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  • il y a 4 minutes
Depuis le début du conflit en Iran, le prix du gaz en Europe a bondi, le pétrole aussi. L'impact économique dépendra avant tout de la durée du conflit. Il est encore beaucoup trop tôt pour parler de crise économique, mais l'engrenage d'un choc énergétique se profile, avec le risque de provoquer des effets dits « stagflationnistes », combinaison d'inflation et de stagnation économique. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France est l'invite de RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 11 mars 2026.

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Transcription
00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Et il est donc l'homme qui fait parler les chiffres et arrive à en tirer des perspectives.
00:06François Villeroy de Gallo, gouverneur de la Banque de France et l'invité d'RTL Matin.
00:09Bonjour et bienvenue sur RTL, François Villeroy de Gallo.
00:11Bonjour Thomas Soto.
00:12Comment avez-vous dormi, monsieur le gouverneur ?
00:14Plutôt bien. Vous savez, mon métier c'est d'être vigilant et ça fait 11 ans que je fais ce
00:20métier.
00:20Nous avons malheureusement connu beaucoup de crises, mais nous sommes extrêmement attentifs à celle-ci.
00:25Ça veut dire que le bruit des bombes et des missiles qui enflamment une partie du Moyen-Orient ne vous
00:29trouble pas plus que ça pour l'instant ?
00:31Non, je crois qu'on doit rester calme dans cette affaire.
00:35Évidemment ne pas céder à la précipitation et pour autant être extrêmement attentif.
00:40Je peux vous dire que depuis 10 jours, mon agenda est très dominé par le suivi de cette crise.
00:45Alors, il se trouve que nous publions ce matin l'enquête mensuelle de conjoncture qui est un peu, Thomas Soto,
00:50le bulletin de santé de l'économie française.
00:52Qui a été réalisé en partie avant la guerre et après le déclencheur de l'économie.
00:55Absolument, c'est à cheval sur le week-end du 1er mars où le conflit a été déclenché.
01:00Le bulletin de santé au départ est plutôt résilient.
01:04C'est-à-dire que les chefs d'entreprise, et je salue leur courage, s'attendent, et nous avec eux,
01:09à une croissance de 0,2 à 0,3% sur le premier trimestre.
01:14Premier trimestre, 0,2, 0,3.
01:15Voilà, c'est plutôt un peu au-dessus de ce qu'on pouvait attendre en début d'année.
01:20Et ça, vous le maintenez, pardon ? Est-ce que vous le maintenez ?
01:22Nous le maintenons sur le premier trimestre.
01:24Alors, je dirais après un mot sur les prévisions sur l'année.
01:26Mais sur le premier trimestre, nous le maintenons.
01:28Ce que nous avons noté naturellement, c'est que la part des réponses des entreprises venues après le déclenchement du
01:35conflit
01:36marque une nette remontée de l'incertitude.
01:40On n'en attendait pas moins.
01:42Alors maintenant, sur nos prévisions sur l'année, il faut un peu de recul par rapport à tout ce qui
01:46se passe depuis 10 jours.
01:47Vous avez noté, comme moi en particulier, que le prix du pétrole est incroyablement volatil.
01:52On va y vivre.
01:52J'ai fait des mouvements de yo-yo très forts.
01:54Beaucoup de choses vont dépendre de la durée du conflit.
01:56Vous aviez prévu 1% de croissance sur l'année.
01:58Voilà, nous publierons nos prévisions actualisées pour la France le 25 mars, dans 15 jours.
02:04Et pour la zone euro, nous avons un conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne,
02:08mercredi et jeudi prochain, autour de Crétine Lagarde.
02:10Donc là, ça sera jeudi prochain.
02:12Ce matin, dans le Parisien, le nouveau ministre des Comptes Publics, David Amiel, est très affirmatif.
02:15Bien sûr que cette crise a un impact sur notre croissance.
02:19Vous êtes d'accord avec lui ?
02:19Vous pensez que ce chiffre d'1% pour 2026, il reste atteignable ?
02:23Ou il va peut-être falloir le revoir un peu à la baisse ?
02:25Alors, le sens de cette crise est malheureusement plus clair au fil des jours.
02:30Ça signifie économiquement un peu plus d'inflation et un peu moins de croissance.
02:34Donc on sera sous les 1% après.
02:35Alors, je ne dis pas cela parce qu'il y avait un début d'année qui était un peu meilleur.
02:40Ce que je dis, c'est que notre prévision d'inflation, qui était à 1,3% au mois de
02:46décembre sur l'ensemble de l'année,
02:48c'est-à-dire très basse.
02:49L'inflation en France est nettement plus basse que chez nos voisins européens,
02:53pourrait être légèrement remontée.
02:55J'insiste sur le légèrement.
02:57C'est-à-dire qu'on passerait à 1,5%, à 2%, à 2,5% ?
02:59Non, non, non, pas du tout.
03:01Légèrement dans la bouche.
03:01Non, non, non, l'inflation en France restera basse.
03:05Je lis parfois le mot de stagflation, qu'on entend beaucoup ces derniers jours.
03:09Ça n'est pas la stagflation, je veux le dire très clairement ce matin.
03:12Parce que ça n'est pas la stagnation de l'activité économique.
03:15Nous allons garder une croissance positive.
03:16On n'est pas dans une crise économique.
03:18On n'est pas dans une crise économique, si vous l'entendez, par la récession économique.
03:23Encore une fois, la croissance va rester positive.
03:24Et on n'est pas du tout dans une inflation qui s'emballe.
03:28Il y a évidemment un sujet très sensible pour ceux et celles qui nous écoutent.
03:31C'est le prix de l'essence à la pompe.
03:33Et c'est tout à fait normal que ça soit sensible.
03:35Mais le prix de l'essence à la pompe, c'est une petite partie, en fait, de tout ce que
03:39nous consommons.
03:40Quelle part de l'inflation ?
03:40Alors, je vais peut-être vous surprendre, mais dans l'indice des prix,
03:44qui reflète la moyenne de nos consommations à nous Français, c'est 4%.
03:48Le prix de l'essence, c'est 4% de l'inflation ?
03:50C'est 4%.
03:51C'est plus important dans le porte-monnaie, en impact au quotidien ?
03:53Non, c'est surtout plus important parce que c'est quelque chose qui se voit.
03:56C'est un achat que ceux de nos concitoyens qui roulent le plus font plusieurs fois par semaine.
04:00C'est normal que ça soit très sensible.
04:02Mais pour vous citer d'autres exemples, l'alimentation, ça fait presque 20%.
04:06Et les prix alimentaires restent très sages.
04:08Mais on ne sait pas, c'est l'incertitude du moment qui est la plus importante.
04:12Non, alors, je crois que c'est d'ailleurs une des différences avec le choc de la guerre russe en
04:17Ukraine en 2022.
04:19C'est qu'à l'époque, tous les prix des matières premières avaient monté.
04:21Aujourd'hui, c'est quand même concentré sur l'énergie, c'est-à-dire le pétrole et le gaz.
04:25Vous n'êtes pas très inquiet, ni sur l'inflation, ni sur l'alimentaire en particulier ?
04:28Non, non, je crois que l'alimentaire est aujourd'hui autour de 2%.
04:31Le reste de notre consommation, dont on parle moins, c'est-à-dire les services, les produits industriels qu'on
04:37achète,
04:38qui font plus de 70% de l'indice, est encore inférieur à 2% et devrait le rester.
04:44Mais nous sommes extrêmement mobilisés.
04:46Moi, je vais le dire pour la Banque Centrale Européenne.
04:48Nous avons une réunion du Conseil des gouvernements la semaine prochaine.
04:51Je ne crois pas, vu d'aujourd'hui, qu'il faille remonter les taux maintenant.
04:55On touche pas des taux d'intérêt.
04:56Alors, je parle des taux d'intérêt qui est notre décision de politique monétaire.
05:00Mais nous ne laisserons pas l'inflation s'installer.
05:04Bon, on ne laissera pas l'inflation s'installer.
05:05Nous devons, ça c'est très important Thomas Soto, nous devons cette vigilance et donc cette assurance aux Français.
05:12Nous sommes les garants d'une inflation qui est maintenue basse.
05:15En attendant, les Français ont du mal à faire le plein parce que ça coûte très cher, trop cher.
05:19Le gouvernement doit-il, selon vous, absorber une partie de ces hausses de prix et dégainer des aides pour les
05:23automobilistes ?
05:24Alors, ça, ça n'est pas à la Banque de France d'en décider, c'est au gouvernement et au
05:29Parlement.
05:30Est-ce qu'on peut faire des chèques ?
05:31Ce que je note simplement, et François Langlais le disait à l'instant, je vais le dire de façon encore
05:35plus simple, nous n'avons plus d'argent.
05:38Donc, on prend la réponse et non.
05:40Nous, Français.
05:40Alors, on parle de certains pays, on parle parfois de l'Italie qui envisage des choses comme ça.
05:45D'abord, l'Italie est dans une situation plus favorable que la nôtre sur le plan de ses finances publiques.
05:51Si vous me permettez de le dire avec un sourire, on parle toujours, nous, Français, des autres pays quand ils
05:55font des dépenses supplémentaires.
05:56On devrait aussi parler d'eux quand ils font des économies.
05:59Or, là, nous pouvons aller prendre de l'inspiration.
06:01Alors, si...
06:02Là, vous dites que le remède serait pire que le mal ?
06:03Alors, non, ce que je veux dire là-dessus, il peut y avoir certaines situations difficiles, ciblées, ça, c'est
06:09pas à moi de les traiter.
06:11Mais je veux quand même dire là-dessus deux choses très importantes.
06:13La première, c'est que si nous creusions encore les déficits et la dette, ça va pénaliser les Français eux
06:18-mêmes.
06:19Pourquoi ? Parce que ça se traduit par une montée des taux d'intérêt, ce qu'on appelle à long
06:22terme, c'est-à-dire à 10 ans et plus.
06:24Et ça, c'est mauvais non seulement pour l'État, mais pour les Français sur leur crédit immobilier, ou pour
06:28les entreprises sur leur crédit d'investissement.
06:30Vous y croyez, vous, au déficit de 5% pour le budget ? C'est tenable ou on fait semblant
06:33de le croire encore ?
06:33Ah non, je crois que c'est tout à fait tenable et que ça doit être tenu.
06:38Parce que ce que nous voyons depuis le 1er mars, c'est cette volatilité sur les marchés.
06:42C'est que la France, malheureusement, souffre plus que l'Allemagne et les meilleurs pays européens.
06:47Donc, on nous prête aujourd'hui encore plus cher qu'avant par rapport à l'Allemagne.
06:51Il y a un autre inconvénient que je vais vous souligner, une autre prudence sur cette question de subvention.
06:56C'est que si nous maintenons à coup de subvention coûteuse notre dépendance au pétrole,
07:03à chaque choc pétrolier, on va subir le même effet négatif.
07:08Mais si la guerre dure, il faut bien aider les Français.
07:11La vraie solution dans la durée, peut-être, je ne sais pas s'il faut telle ou telle mesure cibler,
07:17mais la vraie solution dans la durée, c'est très important de le dire,
07:19c'est de conquérir notre dépendance énergétique.
07:22Nous, Français européens, nous n'avons pas d'énergie fossile,
07:25donc ça veut dire le nucléaire et le renouvelable.
07:27Pour le dire autrement, il vaut mieux investir dans la transition
07:31plutôt que de dépenser toujours plus dans des protections.
07:34Donc, M. François Villeurat de Gallo, vous n'êtes pas d'accord avec le commissaire européen de l'énergie,
07:37Daniel Jensen, qui a recommandé hier aux Etats européens qui en ont les moyens
07:40de baisser les taxes sur l'énergie.
07:41Il dit qu'il y a de quoi réduire la facture de 200 euros par an.
07:44Alors, je ne connais pas ce commissaire européen, il me semble, je ne vais pas commenter ce propos,
07:48il me semble juste qu'il a dit, dans ce que vous venez de rappeler,
07:50pour les Etats qui en ont les moyens.
07:52Maintenant, c'est à ces pays de décider, et encore une fois,
07:55c'est une décision en France du gouvernement et du Parlement.
07:58J'appelle juste l'attention sur le fait que nous n'avons pas d'argent,
08:00nous ne pouvons pas creuser nos déficits et payer encore plus cher nos crédits immobiliers
08:06ou nos crédits pour les entreprises,
08:07et nous devons surtout investir dans la transition
08:10plutôt que toujours plus dans des protections coûteuses,
08:12parce que nous maintenons notre dépendance au pétrole.
08:14Juste un mot avec un autre prévisionniste européen,
08:17qui dit tous quasiment que l'inflation,
08:19comme on va l'évoquer, ça sera environ 2% dans la zone euro.
08:21Vous êtes d'accord ? Vous disiez 1,3 ?
08:22Il se trouve que 2%, c'est notre objectif.
08:26Et nous étions à fin février, le dernier, si vous connaissez,
08:29nous étions à 1,9.
08:30Donc, vous voyez, très proche de l'objectif,
08:32nous ferons ce qu'il faut pour rester à cet objectif
08:35au-delà de variations mensuelles.
08:37François Villard-Gallot, on ne va plus beaucoup vous entendre,
08:39d'abord parce qu'à partir de jeudi, vous n'aurez plus le droit de parler
08:41avant le conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne.
08:43C'est le dernier jour où je peux parler aujourd'hui, Thomas Soto.
08:46Et aussi parce que vous avez décidé de quitter la gouvernance
08:48de la Banque de France début juin, plus d'un an avant la fin de votre mandat.
08:51Est-ce que c'est vraiment votre décision ?
08:53Absolument. Alors là, je vous arrête tout de suite.
08:55C'est la décision personnelle d'un homme libre.
08:58Ça fait, je le disais tout à l'heure, ça fait quand même 11 ans que j'exerce ce...
09:02Et vous aimez votre métier.
09:02Et j'aime beaucoup mon métier, c'est la plus belle mission.
09:06Marine Le Pen a dit qu'il part pour qu'Emmanuel Macron puisse placer son successeur
09:09avant la prochaine présidentielle.
09:10Je ne commande jamais les déclarations politiques,
09:13mais laissez-moi expliquer ma décision personnelle.
09:15Ça fait 11 ans, c'est la plus belle mission
09:17que j'ai eu l'honneur d'exercer à l'intérieur du service public.
09:20Il se trouve que j'ai reçu un appel à l'automne dernier
09:23d'un homme que je respecte profondément et qui est très respecté,
09:26qui est Jean-Marc Sauvé, le président de la Fondation des Apprentis d'Auteuil.
09:29Et il m'a proposé, il m'a dit, voilà, on pense que tu es le meilleur successeur
09:33pour cette tâche importante, et j'ai accepté.
09:35C'est pour moi une autre façon de continuer un engagement d'intérêt général.
09:40La Fondation des Apprentis d'Auteuil, si vous me permettez d'en dire un mot,
09:43c'est plus de 40 000 enfants en difficulté de jeunes.
09:46Et on vous l'invitra pour en parler avec plaisir.
09:49C'est Emmanuel Moulin, l'actuel secrétaire général de l'Élysée, qui va vous...
09:51Ah non, non, ça, ça ne m'appartient pas, ça peut être un homme ou une femme.
09:55Et il y a une procédure prévue par la loi de la République,
09:58avec le président de la République, le gouvernement, le Parlement,
10:00c'est une procédure démocratique.
10:01Merci.
10:02Il est juste important que cette nomination se fasse en temps et en heure.
10:05J'ai prévenu quatre mois à l'avance.
10:07Et voilà, cette nomination doit avoir lieu selon les règles de notre démocratie.
10:12Mais c'est la décision personnelle d'un homme libre.
10:16Merci beaucoup.
10:16Je demande juste qu'on la respecte.
10:18Merci François.
10:19Merci.
10:19Merci.
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