00:00Votre invité, Alexandre Abensahid, est le gouverneur de la Banque de France.
00:03Bonjour et bienvenue, François Villeroy de Gallo.
00:05Bonjour, Alexandre Abensahid.
00:07Nous sommes au sixième jour de la guerre en Iran.
00:09On se demande si la planète va vers un choc pétrolier, comme à la fin des années 70.
00:13Quant au gaz, avec le blocage du détroit d'Hormuz,
00:16c'est l'invasion de l'Ukraine par la Russie qui nous vient fatalement en tête.
00:20Tous les problèmes d'approvisionnement.
00:22Alors dites-nous, est-ce qu'on doit se préparer à une nouvelle crise énergétique ?
00:25Alors je crois qu'il faut dire ce matin, il y a des choses qu'on sait,
00:28et puis il y a des choses qu'on ne sait pas encore.
00:30Mais nous suivons évidemment avec une très grande attention
00:33les développements sur les prix de l'énergie et sur les marchés financiers.
00:37Alors la première chose à regarder, vous l'avez dit, c'est les prix de l'énergie.
00:41La situation à ce matin, c'est une augmentation des prix du pétrole
00:45d'environ 15% depuis trois jours,
00:49et une augmentation plus forte des prix du gaz, c'est vrai,
00:52à un peu plus de plus de 50%,
00:56mais on partait d'un niveau très bas.
00:57Donc les niveaux du prix du gaz sont très loin des niveaux qui avaient été atteints
01:00au moment de la guerre en Ukraine.
01:02Je note au passage que le prix du pétrole est nettement plus important
01:06pour l'économie française que le prix du gaz,
01:08surtout en cette saison, si vous me permettez,
01:10parce que le gaz sert beaucoup pour le chauffage,
01:12et on est en train de sortir de l'hiver.
01:14Mais est-ce qu'on va vers la crise ?
01:15Alors, tout va dépendre de la durée du conflit.
01:19C'est-à-dire, est-ce qu'on a un phénomène temporaire,
01:22ou est-ce qu'on a un phénomène durable d'appréciation des prix ?
01:26Là, la réponse, on ne la connaît pas.
01:28Il faudrait des experts militaires,
01:30aussi des experts sans doute de la politique intérieure américaine.
01:34Nous regardons aussi deux autres choses, Alexandra Ben Saïd.
01:37Nous regardons bien sûr l'évolution des bourses,
01:39qui ont baissé...
01:40On va en parler.
01:40Qui ont baissé, oui, mais on peut peut-être l'évacuer tout de suite,
01:43parce que ça a moins d'importance économique,
01:45pardon pour les bourses,
01:46et elles ont baissé alors même qu'elles avaient un niveau de valorisation très élevé.
01:50Alors, la stabilité financière, si vous voulez en parler,
01:52la stabilité financière, elle est en risque ou pas ?
01:54Oui, parlons de ce qu'on appelle la stabilité financière,
01:55elle n'est pas en risque.
01:57Ça, je peux le dire très clairement.
01:58Ça, ça fait partie des choses qu'on sait.
02:00Et est-ce que si les marchés paniquaient,
02:02ça serait une corde de rappel puissante à Washington ?
02:04Est-ce que, par exemple, ça c'est l'argument qui fait réfléchir Donald Trump ?
02:07Alors, ça, c'est la politique intérieure américaine à laquelle je faisais allusion.
02:11Il peut y avoir cette corde de rappel,
02:13il peut y avoir aussi la perspective des mid-termes,
02:15les élections en novembre prochain.
02:17Je voudrais souligner qu'il y a une troisième variable
02:19qu'on regarde à côté des prix de l'énergie et des bourses,
02:22dont on a moins parlé, mais qui a une vraie importance économique,
02:24c'est le niveau du dollar.
02:25Vous vous souvenez qu'il y a encore quelques jours,
02:27on craignait un dollar trop faible et un euro trop fort.
02:30Il s'est renforcé.
02:30Alors, ce qu'on voit là, c'est qu'au moins cette crainte-là est mise de côté
02:34puisque le dollar s'est renforcé
02:36en retrouvant sa valeur refuge.
02:38Alors, je reviens à l'énergie,
02:40parce que c'est quand même ce qui préoccupe plus directement les Français,
02:43notre portefeuille plus que le dollar, si vous le permettez.
02:45Oui, c'est ce qui a le plus d'importance économique.
02:48Les Français sont inquiets, ça se voit à la pompe.
02:50Intermarché a noté une hausse de 50% des volumes de carburant vendus.
02:54Le litre a déjà pris quelques centimes.
02:55Le gouvernement reçoit aujourd'hui les distributeurs.
02:58Est-ce que, face aux hausses à venir,
03:01il faudrait que le gouvernement baisse les taxes sur le carburant ?
03:03Ça, c'est la proposition de Marine Le Pen.
03:04Alors, je ne vais pas commenter les propositions politiques de telle ou telle.
03:08Alors, propositions, on va dire, sans la sourcer.
03:11Qu'est-ce que vous pensez d'une proposition pareille, François-Villard de Gallo ?
03:13Je crois que c'est tout à fait prématuré d'envisager des choses de ce type,
03:18parce qu'il y a aujourd'hui une clarification à faire,
03:22et il faudra un peu plus de recul sur les effets économiques de tout ce que nous venons de dire.
03:26Alors, je vous dis comment nous allons clarifier les choses progressivement.
03:30Nous avons une réunion de notre Conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne dans 15 jours,
03:34les 18 et 19 mars.
03:35Nous aurons des nouvelles prévisions pour l'Europe.
03:37Et pour la France, la Banque de France publiera ses prévisions le 26 mars.
03:41Alors, la photo de départ, on la connaît.
03:43Avant le conflit, on avait une inflation basse, et même très basse en France, autour de 1%,
03:50et puis une croissance relativement résiliente, à 1%, voire un peu plus.
03:55Ce dont nous parlons peut entraîner un peu plus d'inflation et un peu moins de croissance.
04:01Mais la proportion va dépendre de la durée du phénomène, c'est pour ça que je ne vais pas donner
04:06de chiffres.
04:07Je vais souligner quand même un point très important, parce que tout le monde a en mémoire ce qui s
04:11'est passé après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
04:152026 n'est pas 2022.
04:16Ça, ça fait partie des choses qu'on sait, et que je veux souligner, pour deux raisons au moins qui
04:21sont très importantes.
04:22La première, c'est qu'en 2022, le choc entraîné par l'agression russe avait été amplifié, souvenez-vous,
04:30par quelque chose qu'on a oublié, mais c'est qu'on était en sortie de Covid.
04:33Et donc, il y avait des goulets d'étranglement partout dans l'économie.
04:36Vous vous souvenez, ces images de ports qui étaient congestionnés, etc.
04:40Ça, c'était très inflationniste.
04:42Et puis, la deuxième différence, c'est que là, on a un choc sur les prix de l'énergie,
04:46donc on va voir s'il est temporaire ou non.
04:48Mais à l'époque, on avait un choc sur l'ensemble des prix des matières premières,
04:51dont les matières premières agricoles.
04:53Donc, on n'est pas, en 2026, dans la situation de 2022.
04:57Est-ce que vous êtes inquiet pour un retour ?
05:00Vous dites, on n'y est pas encore, mais si ça dure.
05:02Moi, je lis cette analyse, là, dans le Figaro ce matin,
05:04un analyste, le directeur de la stratégie des marchés internationaux chez Natixis,
05:08qui dit, si le baril de pétrole se maintient au-dessus des 80 dollars jusqu'à la fin de l
05:13'année,
05:13l'inflation s'approchera des 3% fin décembre en zone euro.
05:16Vous savez, la sagesse populaire dit, avec des scies, on mettrait Paris en bouteille.
05:21Donc, moi, Alexandre Menseïn, je peux vous faire tous les scénarios possibles,
05:24des pessimistes, des optimistes, sur le niveau combiné par la durée.
05:28L'optimiste, c'est que ça ne dure pas.
05:29Mais le pessimiste, c'est que ça dure.
05:31Je ne suis pas optimiste ni pessimiste, je regarde ce qui se passe et nous allons avoir un peu de
05:35recul
05:36pour regarder les conséquences économiques.
05:38Ce que je peux dire sur l'inflation et la politique monétaire, c'est-à-dire la fixation des taux
05:44d'intérêt,
05:45je ne vois pas aujourd'hui de raison pour laquelle nous, à la BCE, devrions monter nos taux d'intérêt.
05:50Nous verrons réunion après réunion, mais aujourd'hui, je ne vois pas de raison pour cela.
05:55Dans 15 jours, même si ça dure, c'est très important ce que vous dites, même si ça dure,
05:57même si le conflit dure encore 15 jours, que vous voyez encore les prix de l'énergie monter,
06:02pour l'heure, vous dites qu'il n'y aurait quand même pas de raison, ça sera votre position.
06:06Nous aurons dans 15 jours des prévisions économiques beaucoup plus étayées,
06:10mais je précise que nous ne déciderons pas, et nous ne décidons pas,
06:14au vu des seuls prix instantanés de l'énergie.
06:18Nous regardons un ensemble sur la croissance et sur les autres évolutions de prix.
06:23Comme je vous dis, on part d'une situation d'inflation basse.
06:25Et puis, sur la politique budgétaire, c'est la question que vous posiez tout à l'heure.
06:30Alors, la politique budgétaire, c'est est-ce qu'il faut des mesures pour subventionner le prix de l'essence,
06:35en gros ?
06:36Là, je crois d'abord, il faut rappeler que nous n'avons pas l'argent pour cela.
06:40Et que les Français, à raison d'ailleurs, s'inquiètent d'un niveau très élevé des dépenses,
06:45d'un niveau trop élevé des déficits.
06:47Nous n'avons pas d'argent supplémentaire pour aller subventionner le prix de l'essence.
06:50Par ailleurs, il n'y a pas de justification à cela.
06:53Si on regarde autour de nous, aucun pays n'envisage de le faire aujourd'hui.
06:57Et les économistes font remarquer une chose très simple.
07:00C'est que si vous subventionnez, vous encouragez la consommation d'essence,
07:04vous tirez plutôt vers le haut les prix de l'énergie.
07:07Si j'ose dire, on met du carburant sur le feu.
07:09Donc, je crois qu'il n'est pas question de cela aujourd'hui.
07:12François Virode de Gallo.
07:13Là, je pense à tous les auditeurs qui se lèvent et qui vous écoutent.
07:16On a déjà eu le Covid, la guerre en Ukraine, les tensions avec la Chine, les droits de douane américains.
07:21A tous ceux qui se réveilleraient angoissés ce matin, vous dites,
07:24non, on n'est pas au bord d'un choc économique mondial.
07:27Est-ce que vous pouvez le dire fermement cela ?
07:29Alors, je dis d'abord que j'ai une parfaite compréhension pour ce que vous venez de dire.
07:33Qu'évidemment, on vit dans une accumulation de chocs qui crée une très grande incertitude,
07:38une très grande imprévisibilité.
07:40Moi, je rends hommage vraiment au courage des entrepreneurs qui ont continué à faire croître l'économie française.
07:45Souvenez-vous, à travers ces chocs, on a craint très souvent une récession.
07:49Nous n'avons pas de récession et nous n'aurons pas de récession.
07:52J'en rends hommage aussi au courage des Français qui travaillent.
07:55Maintenant, ça se voit aussi dans l'économie.
07:57Le taux d'épargne est élevé parce qu'il y a cette incertitude.
08:01Choc économique mondial ou pas ?
08:03Les entreprises ont tendance à différer leurs investissements.
08:06Donc, ça peut être un choc économique.
08:09Mais nous avons montré à travers les chocs précédents dont vous parliez,
08:14une capacité d'adaptation, une capacité de résilience.
08:19Moi, je revendique toujours le pragmatisme.
08:21Alexandre Mensahit, c'est-à-dire qu'on regarde sur les faits et quelle est la meilleure réponse possible.
08:25Aujourd'hui, nous suivons d'extrêmement près la situation parce qu'elle est sérieuse.
08:29Mais il est trop tôt pour en tirer des prévisions économiques.
08:33Nous le ferons, comme je le disais, d'ici 15 jours.
08:36On aura la taille de la vague.
08:38Et on aura la meilleure réponse de politique économique possible.
08:41Évidemment, après, c'est un choc qui est plutôt négatif pour l'économie européenne.
08:46François Villeraud de Gallo, le gouverneur de la Banque de France.
08:49Merci d'avoir accepté l'invitation.
08:51J'allais dire, d'on n'arrête pas l'écho de la matinale de France Inter.
08:53Ce sera samedi matin.
08:55Merci, pardonnez-moi.
08:56On n'arrête pas l'écho.
08:57Ne soyez pas trop pressés, Alexandra.
08:58En attendant, on se retrouve à 8h20 tout à l'heure avec notre invité dans le grand entretien.
09:01Ce sera Fabrice Luquine.
09:02Une autre forme de poésie.
09:03Merci.
09:04Merci.
09:04Merci.
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