- il y a 18 heures
Quatre ans après le début de la guerre Russie-Ukraine, les sanctions contre Moscou s’accumulent tandis que 90 milliards d’euros d’aides européennes à Kiev restent bloqués. L’Ukraine peut-elle encore tenir ? L’Union européenne pourra-t-elle financer l’effort de guerre ? Et qui prépare déjà l’après-guerre ?
Dans "Politique & Eco", nous recevons Jacques Sapir, économiste et auteur de "La fin de l'ordre occidental ?".
Au programme :
- L’impact réel des sanctions contre la Russie et la résilience économique de Moscou
- Le blocage des 90 milliards d’aides européennes à l’Ukraine
- L’état de l’économie ukrainienne après quatre ans de guerre
- Le pivotement de la Russie vers l’Asie et ses conséquences géopolitiques
- Les préparatifs et scénarios pour l’après-guerre en Europe et en Russie
Jacques Sapir qui parle d’une Ukraine "à six mois de la chute", décrypte les enjeux économiques et stratégiques de ce conflit et ses répercussions sur le monde entier.
A la suite de "Politique & Eco", retrouvez la chronique financière de Philippe Béchade intitulée :"Quand la tour de Kapla s’effondre… récit et révélations".
Philippe Béchade est rédacteur en chef de La Chronique Agora et La Lettre des Affranchis aux @Publications Agora.
Cliquez ici pour téléchargez gratuitement le rapport spécial de Philippe Béchade : "Faillite de la France : comment faire face à la Taxflation"
Dans "Politique & Eco", nous recevons Jacques Sapir, économiste et auteur de "La fin de l'ordre occidental ?".
Au programme :
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- Le blocage des 90 milliards d’aides européennes à l’Ukraine
- L’état de l’économie ukrainienne après quatre ans de guerre
- Le pivotement de la Russie vers l’Asie et ses conséquences géopolitiques
- Les préparatifs et scénarios pour l’après-guerre en Europe et en Russie
Jacques Sapir qui parle d’une Ukraine "à six mois de la chute", décrypte les enjeux économiques et stratégiques de ce conflit et ses répercussions sur le monde entier.
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00:00:09Générique
00:00:18Bonjour à tous, bienvenue dans Politique éco, ravi de vous retrouver comme d'habitude.
00:00:24Alors, 4 ans de guerre en Ukraine, des dizaines de milliers de morts et toujours aucune paix en vue.
00:00:31Le président français Emmanuel Macron parle d'un triple échec russe, militaire, économique et stratégique.
00:00:38Pourtant, Moscou tient, les sanctions s'accumulent et Bruxelles peine même à débloquer 90 milliards d'euros pour Kiev.
00:00:47La Russie est-elle réellement affaiblie ? L'Ukraine peut-elle encore tenir ?
00:00:52Et qui prépare déjà l'après-guerre ? Notre invité aujourd'hui, Jacques Sapir, bonjour.
00:00:57Bonjour.
00:00:58Jacques Sapir, vous êtes économiste, membre de l'Académie des sciences de Russie,
00:01:03professeur à l'école de guerre économique et vous êtes ancien directeur d'études à l'école des hautes études
00:01:11en sciences sociales.
00:01:12Votre dernier ouvrage, La fin de l'ordre occidental, publié chez Perspective Libre.
00:01:18Comme d'habitude, avant de commencer cet entretien, je vous recommande, je vous conseille,
00:01:24je vous exhorte de cliquer sur notre pouce en l'air en bas de cet écran,
00:01:29de partager un maximum les vidéos et de commenter comme vous l'entendrez.
00:01:34Merci à vous et commençons avec vous, Jacques Sapir, les dernières négociations de paix à Genève entre Russes,
00:01:44Américains et Ukrainiens n'ont pas débouché sur grand-chose, si ce n'est un échange de prisonniers.
00:01:50Au regard de l'État, de l'économie ukrainienne, y a-t-il aujourd'hui des indices qui permettent d
00:01:56'envisager une paix ?
00:01:58Oui, tout à fait. Alors, que les négociations durent n'est pas une nouvelle, disons, n'est pas étonnant.
00:02:05Je rappelle qu'au moment de la guerre du Vietnam, les négociations de Paris avaient duré plus de trois ans.
00:02:12Donc voilà, c'est assez logique que l'on soit dans ce type de situation.
00:02:16Maintenant, il est clair que, en tous les cas, les parties négociantes ont identifié le point de blocage.
00:02:23Ils savent très bien ce qu'ils bloquent. D'ailleurs, ils l'ont dit, que ce soit les Ukrainiens ou
00:02:27les Russes.
00:02:27Donc, on est à peu près d'accord sur 70%. Bon, il y a un 30% dur où il
00:02:33faudra que l'un des deux cède.
00:02:35Mais pour le reste, on sait à peu près où on va.
00:02:39C'est 30%, justement, Jacques Sapir. Est-ce que c'est l'attente de Vladimir Poutine de terminer l'invasion
00:02:46du Donbass, de ses terres ?
00:02:49Alors, c'est plus compliqué que ça. Ce que demande désormais la partie russe, c'est que l'Ukraine reconnaisse
00:02:58l'annexion des quatre oblastes en plus de la Crimée.
00:03:02Voilà. C'est la question de la reconnaissance officielle.
00:03:07Les Ukrainiens sont prêts, dans le cadre d'un cessez-le-feu, à reconnaître qu'ils n'ont plus le
00:03:14contrôle sur ces oblastes.
00:03:16C'est une évidence. Ils ne sont pas capables de reprendre...
00:03:19Carson, Zaporizhia, Donetsk, Donetsk et Lugansk.
00:03:23Bon, ils ne sont pas capables de les reprendre. Bien.
00:03:26Mais ce que veulent les Russes, c'est autre chose.
00:03:28C'est que l'Ukraine reconnaisse que la souveraineté russe, enfin plutôt que ses quatre oblastes, sont sous souveraineté russe.
00:03:39Donc ça, c'est le premier point.
00:03:40Après, il y a la question de la taille de l'armée ukrainienne après-guerre.
00:03:46Alors, les Ukrainiens ont fait une demande qui est déraisonnable.
00:03:49Une armée de 800 000 hommes, de toutes les manières, n'en ont pas les moyens, que ce soit humainement,
00:03:55du fait de la démographie ukrainienne, ou que ce soit économiquement.
00:03:59Donc, il est très probable que l'on reviendra vers une armée autour de 200, 250 000 hommes.
00:04:06Et puis, le troisième point, et ça, toujours, il y a un blocage, parce que les Ukrainiens disent « mais
00:04:13non, mais les Européens nous ont promis, etc. »
00:04:15C'est sur l'appartenance à l'OTAN.
00:04:18Or, là, on sait que les Américains n'en veulent pas.
00:04:24Les Américains n'en voulaient déjà pas à la fin de l'Union soviétique.
00:04:29Tout à fait, tout à fait.
00:04:30Et James Baker, je crois, ce secrétaire d'État américain, qui avait promis qu'on ne s'étendrait pas plus
00:04:35à l'Est.
00:04:36Alors, il faut faire attention.
00:04:37Les promesses qui ont été faites à Gorbatchev et qui ont été matérialisées par des textes, ce n'est pas
00:04:42simplement des promesses verbales.
00:04:44On sait maintenant qu'il y a toute une série de textes.
00:04:45Oui, oui, oui. C'est documenté, tout ça.
00:04:48Ça disait aussi que l'OTAN ne s'étendrait pas sur ce qu'on appelait à l'époque l'Europe
00:04:53de l'Est.
00:04:54Bill Clinton avait déjà trahi dans les années 50.
00:04:56Tout à fait, tout à fait. Mais, très clairement, les États-Unis ont toujours été assez tièdes sur la question
00:05:04de l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN,
00:05:07parce qu'ils savent très bien que ça impliquerait un niveau de conflit avec la Russie important,
00:05:13et que ça impliquerait de leur part un niveau d'effort militaire pour se maintenir de manière crédible.
00:05:20Bon. Mais, effectivement, aujourd'hui, ce qui bloque, c'est la reconnaissance officielle par l'Ukraine de la souveraineté russe
00:05:29sur les quatre oblastes qui ont été...
00:05:32Alors, deux n'ont pas été conquis. Ils étaient, de fait, déjà sortis de facto de l'Ukraine, mais les
00:05:38deux autres ont effectivement été conquis.
00:05:40Bon. Et donc là, pour l'instant, c'est cela qui bloque.
00:05:42Mais ce que l'on peut dire, c'est que vu l'état actuel de l'économie ukrainienne, il va
00:05:48survenir un moment où ce blocage sera considéré comme insupportable,
00:05:55y compris par des hommes politiques ou des militaires en Ukraine.
00:05:59D'ailleurs, ce qui est très intéressant, c'est que quand on lit les chaînes télégrammes ukrainiennes, il y en
00:06:04a énormément, bon.
00:06:06Et je signale d'ailleurs que 80% sont en russe, ce qui est assez intéressant.
00:06:11On voit qu'aujourd'hui, même des commandants de brigade, l'équivalent d'un général de brigade dans l'armée
00:06:20française, disent qu'on ne peut plus continuer.
00:06:25Grosso modo, on est au bout du bout.
00:06:28Et donc, oui, ça ne nous fait pas plaisir d'accepter cette souveraineté russe, mais on n'a pas d
00:06:34'autre solution.
00:06:35Le bout du bout, Jacques Sapir, ça veut dire quoi ? En semaine ? En mois ?
00:06:38Alors, ça veut dire, je pense qu'il faut être réaliste, ça veut dire…
00:06:42Parce qu'il faut bien que les Ukrainiens puissent convertir les aides financières qu'ils reçoivent en matériel militaire.
00:06:51En ont-ils économiquement encore la puissance ?
00:06:53Alors, là, c'est très simple.
00:06:56On sait que les États-Unis n'ont plus beaucoup d'armes à fournir, parce qu'ils sont obligés de
00:07:02reconstituer leur socle.
00:07:04Ce qui s'est passé l'été dernier, si vous voulez, la fameuse guerre des 12 jours avec l'Iran,
00:07:09bon, c'est ça,
00:07:10leur a coûté très cher en matériel, en matériel de pointe.
00:07:14Bon, donc, ce que les Européens achètent aux États-Unis, puisque les États-Unis ne livrent plus directement à l
00:07:23'Ukraine,
00:07:24ça doit passer par un pays européen qui doit payer pour l'Ukraine.
00:07:27Bon, même cela, ce flux s'est énormément ralenti, et pour une raison très simple.
00:07:33Prenons un missile patriote.
00:07:35Un missile patriote, il faut 14 mois pour le faire.
00:07:38Ce qui paraît assez délirant, parce que normalement, c'est une munition.
00:07:44Alors, bien sûr, une munition très perfectionnée, bon, mais il faut quand même 14 mois.
00:07:48Et s'il faut en plus reconstituer les stocks de l'armée américaine,
00:07:55on voit très bien qu'il n'y a plus rien à vendre.
00:07:57Et du côté européen, des armes qui sont produites par les Européens,
00:08:02les niveaux de production sont terriblement faibles.
00:08:06Terriblement faibles.
00:08:06D'ailleurs, un général allemand a reconnu que les promesses qui avaient été faites en 2023,
00:08:14de monter en production, n'ont été tenues qu'à 50%.
00:08:18Alors, bien sûr, désormais, par exemple, l'Allemagne produit à peu près 900 000 obus de 155 mm par an.
00:08:28Mais elle avait annoncé qu'elle en produirait 1,8 million.
00:08:33Donc, on est dans cette logique-là.
00:08:35Et donc, effectivement, les Ukrainiens ont beaucoup de mal à s'armer.
00:08:41Alors, l'argent, c'est une chose, mais c'est des armes qu'il faut.
00:08:44Ils n'ont plus le personnel.
00:08:46Et ça, on le voit.
00:08:47La taille de l'armée ukrainienne se réduit.
00:08:50Alors, pas énormément, mais elle se réduit néanmoins.
00:08:53Pourquoi ? D'abord, parce qu'on a le phénomène des désertions,
00:08:56à peu près 170 000 déserteurs dans l'année 2025.
00:09:02On a le phénomène des morts, qui est aussi extrêmement important.
00:09:08Et ce n'est pas les méthodes de recrutement forcé qui sont aujourd'hui utilisées en Ukraine,
00:09:15ce qu'on appelle alors « bussification », qui d'ailleurs provoque des résistances de plus en plus fortes dans
00:09:25la population ukrainienne.
00:09:26Il y a même eu des attentats contre la police liés à ce phénomène, qui vont pouvoir aider.
00:09:32Donc, il y a un problème militaire, il y a un problème humain, et puis il y a un véritable
00:09:39problème économique.
00:09:40Vous dites que l'économie, je vous entendais dire cela il y a quelques jours,
00:09:45économiquement, l'Ukraine, à ce rythme-là, n'en a plus que pour 6 à 8 mois.
00:09:49Tout à fait.
00:09:50Tout à fait.
00:09:51Et pour plusieurs raisons.
00:09:53La première étant les attaques russes contre le système énergétique ukrainien.
00:09:59– Alors oui, on dit, mais c'est affreux pour la population ukrainienne qui vit dans les grandes villes.
00:10:04Et c'est effectivement affreux, si vous voulez.
00:10:07C'est une évidence.
00:10:08Parce que d'abord, les gens n'ont plus de chauffage, plus de lumière, plus d'eau.
00:10:12Parce qu'il faut des pompes électriques pour envoyer l'eau dans les grands immeubles.
00:10:17Donc, plus d'eau, ça veut dire plus de WC.
00:10:21– Il y a des maladies qui arrivent.
00:10:23– Tout à fait.
00:10:24– Ils ne peuvent plus se faire la cuisine.
00:10:27Ils sont obligés de redescendre.
00:10:29Et on a construit des tentes au pied des immeubles,
00:10:33où on a installé des cuisines de campagne.
00:10:35Vous voyez, c'est des conditions extrêmement dures.
00:10:38D'ailleurs, on pense qu'il y a à peu près un tiers de la population de Kiev
00:10:40qui est partie depuis le début de cette offensive contre les systèmes énergétiques,
00:10:45alors qu'il n'est pas nécessairement partie en Occident.
00:10:48Certains ont pu partir dans leurs maisons de campagne,
00:10:51plus vraisemblablement dans de la famille qui habite plus à l'ouest de l'Ukraine.
00:10:55Mais il n'y a pas que Kiev.
00:10:57Il y a Kharkov, il y a Dnipro, il y a Zaporizhia, il y a Odessa aussi.
00:11:01Donc, tout ça.
00:11:03Mais ce que cela cache, en fait, c'est un peu l'arbre qui cache la forêt,
00:11:07ce que cela cache, c'est que les usines elles-mêmes n'ont pratiquement plus de courant.
00:11:13Vous savez, actuellement, dans le système énergétique ukrainien,
00:11:17il y a à peu près 30% du courant normal.
00:11:22Autrement dit, le système énergétique ukrainien n'est plus capable de produire et de distribuer,
00:11:28chose extrêmement importante, parce que ce ne sont pas que les centrales qui sont attaquées,
00:11:32c'est l'ensemble du système de distribution, que ce soit en 750 volts ou que ce soit en 375,
00:11:39qui est détruit.
00:11:41Donc, ces usines sont très souvent à l'arrêt ou fonctionnent au quart ou au tiers de leur capacité
00:11:48avec des groupes électrogènes, premier point, et les trains.
00:11:52L'Ukraine avait fait un gros effort d'électrification de ces chemins de fer.
00:11:58Pas de courant, pas de train.
00:12:00Alors, bien sûr, les Ukrainiens ont ressorti de vieilles locomotives à diesel qui dataient de la période soviétique,
00:12:07mais ils n'en ont pas assez.
00:12:09Et c'est assez difficile.
00:12:11Alors, en fait, il n'y a que les Espagnols qui, en Europe, seraient capables de produire du matériel ferroviaire
00:12:17pour l'Ukraine,
00:12:17parce que l'Ukraine, comme l'ex-sur, comme l'ancien empire russe, est sur un écartement de 152 centimètres,
00:12:26alors que l'écartement européen standard est, je crois, de 149 centimètres.
00:12:33Donc, il y a aussi ça.
00:12:34Donc, pour toutes ces raisons, on voit bien que l'économie ukrainienne est en train de s'effondrer.
00:12:41Cela ne se traduit pas encore par un effondrement militaire,
00:12:43mais quand les usines tournent au tiers ou au quart de leur capacité, voire sont à l'arrêt,
00:12:50ça veut dire qu'il n'y a plus de réparation du matériel militaire.
00:12:52Il y a une question, Jacques Sapir, qu'on peut se poser.
00:12:55Pourquoi les Russes ne bombardent-ils pas les voies ferrées d'Ukraine
00:13:01qui viennent distribuer le matériel militaire à l'armée ukrainienne ?
00:13:06Alors, ils commencent à le faire.
00:13:09Visiblement...
00:13:09N'aurait-il pas dû commencer par cela ?
00:13:12Bloquer l'approvisionnement ?
00:13:14C'est un choix.
00:13:15Est-ce qu'on attaque d'abord le système énergétique
00:13:17ou est-ce qu'on attaque d'abord le système de transport ?
00:13:20Le problème, c'est que des rails, ça se remet en état assez vite,
00:13:26alors qu'un transformateur qui est détruit...
00:13:30Oui, il y en a pour plusieurs mois.
00:13:32Entre 18 mois et 2 ans.
00:13:34C'est ce que l'on dit aujourd'hui.
00:13:37Donc voilà, ils ont choisi de détruire ce qui était le plus long à reconstruire.
00:13:45Alors, vous dites donc 6 à 8 mois avant que l'économie ukrainienne ne cède.
00:13:51Donc on peut peut-être imaginer une paix dans cette année 2026.
00:13:58En attendant, Washington et Moscou préparent déjà l'après-guerre.
00:14:03On le sait, le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov,
00:14:07a affirmé que des accords bilatéraux étaient en discussion
00:14:10concernant les ressources minières énergétiques de l'Arctique.
00:14:14Un chiffre est sorti, 12 000 milliards.
00:14:16On en pense ce qu'on en voudra.
00:14:18Comment Américains, Russes vont-ils se partager le gâteau ?
00:14:22Alors, vous avez tout à fait raison.
00:14:24On ne dit pas sur quelle période ces 12 000 milliards.
00:14:29Ça peut être sur 30 ans, ça peut être sur 40 ans.
00:14:32Après, il faut quand même toujours rappeler que, sans les sanctions,
00:14:38la part du commerce russe vers les États-Unis, en import ou en export,
00:14:44c'est à peu près 5% du commerce russe.
00:14:48Et pour le commerce américain, si on fait le calcul de l'autre côté,
00:14:52c'est à peu près 2%.
00:14:54Donc, ça veut dire une chose, de toutes les manières,
00:14:57il ne peut pas y avoir de montée extrêmement importante de ce commerce.
00:15:03Maintenant, il est vrai que dans certains secteurs,
00:15:06les terres rares, les hydrocarbures, par exemple,
00:15:09la Douma a voté une exception pour la firme Exxon
00:15:16qui veut développer des forages vers Vladivostok,
00:15:22enfin, un peu plus haut, vers le Kamchatka.
00:15:24Bon, c'est un geste de bonne volonté.
00:15:27Après, entre la période de l'exploration
00:15:31et la période de la mise en exploitation d'un gisement,
00:15:34il peut se passer 4 à 5 ans.
00:15:36Bon, mais très clairement, il y a des secteurs
00:15:40qui peuvent se développer de manière importante,
00:15:42mais globalement, en termes de commerce global,
00:15:47que ce soit pour la Russie ou pour les États-Unis,
00:15:50ce commerce restera toujours, je ne dirais pas marginal,
00:15:55mais extrêmement réduit.
00:15:56Alors, on nous a rebattu les oreilles,
00:15:58vous l'évoquiez à l'instant,
00:15:59l'histoire de ces terres rares ukrainiennes
00:16:04qui seraient concentrées, justement,
00:16:06à l'est du pays, dans le Donbass,
00:16:09cette région que les Russes ont intégrée à la Fédération.
00:16:15D'autres personnes disent que ces terres rares
00:16:18ne sont pas si importantes,
00:16:21d'autres disent qu'il n'y en a pas.
00:16:22Qu'est-ce qu'il faut en penser exactement ?
00:16:24Alors, la seule chose dont on est absolument sûr,
00:16:27enfin, non, il y a deux choses dont on est sûr.
00:16:28La première, c'est que, oui, il y a du lithium.
00:16:30Bon, ce n'est pas la totalité des terres rares,
00:16:33c'est une terre rare particulière.
00:16:35Oui, il y a du lithium.
00:16:36Il était déjà très partiellement exploité avant la guerre.
00:16:39C'est pour quoi faire, le lithium, déjà ?
00:16:41C'est pour les batteries.
00:16:42C'est les batteries des véhicules électriques.
00:16:45Bon, tout ce qui est lié à l'électrification générale d'une économie
00:16:49sera un gros consommateur de lithium.
00:16:51Bon, ça, on le sait.
00:16:53Et ce lithium, le gisement,
00:16:56est désormais sous contrôle total russe.
00:16:59Il était situé, en fait, entre Barhmout et Pokrovsk.
00:17:05Pour le reste, c'est vrai que géologiquement,
00:17:08c'est la deuxième chose que l'on sait,
00:17:10la région est favorable.
00:17:13Mais dire qu'une région, enfin, qu'un sous-sol est favorable,
00:17:16ça ne veut pas dire qu'on a trouvé un gisement.
00:17:20Et après, effectivement, tout ce qui circule là-dessus,
00:17:23du, oui, c'est la raison pour laquelle les Russes sont intervenus en Ukraine,
00:17:27oh, mais non, il n'y a rien dedans,
00:17:30c'est de la supposition, ce n'est pas du travail sérieux.
00:17:34Oui, les Russes sont arrivés en Ukraine pour aider les populations
00:17:37qui se faisaient bombarder, surtout depuis 2014.
00:17:39Oui, c'est plutôt ça, ça serait plutôt ça, une explication.
00:17:43Donc, en fait, en dehors du lithium,
00:17:47on ne sait pas exactement ce qu'il y a là-dedans.
00:17:49Quand je dis on ne sait pas, parce que les Ukrainiens avaient fait assez peu de prospection,
00:17:55sauf pour le lithium, et les Russes, s'ils ont fait de la prospection
00:18:00depuis un an et demi, deux ans, ils se gardent bien de le dire.
00:18:04Donc, on n'a pas de renseignement, le mieux, c'est de se taire sur cette question.
00:18:09Alors, Jacques Sapir, vous expliquez dans vos tout récents travaux,
00:18:15puisque l'Institut économique russe a rendu des résultats pour la croissance 2025.
00:18:23Oui, l'équivalent de l'Insérus, ce qu'on appelle Rostat.
00:18:25Exactement, Rostat.
00:18:26Et cet institut étudie, regarde la croissance 2025
00:18:32en la qualifiant de sérieux freinage sur la croissance.
00:18:36Seulement 1% l'année dernière.
00:18:39On était, je le rappelle, à 4,3% en 2023, 4,9% en 2024.
00:18:46Est-ce que les sanctions occidentales sont en cause dans ce sérieux freinage,
00:18:52comme l'a déclaré la chef de la diplomatie européenne récemment, Kajakalas ?
00:18:57Non. Non, très clairement, les sanctions ne sont pas en cause.
00:19:02Ce qui est en cause, c'est la politique de la Banque centrale de Russie.
00:19:06La Banque centrale de Russie a très fortement augmenté son taux directeur en octobre 2024.
00:19:12Elle est passée de 16% à 22,5%.
00:19:17Alors, là, on parle d'un taux nominal.
00:19:20Ce qui est important économiquement, c'est le taux réel.
00:19:24Autrement dit, le taux nominal moins le taux d'inflation.
00:19:26On était, à l'époque, avec à peu près 11% d'inflation.
00:19:32C'est d'ailleurs pour ça qu'il y a eu cette très forte hausse.
00:19:36Donc, ça veut dire que le taux réel a été monté à à peu près 11%.
00:19:44Après, la Banque centrale a fait progressivement baisser son taux directeur.
00:19:49Mais, l'inflation baissant simultanément, le taux réel est resté à peu près le même.
00:19:55Par exemple, ils ont baissé au mois de février, il y a deux semaines à peu près, le taux à
00:20:0315,5%.
00:20:05Bon, on va dire que c'est une baisse quand même assez sensible par rapport aux 22,5%.
00:20:08Oui, mais l'inflation, à cette époque-là, était de 5,5%.
00:20:13Donc, ce qui veut dire qu'on était toujours avec un taux réel de 10%.
00:20:18Et avec un taux réel de 10%, alors, l'économie russe, parce qu'elle est assez particulière,
00:20:26continue de maintenir une croissance faible, mais une croissance quand même.
00:20:30Si en France, ou en Allemagne, ou dans n'importe quel pays de l'Union Européenne,
00:20:36on avait un taux réel à 10%, les économies seraient au fond du trou.
00:20:42On serait à moins 4, moins 5%.
00:20:46On est déjà au fond du trou en France, 0,9% l'année dernière.
00:20:49Ben non, on est quand même légèrement en positif, mais on serait à moins 4, moins 5%.
00:20:54Bon, donc, il faut savoir qu'un taux de 10% en réel, en termes de taux réel, c'est
00:21:01énorme.
00:21:02C'est tout à fait considérable.
00:21:05Bon, et là, effectivement, ça pose le problème de pourquoi est-ce que la Banque centrale maintient cette politique.
00:21:10Donc, c'est Mme Nabioulina, la présidente de la Banque centrale russe,
00:21:16qui est responsable de ce sérieux freinage.
00:21:19Vladimir Poutine n'a-t-il pas des relations, des réunions avec cette Mme Nabioulina,
00:21:24pour lui dire, mais quand même, l'inflation, est-ce que c'est vrai ?
00:21:29Oui, oui, non, mais si vous voulez, en plus, il faut rappeler toujours une chose.
00:21:32Mme Elvira Nabioulina est une ancienne conseillère économique du président.
00:21:37Elle a conseillé Vladimir Poutine dans les années 2010.
00:21:41Bon, et là, après, elle est passée à la Banque centrale.
00:21:46La raison pour laquelle la Banque centrale, à mon avis,
00:21:49bon, je vous avoue, je connais personnellement Mme Elvira Nabioulina,
00:21:52mais je ne l'ai pas rencontrée récemment et je n'ai pas pu lui poser la question.
00:21:56Mais, à mon avis, la question, enfin, les raisons qui expliquent un petit peu cette politique,
00:22:02qui me semblent insensées, par ailleurs, elles sont assez nombreuses.
00:22:06La première, effectivement, il y avait un démarrage d'inflation.
00:22:09Alors, ce n'était pas une hyperinflation, comme on peut le lire parfois dans la presse occidentale.
00:22:15On a parlé aussi de pénurie, qu'il n'y avait plus rien dans les supermarchés russes, à Moscou.
00:22:19Ça, on écarte ça, c'est de la propagande.
00:22:24Mon père, à ce niveau de propagande, il parlait de Funkenpropaganda,
00:22:28pour les gens qui ne comprennent pas l'allemand, ça veut dire une propagande radio,
00:22:31et il faisait immédiatement référence à Goebbels.
00:22:34Alors, après, oui, on avait un démarrage de l'inflation.
00:22:37Ce n'était pas une hyperinflation, mais c'était quand même une inflation sérieuse, au-dessus de 10%.
00:22:43Il fallait intervenir.
00:22:46Personne ne le nie, moi non plus.
00:22:47Maintenant, on peut penser que la Banque centrale a surréagi de ce point de vue-là.
00:22:53Donc, ça, c'est le premier point.
00:22:54Deuxième point, il y a la question de la crédibilité vis-à-vis des banquiers centraux occidentaux.
00:23:01Alors, il faut rappeler qu'en 2018 ou 2019,
00:23:06Mme Nabiulina a été élue la meilleure banquière centrale de l'année
00:23:12par l'ensemble des banques centrales occidentales et par le Fonds monétaire international.
00:23:17Et elle est visiblement très soucieuse de maintenir, je dirais, cette espèce de réputation internationale qu'elle a.
00:23:28Ce qui n'est pas négligeable.
00:23:29Si vous voulez, il ne faut pas non plus écarter ça d'un revers de main en disant « c
00:23:33'est de la connerie ».
00:23:33Non, ça peut avoir une certaine importance.
00:23:36La question qu'il faut poser, c'est « est-ce que cette importance vaut la peine de freiner aussi
00:23:47fort l'économie russe ? »
00:23:49C'est beaucoup plus cela, la question.
00:23:50Donc, il y a un arbitrage.
00:23:52Et là, malheureusement, je pense que l'arbitrage a été fait trop fort.
00:23:56Vous dites justement que sur le taux directeur, que sur un seul outil.
00:24:00Oui, tout à fait.
00:24:01Alors, ça, c'est le troisième point.
00:24:03Pourquoi n'utilise-t-on qu'un outil ?
00:24:05On aurait pu utiliser bien d'autres choses.
00:24:07Et bien, la raison est très simple.
00:24:09C'est que, idéologiquement, les banquiers centraux russes, et ce n'est pas que Mme Nabiulina,
00:24:14dont les connaissances, d'ailleurs, en matière de théorie monétaire, ne sont pas si énormes que ça.
00:24:23Elle est surtout une politique à la tête de la Banque centrale de Russie.
00:24:27Mais les gens de son comité de rédaction, je vais dire de rédaction, de comité de direction,
00:24:34bon, eux, pour certains, sont des économistes avec des parcours très centrés sur la monnaie.
00:24:40Mais le problème, c'est qu'ils restent dans une idéologie économique qui date des années 90 ou du début
00:24:49des années 2000.
00:24:50Même le Fonds monétaire international reconnaît aujourd'hui qu'il faut utiliser plusieurs outils,
00:24:57y compris des outils qu'il appelle non conventionnels.
00:25:02Donc, on peut aussi se poser la question, pourquoi sont-ils restés bloqués à ce niveau d'idéologie économique
00:25:09qui date des années 90 ou du début des années 2000 ?
00:25:13Et pourquoi n'ont-ils pas, au minimum, suivi l'évolution du Fonds monétaire international ?
00:25:19Et ils auraient dû, d'une certaine manière, diversifier les instruments qu'ils utilisent.
00:25:25Bon, c'est trois choses que l'on peut dire.
00:25:28D'une certaine manière, si je devais rencontrer Mme Nabiulina lors d'un de mes voyages à Moscou,
00:25:34ce n'est pas du tout impossible.
00:25:35Je connais très bien son ancien mari, avec qui j'ai travaillé pendant plusieurs années.
00:25:41Je la connais elle-même assez bien.
00:25:43Je l'ai rencontré de nombreuses fois.
00:25:46Mais trois questions, c'est un, est-ce que vous n'avez pas fait de l'overshooting en 2024 ?
00:25:53C'est-à-dire, est-ce que vous n'avez pas allé beaucoup trop fort face à un problème d
00:25:56'inflation
00:25:57qui était, somme toute, réel, mais pas excessif ?
00:26:00Oui, c'était en octobre 2024, qu'elle a mis le coup de frein.
00:26:03Voilà, qu'elle a mis le coup de frein.
00:26:04Donc, ça, c'est la première question.
00:26:05La deuxième question, ça serait de dire, je comprends que vous vouliez défendre votre réputation
00:26:13par rapport aux Occidentaux.
00:26:15Mais est-ce que là, vous n'en faites pas trop ?
00:26:17En fait, l'économie réelle, c'est important aussi.
00:26:21Et puis, la troisième question, c'est, après, si vous voulez vraiment contrôler l'inflation,
00:26:25il n'y a pas que le taux directeur dans la vie.
00:26:28C'est pour ça qu'il y a beaucoup d'autres instruments qui peuvent être utilisés.
00:26:33Comme quoi, par exemple, Jacques Sapier ?
00:26:34Alors, ça va d'une fragmentation du marché du crédit.
00:26:41C'est-à-dire, voilà, on applique un taux pour les ménages.
00:26:47On applique un autre taux pour l'industrie.
00:26:52Et au sein de ce taux industriel, on fait même des différences suivant les branches.
00:26:56Première méthode.
00:26:56Deuxième méthode.
00:26:58On peut bloquer certains prix.
00:27:00Alors, je ne dis pas que le blocage des prix est quelque chose de sain à long terme.
00:27:05Je pense qu'il ne faut pas utiliser le blocage des prix plus d'un an et demi à deux
00:27:10ans.
00:27:10Au-delà, ça provoque des effets très malsains dans l'économie.
00:27:15Mais, sur le moment, ça peut servir, effectivement, à casser un démarrage d'inflation.
00:27:22Troisième chose, on peut se mettre d'accord avec le gouvernement pour limiter la hausse des prix des services publics.
00:27:31Parce qu'on se rend compte aujourd'hui que les deux facteurs qui continuent d'alimenter l'inflation,
00:27:37c'est, un, la hausse des prix des services publics, alors électricité, gaz, eau, bon, etc.
00:27:46Au moment où l'inflation dans l'industrie est à 3%, alors que le taux d'inflation moyen, il est
00:27:56entre 5, 6 et 6%.
00:28:01Deuxième point important, c'est qu'au sein, je dirais, de l'industrie, il y a des branches qui peuvent
00:28:10peut-être supporter ce taux très élevé,
00:28:13mais d'autres qui ne le peuvent pas.
00:28:14Donc, c'est pour ça qu'appliquer un seul taux à toute l'industrie, c'est aberrant, en réalité.
00:28:21Donc, voilà, c'est un petit peu ça la problématique générale, et donc, on est malheureusement dans cette situation.
00:28:30On peut penser qu'il y aura des pressions politiques maintenant très fortes sur la Banque centrale.
00:28:35Je pense qu'on devrait avoir, entre la fin mars et le début avril, un véritable débat public en Russie
00:28:45autour de cette question.
00:28:46Je peux en parler parce que j'ai déjà lu les premières variantes du texte que tout un groupe d
00:28:54'économistes,
00:28:55y compris mes collègues de l'Institut de prévision économique, s'apprête à publier vers le 15 ou le 20
00:29:01mars.
00:29:02Et donc, je vois très bien comment le débat va s'organiser vers la fin du mois de mars ou
00:29:07le début du mois d'avril.
00:29:08– Alors, à vous entendre, Jacques Sapir, on a l'impression que les effets des sanctions occidentales ont été relativement
00:29:18faibles.
00:29:19Et quand je vois ce professeur d'économie à Berkeley, Yuri Gorodichenko,
00:29:25qui parle de milliers de petites blessures qui empêchent une nouvelle escalade de Moscou dans la guerre,
00:29:31est-ce que vous ne minimisez pas, justement, les effets de ces sanctions ?
00:29:35– Non, pas du tout. Les effets des sanctions, si vous voulez, vous avez deux types d'effets.
00:29:39Des effets à court terme, qui ont été importants.
00:29:43Effectivement, si vous regardez les statistiques de l'économie russe,
00:29:46vous voyez que de fin mars 2022 à fin juillet, début août 2022,
00:29:54donc par une période de 4-5 mois, l'économie russe a reculé de 5%.
00:30:01Donc oui, l'effet immédiat a été important.
00:30:04Après, qu'est-ce qui s'est passé ?
00:30:06Eh bien, c'est que les sanctions ont été tournées.
00:30:10Sauf que, quand elles ont été tournées, ça a impliqué toute une série d'intermédiaires.
00:30:16Vous savez, vous allez à Moscou, actuellement,
00:30:19vous avez des concessionnaires, Mercedes, Audi, etc.,
00:30:24qui n'ont aucun problème pour vous fournir des pièces de rechange
00:30:29ou pour vous vendre une Audi 8.
00:30:33Simplement, le prix, par rapport à ce qu'il était avant-guerre,
00:30:37est plus élevé de 20 à 30%.
00:30:39Mais là, on parle de biens de luxe,
00:30:42sur lesquels ça n'a pas énormément d'incidence.
00:30:45Mais il y a d'autres bien-biens qui sont, par exemple, plus critiques.
00:30:51Alors, un effet de long terme, cette fois-ci, des sanctions,
00:30:55ce n'est pas la raréfaction d'un produit
00:30:57qui mettrait en cause le fonctionnement de l'économie.
00:31:00C'est que le coût de ce produit a augmenté de 20,
00:31:06parfois de 15, parfois de 20, parfois de 25%, etc.
00:31:11Là, oui, ça nourrit l'inflation aussi.
00:31:14C'est un des deuxièmes effets qui nourrissent l'inflation.
00:31:20Mais il n'y a pas de pénurie qui bloquerait l'économie russe.
00:31:26Et donc, aujourd'hui, les sanctions n'ont, en termes de production,
00:31:32aucun effet négatif.
00:31:33– Et là, vous soulignez dans vos travaux, Jacques Sapir,
00:31:35l'anticipation qu'a eue le gouvernement de Vladimir Poutine
00:31:42sur ces sanctions.
00:31:44Dès 2014, ils avaient déjà prévu des sanctions
00:31:47parce qu'ils savaient qu'ils allaient rentrer en guerre, les Russes.
00:31:51Donc, ils avaient préparé tout cela à l'avance.
00:31:53– Alors, je ne dis pas qu'ils savaient qu'ils allaient rentrer en guerre,
00:31:55je ne pense pas qu'ils le savent.
00:31:57– Peut-être pas depuis 2014.
00:31:58– Non, je ne pense pas.
00:32:00Mais, par contre, ce qui est clair, c'est qu'ils ont été réveillés
00:32:05par les premières sanctions qui ont été prises par les Occidentaux fin 2014.
00:32:09Ils ont été réveillés par des menaces sur des sanctions financières.
00:32:13Et donc, ils ont commencé, d'abord, à mettre sur pied
00:32:17tout un système qui les préserverait de sanctions financières.
00:32:22Alors ça, ce système, je ne parle rien pour les sanctions financières,
00:32:25ils commencent à opérer à partir de 2016.
00:32:30Et on le voit très bien avec l'ouverture d'un marché du yuan à Moscou.
00:32:36Normalement, le yuan n'est convertible que sous restriction.
00:32:41Et la Russie et la Chine se sont entendus
00:32:44pour qu'il y ait un marché du yuan
00:32:47et, corrélativement, un marché du rouble à Shanghai
00:32:53qui se développe.
00:32:54Bon, ça, c'est le premier point.
00:32:55Après, il y a eu des premiers efforts de substitution aux importations,
00:33:01mais qui ne se sont réellement révélés importants
00:33:05qu'à partir du début de la guerre.
00:33:08Alors, ce qui est vrai, c'est que fin 2021, début 2022,
00:33:13il y a probablement eu une anticipation précise
00:33:17à la fois de la guerre et des sanctions.
00:33:20– Oui, on se souvient que Vladimir Poutine avait proposé
00:33:22un dernier accord de sécurité aux Occidentaux en décembre
00:33:26que les Occidentaux avaient rejeté.
00:33:28– Tout à fait, tout à fait.
00:33:29Et, je dirais, la meilleure preuve de cela,
00:33:32c'est que l'ensemble de la politique du gouvernement russe
00:33:36a été votée le 8 mars.
00:33:39– Je rappelle que les premières sanctions
00:33:42prennent effet le 27 ou le 28 février 2022.
00:33:48Donc, ça veut dire qu'il a fallu à peu près 8 à 9 jours
00:33:53pour que le texte de la loi soit en première lecture à la Douma.
00:33:57– Ça implique que le texte était déjà prêt, en réalité.
00:34:02Alors, bien sûr, ils l'ont ajusté par rapport aux sanctions
00:34:05qui étaient prises, mais ça veut dire qu'ils avaient déjà prévu
00:34:08un texte depuis au moins un ou deux mois.
00:34:11Donc, ça veut dire qu'ils savaient qu'il y avait, en tous les cas,
00:34:15un risque de guerre et corrélativement un risque important de sanctions
00:34:20dès décembre, peut-être même dès novembre 2021.
00:34:24Donc, ça, c'est un point extrêmement important.
00:34:26– Peut-être une réponse un tout petit peu plus courte, Jacques Sapir,
00:34:29parce que j'aimerais qu'on aborde encore pas mal de thématiques
00:34:32sur, je le répète, les conséquences de cette baisse
00:34:36de la croissance russe en 2025.
00:34:38Est-ce qu'elles ont eu des incidents sur ce qui se passait au front ?
00:34:42– Non, parce que la production industrielle a continué à augmenter.
00:34:50– Oui, vous citez ce chiffre, 4,77% de croissance
00:34:55dans l'industrie entre 2022 et 2025 ?
00:34:58– En moyenne.
00:34:59– En moyenne.
00:34:59– Et 3,7% pour 2025.
00:35:04Donc, si vous voulez, c'est quand même important.
00:35:07Quand on a une économie qui n'avance que de 1%,
00:35:10vous avez le secteur de l'industrie qui avance,
00:35:14de l'industrie manufacturière en particulier,
00:35:16qui avance de 3,7%.
00:35:19Donc, il n'y a pas de recul sur tout ce qui est production
00:35:25du matériel militaire.
00:35:26Par contre, il y a stagnation, voire un petit peu recul
00:35:31sur la production d'objets civils pour deux raisons.
00:35:37Alors, ces objets civils, ils avaient continué à fortement augmenter
00:35:41en 2023 et en 2024.
00:35:42– Les voitures.
00:35:43– Les voitures, tout ça.
00:35:44Là, par contre, on voit qu'il y a une forme ou de stagnation,
00:35:48voire de légère contraction de l'offre, pour plusieurs raisons.
00:35:55Première raison, la demande stagne, alors que le salaire réel augmente.
00:36:01Pourquoi ?
00:36:02Tout simplement parce que les Russes ont quasiment doublé
00:36:04leur dépôt d'épargne.
00:36:06Et pourquoi doublent-ils leur dépôt d'épargne ?
00:36:08– Parce qu'ils sont en guerre, quand même.
00:36:11– Non, mais quand on a des taux réels aussi élevés,
00:36:14les taux s'appliquent sur les crédits, mais ils s'appliquent aussi sur les dépôts.
00:36:18Ce qui veut dire que si vous placez de l'argent sur un compte rémunéré,
00:36:25qui existe comme en France, comme dans tous les pays,
00:36:27bon, on va vous proposer un taux, alors qui est bien sûr inférieur,
00:36:31cette fois-ci, au taux directeur.
00:36:34Les taux de crédit, eux, sont supérieurs,
00:36:36mais les taux sur les dépôts sont inférieurs.
00:36:39Mais on va vous proposer un taux qui, actuellement,
00:36:43doit être de l'ordre de 10%.
00:36:46Avec une inflation à 5,5 ou à 6%,
00:36:49vous gagnez de l'argent.
00:36:51Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:36:51Ça veut dire que les ménages qui peuvent épargner
00:36:54sont en train d'accumuler des liquidités importantes
00:36:58et dès que la banque centrale va desserrer la vis,
00:37:02ils vont se remettre à chier.
00:37:04Alors ça, c'est la première raison.
00:37:05La deuxième raison, c'est la concurrence chinoise.
00:37:08Et la concurrence chinoise, elle devient de plus en plus préoccupante
00:37:13pour une partie de l'industrie, pas pour toutes,
00:37:15mais pour une partie de l'industrie.
00:37:16Pourquoi ?
00:37:17D'abord parce que les Chinois, on le sait,
00:37:21ils produisent avec des prix relativement bas
00:37:24et une qualité qui est quand même importante.
00:37:27Mais il y a une autre raison.
00:37:29C'est que le rouble s'apprécie depuis la fin de 2024.
00:37:36Aujourd'hui, le rouble est à 30% au-dessus
00:37:41de son taux de change de la fin de 2024.
00:37:46Alors que ce soit pour le yuan,
00:37:48mais que ce soit aussi pour l'euro,
00:37:49que ce soit pour le dollar.
00:37:51Et d'une certaine manière, c'est intéressant de voir,
00:37:54le rouble a retrouvé, voire même dépassé,
00:37:58son taux de change en nominal par rapport à l'avant-guerre.
00:38:03Si vous voulez, par rapport à janvier 2022,
00:38:06je continue de faire des séries longues,
00:38:09on voit que le rouble est repassé au-dessus de son niveau d'avant-guerre.
00:38:14En termes réels, c'est-à-dire en enlevant du taux de change du rouble,
00:38:20enfin, du taux du rouble, l'inflation russe,
00:38:25moins l'inflation des pays occidentaux ou de la Chine.
00:38:28Comme ça qu'on calcule un taux réel.
00:38:31Le rouble s'est apprécié de 23%.
00:38:35C'est énorme.
00:38:37En 18 mois ou 15 mois.
00:38:40Et c'est apprécié de 23%.
00:38:43Alors, évidemment, ça ne concerne pas les pays occidentaux,
00:38:48puisque, normalement, ils n'exportent plus vers la Russie.
00:38:53Mais la Chine qui exporte massivement vers la Russie,
00:38:57eh bien, évidemment,
00:38:59ces produits sont, comparativement aux produits russes,
00:39:03de 23% moins chers.
00:39:05Donc, tout cela crée une pression concurrentielle des importations
00:39:10qui, aujourd'hui, oblige le gouvernement russe, d'ailleurs,
00:39:14à prendre des mesures protectionnistes.
00:39:17Et il ne s'en cache pas.
00:39:18Il le dit.
00:39:20Il y a toute une série de secteurs
00:39:21où les Russes ont mis des taxes.
00:39:23Alors, parfois, sous des prétextes assez amusants,
00:39:26par exemple, il y a la taxe au recyclage des voitures.
00:39:31Une voiture, quand elle est hors service, vous devez la recycler.
00:39:35Si elle n'est pas russe,
00:39:40le coût du recyclage n'est pas indexé dans son prix de vente.
00:39:43Donc, on l'applique rétrospectivement aux importations.
00:39:48En fait, c'est une mesure protectionniste.
00:39:50C'est l'équivalent d'une taxe de 20%
00:39:52sur les importations de voitures chinoises.
00:39:54Est-ce qu'au regard, Jacques Sapir,
00:39:56des derniers chiffres d'Eurostat pour la croissance 2025,
00:39:58on peut déjà anticiper la croissance de 2026 ?
00:40:02Quels chiffres ?
00:40:03Et est-ce que, malgré, on imagine que la croissance ne va pas remonter,
00:40:08il n'y aurait pas des difficultés à mener la fin de la guerre ?
00:40:11Non, parce que, si vous voulez,
00:40:14admettons que la Banque centrale ne change pas de politique,
00:40:18on sera sur une croissance de 1,2-1,3%.
00:40:22Donc, remontée, légère remontée.
00:40:23Très légère remontée.
00:40:24Si la Banque centrale réduisait substantiellement son taux d'intérêt,
00:40:29autrement dit, le taux d'intérêt réel,
00:40:32bon, on pourrait avoir une croissance de 2 à 2,3% en 2026.
00:40:39C'est cela, actuellement, les prévisions.
00:40:42Quel est, selon vous, Jacques Sapir,
00:40:45après 4 ans de guerre entre la Russie et l'Ukraine,
00:40:48l'indicateur économique qui nous éclaire le plus sur la résilience de l'économie russe ?
00:40:55Il y en a plusieurs.
00:40:57Il y a, un, la croissance de l'industrie.
00:41:01Oui.
00:41:02Bon, ça, c'est extrêmement important et on voit que ça reste.
00:41:05Deux, il y a les tensions sur le marché du travail.
00:41:11Actuellement, il y a moins de 2,2% de chômeurs en Russie.
00:41:15On est plutôt autour de 2 que de 2,2.
00:41:18Et ce qui est encore plus important,
00:41:20la durée du chômage,
00:41:23la durée moyenne du temps de chômage
00:41:26pour quelqu'un qui est au chômage
00:41:27est de l'ordre de 5 mois.
00:41:30Très court.
00:41:31C'est très, très, très, très court.
00:41:32C'est donc essentiellement du chômage frictionnel.
00:41:34C'est quand on abandonne.
00:41:35Oui, c'est le minimum.
00:41:36On ne peut pas descendre en dessous.
00:41:37Voilà, on peut très difficilement descendre en dessous.
00:41:39Donc, ça aussi, c'est un indicateur.
00:41:43Troisième indicateur.
00:41:44On a cette baisse du chômage
00:41:48avec une hausse de la population active, si vous voulez.
00:41:52Alors, on pourrait dire, oui, mais il y a cette baisse du chômage
00:41:54parce qu'ils ont de moins en moins de gens
00:41:57qui sont prêts à travailler ou qui peuvent travailler.
00:42:00Non.
00:42:01La population active a continué de monter.
00:42:03Ce qui, par ailleurs, invalide complètement
00:42:05l'hypothèse de plus d'un million de morts en Russie.
00:42:09Parce qu'il faut savoir, si on a un million de morts,
00:42:12on a un million de blessés graves
00:42:14qui ne peuvent plus être insérés
00:42:18dans l'activité économique par la suite.
00:42:21Donc, on perd deux millions de personnes
00:42:23pour la population active.
00:42:28Et si on veut que la population active augmente de un million de six
00:42:32tout en ayant perdu deux millions de manière définitive,
00:42:37ça voudrait dire que la démographie russe est explosive.
00:42:41Ce qu'elle n'est pas.
00:42:42Ça, on le sait.
00:42:43S'il y a un problème de la Russie pour les 30 ou les 40 ans qui viennent,
00:42:46c'est le problème démographique.
00:42:49Bon.
00:42:50Donc, tout cela invalide complètement le discours
00:42:53sur le nombre de morts.
00:42:55Après, il y a un autre fait qui est extrêmement important.
00:42:58Les salaires réels.
00:43:00Je ne parle pas des salaires nominaux.
00:43:02Mais le salaire réel, donc, une fois qu'on a enlevé l'inflation,
00:43:06continue d'augmenter.
00:43:07Alors, ils ont augmenté en 2025 moitié moins qu'en 2024.
00:43:13En 2024, ils avaient augmenté pratiquement de 10%.
00:43:15Là, ils ont augmenté en 2025 de 4,7%.
00:43:19Mais ils continuent d'augmenter.
00:43:22Donc, tout ceci indique bien que l'économie russe,
00:43:27l'un dans l'autre, est très loin d'aller mal
00:43:30et qu'attendre un effondrement de l'économie russe
00:43:34pour changer le rapport des forces par rapport aux négociations,
00:43:37c'est de la folie.
00:43:39C'est tout simplement un déni de réalité.
00:43:41Vous avez observé, Jacques Sapir,
00:43:43un pivotement de l'économie russe vers l'Asie
00:43:46depuis plusieurs années.
00:43:48Le fruit de ces sanctions occidentales
00:43:51au point de rendre la Russie autonome
00:43:55vis-à-vis de l'Occident.
00:43:57Est-ce qu'avec une paix que l'on peut espérer pour 2026,
00:44:02on peut voir, anticiper un rééquilibrage
00:44:07avec l'économie occidentale, l'économie européenne ?
00:44:12Non.
00:44:13Là, je vais être très clair.
00:44:15Vous parlez de divorce total, là ?
00:44:19Total non plus, parce qu'il y a quand même des liens qui se maintiennent.
00:44:23Vous l'expliquez, dans vos derniers travaux,
00:44:25la Russie n'a pas coupé ses liens économiques avec l'Europe non plus.
00:44:29Oui, tout à fait.
00:44:30Elle continue d'exporter à peu près 20% de son total des exportations vers l'Europe,
00:44:37essentiellement du gaz et un petit peu de pétrole,
00:44:39qu'elle continue à vendre en Europe.
00:44:41Vous êtes censé avoir coupé les ponts, en fait, vous nous expliquez que non ?
00:44:45Non, ça se maintient toujours.
00:44:47Qui achète, d'ailleurs, le gaz russe en Europe ?
00:44:51Des pays comme les Pays-Bas, l'Espagne, l'Italie,
00:44:55même la France.
00:44:57La France a été, en 2025, le premier acheteur de gaz naturel liquéfié,
00:45:06de GNL, de la Russie.
00:45:09Il faut le savoir, quand on parle d'un soutien indéfectible à l'Ukraine,
00:45:15il faut être un petit peu sérieux.
00:45:16Mais Donald Trump, de l'autre côté, il ne nous prenait pas des sanctions
00:45:20parce qu'on importerait du gaz russe ?
00:45:23Non, si vous voulez, ça se maintient.
00:45:26Alors, on peut passer par des intermédiaires,
00:45:27mais grosso modo, on continue d'en importer.
00:45:29Donc, ça, c'est un point important.
00:45:31Et au niveau des exportations européennes vers la Russie,
00:45:36elles se maintiennent à peu près à 10% des importations russes.
00:45:41Mais ce que je pense aujourd'hui, et ça, je peux le montrer,
00:45:45c'est que les liens qui ont été passés avec les économies asiatiques,
00:45:48je dis bien asiatiques, pas seulement chinoises,
00:45:51évidemment, la Chine se taille la part du lion dans le total.
00:45:56Mais il n'y a pas que la Chine.
00:45:57Il y a l'Inde, qui est devenue un partenaire économique extrêmement important.
00:46:01Il y a la Malaisie, pays important pour la production des puces électroniques.
00:46:07La Malaisie produit à peu près 6 à 7% du total des puces électroniques mondiales.
00:46:13Le Vietnam, l'Indonésie.
00:46:17– Tous ces pays-là ont capté des marchés russes…
00:46:20– Exactement.
00:46:21– …qu'ils ne vont pas laisser repartir vers l'Occident.
00:46:24– Tout à fait, tout à fait, tout à fait, tout à fait.
00:46:26Donc, ça veut dire que pour au moins une période de 20 ans,
00:46:31parce que ces liens, si vous voulez, une fois que vous les avez coupés avec un bloc,
00:46:35que vous les avez reconstitués avec d'autres pays,
00:46:38il y a un coût à faire cela.
00:46:41Et donc, quand la paix sera revenue,
00:46:44ils vont continuer à travailler massivement avec les pays d'Asie.
00:46:48Donc, je pense effectivement que le pivot vers l'Asie
00:46:51est un pivot qui va durer au minimum une vingtaine d'années.
00:46:58Après, on ne sait pas quelles seront les relations politiques
00:47:02et les relations internationales d'ici 20 ans.
00:47:05Mais on peut dire que pour les 20 ans qui viennent,
00:47:09la Russie va travailler essentiellement avec les pays asiatiques
00:47:14et un petit peu avec l'Amérique latine.
00:47:17– Vous nous disiez en début d'émission que l'économie ukrainienne
00:47:21pourrait céder d'ici 6 à 8 mois,
00:47:25entraînant les autorités de Kiev à faire la paix avec la Russie.
00:47:31Vous dites aussi que l'économie ukrainienne a été totalement détruite aujourd'hui.
00:47:37Combien de temps va-t-il falloir au pays pour se redresser ?
00:47:40On sait déjà que BlackRock,
00:47:42que les Américains ont mis la main sur des marchés de reconstruction,
00:47:46de travaux publics.
00:47:47– Alors, c'est difficile à dire,
00:47:51mais si on prend l'exemple de la Seconde Guerre mondiale,
00:47:55parce que c'est à peu près ce type de destruction que l'on a en Ukraine maintenant,
00:48:00ce n'était pas le cas en 2022 ou 2023,
00:48:02mais maintenant on est pratiquement à un niveau de destruction
00:48:05de type Seconde Guerre mondiale,
00:48:07il faudra compter 5 à 6 ans, si vous voulez.
00:48:10– En fait, les pays européens n'ont, je dirais,
00:48:16pensé les blessures de la guerre que vers 1950, 1951.
00:48:22La Grande-Bretagne, alors c'est vrai qu'elle avait fait des bêtises en matière économique,
00:48:25mais la Grande-Bretagne elle-même a aboli le rationnement,
00:48:31je crois que début 1952.
00:48:33Bon, donc il faudra à peu près au moins 5 ans.
00:48:36La deuxième chose, c'est combien ça va coûter ?
00:48:40Des sommes énormes, puisque l'on considère aujourd'hui
00:48:45qu'au minimum, il faudrait 500 milliards de dollars
00:48:51et plus raisonnablement 600.
00:48:53– On a vu ces derniers jours l'Union européenne vouloir aider l'Ukraine,
00:48:59encore une fois, à hauteur de 90 milliards d'euros.
00:49:03Est-ce qu'on sait, mais ça a été bloqué par M. Orban,
00:49:08est-ce qu'on sait aujourd'hui le total de l'aide de l'Union européenne à l'Ukraine ?
00:49:13– Il est estimé autour de 170 milliards, peut-être plus.
00:49:20Ça dépend de comment on valorise les armes qui ont été données à l'Ukraine.
00:49:26Non pas vendues, mais données.
00:49:29– Quand vous donnez une arme, c'est très difficile d'en estimer le prix.
00:49:34– On a donné ces armes, pourquoi exactement ?
00:49:37C'est pour défendre la démocratie au sein de l'Union européenne, c'est ça ?
00:49:42– C'est ça, on n'a même pas parlé de démocratie,
00:49:44on a dit l'Ukraine a le droit de se défendre, on lui donne des armes.
00:49:51– Ce n'est pas l'argument qu'on avait donné aux gens du Donbass à partir de 2014,
00:49:56qu'ils se faisaient bombarder, on ne leur a rien donné pour qu'ils se défendent.
00:49:59– Ça c'est tout, c'est autre chose.
00:50:04Et très clairement, on est bien là dans un discours d'une immense hypocrisie.
00:50:07Mais, puisque vous me parlez chiffres, je vous dis, c'est au minimum 170 milliards.
00:50:14– Qu'on ne reverra jamais ou pas ?
00:50:16– Qu'on ne reverra jamais, il faut être honnête, il faut être honnête.
00:50:19On est avec un pays qui aujourd'hui a une population,
00:50:25je dirais autour des deux tiers de ce qu'elle était en 2021.
00:50:30Parce qu'une grosse partie a fui, majoritairement dans l'Union européenne.
00:50:34– Tous ne reviendront pas.
00:50:35– Et grosso modo, 75 à 80% ne reviendront pas,
00:50:39d'après ce que l'on sait des sondages qui sont faits.
00:50:41Et une autre partie est partie en Russie.
00:50:43Donc, à peu près 2,5 millions de gens sont partis en Russie.
00:50:47Bon, donc on a une population qui est de l'ordre de 28 millions.
00:50:51Elle était à 42 en 2021.
00:50:55Voilà, c'est les deux tiers.
00:50:58Et on a une économie qui restera une économie marquée par la guerre,
00:51:06pour peut-être 10 ans ou peut-être 15 ans,
00:51:09même si les destructions immédiates sont reconstruites.
00:51:13Un autre point, c'était avec la Russie
00:51:17que l'Ukraine faisait son commerce le plus lucratif avant 2014.
00:51:24Et ça ne sera pas le cas, même avec la signature d'un traité de paix.
00:51:29Donc, en réalité, l'Ukraine, outre ce qu'il va falloir débourser
00:51:34pour, je dirais, penser les plaies de la guerre,
00:51:38va rester dans une situation où elle continuera d'être dépendante financièrement
00:51:43de l'Union européenne ou des États-Unis,
00:51:46si les États-Unis changeaient leur politique.
00:51:48Mais, en tous les cas, certainement de l'Union européenne,
00:51:51par exemple, pour son budget, pendant encore au moins une dizaine d'années.
00:51:57Donc, c'est ça, en fait, le vrai problème.
00:51:59Et dans ces conditions-là, évidemment,
00:52:02l'Ukraine ne peut pas rembourser à court terme.
00:52:06Alors, que l'Ukraine rembourse une partie de cet argent
00:52:11sur 30 ans ou sur 50 ans,
00:52:13je rappelle que c'était comme ça qu'on avait catapulté la dette de l'Allemagne.
00:52:18après la Seconde Guerre mondiale.
00:52:19Bon, ça, on n'en sait rien.
00:52:23Honnêtement, on n'en sait rien.
00:52:24J'ai quelques doutes qu'elle y arrive,
00:52:26mais voilà, on peut penser, oui, sur 50 ans.
00:52:29Mais concrètement, pour les 10 ans ou les 15 ans qui viennent,
00:52:33ou même les 20 ans qui viennent,
00:52:35nous ne reverrons pas l'argent qui a été donné à l'Ukraine.
00:52:39Dernière question, Jacques Sapir, avant de terminer cet entretien.
00:52:43Ces 90 milliards d'euros bloqués par le Premier ministre hongrois Orban,
00:52:48est-ce que cela peut encore accélérer la fin de cette guerre ?
00:52:52Alors, dans ces 90 milliards,
00:52:54il y a le soutien au budget ukrainien.
00:52:57Et c'est très clair,
00:52:59si cette somme, si une partie, en tous les cas, de cette somme,
00:53:02n'est pas décaissée d'ici le mois d'avril…
00:53:04On ne peut plus payer les fonctionnaires.
00:53:06Voilà.
00:53:06L'Ukraine est en faillite.
00:53:08Ça a quand même une importance.
00:53:10Après, une autre partie de cet argent
00:53:13qui est censée permettre à l'Ukraine d'acheter des armes,
00:53:16encore faudrait-il que ces armes soient produites.
00:53:19Vous savez, très souvent, il y a des pays,
00:53:21ou même des entreprises d'armement,
00:53:24qui disent, oui, oui, nous allons vendre à l'Ukraine
00:53:26tel et tel matériel.
00:53:28On leur demande quand ?
00:53:29Oui, à l'horizon 2028.
00:53:31Ah !
00:53:32Alors, l'Ukraine, elle a besoin d'armes.
00:53:34Tout de suite.
00:53:34Tout de suite.
00:53:36Donc, vous voyez, il y a aussi ça dont on ne parle pas,
00:53:39mais c'est le décalage entre les déclarations
00:53:43et la réalité de la production dans l'Union européenne.
00:53:47Et aujourd'hui, il est très clair qu'à court terme,
00:53:51l'argent qui a été, ou qui va être,
00:53:54ou qui, par différents types de canaux,
00:53:56arrivera en Ukraine pour payer des armes,
00:53:59oui, elle va payer des armes
00:54:01qui ne seront livrées qu'en 2028.
00:54:02Vous pensez que M. Orban est bien vu au sein de la population ukrainienne
00:54:08quand ces gens le voient bloquer cette manne
00:54:11qui doit arriver pour entretenir la guerre ?
00:54:14Mais il faut regarder les raisons qui sont soulevées par la Hongrie.
00:54:19Il y a deux raisons, fondamentalement.
00:54:21Première raison, ils disent...
00:54:22Oui, l'Ukraine a bloqué le pétrole.
00:54:23Voilà. Et en échange, la Hongrie a bloqué le diesel.
00:54:27Tout à fait. Tout à fait.
00:54:29Donc, si vous voulez que, en tous les cas, on s'abstienne,
00:54:35commencez par cesser de nous embêter sur le bétrole.
00:54:39Ça, c'est clair.
00:54:40Deuxième chose, et c'est un argument de fond, cette fois-ci,
00:54:43qu'avance M. Orban.
00:54:46Et il n'est pas le seul.
00:54:48Il y a, par exemple, M. Ficot qui l'avance aussi.
00:54:51Consiste à dire...
00:54:52Le Slovaque.
00:54:54Nous allons donner de l'argent...
00:54:55Enfin, l'Union européenne va donner de l'argent à l'Ukraine.
00:54:58Nous savons que l'Ukraine ne sera pas capable de rembourser.
00:55:02Donc, ça veut dire que ce seront les pays de l'Union européenne
00:55:05qui devront rembourser le prêt, d'une certaine manière.
00:55:08Totalement.
00:55:09Or, est-ce que cela a été voté par les parlements ?
00:55:14Non.
00:55:15Voilà.
00:55:15Or, ils disent, le vote d'un budget, le vote d'un décaissement par le Parlement,
00:55:22c'est la base de la démocratie.
00:55:24Alors, ce qu'ils disent...
00:55:25Donc, ces 170 milliards sont illégaux, d'une certaine manière.
00:55:29Ils sont contradictoires avec le principe démocratique dans l'Union européenne.
00:55:35Et dans chaque pays, si vous voulez.
00:55:37Et c'est ça, le problème qu'ils posent.
00:55:39Le problème qu'ils posent, ils disent, on n'est pas contre...
00:55:42J'ai parlé avec un des responsables politiques en Hongrie en novembre dernier.
00:55:47Je posais la question que vous me posez.
00:55:49Il me dit, écoutez, nous ne sommes pas contre une aide à l'Ukraine.
00:55:53Mais nous demandons qu'on procède à des votes...
00:55:58Ben oui, c'est le contribuable qui paye tout ça.
00:56:00Peut-être qu'il soit au courant et qu'il soit d'accord.
00:56:02Tout à fait.
00:56:03Mais ce n'est pas le cas.
00:56:04Au-delà du contribuable, il y a la représentation nationale
00:56:07qui est censée représenter les contribuables,
00:56:10qui doit s'exprimer sur cette question.
00:56:12Et il dit, tant qu'on sera dans des procédures
00:56:15qui visent à court-circuiter les parlements,
00:56:18parce que c'est ça ce que Mme von der Leyen a mis en place,
00:56:21ce sont des procédures qui court-circuitent les parlements,
00:56:24cela sera inacceptable pour nous.
00:56:27Et donc là, il y a un vrai problème,
00:56:29et un problème politique qui est beaucoup plus sérieux
00:56:33que la bisbille, qui a aussi un problème sérieux, je dirais,
00:56:37entre l'Ukraine et la Hongrie sur « je te bloque le pétrole,
00:56:41tu me bloques le diesel », etc., etc., etc.
00:56:44Donc ça, il faut le comprendre, il faut l'entendre.
00:56:48– Une guerre illégale, cette Ukraine, cette guerre en Ukraine.
00:56:51– En tous les cas, le soutien par l'Union européenne
00:56:56n'a pas été fait pour que les parlements puissent s'exprimer dessus,
00:57:02si vous voulez, et voter dessus.
00:57:03Et c'est ça, l'un des problèmes majeurs
00:57:05qui est aujourd'hui en cause dans l'Union européenne.
00:57:10– Ça sera le mot de la fin, Jacques Sapir.
00:57:12Merci à vous d'avoir accepté notre invitation.
00:57:14Je rappelle que le dernier ouvrage de Jacques Sapir,
00:57:17c'est la fin de l'ordre occidental à retrouver sur la boutique.
00:57:21– Je voudrais juste vous dire une chose.
00:57:22Un ouvrage dont j'ai écrit la préface et qui est très important,
00:57:26c'est le massacre du Maïdan,
00:57:29qui fait le point de l'ensemble des connaissances
00:57:32qui sont aujourd'hui absolument garanties
00:57:35sur ce qui s'est passé sur le Maïdan en février 2014
00:57:39et dont on peut voir l'origine, en fait…
00:57:43– Un coup d'État de la CIA.
00:57:45– Alors, de la CIA.
00:57:46– Pour le dire très rapidement.
00:57:47– Non, ou peut-être plus simplement de l'extrême droite ukrainienne.
00:57:52– Svoboda.
00:57:53– Svoboda, Pravi Sector.
00:57:54– Pravi Sector, tout à fait.
00:57:56– Ils ont été soutenus à l'époque par Bernard-Henri Lévy publiquement.
00:58:00– C'est pas la première fois qu'il fait ce genre de choses.
00:58:03Donc, nous n'en parlerons pas.
00:58:04Mais ce livre me semble extrêmement important
00:58:06parce qu'il apporte, là, des faits qui sont vérifiés,
00:58:10prouvés et qui viennent même d'être confirmés
00:58:12par un jugement en Ukraine
00:58:14où un tribunal ukrainien a exonéré de charge
00:58:19des membres de la garde personnelle du président de l'époque,
00:58:23donc du président, comme on disait pro-russe, Yanukovitch,
00:58:27et dont le tribunal a reconnu qu'ils n'étaient pas les responsables de la fusillade.
00:58:31– Tout de suite, après cet entretien, vous pouvez retrouver
00:58:34la chronique économique et financière de Philippe Béchade.
00:58:38Et quant à nous, on se retrouve la semaine prochaine.
00:58:40À bientôt. Salut.
00:59:00Bonjour et bienvenue pour ce rendez-vous hebdomadaire de décryptage de l'actualité économique et géopolitique en mode affranchi.
00:59:07Je salue tous les abonnés de TV Liberté pour cette chronique que je vais intituler.
00:59:12Là, c'est plus des dominos.
00:59:14C'est carrément une tour de Kapla.
00:59:17Oui, une tour de Kapla qui s'effondre littéralement.
00:59:21C'est le contre-coup de la divulgation des dossiers Epstein, de ses correspondances par mail, de ses témoignages,
00:59:32de l'inventaire des réunions, entrevues et autres collusions,
00:59:42qui ont d'abord provoqué l'arrestation et la tentative de suicide de l'ex-premier ministre norvégien,
00:59:51M. Thorbjörn-Janglang, accusé, bien sûr, de relations beaucoup trop proches et fréquentes avec Jeffrey Epstein,
01:00:05mais c'est également de corruption, puisqu'il aurait participé ou pesé pour l'attribution de prix Nobel de la
01:00:14paix.
01:00:15Par exemple, à Barack Obama, qui venait juste d'être investi, qui n'avait encore rien fait de son premier
01:00:22mandat,
01:00:22et hop, boum, bombardé, prix Nobel de la paix.
01:00:26Et maintenant, on apprend la démission de M. Borg-Brande.
01:00:32Alors le nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, mais attention, c'est du lourd.
01:00:37C'est tout simplement le successeur de Klaus Schwab, le patron du forum de Davos, le World Economic Forum.
01:00:49Borg-Brande, co-présidé d'ailleurs avec Larry Fink, qui est l'actuel patron de BlackRock,
01:00:59l'institution financière la plus puissante du monde.
01:01:02Ah ben ça y est, Larry Fink, ça y est, il est seul aux commandes,
01:01:07en espérant que son nom n'apparaîtra pas dans les dossiers Epstein.
01:01:12Ce n'est pas le cas pour l'instant. En ce qui concerne son co-président,
01:01:20eh bien là, il aurait correspondu déjeuner, dîner à de multiples reprises avec Jeffrey Epstein en 2018 et 2019,
01:01:29juste avant son arrestation.
01:01:31Alors il ne pourra pas dire qu'il connaissait Jeffrey Epstein à ses débuts,
01:01:35puisqu'on voit bien qu'ils étaient étroitement en affaires,
01:01:40juste avant que les affaires de pédophilie ne le rattrapent.
01:01:47Alors qui, après le vice-président du UEF ?
01:01:51Là, on peut se dire qu'on commence maintenant à voir tomber non plus les petits, les sans-grades.
01:02:01On a également le prince Andrew au Royaume-Uni, qui est arrêté, qui maintenant sera épargné.
01:02:10Bon, ben en France, manifestement, on n'a pas envie de savoir, on n'a pas envie de poursuivre,
01:02:16et surtout pas de faire une enquête parlementaire.
01:02:19Oui, je sais, je connais l'objection.
01:02:21C'est à la justice de faire son devoir.
01:02:25Et l'enquête parlementaire, si j'ose dire, c'est un peu du bonus.
01:02:30Oui, mais pourquoi refuser qu'il y en ait une lorsqu'on en fait contre des internautes lambda
01:02:36qui brocardent le président de la République ?
01:02:41Oui, on se demande pourquoi ce deux poids, deux mesures,
01:02:44quand l'affaire la plus gravissime du XXIe siècle, le plus grand scandale, éclate,
01:02:51et qu'on ne va pas dire que son épicentre était en France, puisque c'était en fait planétaire.
01:02:56Mais enfin quand même, Jeffrey Epstein résidant fiscalement six mois par an en France
01:03:02et étant présent quand même plus de trois mois,
01:03:04on sait qu'il y a eu beaucoup, beaucoup de soirées,
01:03:09dont son hôtel particulier du 21 Avenue Foch,
01:03:12qu'il y a eu beaucoup de visiteurs, que tous ces visiteurs ont été filmés,
01:03:17filmés par le Mossad, puisque c'est officiel évidemment.
01:03:21C'est le Mossad qui avait installé des caméras dans toutes les propriétés de Jeffrey Epstein
01:03:27où il se passait quelque chose.
01:03:30Et donc la France, elle, n'a pas l'air de vouloir investiguer.
01:03:33En tout cas, quand le dossier vient sur la table des juges d'instruction en 2019,
01:03:39le dossier est immédiatement enterré, pas d'investigation, pas d'inculpation.
01:03:48Manifestement, il y a des choses qui interpellent quand on sait que François Fillon,
01:03:52lui, il a été déféré devant la justice 15 jours après la révélation de l'affaire des costumes.
01:04:01Mais il n'y a pas que l'affaire Epstein qui, aujourd'hui, a de quoi secouer l'édifice géopolitique
01:04:13planétaire,
01:04:14puisque à l'instant où j'enregistre, je ne sais pas encore si les États-Unis vont ou non frapper
01:04:21l'Iran.
01:04:22Ce que je savais, c'est que les derniers négociateurs envoyés à Genève,
01:04:29ils n'étaient pas là pour faire aboutir les négociations, évidemment.
01:04:34Quand vous envoyez Jared Kushner, le gendre de Donald Trump,
01:04:41ce n'est évidemment pas pour aller dans le sens du souhait des MOLA.
01:04:48On savait également que, contrairement aux exigences qui étaient présentées au début des négociations,
01:04:55il ne s'agissait pas seulement de mettre un terme total à toute activité et dans le nucléaire civil,
01:05:04c'est-à-dire de l'enrichissement à 3,67%,
01:05:07et l'enrichissement pour une qualité militaire ou une bombe sale au-delà de 30 ou 40%.
01:05:15Donc l'Iran était prié de stopper la totalité de ses activités dans le nucléaire.
01:05:22Mais ça n'a vite pas suffi, puisqu'on exigeait aussi que l'Iran démantèle tout son arsenal de missiles.
01:05:31Autrement dit, un pays devenant totalement vulnérable à n'importe quelle attaque de faible intensité.
01:05:42Bon, on aurait voulu faire échouer les négociations, qu'on ne s'y serait pas pris autrement,
01:05:47en imposant des clauses totalement inacceptables.
01:05:53Alors après, est-ce que les frappes sur l'Iran sont en quelque sorte scénarisées,
01:06:00comme l'avait été le bombardement des sites nucléaires iraniens au mois de juin 2025,
01:06:09Fordo et Nathans ?
01:06:12Alors on avait largué de grosses bombes, larguées par de gros bombardiers.
01:06:17Et au final, ce qu'on avait compris, c'est que ça n'avait peut-être pas détruit grand-chose.
01:06:24Mais pour Trump, ça avait été l'occasion de dire que l'outil nucléaire militaire iranien
01:06:30avait été anéanti pour une décennie.
01:06:33Bon, 10 ans, c'était peut-être trop, puisqu'au bout de 10 mois,
01:06:36on nous resserre la bombe atomique iranienne prête à être lancée sur le monde entier.
01:06:43Et y compris sur les États-Unis, on savait que l'Iran disposait de missiles d'une portée de 3
01:06:50000.
01:06:51Et d'un seul coup, on est passé de 3 000 à 13 000 pour atteindre Washington
01:06:55ou je ne sais quel autre point sur le territoire américain.
01:07:00Bon, tout cela, évidemment, n'est corroboré par aucune enquête
01:07:04et aucun constat des services secrets.
01:07:07Mais quand on veut disposer d'un prétexte pour frapper un pays,
01:07:13comme on avait frappé l'Irak au nom des armes de destruction massive
01:07:16et de la coopération avec Al-Qaïda, eh bien cette fois-ci, c'est l'Iran
01:07:22avec ses missiles intercontinentaux, qui n'existent probablement pas,
01:07:29ses munitions nucléaires, qui n'existent probablement pas,
01:07:34et l'accusation de terrorisme.
01:07:36Alors ce n'est pas forcément un terrorisme extérieur,
01:07:40puisque là, on considère les gardiens de la révolution
01:07:42comme une organisation terroriste, mais dirigée contre son propre peuple.
01:07:49Alors qu'est-ce qu'on pourrait dire également de la Birmanie,
01:07:52où la Jeunte a déjà tué pratiquement 90 000 personnes
01:07:56depuis le coup d'État de 2021, dans le silence médiatique le plus complet.
01:08:02Ah, si on cherche de méchants dictateurs sur la planète,
01:08:06on va certainement en trouver.
01:08:08Mais voilà, il faut que quelqu'un désigne le mauvais dictateur,
01:08:14la mauvaise Jeunte ou l'État répressif qu'il convient de renverser.
01:08:22Sinon, eh bien si on n'est pas désigné,
01:08:25comme on dit, on peut continuer le totalitarisme comme du business as usual.
01:08:30Alors qu'est-ce qui faisait penser à la veille du week-end du 1er mars
01:08:37qu'il n'y allait pas forcément avoir une conflagration entre les États-Unis et l'Iran ?
01:08:42Eh bien ce sont les marchés financiers
01:08:44qui ont continué de battre record sur record,
01:08:48comme si tout allait bien.
01:08:50Et même très bien puisque le CAC 40 a aligné carrément 5 records consécutifs
01:08:57et l'indice Eurostox en a fait autant.
01:09:01Et qui est le principal intervenant sur le CAC, sur l'Eurostox
01:09:06et sur, on va dire, le marché américain ?
01:09:11Eh bien naturellement, le numéro 1 des numéros 1,
01:09:16BlackRock, présidé par Larry Fink,
01:09:19probablement l'homme le mieux renseigné au monde
01:09:22et qui n'a pas cru bon avant le week-end
01:09:26d'alléger ses portefeuilles au cas où la Troisième Guerre mondiale aurait débuté.
01:09:31Pour vous remercier de votre fidélité,
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01:09:39face à la faillite économique de la France.
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01:09:48pour l'obtenir gratuitement.
01:09:50Merci et à bientôt.
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