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  • il y a 2 heures
En 1793, pendant que la Révolution guillotinait à Paris et que la Vendée brûlait, une autre résistance s'organisait – à six mille kilomètres de la métropole, dans une colonie que Paris croyait acquise. Des planteurs, leurs esclaves, des hommes de couleur libres. Ensemble, contre les commissaires de la Convention, contre le tribunal révolutionnaire qu'on installait déjà sur la place principale de Fort Royal. Ils ont tenu des mois, gagné des batailles, et contraint Rochambeau lui-même – fils du héros de la guerre d'indépendance américaine – à capituler après quarante-trois jours de siège. La Martinique n'a pas connu la Terreur. Les familles sont restées sur leurs terres, l'île a traversé le XIXe siècle avec une continuité sociale que la Guadeloupe voisine, dévastée par Victor Hugues, n'a jamais retrouvée. Cette histoire, l'historiographie officielle ne la raconte pas. Pour raconter cette page d'histoire méconnue "Passé-Présent" reçoit Odile de Lacoste Lareymondie pour son ouvrage "La Vendée créole" paru chez Via Romana.

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Éducation
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00:08Générique
00:19Bonjour à tous.
00:21En 1793, pendant que la révolution guillotinait à Paris et que la Vendée brûlait,
00:27une autre résistance s'organisait, à 8000 km de la métropole, dans une colonie que Paris croyait acquise.
00:34Des planteurs, leurs esclaves, des hommes de couleur libre, ensemble, contre les commissaires de la Convention,
00:39contre le tribunal révolutionnaire qu'on installait déjà sur la place principale de Fort-Royal.
00:44Ils ont tenu des mois, gagné des batailles, et contre un rochambeau lui-même, fils du héros de la guerre
00:49d'indépendance américaine,
00:50a capitulé après 43 jours de siège.
00:53La Martinique n'a pas connu la terreur. Les familles sont restées sur leur terre.
00:57L'île a traversé le XIXe siècle avec une continuité sociale que la Guadeloupe voisine, dévastée par Victor Hugues, n
01:03'a jamais retrouvée.
01:04Cette histoire, l'historiographie officielle ne la raconte pas.
01:07Elle a pourtant un nom, un chef et un livre.
01:10La Vendée créole d'Odile de Lacoste-Larémondie, et son auteur est avec nous aujourd'hui.
01:16– Odile de Lacoste-Larémondie, bonjour. Merci d'avoir répondu à notre invitation.
01:21Alors, vous êtes martiniquaise, descendante directe de Bernard de Persin, ce planteur de case navire,
01:28qui prendra les armes en 1793 contre les commissaires de la République,
01:32et que ses compagnons surnommèrent Persin-Canon.
01:37Ce livre, vous l'avez écrit depuis les Trois-Îlais,
01:40qui est, pour l'anecdote, la ville natale de Joséphine de Beauharnais,
01:43qui était elle-même cousine de votre ancêtre.
01:45C'est-à-dire à quel point cette histoire est aussi, pour vous, une histoire de famille.
01:49Alors, vous êtes historienne de formation, et vous avez puisé dans les archives familiales,
01:54autant que dans les sources de l'époque, pour reconstituer une résistance
01:59que l'historiographie officielle a largement ignorée,
02:02celle des royalistes martiniquais, qui ont tenu tête à la Révolution,
02:07évité la terreur, et c'est à souligner, préserver quelque chose
02:11que la Guadeloupe voisine a perdue pour toujours.
02:14Alors, parlons d'abord du titre de votre livre,
02:17La Vendée créole, qui est paru, alors il y a une dizaine d'années,
02:21chez nos amis de Via Romana.
02:23Alors, est-ce qu'on peut réellement faire, très rapidement,
02:26une comparaison avec la Vendée continentale ?
02:28Alors, bonjour monsieur, merci de votre invitation.
02:31Je suis très contente de pouvoir remettre à l'honneur
02:35ce livre que j'ai écrit, effectivement, chez moi, à la Martinique,
02:38au Trois-Ilais, sur la Vendée créole.
02:42Et je suis contente de pouvoir faire revivre, parce que c'était il y a dix ans.
02:47Et donc, effectivement...
02:49Alors, la Vendée, le terme de Vendée est maintenant un petit peu tombé
02:55dans le langage usuel, parce qu'il y a eu plusieurs Vendées
02:58au moment des guerres révolutionnaires, à partir de 1792-1793.
03:04Et après, il y a eu la Vendée militaire, évidemment,
03:07géographiquement située en Vendée.
03:09Il y a eu la Vendée sans serroise.
03:11Il y a eu la Vendée autour de Lyon.
03:13Il y a eu plusieurs Vendées.
03:15La Vendée de la Lozère, de la Mayenne.
03:17Il y a eu plein la Vendée Briarde.
03:19Et à la Martinique, on l'a appelée, après, la Vendée créole.
03:24Et évidemment, la différence avec les autres Vendées,
03:28qui ont été certes extrêmement, évidemment, très brillantes,
03:34courageuses, héroïques, avec Charrette, évidemment,
03:36comme chef le plus connu avec tous les autres généraux vendéens,
03:42ils ont quand même perdu, malheureusement.
03:45Ça, c'est mal fini.
03:47Tandis qu'à la Martinique, eh bien, c'est la seule...
03:50C'est une Vendée victorieuse.
03:51C'est une Vendée victorieuse.
03:52Nous, on a gagné.
03:53Alors, on avait un petit avantage sur la métropole.
03:57C'est qu'on était loin.
03:58On est loin, à 8 000 kilomètres.
04:01Et le temps que la République, la Convention,
04:03renvoie des hommes, une armée par bateau,
04:06il fallait tout de même six semaines.
04:08Donc, on a eu le temps de s'organiser.
04:10Et d'abord, contre Dugommier, ensuite Rochambeau.
04:14On va en parler, oui.
04:16Il faut reconnaître qu'on a eu de l'aide aussi.
04:19On n'a pas gagné tout seul.
04:21Au début-ci.
04:22Et à la fin, pour être sûr d'avoir la paix avec la métropole.
04:27Et donc, la période révolutionnaire, républicaine.
04:32On s'est fait aider des Anglais.
04:33Des Anglais.
04:34Ennemis héréditaires, évidemment, depuis de longues dates.
04:37Mais on avait fait un pacte.
04:39On était sous la protection.
04:40On protectora des Anglais.
04:43On a pu garder le drapeau blanc.
04:45On a gardé...
04:46Et donc, les idées révolutionnaires ne sont passées.
04:51La République est restée installée à la Martinique qu'à peine un an.
04:55Entre la période où la dernière bataille du Verprès, les amis, le parti de la campagne érigé par Bernard de
05:04Persin, mon ancêtre, a perdu.
05:06Et entre cette partie-là et où les Anglais sont arrivés pour vraiment goûter les Républicains à la mer.
05:15Alors, Philippe Pichaud-Bravard et Rénal Sécher préfacent votre livre.
05:20Oui, je les remercie infiniment.
05:21On sait que ce que ces noms impliquent dans le débat historiographique sur la Vendée et la Révolution.
05:26Donc, j'imagine que c'était un choix délibéré.
05:29C'est-à-dire que...
05:30Choix délibéré, d'abord avec Rénal Sécher, qui est mon voisin en Bretagne,
05:36qu'on connaît de réputation, parce que c'est le grand spécialiste, évidemment,
05:40de toute la période révolutionnaire, de toutes les choineries.
05:43C'est le grand spécialiste avec tous les livres qu'il a écrits sur la Vendée-Rangée, sur tout ça.
05:50Alors, j'ai pensé d'ailleurs à lui en premier.
05:53Il m'a encouragée, d'ailleurs.
05:54Et puis après, le hasard a fait que j'ai rencontré Philippe Pichaud-Bravard
05:57à une conférence à laquelle il assistait en Bretagne.
06:02Évidemment, c'est un monsieur extrêmement séduisant intellectuellement.
06:06Et il a écrit également, spécialiste de la réputation.
06:11Je lui ai demandé de me préfacer.
06:12Et il m'a répondu, mais vraiment très gentiment,
06:16« Vous serez ma première préface. »
06:18Alors, c'était donc il y a dix ans.
06:20Et donc, j'ai accepté volontiers avec mes deux préfaces.
06:23J'étais couverte.
06:26Le livre se lançait bien, il démarrait bien.
06:29Alors, justement, on parle un peu de la Martinique.
06:31Et je vais reprendre un extrait de la préface de Rénal Sécher.
06:34Il est écrit en 1789, « La Martinique se caractérise donc
06:38par une très grande fidélité à la couronne,
06:40un nationalisme profond, un peuplement multiculturel,
06:43avec d'un côté des propriétaires plus ou moins riches,
06:45les béquets, les esclaves, fidèles à leurs maîtres,
06:47tous animés d'une même énergie afin de défendre leur identité et leur production. »
06:51Alors, en 1789, la Martinique, ce n'est pas la France métropolitaine.
06:55C'est aussi, il faut bien le dire, une société esclavagiste
06:58qui est hiérarchisée différemment avec ses propres institutions.
07:02Alors, dans quelle mesure les catégories politiques, métropolitaines,
07:06aristocratiques contre patriotes,
07:08anciens régimes contre révolution, s'expliquent vraiment en Martinique ?
07:12Alors, à la Martinique,
07:15alors il faut un petit peu resituer l'histoire de la Martinique.
07:20Tout le monde sait que ça a été découvert par Christophe Collomb en 1493.
07:24le 11 novembre, jour de la Saint-Martin, c'est pour ça, dit-on,
07:28qu'elle s'appelle la Martinique, mais il y a aussi d'autres explications.
07:31Les peuples-là qui étaient sur place étaient les Caraïbes et les Arawaks,
07:36successivement, et il l'appelait Madinina déjà,
07:39donc est-ce que Martinique vient de Saint-Martin ou de Madinina ?
07:42Bon, les historiens trancheront.
07:44Puis après, le cardinal de Richelieu a voulu faire une compagnie des îles d'Amérique.
07:54Il a envoyé des premiers colons avec Pierre Belin des Nambucs
07:59et son neveu du parquet qui a racheté la compagnie des îles d'Amérique.
08:04Il était donc propriétaire tout seul.
08:05Et puis après, Louis XIV quand même s'est dit
08:07je vais quand même faire la compagnie des îles occidentales
08:09et pour récupérer à la couronne, ce qui fut fait.
08:12Et donc, en 1635, la Martinique était donc à la compagnie des Indes.
08:19Alors, il y avait déjà des Caraïbes, il y avait quand même des Caraïbes.
08:23C'était une peuplade indienne d'origine, un peu comme les Incas.
08:29Il y avait des Caraïbes.
08:30Alors, il y a eu des échauffourées quelquefois.
08:37Oui, on s'est un peu assassiné d'un côté et de l'autre.
08:39Du parquet Belin des Nambucs est arrivé avec 100 hommes qui se sont installés.
08:44Et puis alors après, à partir de 1635, il y a eu toute la colonie de Saint-Christophe
08:50et un peu de la Louisiane.
08:53Saint-Christophe est devenu...
08:55Parce que les îles Caraïbes, c'est un chapelet d'îles
08:59dont la perle du milieu est la Martinique.
09:03Et donc, ça s'est battu et rebattu entre les Anglais, les Espagnols et les Français.
09:07À ce moment-là, Saint-Christophe, les Anglais la reprennent.
09:10D'où, maintenant, on s'appelle Saint-Kitz.
09:12Et donc, paf, tous les Français d'origine européenne sont venus à la Martinique.
09:17Et puis après, en métropole, vous savez, les cadets de famille,
09:24dans les familles un peu aristocratiques et même de la grande bourgeoisie,
09:28l'aîné héritait en général des terres, du nom, bon, du titre et tout.
09:32Et puis le second, soit il se faisait prêtre, soit il était dans l'armée.
09:36Et puis, les miens, comme beaucoup, ils se sont dit,
09:40bon, on va partir aux colonies.
09:41Et il était dans l'armée puisqu'il est parti comme capitaine de milice,
09:46Bernard Melchior de Persin, le grand-père de mon héros de la guerre de Vendée,
09:51de Créole.
09:52Et donc, alors, à partir de là, effectivement,
09:56l'économie du moment était une économie avec le trafic des esclaves, c'est sûr.
10:05C'est sûr.
10:07Les esclaves partaient des îles de Gorée au large de l'Afrique.
10:11D'ailleurs, les bateaux français restaient au large.
10:13– Oui, bien sûr.
10:14– Aucun européen ne débarquait.
10:16– C'était évidemment les Africains qui venaient vendre leurs marchandises, malheureusement.
10:26Mais c'était comme ça.
10:28Et donc, après, ça a fait le commerce triangulaire que tout le monde connaît.
10:33Mais à la différence, et c'est ça, et c'est là qu'il faut bien insister,
10:37c'est qu'à la différence des colonisations anglaises qui nous entouraient,
10:41la Martinique est entourée, la Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent,
10:44tout ça était anglais et restait anglais, après des petites batailles,
10:48quelques fois françaises, mais moins longtemps.
10:50À la différence de la colonisation anglaise, qui était donc protestante, puritaine,
10:56qui ne se mélangeait pas, et qui était beaucoup plus dure, comme aux États-Unis,
11:02que chez les Français ou même les Espagnols.
11:05Ce sont des latins, alors ça se mélange.
11:08– Ça se mélange un peu plus.
11:09– Il ne faut pas se leurrer.
11:10Tous nos grands-pères ont fauté dans les champs de Cannes.
11:13Donc, c'est une population qui s'est mélangée très vite.
11:17Et la religion catholique a fait que, et le Code noir qui régulait la façon
11:24dont étaient traités les esclaves noirs, d'abord, ils pouvaient acquérir
11:30leur liberté très vite, on leur donnait souvent leur liberté.
11:36Et les chrétiens, avec les catholiques et les pères dominicains et les jésuites
11:42qui sont arrivés à ce moment-là à la Martinique, interdisaient les mauvais traitements.
11:46Il faut bien voir ça.
11:47Et ce n'était pas aussi dur que dans les colonies anglaises.
11:51Ceci dit, c'était de l'esclavage.
11:53Ils appartenaient à leur maître.
11:54Mais vous allez maintenant à la Martinique, vous allez voir la population totalement bigarrée
12:03et avec cette espèce d'intimité, comment dire, que les métropolitains comprennent difficilement
12:15parce qu'ils sont tous cousins.
12:16On est tous cousins.
12:17On a des branches qui se sont colorées un peu et d'autres qui sont restées blanches.
12:24Et vous n'avez presque plus de noir pur vraiment à la Martinique.
12:31Tout le monde est mélangé.
12:32Donc, tout le monde descend à la fois d'esclaves, mais à la fois, ils savent tous de quel maître,
12:38entre guillemets, propriétaire, ils descendent.
12:42Donc, c'est pour ça qu'il y a cette complicité.
12:45Au-delà de cette complicité, au niveau des institutions, est-ce qu'il y a des institutions particulières en Martinique
12:51?
12:51C'est un gouverneur ? Il y a une assemblée ? Comment ça se passe ?
12:54Oui. Il y a le conseil souverain de la Martinique.
12:58Alors, le conseil souverain était sous les ordres du gouverneur.
13:03Le gouverneur, c'était monsieur de Damas.
13:06Après, ça a changé.
13:07Les gouverneurs étaient envoyés par la métropole.
13:10Et il y avait un conseil souverain.
13:11On pourrait comparer au parlement, peut-être, en métropole.
13:16Le conseil souverain était, évidemment, à l'époque, c'était comme ça,
13:22était composé des grandes familles créoles, qu'on appelle maintenant des béquets.
13:27Et je crois même...
13:28C'était un petit peu comme les parlements d'autrefois, sous la monarchie.
13:31Oui, c'était ça.
13:33C'est sous la monarchie.
13:33Donc, il fallait faire ses preuves de noblesse pour être au conseil souverain de la Martinique.
13:38Et Bernard de Persin était, évidemment, au conseil souverain de la Martinique, comme beaucoup.
13:44Voilà.
13:45Alors, c'est ça qui régissait.
13:47D'accord.
13:48Et les...
13:49Alors, je vais parler des pierrotins.
13:51C'était les pierrotins qui sont les habitants de Saint-Pierre.
13:54De Saint-Pierre, la part de la capitale.
13:55Alors, ils furent les moteurs locaux de la Révolution, si on peut dire.
13:58Qui sont-ils exactement ?
13:59Est-ce que l'analogie avec la bourgeoisie parisienne tient-elle ?
14:03Un peu.
14:04Un peu.
14:05Alors, Saint-Pierre était la capitale.
14:07Donc, la capitale, c'est des commerces.
14:08C'est les commerçants de Saint-Pierre.
14:11Et donc, si vous voulez, la Martinique a été peuplée par des cadets de famille.
14:16À partir de nous, les Persins, ils sont arrivés en 1715, par exemple.
14:21Et au fur et à mesure, jusqu'au début du XIXe, jusqu'à la Révolution,
14:27ça a été un petit peu, en majorité, pas tous,
14:31parce que les Ayotes, ils descendaient d'un pirate normand.
14:35Il y avait quand même plusieurs sortes de colons.
14:40Mais quelquefois, ils venaient comme engagés ou comme géreurs sur une propriété.
14:43Engagés libres.
14:44Puis après, donc, ils devaient un peu de travail sur la propriété.
14:48Puis après, ils gagnaient leur liberté.
14:50Ce n'était pas vraiment le même statut que les esclaves.
14:52Et puis, à partir de la Révolution, pendant tout le XIXe siècle,
14:56sont arrivés beaucoup plus de la bourgeoisie, des bourgeois, des grandes familles.
15:00Mais déjà, à cette époque-là, il y avait effectivement des familles un peu plus bourgeoises,
15:07un peu plus modestes.
15:08Et puis, des familles de, ce qu'on appelle là-bas, des mulâtres.
15:12Alors, Octavon, tous les degrés de Capre, tous les degrés de la couleur.
15:19Il y a des degrés de couleurs.
15:20Ah, il y a des degrés de couleurs.
15:22Des carterons, octavons, capres, capres, il y a des différents degrés de couleurs.
15:28Et ils tenaient, évidemment.
15:30Et puis, il y avait des métropolitains qui venaient pour un moment, comme maintenant.
15:35Des fonctionnaires, des...
15:37Bon.
15:37Et ils étaient plutôt en ville parce que les planteurs étaient à la campagne.
15:41Donc, c'est pour ça qu'ils se sont appelés le parti de la campagne.
15:44– Contre le parti de la campagne.
15:46– Voilà.
15:46Et puis, dans la ville, il y avait l'armée.
15:48Il y avait...
15:50Et donc, forcément, ils ont épousé très vite les idées révolutionnaires
15:55parce que c'est là, le premier port, c'était Saint-Pierre.
15:57Et le port, les bateaux arrivaient de métropole à Saint-Pierre.
16:01C'est ce que j'explique au début du livre.
16:03Les premiers, en 1792-1993, l'histoire de la cocarde,
16:08ce sont des marins, des bateaux qui arrivaient à Saint-Pierre
16:13et qui ont commencé à distribuer ça aux Pierrotins.
16:15Ah bon ? Ah bon ?
16:16Parce qu'évidemment, étant à 8000 kilomètres,
16:18on a toujours un train de retard, nous, sur la métropole.
16:21Encore un peu maintenant.
16:23Et donc, c'est des nouveaux arrivants.
16:27Ils n'étaient plus les Pierrotins, ils n'étaient plus cosmopolites, forcément,
16:30puisqu'ils avaient des bateaux, ça repartait, ils faisaient du commerce.
16:35Et c'est comme ça que les idées révolutionnaires sont arrivées.
16:39– Alors, justement, le gouverneur Damas de l'époque,
16:43donc c'est une figure pivot des premières années.
16:46– Oui.
16:46– Est-ce que c'était quelqu'un qui était à la hauteur de la situation ?
16:49– Ah oui, oui, oui.
16:50Oui, il a suivi le mouvement.
16:55Il n'a pas pris la tête du mouvement, comme on le voit dans mon livre.
16:59Ce sont d'abord le parti de la campagne, Bernard de Persin, avec d'autres,
17:07ses amis, ses cousins, il y a plusieurs noms que je cite dans le livre.
17:14Et quand ils se réunissaient au Conseil souverain, évidemment, Damas était avec eux,
17:18parce que Damas, il a été nommé quand même par le roi, donc il était fidèle au roi.
17:22Et puis, il ne faut pas oublier que la République, c'était les débuts,
17:25le roi n'était pas encore décapité, ça viendra après, ils l'ont su d'ailleurs bien après.
17:30Les premières escarmouches, les premières petites batailles,
17:33ils ne savaient pas que le roi était… ils vont le savoir après.
17:36Et même après la décapitation du roi, Damas a suivi.
17:40Damas a suivi, il est resté fidèle jusqu'à ce que…
17:45Oui, oui, jusqu'à ce que la Convention envoie, évidemment, les premiers émissaires.
17:51– Comment s'est organisé les premières résistances, finalement,
17:54parce qu'il y a eu des décrets qui sont arrivés, un gouverneur a été nommé par Paris.
18:00– Ah, bien après.
18:01– Bien après.
18:01– Ah oui, bien après, ils ont d'abord fait venir de la Guadeloupe du Gomier.
18:07Ils se sont d'abord battus parce que c'est sur place que l'armée s'est un peu soulevée,
18:13les premières escarmouches-là.
18:16Et l'épisode de Morneau-Bœuf, par exemple…
18:19– On va reparler justement, pour ne pas perdre nos téléspectateurs,
18:22par ordre chronologique, s'il vous plaît.
18:25Donc, les premiers émissaires…
18:26– C'est la caserne de Saint-Pierre qui s'est quand même soulevée
18:28à l'appel des métropolitaires arrivés dans le port.
18:32– Voilà, c'est ça.
18:32Donc, c'est la caserne…
18:34– Alors, comment…
18:34Donc, il y a une première bataille qui se déroule en septembre 90,
18:40qui est la bataille de l'Acajou.
18:42– Ah oui, alors ça…
18:43– Mais avant, il y avait eu quand même, avant déjà, des escarmouches,
18:45donc entre l'armée qui s'était soulevée, qui s'était rangée aux côtés de la République.
18:49– Voilà.
18:49– Enfin, aux côtés de la Révolution.
18:51– Oui.
18:51– Et donc, une armée levée par les planteurs.
18:56– Exactement.
18:56– C'est comme ça que ça se passe.
18:57– Avec leurs mulâtres et leurs esclaves et fidèles,
19:00parce que pour eux, les idées révolutionnaires et républicaines,
19:03ils ne voyaient pas l'intérêt.
19:04En fait, ça les empêchait de travailler dans les champs,
19:07de faire marcher l'économie, ils bloquaient les ports.
19:11Et puis, alors, surtout, l'armée du Gomier était arrivée.
19:14C'était un béquet de Guadeloupe du Gomier.
19:17Il est arrivé avec son armée.
19:19Pour l'instant, la métropole n'a pas bougé.
19:22Ils ont envoyé la Guadeloupe qui était plus près.
19:26Bon, alors, ils ont suivi.
19:28Ils ont fait confiance à leur prêtre.
19:30– Vous expliquez dans votre livre que nombre d'esclaves
19:33ou d'hommes de couleur se rangent du côté des planteurs royalistes.
19:36J'allais dire, c'est contre-intuitif.
19:39Alors, comment l'expliquer sans tomber dans une lecture trop idéalisée
19:43des relations maîtres-esclaves ?
19:45Qu'est-ce qui fait que…
19:45– Non, non, oui, ce n'était pas idéalisé, bien sûr.
19:47– Comment expliquer que ces esclaves, ces hommes de couleur,
19:49ne se rangent pas du côté de la République qui…
19:52– Mais parce qu'ils ne voyaient pas, à l'époque,
19:54les bienfaits de la République.
19:55N'oublions jamais que même après, vers la fin du livre,
19:59quand la République a gagné, juste pendant huit mois,
20:01avant que les Anglais viennent à notre secours,
20:04pendant huit mois, la République, elle n'a pas aboli l'esclavage.
20:08Au contraire, les esclaves devaient rentrer dans leurs plantations.
20:12Donc, ils ont bien vu que ça ne leur rapportait rien, cette histoire.
20:17Rien.
20:18– Sauf qu'au contraire, on allait mettre de l'anarchie,
20:23la pagaille dans les plantations, ils ne voyaient pas l'intérêt.
20:26– Ils ne voyaient pas l'intérêt.
20:27– Et ils faisaient confiance à leur maître, entre guillemets, évidemment.
20:33Mais il y en a qui ont pris le parti de la République.
20:36– Oui, bien sûr, ce n'est pas…
20:37– Il y en a qui étaient de l'autre côté.
20:39Mais la majorité, non.
20:41C'est pour ça qu'on a gagné au début, quand même,
20:43parce qu'ils étaient nombreux et ils ne voyaient pas l'intérêt.
20:46Personne ne leur avait dit qu'ils allaient être libres, quoi.
20:47– Alors, je voudrais revenir à cette fameuse bataille,
20:50la bataille de la Cajou,
20:51où Bernard de Persin remporte une victoire décisive
20:57contre Dugommier.
20:58Vous expliquez que Dugommier venait de la Guadeloupe.
21:02Pourtant, Persin, il gagne avec des moyens très inférieurs
21:05en nombre et en matériel.
21:07Qu'est-ce qui fait que militairement, il a été si efficace ?
21:09– On l'a appris.
21:11On a trouvé que c'était un très bon chef.
21:17Et c'est pour ça qu'on l'a surnommé Persin-Canon.
21:19C'est parce qu'évidemment, ils n'avaient pas d'armes.
21:21Alors, ils ont pris des batteries.
21:22Ils ont pris la batterie Sainte-Catherine.
21:24Ils ont pris des batteries.
21:25Et ils prenaient des armes.
21:26Mais c'est vrai qu'ils étaient sous-dotés en armement.
21:32Oui, non, mais il a été très bon tactiquement.
21:35Puis je pense que sur place, ils prenaient les armes de ceux qui étaient là.
21:42– Donc Dugommier, ce sont des batailles qui opposent combien d'hommes à peu près ?
21:47C'est des toutes petites unités.
21:48– Ah oui, alors là, je mets le chiffre précis dans mon livre.
21:53Je ne l'ai pas de mémoire.
21:54Là, je ne me souviens plus exactement du nombre de chaque côté.
22:00– On reportera le téléspectateur à votre…
22:03– Oui, voilà, oui, voilà. Le nombre exact…
22:05– Alors, qu'est-ce qui se passe ?
22:05Une fois que Dugommier a été battu, finalement, on reste sur un statu quo.
22:13Comment ça se passe ?
22:14Saint-Pierre reste acquise aux idées à la Révolution,
22:18alors que toute la campagne…
22:19Est-ce que là, vraiment, il y a la différence entre partie de la ville, partie de la campagne ?
22:22– Ah oui, oui, non, mais ça continue.
22:23Ça continue.
22:24Alors, il y a eu le calme, il y a eu la paix, on les a battus.
22:29La République française, enfin la Convention,
22:31a demandé à Dugommier de rentrer dans ses foyers, à la Guadeloupe,
22:36mais là, ils nous ont envoyé des vraies troupes.
22:38Et avec Rochambeau-Fils…
22:41– Donc là, on est en 93.
22:43– Ah ben oui, il y a eu un temps d'accalmie,
22:45et puis la République, évidemment, ne pouvait pas laisser comme ça.
22:48Donc, ils nous ont renvoyé Rochambeau-Fils,
22:50et là, avec des armées.
22:52Il y a plusieurs bateaux qui sont arrivés dans le port.
22:55Alors, Persin habitait Cazenavir, qui est sur la côte Caraïbe,
22:59donc en dessous de Saint-Pierre, mais de chez lui,
23:02on voyait évidemment les bateaux arrivés, ça se voit, des frégates,
23:06et là, il y en a eu plusieurs qui sont arrivés, je les cite,
23:09les bateaux avec le nombre d'hommes.
23:11Et là, évidemment, Rochambeau est débarqué,
23:13ils ont changé le gouverneur également,
23:18et ils se sont dit…
23:20Alors, Rochambeau, il a eu du mal à débarquer,
23:21mais il a débarqué, et à ce moment-là,
23:24ils ont pris Saint-Pierre,
23:25la République s'est installée à Saint-Pierre,
23:27et c'est là qu'ils ont décidé de quitter leur foyer,
23:30en disant, bon, maintenant, il faut aller se réfugier dans la campagne,
23:33on va essayer de faire un endroit un peu fortifié,
23:36c'est ce qui s'appelle le camp décidé,
23:38qui était près du Gros-Morne et de Verprès,
23:40c'est-à-dire en plein centre de la Martinique,
23:42dans la végétation un peu tropicale,
23:45dans les Mornes,
23:46et puis c'est de là, évidemment,
23:48là, Rochambeau, avec ses troupes,
23:51a voulu attaquer, cerner,
23:53il y a eu des renforts, évidemment, qui sont arrivés,
23:55la République s'est pas contentée de ça,
23:58et là, effectivement,
24:00on a d'abord gagné un peu,
24:02on a les affaires reculés,
24:04et puis,
24:06Persin-Canon s'est dit,
24:08son copain,
24:10Jaham, s'est fait prendre,
24:11il était blessé, il s'est fait prendre,
24:14– Oui, d'ailleurs,
24:15– Ils l'ont fusillé.
24:15– Rochambeau le fait fusiller,
24:17alors que Persin lui propose un échange.
24:19– Oui, exactement.
24:20– Oui, alors là, furieux,
24:21il a recommencé, quoi, Persin.
24:22– Donc c'est quoi,
24:23c'est une exécution pour…
24:24– Pour l'exemple,
24:26puisque personne n'avait été décapité à la Martinique,
24:29et il y a eu quand même très peu de pertes
24:32côté de partie de la campagne,
24:34et là, bon,
24:35c'était M. Dejaram Derivaud
24:39qui a été fusillé à ce moment-là,
24:41alors là, il n'était pas content,
24:43il a recommencé un peu des sorties
24:48pour batailler un peu,
24:50et puis à la bataille du Verpré,
24:51la dernière bataille,
24:53on a fini par perdre, quand même,
24:55sous le nombre, quoi.
24:57Sous le nombre, ils étaient encerclés,
24:59et donc là,
25:01s'est passé effectivement un épisode,
25:04ils ont cru que tout était fini,
25:05il y en a qui sont partis en émigration à Trinidad,
25:10surtout à Trinidad et à Tobago,
25:12assez bas,
25:13qui étaient plutôt espagnoles,
25:16et puis d'autres qui sont restés,
25:18d'autres qui sont…
25:19Oui, mais enfin,
25:19il y en a quand même beaucoup qui sont partis,
25:21sans oublier Joséphine,
25:23qui était sous la protection de la République,
25:25mais bon,
25:27voilà,
25:28et puis après,
25:29il a fallu attendre quand même,
25:30jusqu'en 95,
25:32alors la République s'est installée quelques mois,
25:35plusieurs mois effectivement.
25:36D'ailleurs, il y a une guillotine
25:36qui est installée à Fort-Royal.
25:39Ils n'ont guillotiné que deux personnes.
25:42Il n'y avait pas…
25:45Ça n'a pas été comme en Guadeloupe,
25:46où ils ont guillotiné absolument tout le monde,
25:47sauf une poignée qu'on appelle les Blancs Matignon,
25:49et qui sont restés au fond du moule à la Guadeloupe.
25:53Mais à la Martinique,
25:53ils ont guillotiné deux bandits,
25:55un pirate,
25:56pas grand monde,
25:57heureusement.
25:58Mais…
25:59Mais au niveau économique,
26:01est-ce que l'économie s'est arrêtée à ce moment-là ?
26:03Ben non,
26:03ils ont continué à…
26:05L'industrie sucrière continuait de fonctionner ?
26:08Oui,
26:09oui,
26:09dans les plantations ça fonctionnait,
26:11sauf qu'il y avait quand même du blocus des Anglais,
26:12un peu.
26:13On était toujours en guerre un peu avec les Anglais,
26:15et c'est…
26:16On savait que les Anglais étaient autour.
26:18Alors là,
26:19il y a eu,
26:19justement,
26:20c'est ce que j'ai décrit un petit peu dans mon livre,
26:21il y a eu un pirate,
26:23qui piratait un petit peu,
26:24et qui a été pris…
26:25C'est très amusant d'ailleurs,
26:26cette histoire.
26:27Alors,
26:28qui va faire appel aux Anglais finalement ?
26:30Ah ben,
26:31c'est tout le conseil souverain.
26:32Oui.
26:33L'assemblée coloniale.
26:34C'est l'assemblée coloniale.
26:35Ce qui avait déclaré,
26:36il faut le noter,
26:36la guerre à la République.
26:38Oui,
26:38oui.
26:38Il n'y a jamais eu de vocation indépendantiste,
26:40on ne s'est pas dit,
26:41on va…
26:42Non,
26:43c'était toujours quand même l'attachement à la métropole.
26:45Ah,
26:45oui,
26:46non,
26:46ce n'était pas une idée qu'ils avaient à l'époque.
26:48Ils voulaient…
26:49Ce n'était pas de l'indépendantisme.
26:51C'était,
26:52oui,
26:52presque,
26:52oui,
26:52quand même,
26:53c'est sûr monarchique,
26:54qui voulaient rester avec Dieu et le roi,
26:56parce qu'à ce moment-là,
26:56évidemment,
26:56le roi a été décapité,
26:57ils sont dis-zut,
26:59on reste fidèles,
27:01et après,
27:03ils ont été obligés de faire appel,
27:05oui,
27:05aux Anglais.
27:06Donc,
27:06ils font appel aux Anglais.
27:07Malheureusement,
27:08dans la mort,
27:08dans l'âme,
27:10Père Saint-Canon dit…
27:12Bernard et Galette-Saint-Aurin,
27:13alors ce regard amer,
27:14eux qui ont combattu les Anglais
27:16pendant des années,
27:16ils sont obligés maintenant…
27:17Ils sont obligés de faire appel.
27:18de faire appel à eux.
27:19Parce que la République,
27:20quand même,
27:20ne laissait pas tranquille,
27:21qu'ils les ramenaient,
27:21ils les ramenaient du monde.
27:23Donc là,
27:23évidemment,
27:24les Anglais,
27:24après avoir un peu comme à Dunkerque
27:26pendant la guerre de 40,
27:27vous voyez,
27:27un peu comme à Dunkerque,
27:28les Anglais qui ne voulaient pas
27:29faire monter sur les bateaux
27:31les marins français
27:32ou les officieurs.
27:33Ça,
27:34c'était pareil.
27:34Les Anglais ont dit
27:35non,
27:35non,
27:35on ne prend pas de civils.
27:37Et là,
27:39Père Saint-Canon s'est fâché
27:40et il a rapatrié des civils
27:43et les emmenant en exil,
27:47oui,
27:48à Trinidad,
27:49Tobago,
27:49Sainte-Lucie,
27:50un peu partout.
27:52Et...
27:52Donc,
27:53ça a dû être un choix
27:55qu'ils ont fait,
27:55la mort dans l'âme,
27:57j'imagine.
27:58Bien sûr.
27:58Et après,
27:59ils sont revenus.
28:00Ces civils qui refusent d'embarquer,
28:02c'est des civils qui fuient
28:03les troupes de la République ?
28:05Oui,
28:05ils sont rentrés chez eux
28:06dans leur foyer.
28:07Ils sont rentrés chez eux
28:07dans leur foyer
28:08et puis bon,
28:09ils ont fait le doron
28:11pendant les quelques mois.
28:13Oui,
28:13ça a duré une petite année,
28:14quoi.
28:15Ils ont fait le doron
28:17et Père Saint-Canon,
28:18pareil.
28:19On voit d'ailleurs,
28:19il y a des épisodes
28:20où il va dans les assemblées
28:21républicaines,
28:23il est tout étonné,
28:24il fait des coups,
28:25il répond.
28:27Mais bon,
28:28ça n'a pas été
28:29trop épouvantable,
28:31cette période
28:33d'installation
28:34de la République
28:35à la Martinique.
28:36Parce que,
28:37je vous dis,
28:37ils n'ont décapité
28:37que deux personnes,
28:38un bandit
28:39et un pirate.
28:41et puis après,
28:43oui,
28:43les Anglais sont revenus.
28:45C'est trop content
28:46de pouvoir battre la France.
28:48Non,
28:48mais ça,
28:48j'imagine,
28:49ce sont les alliés
28:50mais finalement
28:51peu fiables.
28:52Oui,
28:52c'est les alliés objectifs.
28:53Et quelle est leur stratégie
28:54réelle des Anglais
28:55dans les Antilles ?
28:56Ah ben,
28:57ils se sont dit
28:57trop contents.
29:00On va essayer
29:01d'avoir la Martinique.
29:02On va essayer
29:03de la prendre
29:05comme colonie,
29:06comme nos autres colonies.
29:07Ils avaient fait ça
29:08pour Sainte-Lucie,
29:09qui avait été française
29:09longtemps,
29:10pour Saint-Vincent aussi.
29:12Et là,
29:14pour la Guadeloupe,
29:15c'était fini.
29:15La Guadeloupe était complètement
29:17sous la tutelle
29:18de Victor Hugues,
29:20qui en a décapité
29:20un certain nombre.
29:21Et là,
29:22trop content.
29:23Alors,
29:23trop content,
29:24eh ben,
29:25on va aider
29:26un peu comme Akibron aussi,
29:28vous voyez ?
29:28Trop content
29:29de vouloir embêter
29:29la République
29:30et pouvoir prendre l'île.
29:31Et c'est là que Persin...
29:32Sauf qu'Akibron,
29:33ça n'a pas fonctionné.
29:34Ça n'a pas fonctionné.
29:35Mais enfin,
29:37et c'est là que Persin-Canon
29:38joue un rôle intéressant
29:40parce qu'il a pu
29:41quand même négocier
29:42que les Anglais
29:43viennent l'aider.
29:44Ils se sont fait
29:45tirer l'oreille
29:46au début,
29:46ils ne voulaient pas venir.
29:47Ils ont envoyé
29:48la partie de la campagne
29:50essayer de faire une bataille
29:53contre la République
29:54sur la route de Saint-Pierre.
29:56On a perdu.
29:57Ils se sont dit
29:58oh là là,
29:59ils ont perdu,
29:59on ne va pas essayer...
30:00Et puis finalement,
30:01ils sont revenus.
30:02Et là,
30:02évidemment,
30:03siège de Fort Royal
30:05à l'époque,
30:06Fort la République
30:07à l'époque.
30:08Et on a fini
30:10après le siège
30:11à faire tomber tout ça.
30:13Mais Persin-Canon
30:14a réussi
30:15à négocier
30:17le protectorat
30:17finalement des Anglais
30:22tout en gardant
30:23le drapeau blanc.
30:24C'est ça.
30:24Alors que
30:26le protectorat,
30:27c'est de mars
30:28mi-94
30:29jusqu'à la paix d'Amiens.
30:30Jusqu'à 1801,
30:31la paix d'Amiens.
30:311802.
30:33Donc ça fait 7 ans.
30:34Comment la vie s'est-elle organisée ?
30:35Oh, ils n'étaient pas bien.
30:36Comment la vie s'est-elle organisée ?
30:37Ils n'ont pas été bien.
30:38C'était quoi ?
30:38C'était une occupation ?
30:39C'était une occupation ?
30:40Ils étaient très durs.
30:44J'ai lu
30:45des récits
30:46à ce moment-là.
30:47Ils n'ont pas été très...
30:49Comme ils faisaient
30:50dans leurs îles anglaises
30:51avec les Noirs,
30:52les plantations.
30:55Ils ont fait...
30:56Ils ont maintenu,
30:58mais sans...
30:59Ils n'ont pas fait
30:59de zèle
31:00dans la...
31:01Comment dire ?
31:02Dans la diplomatie,
31:03dans la...
31:04Bon,
31:057 ans.
31:06Ce n'était pas
31:06trop grave.
31:07Et heureusement,
31:08à la paix d'Amiens,
31:10grâce à Joséphine,
31:10il faut bien reconnaître.
31:12Grâce à Joséphine,
31:15Napoléon
31:16a négocié
31:17les îles...
31:18Je ne sais pas très bien
31:19pour la Guadeloupe
31:20parce que je ne connais pas bien
31:20l'histoire de la Guadeloupe.
31:21Mais la Guadeloupe,
31:22elle était déjà dans la République
31:23donc il n'a pas eu besoin
31:24de s'en occuper.
31:24Mais la Martinique,
31:25c'était la seule
31:26qui était...
31:28qui était restée
31:29en dehors
31:30aux Anglais.
31:31Et là,
31:31il a négocié effectivement
31:33le retour de la Martinique.
31:34Et justement,
31:35c'est là où je voudrais
31:37ajouter juste
31:37un petit...
31:38Petite anecdote.
31:39Les historiens
31:41sont quelquefois
31:41trop contents
31:42de taper sur Napoléon
31:44en disant
31:45qu'il avait rétabli
31:45l'esclavage.
31:46Bon,
31:47bon,
31:48et bien pas à la Martinique.
31:49Je suis désolé
31:49parce qu'il n'a jamais été aboli
31:50l'esclavage à la Martinique.
31:52Ce décret...
31:53Puisque...
31:55Même pendant les huit mois
31:56où la République
31:58s'est installée
31:58à la Martinique,
31:59il n'était pas question
32:00de libérer les esclaves.
32:01Pas question du tout.
32:03Et donc,
32:03après,
32:03avec l'occupation anglaise
32:04de sept ans,
32:05ils n'ont évidemment pas
32:06supprimé l'esclavage.
32:08Donc,
32:08ce décret de la Révolution,
32:10il a fonctionné en Guadeloupe,
32:11il a fonctionné en Guyane,
32:12mais jamais à la Martinique.
32:13Jamais à la Martinique.
32:14Donc,
32:14Napoléon n'a jamais
32:16rétabli l'esclavage
32:17en Martinique.
32:17Sourard de Joséphine
32:18à la Martinique.
32:19C'est une erreur historique.
32:21Il n'a pas eu besoin.
32:22Il n'a pas été restauré
32:22parce qu'il n'y a pas besoin
32:23parce qu'il n'a jamais...
32:23Il n'y a pas eu besoin.
32:25Il n'a jamais été aboli.
32:26Vous parliez...
32:27J'aurais qu'on fasse rapidement
32:28une petite comparaison
32:29avec la Guadeloupe.
32:33Donc,
32:33Victor Hugues
32:34à la Guadeloupe,
32:35c'est l'entité
32:36de ce qui se passe
32:37à la Martinique.
32:38Alors,
32:38qu'est-ce qui explique
32:39que l'île Oisine
32:40n'ait pas produit
32:41à un persin ?
32:42Est-ce qu'il y a une différence
32:42au niveau des colonisations ?
32:44Oui.
32:44On attend toujours tendance
32:46en métropole
32:47d'assimiler...
32:48Alors,
32:48les Antilles,
32:49Guadeloupe,
32:49Martinique,
32:51mais ce sont deux îles
32:52qui sont quand même loin.
32:53Il y a la Dominique,
32:57entre nous.
32:58Ça fait quoi ?
32:58Ça fait 400 kilomètres ?
33:00Oui,
33:00à peu près,
33:01quoi.
33:02Mais ce n'est pas du tout
33:03la même histoire.
33:04Ce n'est pas du tout
33:05la même histoire.
33:06On disait,
33:07et on a beaucoup dit,
33:09pour comparer,
33:10il y avait Saint-Domingue.
33:10N'oublions pas
33:11que la plus grande
33:12et la plus belle
33:12et la plus riche,
33:13c'était Saint-Domingue,
33:13actuellement à Haïti,
33:15où il y avait...
33:15Après,
33:16il y a eu la révolution
33:16qu'on connaît
33:18qui a été sanglante.
33:20Et alors,
33:21on disait,
33:21une expression très connue
33:23à la Martinique,
33:24on disait,
33:24les seigneurs de Saint-Domingue,
33:26les messieurs de la Martinique
33:28et les gens de la Guadeloupe.
33:30Bon.
33:31Alors déjà,
33:32ça fait,
33:33ce n'est pas très gentil pour eux,
33:34mais déjà,
33:35ça fait une hiérarchie
33:38dans la colonisation,
33:40dans le...
33:41socialement,
33:42le genre de colons
33:44qui arrivaient.
33:46Les grandes familles,
33:47d'ailleurs,
33:47c'est pour ça
33:48qu'ils ont perdu à Haïti,
33:49c'est que c'était
33:50les très grandes familles
33:51françaises aristocrates
33:52et qui n'y mettaient jamais
33:54les pieds.
33:54Ils ont envoyé des géreurs
33:55qu'on pourrait appeler
33:57maintenant des gestionnaires,
33:58enfin,
33:59qui géraient leurs propriétés,
34:01mais eux n'y venaient jamais.
34:03Ils ne faisaient que recevoir
34:04les...
34:04qui étaient effectivement
34:05très riches
34:05à la Martinique,
34:06c'était donc
34:08l'arithocratie
34:09ou la...
34:10de province
34:12ou des descendants de pirates,
34:13enfin,
34:13il y avait un peu de tout.
34:15Mais on était sur place.
34:16Et à la Guadeloupe,
34:19les Blancs,
34:19c'était plus
34:21de catégories sociales,
34:24disons-le,
34:24pas aristocratiques,
34:25moins aristocratiques.
34:27– D'accord.
34:27– Et même les esclaves
34:29ne venaient pas...
34:30C'est affreux à dire
34:31ce que je vais dire.
34:33C'est pas...
34:33C'est pas...
34:34C'est pas bien maintenant
34:35avec les yeux
34:36du XXIe siècle qu'on a,
34:38mais même quand les esclaves
34:40arrivaient sur les ports
34:41de Martinique
34:42ou de Guadeloupe,
34:42les Martiniquais se servaient
34:44en premier des meilleurs,
34:45si je puis dire.
34:45Voyez ce que je veux dire.
34:47Et ils laissaient
34:48le reste à la Guadeloupe.
34:49Donc la Guadeloupe
34:50n'a pas du tout
34:51la même histoire
34:53ni de la colonisation
34:54ni même de l'origine
34:56des esclaves.
34:57Alors peut-être que...
35:01Dugommier, oui,
35:01mais enfin Dugommier,
35:02il a épousé très très vite
35:03les idées révolutionnaires.
35:04Il n'y avait pas assez
35:04de béquets
35:08de la Guadeloupe pour...
35:10Ils ont épousé
35:11tout de suite ces idées-là.
35:12Victor Hugues était
35:12comme un poisson dans l'eau
35:14et c'est pour ça
35:15qu'après,
35:16pendant tout le XIXe siècle,
35:21ils ont eu une économie
35:23qui était beaucoup plus...
35:24beaucoup moins florissante
35:26qu'à la Martinique
35:27à la Guadeloupe.
35:28Pendant tout le XIXe siècle,
35:29il n'y avait plus personne
35:29pour faire tourner
35:31les distilleries,
35:33les sucreries
35:34ou les bananes.
35:36il n'y avait plus personne.
35:38Et c'est la Martinique
35:39qui est revenue
35:39début 20...
35:40Oh oui,
35:41début 20ème
35:43pour relever
35:43les plantations.
35:46Vous parliez de...
35:46Parce que d'abord,
35:47ils avaient coupé la tête
35:47à beaucoup de gens aussi.
35:48Il n'y avait plus personne.
35:49Oui, c'est ça.
35:49Il n'y avait plus personne
35:50sauf les pauvres blancs-matignons
35:52qui se sont réfugiés.
35:53Je demande ces blancs-matignons.
35:54Qui sont-ils ?
35:55Alors, c'est une partie
35:56des colons de Guadeloupe
35:58qui ont fui.
35:59À ce moment-là,
36:00voyons la guillotine
36:01à Pointe-à-Pitre
36:02et dans toutes les grandes villes
36:04de Guadeloupe,
36:05ils ont décapité quand même
36:06un grand nombre de colons.
36:09Il y en a qui ont pu fuir quand même.
36:11Ils se sont réfugiés au Moule.
36:12Le Moule, c'est une autre commune
36:13dans le nord de Bastère
36:16ou de Grande Terre,
36:16je ne sais plus,
36:17parce que c'est deux îles
36:18la Guadeloupe.
36:19Ça, je ne sais plus.
36:20géographiquement.
36:20Mais ils se sont réfugiés
36:21dans ce qu'on appelle
36:22les grands fonds du Moule.
36:24Bon, qui étaient très...
36:26Ça ne vend pas du rêve
36:26comme nom, déjà.
36:27Oui, ben oui.
36:28Ils étaient dans la forêt tropicale,
36:30à se terrer, là, dans les mornes,
36:31c'est-à-dire dans les collines,
36:33pour essayer d'échapper
36:34à l'échafaud.
36:35Et ils se sont cachés là,
36:37mais jusqu'à maintenant,
36:38si je peux vous dire.
36:39C'est-à-dire qu'ils étaient
36:41une poignée.
36:44Ils se sont reproduits entre eux.
36:48Donc, ils se sont évidemment
36:49un peu dégénérés.
36:50Vous voyez ce que je veux dire ?
36:52Et maintenant,
36:54ce n'est pas très brillant,
36:55ce qu'il en reste.
36:56Ils sont tous blancs.
36:57Ah oui, ça, c'est sûr.
36:58Mais alors,
37:00la population se moque d'eux un peu.
37:01Ils sont très...
37:06Et donc,
37:07ils sont toujours là.
37:09Et alors,
37:09ils s'appellent Blanc Matignon
37:10parce qu'il y avait une famille
37:11de Gouillon Matignon.
37:12Bon, alors,
37:12la légende dit,
37:13parce que...
37:14Et d'ailleurs,
37:16l'actuel prince de Monaco,
37:17enfin,
37:17ou même son père,
37:18Régnier de Monaco,
37:20envoyait régulièrement
37:22de quoi les sustenter,
37:25de quoi...
37:25Il faisait son chèque
37:26absolument régulièrement
37:27parce qu'il s'appelait
37:28les Blancs Matignon
37:28parce qu'on disait
37:29qu'il y en avait un dedans
37:31qui était un descendant
37:32des Gouillon Matignon,
37:34qui règnent maintenant
37:35à Monaco.
37:37Et donc,
37:39alors,
37:40on s'est dit,
37:40c'est une légende,
37:41c'est pas une légende,
37:42mais après,
37:43comme ils se sont tous
37:43mariés entre eux,
37:44ils se sont tous appelés
37:45les Blancs Matignon,
37:46je crois.
37:47Alors,
37:50voilà l'histoire.
37:51Mais il n'y avait plus
37:51effectivement de planteurs
37:53pour gérer
37:54pendant tout le XIXe siècle
37:55pour faire les plantations.
37:56Ils sont devenus très pauvres,
37:57les Guadeloupéens.
37:58Il n'y avait plus rien presque.
37:59L'économie,
38:00je ne sais pas comment elle marchait.
38:02Ce n'était pas aussi florissant
38:03qu'à la Martinique.
38:03À la Martinique, oui.
38:05Je voudrais venir maintenant
38:06à la façon dont vous avez écrit
38:08le livre.
38:09Donc,
38:09vous avez des archives familiales.
38:12Ah oui.
38:13Vous vous êtes aussi appuyé
38:14sur des sources officielles.
38:15Ah ben,
38:15évidemment.
38:16J'imagine.
38:17Oui, oui.
38:17Qu'est-ce que vous ont appris
38:18ces archives familiales ?
38:19C'était quoi ?
38:19C'était des lettres ?
38:20C'était des journaux intimes ?
38:21Ah,
38:21les archives familiales,
38:23c'était un de mes ongles,
38:25Albert de Persin,
38:26qui avait tout,
38:27tout,
38:28tu vivais quoi ?
38:29Albert de Persin,
38:30c'est fin XIXe.
38:31Oui,
38:32c'est ça.
38:33Dès plus XXe aussi,
38:34oui.
38:35Et il avait déjà fouillé,
38:37alors dans un livre de référence,
38:38à la Martinique,
38:39il y a des livres de référence
38:40d'histoire de la Martinique,
38:42c'est le Sidney d'Année.
38:44Oui.
38:44C'est Sidney,
38:46il y a un noir.
38:47Sidney d'Année de Marciac.
38:48Voilà,
38:48Sidney d'Année de Marciac,
38:49donc d'organisation anglaise
38:50et française en même temps,
38:52qui est une référence.
38:54Il a écrit ce livre merveilleux,
38:58ça date du milieu du XIXe,
39:01c'est avec le livre,
39:01et il raconte tout par le menu.
39:05Donc,
39:05on peut s'y fier.
39:06Alors,
39:07il y avait aussi des livres anciens sur la Martinique
39:10et puis une revue qui se passait de main en main,
39:13à l'époque,
39:13qui s'appelait
39:14Cœur créole,
39:15où j'ai eu des petites anecdotes sympathiques.
39:19Et puis,
39:19alors après,
39:20je sais que mon oncle de Persin
39:23s'était beaucoup inspiré du Sidney d'Année,
39:25où il y avait énormément de choses.
39:27Il y avait aussi le Dessal,
39:28Pierre Dessal,
39:31qui a tenu un journal.
39:32C'était pas...
39:33Il a tenu un journal,
39:34mais en plusieurs tomes,
39:37je l'ai à la maison.
39:38Ce sont les deux livres de référence,
39:41le Sidney d'Année et le Dessal,
39:42où on a beaucoup de choses.
39:44Est-ce qu'il y a des choses
39:45que les archives familiales vous ont apprises
39:47qui n'étaient pas dans les sources officielles ?
39:49Alors,
39:51oui,
39:51mais oui,
39:53parce que j'ai relu après,
39:54évidemment,
39:54le Sidney d'Année et le Dessal.
39:56Mais,
39:57oui et non.
39:59Oui et non,
40:00parce qu'Albert de Persin
40:01s'était évidemment inspiré
40:02de ces deux livres-là aussi.
40:05Et puis,
40:06oralement,
40:07oralement,
40:07oui,
40:08la tradition orale
40:09qui compte
40:10dans les familles...
40:11Qui peut être déformée beaucoup aussi.
40:12Qui peut être déformée.
40:14Alors,
40:14sur les relations entre Persin et Joséphine,
40:16ils étaient voisins d'habitation,
40:17ils étaient cousins.
40:18par la mère de Joséphine
40:19qui était une des vergers de Sanois
40:22et par la mère de Persin-Canon,
40:25Bidegain.
40:26Et elles étaient cousines,
40:27mais ça,
40:27tout le monde est cousin à la Martinique.
40:29Forcément,
40:30c'est comme dans toutes les provinces françaises,
40:31tout le monde se marie
40:32avec son voisin,
40:33avec...
40:33voilà.
40:35Et donc,
40:35effectivement,
40:36mais même dans le livre,
40:37j'ai pris un tout petit peu
40:39de liberté,
40:40forcément,
40:41parce que...
40:42Oui, il y a un peu de récit,
40:43c'est un peu romancé.
40:44Oui, j'ai voulu le resituer
40:45dans un environnement plutôt sympathique.
40:49Évidemment,
40:50je n'étais pas là sur la terrasse
40:51à prendre le ponche avec lui
40:52sur sa balancelle.
40:53Mais je l'ai imaginé
40:54parce que tout le monde fait comme ça,
40:55si vous voulez.
40:57Je l'ai resitué dans les us et coutumes
41:01même de l'époque
41:02et même de maintenant,
41:03de la vie à la Martinique
41:06parce qu'elle n'a pas beaucoup changé
41:10de...
41:10Oui, de ses coutumes.
41:12Ça a gardé un petit air de vieille France.
41:15Donc, je suppose qu'effectivement,
41:17sa cousine venait le voir
41:18en traversant la baie de Fort-de-France
41:20avec les enfants.
41:22Ils étaient parfaitement cousins.
41:24Et effectivement,
41:25on a des lettres de Joséphine
41:27qu'elle appelait
41:28mon cher petit cousin canon.
41:31Canon.
41:32Voilà.
41:33Alors justement, Joséphine,
41:34elle apparaît dans votre essine
41:35comme une cousine d'ordinaire.
41:36Pieds nus, vous dites,
41:38dans la savane.
41:40Est-ce que vous pensez
41:42qu'elle avait conscience
41:42de la gravité
41:43de ce qui se passait autour d'elle ?
41:44C'était un petit oiseau des îles,
41:46Joséphine.
41:47Elle s'appelait Rose.
41:48C'est Napoléon
41:49qui l'a surnommée Joséphine
41:50parce qu'elle s'appelait
41:51Marie-Joseph Rose.
41:53Alors, les lapageries,
41:53les tachés de lapageries
41:55étaient aux trois îlets
41:57dans leur habitation de lapagerie
41:59qui jouxtaient donc
42:00celle des Persins
42:02qui étaient au banc de Bigot
42:04au-dessus des anses d'Arlay.
42:05Mais les anses d'Arlay,
42:06le troisième îlet,
42:07tout ça,
42:07ça s'est collé.
42:10Elle a été élevée
42:12dans la nature
42:13avec ses dats.
42:15On appelait ça les dats.
42:16Les dats ?
42:16Les dats.
42:17Ce sont les dats.
42:18Les dats,
42:19ce sont
42:20anciennement des escraves,
42:21souvent
42:24des enfants naturels
42:26qu'on ne laissait plus
42:26dans les champs de canne
42:27qui venaient à la maison
42:28s'occuper des enfants,
42:29comme on pourrait dire,
42:29les jeunes vies au père
42:30ou les gouvernantes.
42:31Voilà,
42:32alors c'était des dats.
42:33Il y avait
42:33des dats philopophilomènes,
42:35des dats,
42:35machin,
42:35alors c'était,
42:36voilà.
42:36Et alors,
42:37elles élevaient les enfants
42:39de la plantation
42:40et puis après,
42:41bon,
42:41elle a épousé le général
42:42de Boarnay.
42:44Est-ce qu'elle s'est rendue compte ?
42:47Oui,
42:48quand même,
42:48parce qu'elle était en prison,
42:49il ne faut pas oublier,
42:50sous Boarnay,
42:51avant,
42:53elle a quand même fait de la prison,
42:54c'est Barras qui l'a sauvée.
42:56On dit que,
42:57il s'est passé des choses
42:58avec Barras,
42:58ça sûrement,
43:00sûrement,
43:00elle s'est laissée aller.
43:01Connaissant Barras,
43:02ce n'était pas forcément…
43:03Et connaissant Joséphine aussi,
43:04il faut reconnaître ce qui est.
43:06Quand on est une femme,
43:08pour éviter la mort,
43:09peut-être qu'on se défend
43:10avec les atouts qu'on a.
43:11Oui,
43:11Non mais ce n'est pas sûr
43:12que Barras aime les femmes,
43:13surtout.
43:14Ah,
43:14eh bien on dit quand même,
43:15c'est ce qui se dit.
43:17On fera une émission
43:17sur Barras.
43:18Oui,
43:19écoutez,
43:19je ne sais pas,
43:21c'est la légende
43:23qui dit ça,
43:24évidemment,
43:24personne n'a de preuves.
43:25Mais bon,
43:26alors du coup,
43:27elle a été sauvée quand même,
43:28je crois,
43:28par la chute de Robespierre.
43:31C'est ça juste avant.
43:32Elle a quitté la prison.
43:35Est-ce que ça lui a mis
43:36du plomb dans la tête ?
43:37Oui,
43:38elle s'est rendue compte quand même.
43:39Alors après,
43:40elle a voulu absolument
43:42avoir de la sécurité,
43:43de l'argent,
43:43de la sécurité,
43:44de l'argent,
43:44de la sécurité.
43:45Alors après,
43:45il y a eu Mme Tallien,
43:46sa copine,
43:47et puis elle est allée,
43:48évidemment,
43:51essayer de fréquenter
43:52tout ce qu'il y avait
43:52d'intéressant à fréquenter
43:54à l'époque.
43:55Je voudrais passer
43:56à un autre personnage
43:57de votre livre
44:00qui s'appelle
44:00Aimée du but de Riverie.
44:02Ah oui.
44:02Alors là,
44:03qui connaît un destin
44:04assez extraordinaire.
44:05Qu'est-ce qui vous a amené
44:06à l'inclure dans votre récit
44:07au-delà de la simple…
44:10Parce que j'ai voulu…
44:11Racontez-nous son histoire
44:12qui vaut quand même…
44:13Parce que j'ai voulu…
44:14Le détour,
44:14il nous reste quelques minutes.
44:15Alors,
44:16j'ai voulu montrer
44:17que la Martinique,
44:19comme on dit là-bas,
44:20est le centre du monde.
44:22Ils sont très contents.
44:24On a le charrette de la Martinique,
44:26père Saint-Canon.
44:26Mais on est le centre du monde
44:27parce que nous avons
44:28trois reines
44:30ou impératrices.
44:31Il ne faut pas oublier…
44:33Alors,
44:33tout le monde connaît Joséphine
44:34qui est devenue
44:35impératrice des Français.
44:37Il ne faut pas oublier
44:38Madame de Maintenon
44:40qui était donc
44:41l'épouse morganétique
44:42à la fin de Louis XIV
44:43qui a passé toute son enfance
44:45à la Martinique
44:47avec son père d'Aubinier
44:48qui était un peu
44:50un monsieur
44:50pas très recommandable
44:51qui a fait de la prison
44:52en France,
44:53là-bas,
44:53qui a voulu monter
44:54une plantation
44:54à Marie-Galante,
44:55à la Guadeloupe
44:55et qui est revenu
44:56à la Martinique.
44:58Ils habitaient aux Précheurs
44:59au nord de Saint-Pierre
45:00et il y a toujours
45:01sa stèle
45:02à Madame de Maintenon.
45:03Alors,
45:04il y avait la Madame de Maintenon
45:05Joséphine
45:06et Aimée Dubuc de Riverie
45:08surnommée,
45:08enfin nommée
45:09la sultane Validé.
45:10Pourquoi la pecton comme ça ?
45:11Alors,
45:12Aimée comme
45:13c'était la fille
45:14de Pierre Dubuc
45:15qui a fait la guerre
45:16de Vendée créole
45:18avec Bernard de Persin
45:20et c'était un peu
45:23Pierre Dubuc,
45:24c'était légendaire.
45:25Il est dans la baie du Trésor
45:26à la Martinique
45:27au pied de sa propriété,
45:29son habitation
45:30était dans la baie du Trésor
45:31et donc il avait l'habitude
45:32d'aller pirater
45:33les bateaux espagnols
45:34ou anglais qui passaient.
45:35C'était sa grande occupation.
45:36Mais à l'époque,
45:37on avait envie
45:37de faire des études
45:38et de parfaire
45:39l'éducation des enfants
45:40et comme beaucoup
45:42de jeunes à la Martinique,
45:43elle est partie
45:44en métropole
45:46et puis au retour,
45:47elle s'est fait pirater
45:48par des barbaresques
45:49ou des pirates
45:50habituels à cette époque-là
45:51dans l'Atlantique.
45:53Elle a été vendue,
45:54alors elle est arrivée
45:55à Alger,
45:57le baie d'Alger
45:58l'a vendue
45:59au sultan de Constantinople
46:04et elle faisait partie,
46:06elle était la première
46:07favorite ou je ne sais pas,
46:08enfin bref,
46:09elle a donné naissance
46:10quand même
46:10au sultan suivant
46:12et c'est à sa mort,
46:14alors pour les Dubucs
46:15à la Martinique,
46:16ça a été affreux
46:16parce qu'eux,
46:17ils ne savaient rien
46:17et donc pour eux,
46:18leur fils était terminé,
46:20elle avait disparu en mer
46:20et puis terminé
46:21ou alors elle a été vendue.
46:23Et on l'a su comment ?
46:26Or,
46:27et ça évidemment
46:30disent les historiens,
46:31dit Michel de Grèce
46:32qui a écrit son histoire
46:34dans La Sultane Validé,
46:36je crois,
46:36sans me tromper,
46:37alors il a peut-être
46:38des sources,
46:39moi honnêtement,
46:39je n'ai que les sources
46:40familiales et orales,
46:42il paraît qu'à sa mort,
46:44elle a réclamé un prêtre,
46:46chrétien, catholique
46:47et c'est là
46:48qu'elle a révélé
46:49toute son histoire,
46:51qu'elle était aimée
46:52Dubuc de Riverie
46:53et tout son parcours vendu
46:55et la mère du sultan
46:58Mohamed II
47:00au palais de Topkapi
47:01à Constantinople.
47:03Et on dit que,
47:04grâce à ça,
47:06Napoléon a entretenu
47:08d'excellents rapports
47:10avec les sultans
47:13de Constantinople
47:14à l'époque
47:14parce qu'évidemment,
47:16ça pouvait être
47:18par Joséphine,
47:19son cousin
47:20par la Martinique.
47:21Il nous reste moins...
47:22Voilà, c'est une belle histoire
47:24mais c'est la sultan validée.
47:26Il nous reste moins d'une minute.
47:28Donc, vous avez écrit ce livre
47:29depuis les Trois-Illets,
47:31je l'ai dit.
47:33Est-ce que la Martinique,
47:34aujourd'hui,
47:35quelle est la mémoire
47:35de cette Vendée Créole
47:36aujourd'hui en Martinique ?
47:38Il n'y en a pas.
47:39C'est pour ça que j'ai écrit le livre.
47:42Il n'y en a pas.
47:43Alors, il y en a dans les livres
47:44que je vous ai cités
47:45puis il y avait un...
47:46Il n'y a pas de la mémoire
47:47de Persin,
47:48il n'y a pas de monument,
47:49il n'y a rien du tout.
47:50Rien.
47:50Rien.
47:51Rien.
47:52C'est devenu
47:55complètement républicain.
47:57Moi, je vois,
47:58quand j'y étais
47:59avec tous mes enfants
48:00puisque tous mes enfants
48:00sont nés là-bas,
48:01donc ils ont été en classe là-bas,
48:02ils ont été suivis
48:03leur scolarité.
48:05Tous les professeurs
48:06étaient
48:08comme c'est le métropole, quoi.
48:10Voir même ignorants
48:12de la chose, finalement.
48:13Ah, mais oui.
48:13Oui, c'est ça.
48:14Ils passaient même par Cuba
48:14avant d'arriver à la Martinique,
48:15c'est vous dire.
48:16Alors, donc,
48:17non, personne ne connaissait
48:18cette histoire
48:19et c'est pour ça
48:20que ça m'a amusée.
48:21C'est une histoire inédite
48:23qui n'est pas du tout
48:25inconnue du grand public,
48:26ignorait des manuels scolaires
48:30et j'ai même été
48:31faire une conférence
48:32dans une école là-bas
48:34parce qu'elle était tenue
48:35par des amis
48:36qui m'ont dit
48:37viens faire une conférence
48:38sur le livre
48:39et puis tu vas expliquer.
48:40Les enfants étaient bouche bée,
48:41ils ne connaissaient absolument pas
48:43cet épisode.
48:45Alors, il n'y a que,
48:45il y a évidemment
48:47des gens extrêmement lettrés
48:49et cultivés à la Martinique
48:50qui connaissaient l'histoire
48:50mais le grand public
48:51ne la connaît absolument pas.
48:53Non, non, absolument pas.
48:55Écoutez, grâce à vous,
48:56Audi de Lacoste-Larémondi,
48:58on va la connaître.
48:59Donc, c'est la Vendée Créole,
49:01sous-titrée
49:01la chouonnerie en Martinique
49:03avec des préfaces
49:04de Philippe Pichaud-Brava
49:05et de Reynald Secher
49:07et c'était sorti
49:08chez Via Romana
49:09en 2015.
49:11Mais bon,
49:11le livre est toujours
49:13disponible.
49:14Bien sûr.
49:14Bien évidemment.
49:15Merci infiniment
49:16de cet éclairage
49:17sur la Martinique.
49:19J'ai moi qui vous remercie
49:21de votre invitation.
49:22C'était Passé Présent,
49:23l'émission historique de TVL
49:24réalisée en partenariat
49:26avec la revue
49:27d'Histoire européenne.
49:28Alors, avant de nous quitter,
49:30vous n'hésitez pas,
49:30bien sûr,
49:31à cliquer sur le pouce levé
49:32sous la vidéo
49:33et de vous abonner
49:34à notre chaîne YouTube.
49:36Merci et à bientôt.
49:37Sous-titrage Société Radio-Canada
49:38et à bientôt.
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