00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Et il est donc l'homme qui fait parler les chiffres et arrive à en tirer des perspectives.
00:06François Villeroy de Gallo, gouverneur de la Banque de France et l'invité d'RTL Matin.
00:09Bonjour et bienvenue sur RTL, François Villeroy de Gallo.
00:11Bonjour Thomas Soto.
00:12Comment avez-vous dormi, monsieur le gouverneur ?
00:14Plutôt bien. Vous savez, mon métier c'est d'être vigilant et ça fait 11 ans que je fais ce
00:20métier.
00:20Nous avons malheureusement connu beaucoup de crises, mais nous sommes extrêmement attentifs à celle-ci.
00:25Ça veut dire que le bruit des bombes et des missiles qui enflamment une partie du Moyen-Orient ne vous
00:29trouble pas plus que ça pour l'instant ?
00:31Non, je crois qu'on doit rester calme dans cette affaire.
00:35Évidemment ne pas céder à la précipitation et pour autant être extrêmement attentif.
00:40Je peux vous dire que depuis 10 jours, mon agenda est très dominé par le suivi de cette crise.
00:45Alors, il se trouve que nous publions ce matin l'enquête mensuelle de conjoncture qui est un peu, Thomas Soto,
00:50le bulletin de santé de l'économie française.
00:52Qui a été réalisé en partie avant la guerre et après le déclencheur de l'économie.
00:55Absolument, c'est à cheval sur le week-end du 1er mars où le conflit a été déclenché.
01:00Le bulletin de santé au départ est plutôt résilient.
01:04C'est-à-dire que les chefs d'entreprise, et je salue leur courage, s'attendent, et nous avec eux,
01:09à une croissance de 0,2 à 0,3% sur le premier trimestre.
01:14Premier trimestre, 0,2, 0,3.
01:15Voilà, c'est plutôt un peu au-dessus de ce qu'on pouvait attendre en début d'année.
01:20Et ça, vous le maintenez, pardon ? Est-ce que vous le maintenez ?
01:22Nous le maintenons sur le premier trimestre.
01:24Alors, je dirais après un mot sur les prévisions sur l'année.
01:26Mais sur le premier trimestre, nous le maintenons.
01:28Ce que nous avons noté naturellement, c'est que la part des réponses des entreprises venues après le déclenchement du
01:35conflit
01:36marque une nette remontée de l'incertitude.
01:40On n'en attendait pas moins.
01:42Alors maintenant, sur nos prévisions sur l'année, il faut un peu de recul par rapport à tout ce qui
01:46se passe depuis 10 jours.
01:47Vous avez noté, comme moi en particulier, que le prix du pétrole est incroyablement volatil.
01:52On va y vivre.
01:52J'ai fait des mouvements de yo-yo très forts.
01:54Beaucoup de choses vont dépendre de la durée du conflit.
01:56Vous aviez prévu 1% de croissance sur l'année.
01:58Voilà, nous publierons nos prévisions actualisées pour la France le 25 mars, dans 15 jours.
02:04Et pour la zone euro, nous avons un conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne,
02:08mercredi et jeudi prochain, autour de Crétine Lagarde.
02:10Donc là, ça sera jeudi prochain.
02:12Ce matin, dans le Parisien, le nouveau ministre des Comptes Publics, David Amiel, est très affirmatif.
02:15Bien sûr que cette crise a un impact sur notre croissance.
02:19Vous êtes d'accord avec lui ?
02:19Vous pensez que ce chiffre d'1% pour 2026, il reste atteignable ?
02:23Ou il va peut-être falloir le revoir un peu à la baisse ?
02:25Alors, le sens de cette crise est malheureusement plus clair au fil des jours.
02:30Ça signifie économiquement un peu plus d'inflation et un peu moins de croissance.
02:34Donc on sera sous les 1% après.
02:35Alors, je ne dis pas cela parce qu'il y avait un début d'année qui était un peu meilleur.
02:40Ce que je dis, c'est que notre prévision d'inflation, qui était à 1,3% au mois de
02:46décembre sur l'ensemble de l'année,
02:48c'est-à-dire très basse.
02:49L'inflation en France est nettement plus basse que chez nos voisins européens,
02:53pourrait être légèrement remontée.
02:55J'insiste sur le légèrement.
02:57C'est-à-dire qu'on passerait à 1,5%, à 2%, à 2,5% ?
02:59Non, non, non, pas du tout.
03:01Légèrement dans la bouche.
03:01Non, non, non, l'inflation en France restera basse.
03:05Je lis parfois le mot de stagflation, qu'on entend beaucoup ces derniers jours.
03:09Ça n'est pas la stagflation, je veux le dire très clairement ce matin.
03:12Parce que ça n'est pas la stagnation de l'activité économique.
03:15Nous allons garder une croissance positive.
03:16On n'est pas dans une crise économique.
03:18On n'est pas dans une crise économique, si vous l'entendez, par la récession économique.
03:23Encore une fois, la croissance va rester positive.
03:24Et on n'est pas du tout dans une inflation qui s'emballe.
03:28Il y a évidemment un sujet très sensible pour ceux et celles qui nous écoutent.
03:31C'est le prix de l'essence à la pompe.
03:33Et c'est tout à fait normal que ça soit sensible.
03:35Mais le prix de l'essence à la pompe, c'est une petite partie, en fait, de tout ce que
03:39nous consommons.
03:40Quelle part de l'inflation ?
03:40Alors, je vais peut-être vous surprendre, mais dans l'indice des prix,
03:44qui reflète la moyenne de nos consommations à nous Français, c'est 4%.
03:48Le prix de l'essence, c'est 4% de l'inflation ?
03:50C'est 4%.
03:51C'est plus important dans le porte-monnaie, en impact au quotidien ?
03:53Non, c'est surtout plus important parce que c'est quelque chose qui se voit.
03:56C'est un achat que ceux de nos concitoyens qui roulent le plus font plusieurs fois par semaine.
04:00C'est normal que ça soit très sensible.
04:02Mais pour vous citer d'autres exemples, l'alimentation, ça fait presque 20%.
04:06Et les prix alimentaires restent très sages.
04:08Mais on ne sait pas, c'est l'incertitude du moment qui est la plus importante.
04:12Non, alors, je crois que c'est d'ailleurs une des différences avec le choc de la guerre russe en
04:17Ukraine en 2022.
04:19C'est qu'à l'époque, tous les prix des matières premières avaient monté.
04:21Aujourd'hui, c'est quand même concentré sur l'énergie, c'est-à-dire le pétrole et le gaz.
04:25Vous n'êtes pas très inquiet, ni sur l'inflation, ni sur l'alimentaire en particulier ?
04:28Non, non, je crois que l'alimentaire est aujourd'hui autour de 2%.
04:31Le reste de notre consommation, dont on parle moins, c'est-à-dire les services, les produits industriels qu'on
04:37achète,
04:38qui font plus de 70% de l'indice, est encore inférieur à 2% et devrait le rester.
04:44Mais nous sommes extrêmement mobilisés.
04:46Moi, je vais le dire pour la Banque Centrale Européenne.
04:48Nous avons une réunion du Conseil des gouvernements la semaine prochaine.
04:51Je ne crois pas, vu d'aujourd'hui, qu'il faille remonter les taux maintenant.
04:55On touche pas des taux d'intérêt.
04:56Alors, je parle des taux d'intérêt qui est notre décision de politique monétaire.
05:00Mais nous ne laisserons pas l'inflation s'installer.
05:04Bon, on ne laissera pas l'inflation s'installer.
05:05Nous devons, ça c'est très important Thomas Soto, nous devons cette vigilance et donc cette assurance aux Français.
05:12Nous sommes les garants d'une inflation qui est maintenue basse.
05:15En attendant, les Français ont du mal à faire le plein parce que ça coûte très cher, trop cher.
05:19Le gouvernement doit-il, selon vous, absorber une partie de ces hausses de prix et dégainer des aides pour les
05:23automobilistes ?
05:24Alors, ça, ça n'est pas à la Banque de France d'en décider, c'est au gouvernement et au
05:29Parlement.
05:30Est-ce qu'on peut faire des chèques ?
05:31Ce que je note simplement, et François Langlais le disait à l'instant, je vais le dire de façon encore
05:35plus simple, nous n'avons plus d'argent.
05:38Donc, on prend la réponse et non.
05:40Nous, Français.
05:40Alors, on parle de certains pays, on parle parfois de l'Italie qui envisage des choses comme ça.
05:45D'abord, l'Italie est dans une situation plus favorable que la nôtre sur le plan de ses finances publiques.
05:51Si vous me permettez de le dire avec un sourire, on parle toujours, nous, Français, des autres pays quand ils
05:55font des dépenses supplémentaires.
05:56On devrait aussi parler d'eux quand ils font des économies.
05:59Or, là, nous pouvons aller prendre de l'inspiration.
06:01Alors, si...
06:02Là, vous dites que le remède serait pire que le mal ?
06:03Alors, non, ce que je veux dire là-dessus, il peut y avoir certaines situations difficiles, ciblées, ça, c'est
06:09pas à moi de les traiter.
06:11Mais je veux quand même dire là-dessus deux choses très importantes.
06:13La première, c'est que si nous creusions encore les déficits et la dette, ça va pénaliser les Français eux
06:18-mêmes.
06:19Pourquoi ? Parce que ça se traduit par une montée des taux d'intérêt, ce qu'on appelle à long
06:22terme, c'est-à-dire à 10 ans et plus.
06:24Et ça, c'est mauvais non seulement pour l'État, mais pour les Français sur leur crédit immobilier, ou pour
06:28les entreprises sur leur crédit d'investissement.
06:30Vous y croyez, vous, au déficit de 5% pour le budget ? C'est tenable ou on fait semblant
06:33de le croire encore ?
06:33Ah non, je crois que c'est tout à fait tenable et que ça doit être tenu.
06:38Parce que ce que nous voyons depuis le 1er mars, c'est cette volatilité sur les marchés.
06:42C'est que la France, malheureusement, souffre plus que l'Allemagne et les meilleurs pays européens.
06:47Donc, on nous prête aujourd'hui encore plus cher qu'avant par rapport à l'Allemagne.
06:51Il y a un autre inconvénient que je vais vous souligner, une autre prudence sur cette question de subvention.
06:56C'est que si nous maintenons à coup de subvention coûteuse notre dépendance au pétrole,
07:03à chaque choc pétrolier, on va subir le même effet négatif.
07:08Mais si la guerre dure, il faut bien aider les Français.
07:11La vraie solution dans la durée, peut-être, je ne sais pas s'il faut telle ou telle mesure cibler,
07:17mais la vraie solution dans la durée, c'est très important de le dire,
07:19c'est de conquérir notre dépendance énergétique.
07:22Nous, Français européens, nous n'avons pas d'énergie fossile,
07:25donc ça veut dire le nucléaire et le renouvelable.
07:27Pour le dire autrement, il vaut mieux investir dans la transition
07:31plutôt que de dépenser toujours plus dans des protections.
07:34Donc, M. François Villeurat de Gallo, vous n'êtes pas d'accord avec le commissaire européen de l'énergie,
07:37Daniel Jensen, qui a recommandé hier aux Etats européens qui en ont les moyens
07:40de baisser les taxes sur l'énergie.
07:41Il dit qu'il y a de quoi réduire la facture de 200 euros par an.
07:44Alors, je ne connais pas ce commissaire européen, il me semble, je ne vais pas commenter ce propos,
07:48il me semble juste qu'il a dit, dans ce que vous venez de rappeler,
07:50pour les Etats qui en ont les moyens.
07:52Maintenant, c'est à ces pays de décider, et encore une fois,
07:55c'est une décision en France du gouvernement et du Parlement.
07:58J'appelle juste l'attention sur le fait que nous n'avons pas d'argent,
08:00nous ne pouvons pas creuser nos déficits et payer encore plus cher nos crédits immobiliers
08:06ou nos crédits pour les entreprises,
08:07et nous devons surtout investir dans la transition
08:10plutôt que toujours plus dans des protections coûteuses,
08:12parce que nous maintenons notre dépendance au pétrole.
08:14Juste un mot avec un autre prévisionniste européen,
08:17qui dit tous quasiment que l'inflation,
08:19comme on va l'évoquer, ça sera environ 2% dans la zone euro.
08:21Vous êtes d'accord ? Vous disiez 1,3 ?
08:22Il se trouve que 2%, c'est notre objectif.
08:26Et nous étions à fin février, le dernier, si vous connaissez,
08:29nous étions à 1,9.
08:30Donc, vous voyez, très proche de l'objectif,
08:32nous ferons ce qu'il faut pour rester à cet objectif
08:35au-delà de variations mensuelles.
08:37François Villard-Gallot, on ne va plus beaucoup vous entendre,
08:39d'abord parce qu'à partir de jeudi, vous n'aurez plus le droit de parler
08:41avant le conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne.
08:43C'est le dernier jour où je peux parler aujourd'hui, Thomas Soto.
08:46Et aussi parce que vous avez décidé de quitter la gouvernance
08:48de la Banque de France début juin, plus d'un an avant la fin de votre mandat.
08:51Est-ce que c'est vraiment votre décision ?
08:53Absolument. Alors là, je vous arrête tout de suite.
08:55C'est la décision personnelle d'un homme libre.
08:58Ça fait, je le disais tout à l'heure, ça fait quand même 11 ans que j'exerce ce...
09:02Et vous aimez votre métier.
09:02Et j'aime beaucoup mon métier, c'est la plus belle mission.
09:06Marine Le Pen a dit qu'il part pour qu'Emmanuel Macron puisse placer son successeur
09:09avant la prochaine présidentielle.
09:10Je ne commande jamais les déclarations politiques,
09:13mais laissez-moi expliquer ma décision personnelle.
09:15Ça fait 11 ans, c'est la plus belle mission
09:17que j'ai eu l'honneur d'exercer à l'intérieur du service public.
09:20Il se trouve que j'ai reçu un appel à l'automne dernier
09:23d'un homme que je respecte profondément et qui est très respecté,
09:26qui est Jean-Marc Sauvé, le président de la Fondation des Apprentis d'Auteuil.
09:29Et il m'a proposé, il m'a dit, voilà, on pense que tu es le meilleur successeur
09:33pour cette tâche importante, et j'ai accepté.
09:35C'est pour moi une autre façon de continuer un engagement d'intérêt général.
09:40La Fondation des Apprentis d'Auteuil, si vous me permettez d'en dire un mot,
09:43c'est plus de 40 000 enfants en difficulté de jeunes.
09:46Et on vous l'invitra pour en parler avec plaisir.
09:49C'est Emmanuel Moulin, l'actuel secrétaire général de l'Élysée, qui va vous...
09:51Ah non, non, ça, ça ne m'appartient pas, ça peut être un homme ou une femme.
09:55Et il y a une procédure prévue par la loi de la République,
09:58avec le président de la République, le gouvernement, le Parlement,
10:00c'est une procédure démocratique.
10:01Merci.
10:02Il est juste important que cette nomination se fasse en temps et en heure.
10:05J'ai prévenu quatre mois à l'avance.
10:07Et voilà, cette nomination doit avoir lieu selon les règles de notre démocratie.
10:12Mais c'est la décision personnelle d'un homme libre.
10:16Merci beaucoup.
10:16Je demande juste qu'on la respecte.
10:18Merci François.
10:19Merci.
10:19Merci.
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