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  • il y a 21 heures
Alors que les prix du pétrole et du gaz commencent à augmenter, à cause de la guerre au Moyen-Orient, François Villeroy de Galhau assure jeudi sur France Inter que la Banque de France suit "avec une très grande attention les développements sur les prix de l'énergie et sur les marchés financiers". Entretien à retrouver sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50
Transcription
00:00Votre invité, Alexandre Abensahid, est le gouverneur de la Banque de France.
00:03Bonjour et bienvenue, François Villeroy de Gallo.
00:05Bonjour, Alexandre Abensahid.
00:07Nous sommes au sixième jour de la guerre en Iran.
00:09On se demande si la planète va vers un choc pétrolier, comme à la fin des années 70.
00:13Quant au gaz, avec le blocage du détroit d'Hormuz,
00:16c'est l'invasion de l'Ukraine par la Russie qui nous vient fatalement en tête.
00:20Tous les problèmes d'approvisionnement.
00:22Alors dites-nous, est-ce qu'on doit se préparer à une nouvelle crise énergétique ?
00:25Alors je crois qu'il faut dire ce matin, il y a des choses qu'on sait,
00:28et puis il y a des choses qu'on ne sait pas encore.
00:30Mais nous suivons évidemment avec une très grande attention
00:33les développements sur les prix de l'énergie et sur les marchés financiers.
00:37Alors la première chose à regarder, vous l'avez dit, c'est les prix de l'énergie.
00:41La situation à ce matin, c'est une augmentation des prix du pétrole
00:45d'environ 15% depuis trois jours,
00:49et une augmentation plus forte des prix du gaz, c'est vrai,
00:52à un peu plus de plus de 50%,
00:56mais on partait d'un niveau très bas.
00:57Donc les niveaux du prix du gaz sont très loin des niveaux qui avaient été atteints
01:00au moment de la guerre en Ukraine.
01:02Je note au passage que le prix du pétrole est nettement plus important
01:06pour l'économie française que le prix du gaz,
01:08surtout en cette saison, si vous me permettez,
01:10parce que le gaz sert beaucoup pour le chauffage,
01:12et on est en train de sortir de l'hiver.
01:14Mais est-ce qu'on va vers la crise ?
01:15Alors, tout va dépendre de la durée du conflit.
01:19C'est-à-dire, est-ce qu'on a un phénomène temporaire,
01:22ou est-ce qu'on a un phénomène durable d'appréciation des prix ?
01:26Là, la réponse, on ne la connaît pas.
01:28Il faudrait des experts militaires,
01:30aussi des experts sans doute de la politique intérieure américaine.
01:34Nous regardons aussi deux autres choses, Alexandra Ben Saïd.
01:37Nous regardons bien sûr l'évolution des bourses,
01:39qui ont baissé...
01:40On va en parler.
01:40Qui ont baissé, oui, mais on peut peut-être l'évacuer tout de suite,
01:43parce que ça a moins d'importance économique,
01:45pardon pour les bourses,
01:46et elles ont baissé alors même qu'elles avaient un niveau de valorisation très élevé.
01:50Alors, la stabilité financière, si vous voulez en parler,
01:52la stabilité financière, elle est en risque ou pas ?
01:54Oui, parlons de ce qu'on appelle la stabilité financière,
01:55elle n'est pas en risque.
01:57Ça, je peux le dire très clairement.
01:58Ça, ça fait partie des choses qu'on sait.
02:00Et est-ce que si les marchés paniquaient,
02:02ça serait une corde de rappel puissante à Washington ?
02:04Est-ce que, par exemple, ça c'est l'argument qui fait réfléchir Donald Trump ?
02:07Alors, ça, c'est la politique intérieure américaine à laquelle je faisais allusion.
02:11Il peut y avoir cette corde de rappel,
02:13il peut y avoir aussi la perspective des mid-termes,
02:15les élections en novembre prochain.
02:17Je voudrais souligner qu'il y a une troisième variable
02:19qu'on regarde à côté des prix de l'énergie et des bourses,
02:22dont on a moins parlé, mais qui a une vraie importance économique,
02:24c'est le niveau du dollar.
02:25Vous vous souvenez qu'il y a encore quelques jours,
02:27on craignait un dollar trop faible et un euro trop fort.
02:30Il s'est renforcé.
02:30Alors, ce qu'on voit là, c'est qu'au moins cette crainte-là est mise de côté
02:34puisque le dollar s'est renforcé
02:36en retrouvant sa valeur refuge.
02:38Alors, je reviens à l'énergie,
02:40parce que c'est quand même ce qui préoccupe plus directement les Français,
02:43notre portefeuille plus que le dollar, si vous le permettez.
02:45Oui, c'est ce qui a le plus d'importance économique.
02:48Les Français sont inquiets, ça se voit à la pompe.
02:50Intermarché a noté une hausse de 50% des volumes de carburant vendus.
02:54Le litre a déjà pris quelques centimes.
02:55Le gouvernement reçoit aujourd'hui les distributeurs.
02:58Est-ce que, face aux hausses à venir,
03:01il faudrait que le gouvernement baisse les taxes sur le carburant ?
03:03Ça, c'est la proposition de Marine Le Pen.
03:04Alors, je ne vais pas commenter les propositions politiques de telle ou telle.
03:08Alors, propositions, on va dire, sans la sourcer.
03:11Qu'est-ce que vous pensez d'une proposition pareille, François-Villard de Gallo ?
03:13Je crois que c'est tout à fait prématuré d'envisager des choses de ce type,
03:18parce qu'il y a aujourd'hui une clarification à faire,
03:22et il faudra un peu plus de recul sur les effets économiques de tout ce que nous venons de dire.
03:26Alors, je vous dis comment nous allons clarifier les choses progressivement.
03:30Nous avons une réunion de notre Conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne dans 15 jours,
03:34les 18 et 19 mars.
03:35Nous aurons des nouvelles prévisions pour l'Europe.
03:37Et pour la France, la Banque de France publiera ses prévisions le 26 mars.
03:41Alors, la photo de départ, on la connaît.
03:43Avant le conflit, on avait une inflation basse, et même très basse en France, autour de 1%,
03:50et puis une croissance relativement résiliente, à 1%, voire un peu plus.
03:55Ce dont nous parlons peut entraîner un peu plus d'inflation et un peu moins de croissance.
04:01Mais la proportion va dépendre de la durée du phénomène, c'est pour ça que je ne vais pas donner
04:06de chiffres.
04:07Je vais souligner quand même un point très important, parce que tout le monde a en mémoire ce qui s
04:11'est passé après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
04:152026 n'est pas 2022.
04:16Ça, ça fait partie des choses qu'on sait, et que je veux souligner, pour deux raisons au moins qui
04:21sont très importantes.
04:22La première, c'est qu'en 2022, le choc entraîné par l'agression russe avait été amplifié, souvenez-vous,
04:30par quelque chose qu'on a oublié, mais c'est qu'on était en sortie de Covid.
04:33Et donc, il y avait des goulets d'étranglement partout dans l'économie.
04:36Vous vous souvenez, ces images de ports qui étaient congestionnés, etc.
04:40Ça, c'était très inflationniste.
04:42Et puis, la deuxième différence, c'est que là, on a un choc sur les prix de l'énergie,
04:46donc on va voir s'il est temporaire ou non.
04:48Mais à l'époque, on avait un choc sur l'ensemble des prix des matières premières,
04:51dont les matières premières agricoles.
04:53Donc, on n'est pas, en 2026, dans la situation de 2022.
04:57Est-ce que vous êtes inquiet pour un retour ?
05:00Vous dites, on n'y est pas encore, mais si ça dure.
05:02Moi, je lis cette analyse, là, dans le Figaro ce matin,
05:04un analyste, le directeur de la stratégie des marchés internationaux chez Natixis,
05:08qui dit, si le baril de pétrole se maintient au-dessus des 80 dollars jusqu'à la fin de l
05:13'année,
05:13l'inflation s'approchera des 3% fin décembre en zone euro.
05:16Vous savez, la sagesse populaire dit, avec des scies, on mettrait Paris en bouteille.
05:21Donc, moi, Alexandre Menseïn, je peux vous faire tous les scénarios possibles,
05:24des pessimistes, des optimistes, sur le niveau combiné par la durée.
05:28L'optimiste, c'est que ça ne dure pas.
05:29Mais le pessimiste, c'est que ça dure.
05:31Je ne suis pas optimiste ni pessimiste, je regarde ce qui se passe et nous allons avoir un peu de
05:35recul
05:36pour regarder les conséquences économiques.
05:38Ce que je peux dire sur l'inflation et la politique monétaire, c'est-à-dire la fixation des taux
05:44d'intérêt,
05:45je ne vois pas aujourd'hui de raison pour laquelle nous, à la BCE, devrions monter nos taux d'intérêt.
05:50Nous verrons réunion après réunion, mais aujourd'hui, je ne vois pas de raison pour cela.
05:55Dans 15 jours, même si ça dure, c'est très important ce que vous dites, même si ça dure,
05:57même si le conflit dure encore 15 jours, que vous voyez encore les prix de l'énergie monter,
06:02pour l'heure, vous dites qu'il n'y aurait quand même pas de raison, ça sera votre position.
06:06Nous aurons dans 15 jours des prévisions économiques beaucoup plus étayées,
06:10mais je précise que nous ne déciderons pas, et nous ne décidons pas,
06:14au vu des seuls prix instantanés de l'énergie.
06:18Nous regardons un ensemble sur la croissance et sur les autres évolutions de prix.
06:23Comme je vous dis, on part d'une situation d'inflation basse.
06:25Et puis, sur la politique budgétaire, c'est la question que vous posiez tout à l'heure.
06:30Alors, la politique budgétaire, c'est est-ce qu'il faut des mesures pour subventionner le prix de l'essence,
06:35en gros ?
06:36Là, je crois d'abord, il faut rappeler que nous n'avons pas l'argent pour cela.
06:40Et que les Français, à raison d'ailleurs, s'inquiètent d'un niveau très élevé des dépenses,
06:45d'un niveau trop élevé des déficits.
06:47Nous n'avons pas d'argent supplémentaire pour aller subventionner le prix de l'essence.
06:50Par ailleurs, il n'y a pas de justification à cela.
06:53Si on regarde autour de nous, aucun pays n'envisage de le faire aujourd'hui.
06:57Et les économistes font remarquer une chose très simple.
07:00C'est que si vous subventionnez, vous encouragez la consommation d'essence,
07:04vous tirez plutôt vers le haut les prix de l'énergie.
07:07Si j'ose dire, on met du carburant sur le feu.
07:09Donc, je crois qu'il n'est pas question de cela aujourd'hui.
07:12François Virode de Gallo.
07:13Là, je pense à tous les auditeurs qui se lèvent et qui vous écoutent.
07:16On a déjà eu le Covid, la guerre en Ukraine, les tensions avec la Chine, les droits de douane américains.
07:21A tous ceux qui se réveilleraient angoissés ce matin, vous dites,
07:24non, on n'est pas au bord d'un choc économique mondial.
07:27Est-ce que vous pouvez le dire fermement cela ?
07:29Alors, je dis d'abord que j'ai une parfaite compréhension pour ce que vous venez de dire.
07:33Qu'évidemment, on vit dans une accumulation de chocs qui crée une très grande incertitude,
07:38une très grande imprévisibilité.
07:40Moi, je rends hommage vraiment au courage des entrepreneurs qui ont continué à faire croître l'économie française.
07:45Souvenez-vous, à travers ces chocs, on a craint très souvent une récession.
07:49Nous n'avons pas de récession et nous n'aurons pas de récession.
07:52J'en rends hommage aussi au courage des Français qui travaillent.
07:55Maintenant, ça se voit aussi dans l'économie.
07:57Le taux d'épargne est élevé parce qu'il y a cette incertitude.
08:01Choc économique mondial ou pas ?
08:03Les entreprises ont tendance à différer leurs investissements.
08:06Donc, ça peut être un choc économique.
08:09Mais nous avons montré à travers les chocs précédents dont vous parliez,
08:14une capacité d'adaptation, une capacité de résilience.
08:19Moi, je revendique toujours le pragmatisme.
08:21Alexandre Mensahit, c'est-à-dire qu'on regarde sur les faits et quelle est la meilleure réponse possible.
08:25Aujourd'hui, nous suivons d'extrêmement près la situation parce qu'elle est sérieuse.
08:29Mais il est trop tôt pour en tirer des prévisions économiques.
08:33Nous le ferons, comme je le disais, d'ici 15 jours.
08:36On aura la taille de la vague.
08:38Et on aura la meilleure réponse de politique économique possible.
08:41Évidemment, après, c'est un choc qui est plutôt négatif pour l'économie européenne.
08:46François Villeraud de Gallo, le gouverneur de la Banque de France.
08:49Merci d'avoir accepté l'invitation.
08:51J'allais dire, d'on n'arrête pas l'écho de la matinale de France Inter.
08:53Ce sera samedi matin.
08:55Merci, pardonnez-moi.
08:56On n'arrête pas l'écho.
08:57Ne soyez pas trop pressés, Alexandra.
08:58En attendant, on se retrouve à 8h20 tout à l'heure avec notre invité dans le grand entretien.
09:01Ce sera Fabrice Luquine.
09:02Une autre forme de poésie.
09:03Merci.
09:04Merci.
09:04Merci.
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