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  • il y a 16 minutes
Ce mercredi 4 mars, dans sa chronique, Annalisa Cappellini a expliqué pourquoi la Turquie n'est pas visée par les frappes iraniennes dans le cadre du conflit actuel au Moyen-Orient. Cette chronique est à voir ou écouter du lundi au vendredi dans Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin sur BFM Business.

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Transcription
00:00Annalisa Capellini, ces dernières heures, le conflit s'est régionalisé avec beaucoup de pays du Moyen-Orient touchés par des
00:05frappes iraniennes.
00:06La Turquie pas du tout touchée, en revanche.
00:08Oui, c'est vrai, tout simplement parce que c'est trop dangereux pour l'instant d'aller toucher la Turquie.
00:14C'est très étonnant parce qu'on sait que la Turquie fait clairement partie des intérêts régionaux des Etats-Unis
00:18dans la région.
00:20Et on sait que c'est exactement ça que visent les Iraniens.
00:23On trouve sur le territoire turc plusieurs sites sensibles qui auraient pu être des cibles pour Terran.
00:29On pense à la base aérienne d'Incircliq, par exemple, qui est utilisée par les forces de l'OTAN.
00:33On pense à la base de Curissi qui, elle, abrite un système d'alerte capable de détecter très en avance
00:39les missiles en provenance d'Iran.
00:41Mais voilà, on sait aussi que la Turquie fait partie de l'OTAN et que donc s'attaquer à Ankara,
00:47ça voudrait dire s'en prendre en général au pays de l'Alliance Atlantique.
00:51L'Iran, pour l'instant, semble croire que les Etats du Golfe touchés ne vont pas riposter.
00:56En revanche, ça serait différent pour Ankara.
00:58C'est ça, en tout cas, ce qu'on pense à Terran.
01:01Là, ça risque vraiment de faire déborder le conflit, de le faire passer dans une autre dimension, de le rendre
01:06mondial.
01:06Et là, ça serait vraiment fatal pour le régime des Mollars.
01:08L'Iran qui se laisse aussi une porte de sortie diplomatique.
01:11Bien sûr, tout est calculé.
01:12C'est un calcul stratégique de la part des Iraniens.
01:15On sait que la Turquie est l'une des dernières voies de négociation diplomatique.
01:19D'ailleurs, c'est le rôle que Erdogan, le président turc, essaye d'endosser à chaque conflit.
01:24Ce rôle de médiateur entre les deux pays.
01:26On l'a vu, entre la Russie et l'Ukraine, par exemple.
01:28Il a déjà essayé de le faire entre l'Iran et les Etats-Unis, sans succès pour l'instant.
01:32Et on sait aussi que pour le régime iranien, cette guerre, c'est la dernière.
01:36C'est de cette guerre que dépend la survie du régime des Mollars.
01:40D'où l'intérêt de se garder quand même une bouille de sauvetage diplomatique.
01:44D'ailleurs, Erdogan joue lui aussi ce double jeu.
01:46D'un côté, il dénonce les frappes israélo-américaines.
01:50Il dit que c'est une violation du droit international.
01:52Il dit partager la douleur du peuple iranien après la mort du guide suprême Alikram Enei.
01:56Il refuse de condamner les frappes d'Oripoz de l'Iran.
01:59Et de l'autre côté, en même temps, il ne s'en prend pas directement aux Etats-Unis
02:03par peur de froisser Donald Trump.
02:05Vous voyez, cette ambivalence, c'est ce que les Turcs appellent une profondeur stratégique.
02:10Nous, on l'appelle ambiguïté stratégique.
02:12En tout cas, c'est leur doctrine en matière de politique internationale.
02:14Est-ce qu'on peut dire que la Turquie pourrait tirer profit de cette guerre ?
02:17C'est un nuancé.
02:18C'est vrai que pour la Turquie, l'Iran est un rival,
02:21mais ça n'a jamais été un rival systémique, stratégique.
02:24Et surtout, c'est un rival dont la Turquie a besoin.
02:26Pourquoi ?
02:27C'est vrai qu'ils se sont opposés sur beaucoup de fronts.
02:29Ils se sont opposés sur beaucoup de conflits ces dernières années.
02:31Je vous fais juste un exemple sur le front syrien.
02:34Par exemple, l'Iran soutenait le dictateur Bachar al-Assad.
02:37Et la Turquie, elle, est là œuvrée pour sa chute.
02:39Et c'est vrai aussi que l'affaiblissement de Téhéran, bien sûr, ça avantage Ankara,
02:47puisque ça pourrait émerger comme une plus grande puissance régionale.
02:50Sauf que, attention, il y a aussi des intérêts turcs.
02:53Pourquoi ?
02:53L'Iran est un rempart contre Israël.
02:56C'est un peu en gros la première ligne contre la puissance israélienne
02:59et contre une éventuelle hégémonie israélienne sur le Moyen-Orient.
03:02Ça fait office un peu de protection de la Turquie.
03:05Et puis, parce que les deux pays, la Turquie et l'Iran, partagent une frontière de 500 kilomètres.
03:10C'est à peu près l'équivalent de la frontière entre la France et l'Italie.
03:13Et c'est cette frontière-là qu'Erdogan surveille de très près,
03:15parce que c'est de là que pourraient arriver des millions de migrants iraniens
03:19qui quitteraient le pays en cas de déstabilisation du régime.
03:23La Turquie accueille déjà 3 millions de réfugiés syriens.
03:27Avoir 3, 4, 5 millions de réfugiés iraniens,
03:30eh bien, ça serait peut-être un peu trop dur à gérer pour la population.
03:33Donc, c'est pour ça que la Turquie a aussi intérêt à avoir un Iran stable juste à côté.
03:38Et pour terminer, il y a la question kurde qui les unit aussi.
03:41Évidemment, c'est pour ça qu'on parle de convergence sélective.
03:44Quand on parle d'Iran et de Turquie,
03:45ce sont ces sujets sur lesquels les deux s'entendent parfaitement.
03:49Et on sait que la question kurde, elle est vitale pour la Turquie.
03:52Il ne faut jamais oublier que c'est le sujet qui guide toutes les décisions à Ankara.
03:56C'est la ligne directrice.
03:57Comment affaiblir les Kurdes ?
03:58Est-ce que cette situation va affaiblir ou renforcer la communauté kurde ?
04:02Évidemment, en Iran, il y a aussi une communauté kurde au nord-ouest,
04:06donc à la frontière avec la Turquie et un peu plus bas à la frontière avec l'Irak.
04:10Donc, les deux pays ont beaucoup collaboré pour créer une infrastructure commune
04:15pour réprimer toutes les velléités d'indépendance de la part des Kurdes.
04:18Donc, vous voyez pourquoi Ankara a vraiment besoin d'un État iranien fort.
04:24En fait, elle n'a pas besoin que l'Iran gagne,
04:26mais que le régime iranien soit stable et perdure.
04:28Merci beaucoup, Annalisa Capellini.
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