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  • il y a 7 semaines
Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et conseiller géopolitique à l'Institut Montaigne, livre son analyse du cessez-le-feu conclu entre l'Iran et les États-Unis, mardi, après plus d'un mois de guerre. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mercredi-08-avril-2026-3258944
Transcription
00:017h49 sur France Inter et Benjamin Duhamel, vous recevez le directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique.
00:06Bonjour Bruno Tertré.
00:07Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter pour nous aider à comprendre les quelques heures vertigineuses
00:12qui ont abouti à cette annonce de Donald Trump, un cessez-le-feu de deux semaines et un ultimatum repoussé
00:17en échange,
00:18notamment de la réouverture du détroit d'Hormuz.
00:21Et c'est là qu'il faut nous expliquer, Bruno Tertré, comment on est passé en quelques heures
00:25d'un président américain menaçant de faire disparaître la civilisation iranienne à ses arrêts des combats ?
00:30Qu'est-ce qui s'est passé ?
00:31Ce qui s'est passé, c'est que c'est Trump, tout simplement.
00:33Trump, il a réussi son coup, je vais vous dire.
00:35Ah bon quoi ? Eh oui, il a réussi son coup parce que par deux fois en 24 heures,
00:39le monde entier, y compris vous, Benjamin, y compris moi, y compris vous tous ici autour de ce plateau,
00:43on a été suspendus d'abord à ce qu'il a annoncé à sa conférence de presse l'autre soir,
00:49puis ensuite à l'issue de cet ultimatum.
00:52Et Trump, c'est quelqu'un qui a besoin de cette attention permanente.
00:55Et vous savez quoi ? Ça marche, puisque vous et moi, j'imagine, nous étions quand même,
01:00nous attendions ce qu'il allait dire.
01:03En même temps, là, qu'est-ce qui s'est passé ?
01:05Là, c'est taco.
01:06Trump always chickens out.
01:08C'est ce qui veut dire, il a eu peur que Trump, c'est une trouillée.
01:11Trump se déballonne toujours, pardon pour la traduction approximative.
01:15Et une fois de plus, ça doit être le onzième ou douzième ultimatum sur l'Ukraine, sur Gaza ou sur
01:21l'Iran
01:22qu'il a lancé depuis un petit peu plus d'un an.
01:24Il y a quand même beaucoup plus d'ultimatums qui ne sont pas suivis des faits,
01:28même lorsque l'adversaire ne fait rien.
01:31Et donc, il y a quand même un moment où ça va affecter sa crédibilité.
01:35Est-ce que vous, est-ce que moi, on va autant s'intéresser à son prochain ultimatum ?
01:40C'est une vraie question.
01:41Il faut qu'on essaie de faire le bilan de la situation ce matin.
01:44D'abord, c'est un ultimatum qui s'accompagne d'un arrêt des combats pendant deux semaines.
01:48Est-ce qu'il faut croire, est-ce qu'au fond, on se rapproche d'une paix durable, de la
01:52fin de la guerre
01:53ou est-ce que c'est seulement une situation très précaire et très provisoire ?
01:56Trump va nous dire qu'il a gagné puisqu'il n'y aurait pas eu de...
01:59C'est ce qu'il dit d'ailleurs, il dit une victoire totale et complète.
02:01Alors, totale et complète, oui.
02:02Comme il y avait un total et complet changement du régime
02:05qui avait déjà été, selon Trump, effectué par les bombardements américains.
02:09Ce qui n'est évidemment pas vrai.
02:11Alors, attendons de voir, bien sûr.
02:12Moi, je ne suis pas sûr que les Iraniens, subitement, aient eu peur de la destruction de leur civilisation.
02:17Au contraire, plus les menaces de Trump sont importantes,
02:20plus les gardiens de la Révolution sont, à mon sens, renforcés.
02:23Attendons de voir exactement ce qui s'est passé.
02:25Je crois qu'on arrive à un moment où, quelque part, un cessez-le-feu pourrait arranger les deux parties.
02:29À la fois les gardiens de la Révolution qui tiennent le haut du pavé à Téhéran
02:33et Donald Trump et les forces américaines
02:36et peut-être même aussi les forces israéliennes
02:37puisque tout le monde a besoin de souffler un peu, pardon, de cette expression un peu cynique.
02:42Mais ça ne veut pas du tout dire que nous sommes un règlement définitif de la crise.
02:47Je crois que c'est vraiment à ce stade seulement un cessez-le-feu
02:51et dans des termes qui restent à préciser.
02:53Justement, sur ces termes, il faut toujours être très vigilant dans ce genre de situation
02:56puisque, par définition, chaque parti crie victoire.
02:59Vous avez donc cette victoire totale et complète revendiquée par Donald Trump.
03:02Vous avez des Iraniens qui proposent un plan maximaliste
03:06qui implique la fin des sanctions,
03:08qui implique le fait de pouvoir continuer à enrichir l'uranium.
03:12Qui, ce matin, au-delà de la communication et de la diplomatie,
03:15peut estimer être en position de force entre les États-Unis et l'Iran ?
03:18Je veux dire, quand chacune des deux parties réclame, proclame victoire
03:23et qu'il y a effectivement un cessez-le-feu, ça veut dire que ça a marché.
03:26Que la situation est à peu près équilibrée ?
03:28Oui, tout à fait. Simplement, le plan en 10 ou 12 points,
03:31il y a plusieurs versions qui circulent, proposées par l'Iran,
03:34il est évidemment totalement irréaliste.
03:37Mais le fait que les États-Unis ne l'aient pas refusé d'emblée est un signe intéressant.
03:41Cela montre effectivement que peut-être, finalement,
03:43que Trump et la Maison-Blanche sont intéressés
03:45par au moins une négociation pendant un cessez-le-feu.
03:49Donc ça, c'est quand même intéressant.
03:51Ne boudons pas notre plaisir.
03:54Vous dites irréaliste parce qu'il est impensable que les États-Unis
03:58acceptent, dans le cadre de ce cessez-le-feu,
04:00le fait de lever les sanctions
04:02et le fait, par exemple, que l'Iran garde le contrôle du détroit d'Hormuz,
04:06pas de payer des sommes considérables pour que les tankers passent.
04:09C'est pas qu'ils le gardent, c'est qu'ils le prennent.
04:10Le détroit d'Hormuz, c'est une voie de l'immigration internationale.
04:13Il n'y a absolument aucune raison, aucune justification juridique
04:16pour qu'il y ait une sorte de droit de péage.
04:19Donc c'est quelque chose qu'ils auraient gagné pendant ce conflit.
04:22Tout ça est totalement inacceptable.
04:24C'est pour ça que je crains que ça soit qu'un cessez-le-feu
04:26et que les choses reprennent dans les jours qui viennent.
04:28Quoique, encore une fois, avec Trump,
04:30on peut toujours s'attendre à ce qu'il dise.
04:32J'ai affaibli ce régime suffisamment pour pouvoir créer victoire.
04:36S'il y a un perdant ce matin, Bruno Tertres,
04:38c'est sans doute le peuple iranien
04:40qui a été massacré par dizaines de milliers au mois de janvier,
04:42qui, au moment de la mort de Khamenei,
04:44avait cet espoir d'un changement de régime
04:45et qui, là, voient des gardiens de la Révolution
04:48qui, ce matin, affichent des positions maximalistes.
04:51C'est eux, c'est les Iraniens, les Iraniennes
04:54qui sont les perdants.
04:55Du point de vue du régime iranien,
04:59ils se considèrent comme gagnants.
05:00Ils ont tenu tête aux Etats-Unis.
05:02Le simple fait de tenir tête aux Etats-Unis
05:05et d'avoir un régime qui, malheureusement,
05:07tient debout après un mois de bombardement,
05:10c'est une très grande victoire
05:12du point de vue des gardiens de la Révolution.
05:13Donc, ils ne vont certainement pas être dans un état d'esprit
05:19qui les mènerait à des concessions significatives
05:22vis-à-vis de Washington dans les jours qui viennent.
05:24Il faut qu'on revienne un instant, Bruno Tertré,
05:25sur les positions pour le moins erratiques
05:27qui ont été prises par Donald Trump ces derniers jours,
05:29ce qui a de nouveau relancé le débat
05:31autour de la santé mentale du président des Etats-Unis.
05:34Vous avez Jean-Yves Le Drian, qui n'est pas habitué aux excès,
05:37qui, en une de libération, dit la chose suivante.
05:39Nous voilà réduits à constater la folie d'un homme.
05:42Vous avez, aux Etats-Unis, le débat autour du 25e amendement
05:45qui viserait à empêcher Donald Trump.
05:48À le destituer.
05:50Vous avez raison.
05:51Est-ce que vous êtes d'accord avec Jean-Yves Le Drian
05:52quand il dit qu'on en est à constater la folie d'un homme
05:56qui est l'homme le plus puissant du monde ?
05:57Ce que je vois, c'est qu'un narcissique mégalomaniaque
06:01a un comportement qui, une fois de plus,
06:04conduit la Terre entière à le conforter dans son narcissisme
06:08puisque nous sommes en permanence en train de regarder,
06:11en train de commenter, en train d'écouter,
06:13en train d'attendre ce qu'il dit.
06:14Ce que je sais, je ne suis pas plus piquiatre ou psychanalyste que vous,
06:17Benjamin Duhamel, en tout cas pas à ma connaissante.
06:19Je vous confirme.
06:19Mais ce que je sais, c'est que la totalité des psychiatres
06:24et des psychologues qui le regardent de loin
06:26disent oui, cet homme est malade au sens mental du terme.
06:31Est-ce qu'il l'aide au point de ne pas pouvoir exercer sa fonction présidentielle ?
06:35Et donc, est-ce que ça serait justifiable du 25e amendement,
06:38c'est-à-dire de la destitution, qui de toute façon n'arrivera pas ?
06:40Parce qu'il faut que ce soit le gouvernement, le cabinet qui vote
06:45et bien évidemment, ils ne vont pas le faire.
06:47Je ne le sais pas.
06:48Il y a quand même des moments,
06:49alors il faut quand même rendre justice à Donald Trump sur un point.
06:51Il applique de temps en temps, depuis longtemps,
06:55ce que Richard Nixon avait appelé la théorie du fou.
06:58Richard Nixon disait en privé, pas en public.
07:00Il disait, vous savez, moi j'appelle ça la théorie du fou.
07:04Je menace de la destruction complète pour qu'on ait peur et qu'on négocie avec moi.
07:09Il faisait ça pendant la guerre du Vietnam.
07:12Le simple fait que Donald Trump soit erratique,
07:15qu'on ne sache jamais si demain...
07:16Il sort de la prévisibilité absolue.
07:18La prévisibilité stratégique, plutôt tactique, pardon.
07:21Et vous avez un jour la menace de bombardement,
07:23le lendemain la volonté d'avoir le prix Nobel de la paix,
07:27cela peut avoir des vertus.
07:28Ça a au moins une vertu.
07:29Je dis ça pour qu'il n'y ait quand même pas le sentiment
07:32que je suis un anti-Trumpisme primaire, je ne suis que secondaire.
07:35Mais quand vous êtes chez Xi Jinping
07:37et que vous envisagez de prendre Taïwan par la force,
07:39qu'est-ce que vous constatez au bout d'un mois de bombardement de l'Iran ?
07:43Vous dites que finalement cet homme qui disait ne pas vouloir la guerre,
07:46ne pas vouloir se concentrer sur les Etats-Unis, sur la ministre de l'Iran,
07:49je ne sais pas, moi, Xi Jinping,
07:51ce qu'il ferait si je me saisissais de Taïwan.
07:54Et ça, c'est quand même une grande force.
07:56Un dernier mot, Bruno Tertré, sur Israël,
07:58qui accepte de soutenir le cessez-le-feu en Iran,
08:01mais considère que ce cessez-le-feu ne vaut pas pour les combats,
08:04notamment dans le sud-Liban.
08:06Est-ce que là, la situation, c'est un désaveu pour Benjamin Netanyahou,
08:09qui, lui, aurait souhaité continuer à pilonner l'Iran
08:13pour aboutir à un changement de régime ?
08:14Pas forcément, parce qu'après un mois de bombardement,
08:19les Israéliens n'ont d'abord moins de moyens défensifs et offensifs
08:23à consacrer à cette campagne.
08:25Ils savent que, par ailleurs, ils ont de toute façon le Liban,
08:27qui continue à être leur sujet de préoccupation presque principale en ce moment,
08:33et qu'il y a beaucoup de choses que les Israéliens ne savent pas,
08:35ne peuvent pas ou ne veulent pas faire sans les Américains.
08:38Donc je ne crois pas que ce soit un désaveu.
08:39Vous savez, le simple fait que Netanyahou ait réussi à persuader quand même Trump
08:43d'engager cette campagne est une immense victoire pour Benjamin Netanyahou.
08:48Merci beaucoup Bruno Tertret d'être venu nous éclairer ce matin sur la situation.
08:52Merci.
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