des règles.
22:23Dans toute activité,
22:24il y a des règles.
22:26D'ailleurs,
22:27dans les différentes études
22:29qui ont été faites,
22:30la question de citer
22:33ces entreprises a été faite.
22:35Je n'ai rien à cacher
22:36dans ce domaine.
22:36Et là encore,
22:37on renvoie à l'application Radio France.
22:38Vous pouvez retrouver
22:39cette enquête
22:40où vous avez eu la parole
22:41pour répondre.
22:41Formidable enquête
22:42de la cellule d'investigation.
22:43J'invite chacun
22:44à lire le rapport
22:45de la médiatrice.
22:46Il est particulièrement éclairant
22:47et je regrette pour ma part
22:49que vos journalistes
22:50aient été instrumentalisés
22:52par leurs sources
22:52sans avoir...
22:54ou ayant instrumentalisé
22:56les sources
22:56de ce point de vue-là.
22:57Les faits et personne
22:58n'a été instrumentalisé.
22:59Merci Dominique de Villepin
23:00d'avoir été au micro
23:02de France Inter ce matin.
23:03Pour éclairer cela,
23:05faisons une émission
23:06sur ce sujet.
23:07Je n'ai rien à cacher.
23:08Merci.
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