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  • il y a 3 heures
Des cloches qui sonnent du matin au soir, des processions pour conjurer les mauvaises récoltes, un curé qui fait office de juge, de conseiller et de consolateur… Dans la France d’Ancien Régime, l’Église n’était pas seulement une institution : elle était le véritable cœur battant de la vie villageoise.
Dans son ouvrage "L'Eglise au village", l’historien Jean-Marie Le Gall nous plonge au plus près du quotidien des campagnes entre le XVIe et le XVIIIe siècle. À hauteur d’homme, il fait revivre les curés, vicaires, chapelains, prêtres-filleuls et les laïcs qui animaient la paroisse, lieu central de solidarité, de pouvoir, de tensions et de foi.
Au programme :
- La place de l’église dans les communautés villageoise
- Le rôle économique, social et spirituel du clergé
- Superstitions, sacrements et solidarités villageoises
- Les mutations profondes après les guerres de Religion
Spécialiste de la Renaissance et de l’histoire religieuse, Jean-Marie Le Gall, professeur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, nous offre ici une histoire "par en bas", sensible et profondément documentée, tirée des archives. Un livre essentiel pour comprendre comment nos ancêtres vivaient, croyaient et se rassemblaient autour de leur clocher mais aussi pour envisager les défis qui s’offrent à une Eglise qui peine à exister en milieu rural.

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Transcription
00:00– Mon invité du jour est Jean-Marie Le Gall,
00:08il vient nous présenter son ouvrage « Église au village »,
00:10l'Église au village 17e-18e siècle.
00:13Il est historien, moderniste, professeur d'université à Paris 1,
00:17Panthéon-Sorbonne et ancien président du jury d'agrégation d'histoire.
00:20Bonjour Jean-Marie Le Gall.
00:22– Bonjour.
00:22– Alors votre ouvrage explique l'Église au village comme son nom l'indique.
00:26Vous revenez dedans sur plusieurs termes, ce qui est très intéressant,
00:30c'est qu'il y a un aspect lexical dans cet ouvrage
00:33et qui permet de mieux comprendre le rôle de l'Église
00:36pendant la période traitée et vous évoquez notamment le terme « curé »
00:40qui est devenu parfois un terme un peu générique.
00:43Qu'est-ce que veut dire historiquement ce terme « curé » ?
00:47– Alors l'Église, ça a plusieurs sens au village.
00:51C'est tout d'abord des bâtiments, donc des bâtiments,
00:54l'Église principale mais aussi les chapelles.
00:56C'est ensuite étymologiquement en grec la communauté,
01:01donc la communauté villageoise.
01:03Est-ce que la communauté villageoise et la communauté paroissiale,
01:05c'est la même chose ? On y reviendra.
01:08Et puis c'est une institution avec des hommes.
01:11Et on a tendance aujourd'hui à considérer que l'Église du village a un chef,
01:16c'est le curé.
01:17Le curé, pour être curé, il faut préalablement être prêtre.
01:21Mais tout prêtre n'est pas curé.
01:23Celui qui est curé, c'est celui qui a reçu le pouvoir de la charge d'âme,
01:29puisque « curé », ça vient d'un terme latin, « cura animarum », la charge d'âme.
01:33Et ce curé, donc, il est le chef, en quelque sorte, de la paroisse.
01:38Il peut être assisté par des vicaires.
01:41Mais contrairement à ce qui se passe aujourd'hui,
01:43où le curé est désigné par l'évêque,
01:46eh bien, à l'époque, le curé peut être désigné dans certains diocèses par l'évêque,
01:51mais très souvent aussi par celui qu'on appelle le patron de la paroisse,
01:53c'est-à-dire qui a été le fondateur au Moyen-Âge de cette paroisse.
01:57Et il s'agit très souvent d'abbés, de chapitres collégiaux ou cathédraux.
02:02Prenez par exemple l'abbaye de Saint-Denis, elle est en Ile-de-France.
02:05Elle a à ça l'abbaye de Saint-Denis, donc soit l'abbé, soit le chapitre des moines,
02:11à la possibilité de nommer à 56 cures en France
02:14qui s'étendent de la Picardie au Béry.
02:17Donc, le curé, c'est en quelque sorte celui qui a la charge d'âme
02:22et qui doit diriger en quelque sorte les fidèles.
02:25Il a des monopoles, celui par exemple d'organiser les baptêmes,
02:30le sacrement du mariage, on doit se marier dans sa paroisse.
02:34Le curé administre un certain nombre de sacrements
02:37et même par exemple pour communier à Pâques,
02:41ce qui est l'obligation minimale chaque année,
02:44il faut se confesser à son curé
02:46et pas aller se confesser dans un village voisin
02:48ou à un prêtre de passage
02:50parce que c'est en quelque sorte lui qui a la responsabilité de la communauté
02:55et donc de vérifier que vous êtes en état de communier une fois au moins par an.
03:00– Cette règle de territorialité, elle a disparu par usage
03:04ou elle a été supprimée formellement ?
03:07– De fait, aujourd'hui, c'est très difficile d'appliquer cette règle
03:13dans la mesure où il n'y a plus un curé par village
03:15et le curé a souvent plusieurs paroisses sous son autorité.
03:21Donc maintenant, les gens choisissent un petit peu
03:23où ils sont en quelque sorte, où ils décident de se marier,
03:27où ils décident d'être inhumés.
03:29En général, on doit quand même se rendre dans sa paroisse,
03:34se baptiser dans sa paroisse, c'est-à-dire le lieu où on habite
03:36est normalement celui qui détermine la paroisse
03:39auquel on doit en quelque sorte recevoir les sacrements.
03:43Mais on sait très bien qu'aujourd'hui, ça n'est absolument plus en quelque sorte respecté.
03:47Tandis que dans les campagnes de jadis, beaucoup plus que dans les villes,
03:51à la rigueur dans une ville du XVIIe siècle,
03:53vous pouvez très bien aller dans une autre paroisse
03:56que celle qui est véritablement celle du quartier.
03:58Mais dans la France d'Ancien Régime, dans les villages d'Ancien Régime,
04:02il n'y a pas une offre pléthorique d'offre de sacrements.
04:06Donc on va à l'église du village ou à la chapelle qui dépend de la paroisse.
04:11– Et alors, ce sont des hommes, l'église au village,
04:13mais ce sont aussi des bâtiments.
04:15Et il y a des choses assez piquantes, assez étonnantes sur les clochers
04:20qui ont un rôle très important.
04:21Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur le rôle du clocher en lui-même ?
04:23– Oui, parce qu'aujourd'hui, le clocher est devenu un peu emblématique
04:27de cette France rurale.
04:28Alors évidemment, le clocher a une dimension ecclésiastique, religieuse.
04:32C'est lui qui signale par les cloches, qui sont baptisés,
04:36d'ailleurs par le curé, qui ont des parrains qui sont souvent des notables.
04:39Et cette cloche, elle annonce un certain nombre d'offices religieux
04:43qui concernent tout le monde, la messe dominicale.
04:46Il sonne également l'angélus, c'est-à-dire la prière de 7h du matin,
04:50de midi et puis du soir.
04:52Mais il y a beaucoup d'autres usages.
04:54Il y a tout d'abord des usages qui peuvent être particuliers.
04:56C'est-à-dire que lorsqu'il s'agit de célébrer les funérailles
05:00d'un parent ou un baptême,
05:01la famille va demander à ce qu'on sonne, en quelque sorte, la cloche du village.
05:05C'est une espèce de fer-par sonore, en quelque sorte,
05:07qui est adressée à la communauté.
05:09Et puis, il y a des usages qui sont civils et qui sont partagés,
05:12y compris avec ceux qui ne sont pas catholiques au village,
05:15comme les protestants.
05:16C'est-à-dire que lorsque un loup rôde autour du village,
05:19lorsque des brigands menacent le village,
05:22on va sonner le toxin.
05:23S'il y a un incendie qui se déclare, on va sonner le toxin.
05:26Et puis, pour rassembler l'assemblée villageoise
05:30qui va gérer de la répartition de l'impôt,
05:32de la reconstruction des ponts, de la corvée,
05:35du recrutement de la milice,
05:37eh bien, on va sonner les cloches pour signaler
05:39qu'il faut se rassembler, d'ailleurs, à proximité de l'église,
05:42sous le porche, voire parfois dans la nef de l'église.
05:46Donc, c'est véritablement…
05:48Ça a des usages totalement civils.
05:50Et puis, il y a aussi des usages qui sont presque magiques.
05:53C'est-à-dire que jusqu'au 18e siècle, quand il y a des orages
05:57ou des ondées qui arrivent, on sonne souvent les cloches.
06:00Et il se peut que catholiques et protestants, d'ailleurs, se relaient,
06:04ou hommes et femmes se relaient pour sonner les cloches,
06:06afin de repousser la grêle, le tonnerre, etc.
06:09Donc, les clochers sont importants.
06:12Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, d'ailleurs,
06:14les communautés villageoises, lorsque un clocher s'effondre
06:17en raison de son usure ou d'un incendie,
06:20considèrent que c'est un peu une amputation de l'identité de la communauté
06:24dans le paysage, en quelque sorte, dans le paysage.
06:28– Et l'église, donc, il y a le clocher,
06:30mais le reste de l'église, l'église bâtiment,
06:33a aussi eu longtemps un rôle social.
06:36Aujourd'hui, l'église est très cantonnée quand elle est utilisée à la messe.
06:40Et quels ont été les autres usages sociaux qu'ont pu avoir les églises ?
06:45– Effectivement, et c'est une question qui rebondit
06:47avec que faire des églises aujourd'hui.
06:49C'est-à-dire que l'église, tout d'abord,
06:51elle est édifiée très souvent par la communauté.
06:54C'est-à-dire que si le curé a en charge l'entretien du cœur,
06:59les gros travaux de l'église, son extension, etc.,
07:02relèvent de l'argent de la communauté.
07:06Et il faut très souvent demander, d'ailleurs, à l'intendant,
07:08qui est l'équivalent du préfet, si on a des travaux à faire,
07:11de lever une augmentation de taxes sur les villageois pour faire ces travaux.
07:16Donc, dans la mesure où c'est le bâtiment de la communauté,
07:19il y a des usages qui sont affectés à l'administration des sacrements,
07:23mais on peut avoir des usages très profanes, du style, par exemple,
07:27quand il y a une menace, stocker les vivres dans le blé, le vin, etc.,
07:33se réfugier, même dans l'église, s'il y a une menace militaire,
07:36avec cette idée que ça servira de lieu d'asile.
07:38Et puis, il y a aussi le fait qu'il y a souvent,
07:41notamment dans la France du Nord, pas forcément une mairie
07:45ou un bâtiment communal.
07:47Donc, l'Assemblée générale villageoise va se réunir sous le porche
07:50ou éventuellement dans la nef.
07:52Et puis, il y avait aussi parfois des usages plus festifs
07:56qui pouvaient se dérouler dans l'église,
08:00alors que l'église de la contre-réforme catholique
08:03va progressivement chasser, considérant que c'est une forme de profanation
08:08d'un espace sacré.
08:09Mais pour les villageois, ces fêtes, en quelque sorte,
08:14cette dimension festive, n'étaient pas forcément irreligieuses.
08:17C'est-à-dire que la fête d'un saint mérite à la fois d'être célébrée
08:22par un office religieux, mais aussi éventuellement par des fêtes.
08:26Et alors, évidemment, on peut boire certains danses.
08:28Et donc là, ça commençait à inquiéter le clergé,
08:30qui considérait qu'il y avait des risques.
08:32– Je rebondis justement sur une partie plus lointaine dans votre livre
08:35où vous parlez des restes qu'il peut y avoir,
08:39notamment de paganisme dans les campagnes,
08:42dans l'église au village et qui n'est plus forcément en ville
08:45et qui ont duré longtemps.
08:46Alors, quels sont ces restes de paganisme
08:48et comment ça s'est manifesté ?
08:49Comment l'église a lutté ou accompagné ces phénomènes ?
08:53– Alors, l'église, un certain nombre de prêtres formés dans des séminaires,
08:59dans une culture humaniste, lettrée à partir du XVIIe siècle,
09:05en débarquant dans ces villages, parce qu'au XVIIe siècle,
09:07beaucoup de curés viennent de la ville.
09:10On a créé des séminaires à partir du XVIIe siècle.
09:12Il peut donc y avoir une espèce de hiatus culturel
09:15entre les pratiques religieuses villageoises
09:17et puis ces curés qui ont été formés en ville,
09:22ont lu les pères de l'église, etc.
09:24et qui trouvent qu'il y a dans les pratiques collectives,
09:27qui sont festives,
09:28eh bien, parfois, ce qu'ils appellent des superstitions.
09:32C'est-à-dire qu'on va récupérer des choses sacrées,
09:37mais pour des usages qui apparaissent un peu comme magiques.
09:40Par exemple, le fait que, oui, le curé peut bénir les animaux, etc.
09:45Mais enfin, parfois, ça peut prendre une dimension
09:47un petit peu superstitieuse.
09:49Donc, un certain nombre de processions,
09:51un certain nombre de pratiques de culte des reliques, etc.
09:54ont pu apparaître comme des survivances,
09:57en quelque sorte, de croyances païennes, etc.
10:00Et puis, d'autre part, ces pratiques villageoises,
10:02souvent, qui mêlent les sexes, etc.,
10:05ont pu être considérées comme des occasions de pécher,
10:08de boire, de danser, etc.
10:10Ce qui peut contrarier, en quelque sorte,
10:13un clergé qui veut pratiquer une espèce de moralisation des fidèles
10:16et une séparation entre ce qui est profane et sacré.
10:19Mais ce qu'il faut remarquer, c'est que si, au XVIIe siècle,
10:22les missionnaires disent
10:23« Les Indes sont aux portes de nos villes »,
10:25c'est-à-dire que, grosso modo,
10:27les campagnes seraient encore des foyers de superstitions
10:30mal évangélisées,
10:31ce qui est intéressant, c'est qu'à la fin du XVIIIe siècle,
10:34les campagnes vont être associées,
10:36plus que les villes,
10:37à une espèce de conservatoire,
10:40d'un paysage catholique, en quelque sorte,
10:44et c'est du coup la ville qui devient le lieu de la perdition,
10:48du libertinage, etc.
10:49Donc, en deux siècles,
10:52l'image des campagnes,
10:54et même l'image des littoraux,
10:55parce que, soudain, on a fait, à partir du XIXe siècle,
10:58des littoraux, des populations maritimes,
11:00comme l'a montré Alain Camantus,
11:02un conservatoire d'un christianisme pur.
11:06Or, très souvent, au XVIIe, XVIIIe siècle,
11:09les populations littorales,
11:13parce qu'elles sont ouvertes sur d'autres espaces
11:16que le terroir,
11:18sont souvent apparues comme des espaces de libertinage.
11:22Par conséquent, l'image des campagnes,
11:25l'image religieuse, en quelque sorte,
11:28a évolué entre le XVIIe et XVIIIe siècle.
11:30Alors, sur ces superstitions,
11:31il y a eu un clergé qui a combattu ces superstitions,
11:35allant parfois jusqu'au conflit
11:36avec la communauté villageoise.
11:39Parfois, ce conflit s'est marqué par une indifférence,
11:43c'est-à-dire, face au trop grand rigorisme des clercs,
11:46les laïcs ont eu tendance à se détourner de l'Église.
11:49Et puis, il y a, au contraire, des régions
11:51où le clergé a su s'accommoder
11:54et, progressivement, orienter,
11:57investir d'une dimension spirituelle,
11:59ces pratiques qui avaient parfois été considérées
12:02comme un peu trop profanes, un peu trop festives.
12:04– C'est un mouvement de balancée
12:05qu'on voit encore aujourd'hui,
12:06parce qu'il y a des bénédictions des cartables aujourd'hui,
12:08ou même des animaux, ça existe encore.
12:10– Oui, tout à fait.
12:11Là, c'est après une négociation
12:13entre les fidèles, qui font partie de l'Église,
12:15et puis les prêtres, le clergé,
12:18qui est censé diriger l'Église.
12:20Avec cette idée, quand même,
12:21qu'au XVIIe, XVIIIe siècle,
12:23c'est quand même plutôt les clercs
12:25qui vont parvenir,
12:27et l'autorité du curé, notamment,
12:29qui va finir par s'imposer aux fidèles,
12:32là où, parfois, peut-être, aujourd'hui,
12:34on a l'impression, vu qu'il y a beaucoup moins de prêtres,
12:36qu'ils sont plus, en quelque sorte,
12:38je ne dirais pas à la remorque,
12:39mais ils sont peut-être davantage, aujourd'hui,
12:42obligés de prendre en considération
12:43l'évolution des fidèles,
12:45les attentes des fidèles.
12:47– Le nombre de prêtres était plus important,
12:48il y avait plusieurs sortes de prêtres,
12:50et même pour des catholiques,
12:52il y a des choses qui ne peuvent pas être étonnantes,
12:54en tout cas, on apprend beaucoup de choses.
12:56Il y avait ce que vous appelez,
12:57ce qui s'appelle,
12:58ce que vous appelez,
12:59ce que vous nommez comme tel,
12:59mais qui est comme tel,
13:00c'est des prêtres habitués,
13:02des fieuls, exactement,
13:04le clergé intermittent.
13:05Alors, qu'est-ce que c'est ?
13:06Que sont des prêtres habitués ou fieuls ?
13:09– Alors, aujourd'hui, effectivement,
13:11pour nous, au village,
13:13il y a un curé, éventuellement un vicaire,
13:16et c'est la seule réalité cléricale
13:19que l'on peut trouver dans les campagnes.
13:20À l'époque, il ne faut pas s'imaginer
13:22qu'il y a un évêque qui désigne un curé.
13:24Je vous ai dit, tout d'abord,
13:25le curé peut être nommé par bien d'autres personnes.
13:28Mais le curé est loin d'être le seul prêtre
13:31présent au village,
13:32et même d'avoir autorité sur les autres prêtres
13:34qui sont au village.
13:35Alors, qui y a-t-il ?
13:36Il y a le vicaire ou les vicaires
13:38ou les desservants des hameaux, etc.
13:40Ils peuvent être choisis par le curé
13:42et sous l'autorité du curé.
13:43À côté de ça, vous avez une multitude de chapelles
13:45dans certaines régions.
13:47Vous avez six ou sept chapelles dans les villes.
13:49Pas les chapelles qui sont dans l'église,
13:50mais qui sont dispersées dans les hameaux.
13:52Et là, ça peut être la population du hameau
13:54ou tout simplement un bienfaiteur
13:56qui a fondé une chapelle-nive,
13:57donc qui paye un chaplain.
13:58Et ce chaplain, c'est un prêtre
14:00qui n'est pas curé
14:01et qui peut rendre des services.
14:04Vous avez ensuite ce qu'on appelle,
14:05donc ça, c'est ce qu'on va appeler
14:07les prêtres habitués.
14:09Le châtelain qui a son château, etc.,
14:11il va avoir son chaplain
14:15qui sera au service de la famille
14:17et pas du tout sous l'autorité du curé
14:20et qui sera au service du château.
14:21– Et quand même sous l'hierarchie de l'évêque ?
14:25– C'est-à-dire que c'est un prêtre
14:26qui relève de l'ordinaire,
14:28c'est-à-dire du pouvoir épiscopal,
14:30mais il n'a pas de lien avec le curé.
14:32Donc il y a des curés qui ont des démêlés
14:34avec les chaplains du château
14:36ou qui ont des démêlés avec le chaplain
14:37de telle ou telle chapelle.
14:39Ce chaplain pouvant être financé
14:41par un bienfaiteur,
14:42par les confréries qui elles-mêmes
14:43ont des chapelles
14:44et qui peuvent très bien choisir
14:46le prêtre qui va en quelque sorte
14:48desservir ça.
14:49Vous avez aussi beaucoup de fondations de messes,
14:52donc ce qu'on appelle des prêtres altaris,
14:53c'est-à-dire les morts,
14:55considèrent que pour leur salut,
14:56il faut faire dire beaucoup de messes.
14:57Donc les plus aisés fondent des chapelles nids,
15:00c'est-à-dire ils demandent à un prêtre
15:01de célébrer des messes,
15:03alors tous les ans, tous les mois,
15:05tous les jours, ça dépend de la richesse.
15:07Et donc vous voyez,
15:08vous avez un véritable prolétariat sacerdotal
15:10qui sert les messes.
15:11Et puis il y a cette réalité
15:12des communautés de prêtres-filleuls
15:15qu'on appelle en Bourgogne
15:16les prêtres mépartistes,
15:17qu'on appelle les eaux communalistes.
15:18C'est-à-dire que les habitants du village,
15:21pour éviter que leurs enfants
15:22qui ont envie d'être prêtres
15:24quittent le village,
15:25ont légué des biens
15:26pour permettre aux enfants du village
15:29de devenir prêtres
15:30et de rester au village.
15:31Et donc soit ils résident
15:33dans leur communauté familiale,
15:35dans la famille,
15:36soit ils résident en communauté,
15:41mais ils n'ont pas d'église à part,
15:43à la différence des collégiales,
15:44donc ils rehaussent le culte paroissial,
15:46et puis ils rendent des services
15:49aux habitants du village,
15:51et pour être intégrés
15:52dans ces communautés,
15:53il faut vraiment avoir été baptisés
15:55en quelque sorte dans les villages.
15:56– Cette espèce de tanguie sacerdotale.
15:58– Ben voilà, c'est ça.
15:59Mais alors, ça va totalement disparaître
16:02avec la Révolution,
16:03parce que la Révolution, finalement,
16:05dit, ben, au village,
16:07l'Église ne doit avoir qu'un visage.
16:09Ce sera le curé,
16:10éventuellement son vicaire.
16:11Tous les autres,
16:12les chaplains,
16:13c'est supprimé.
16:14Donc soit ils doivent rejoindre
16:15le clergé paroissial,
16:17soit ils doivent rejoindre
16:18les ordres,
16:19enfin les écoles,
16:21ils doivent se faire enseignants,
16:22mais il n'est plus possible
16:24d'avoir des prêtres habitués,
16:26des communautés de prêtres filles,
16:27etc.
16:28Donc il y a eu une réduction considérable
16:31du profil sacerdotal présent au village,
16:34et même, du coup,
16:35s'est posé la question,
16:36et c'est probablement ce qui explique aussi
16:37que certains villages
16:38et certains curés de villages,
16:40sous la pression des habitants,
16:42aient refusé de prêter serment
16:44à la constitution du civil du clergé,
16:46parce que dans certains villages de Bretagne,
16:48là où vous aviez sept prêtres au village,
16:50eh bien soudain,
16:51il n'y avait plus que le curé,
16:52et il n'était plus possible
16:53qu'il y ait le curé,
16:53et que le curé.
16:54Quand on sait que dans le même temps,
16:56la révolution a supprimé
16:57les ordres religieux
16:58qui étaient des intermittents
17:00du spectacle au village,
17:01vous voyez comment,
17:02dans certaines régions,
17:03en Alsace, en Bretagne,
17:06cette unification
17:06et cette raréfaction sacerdotale
17:08a pu perturber les communautés.
17:11– Alors il y a quelque chose
17:13qui revient un peu avec l'actualité,
17:15ou en tout cas l'actualité récente,
17:16c'est que le peuple François
17:17parlait beaucoup du rôle des laïcs,
17:19et vous consacrez tout un chapitre
17:21justement à ces laïcs
17:22dans la vie paroissiale,
17:24conseil de fabrique,
17:25confrérie, chantre.
17:26Alors quel fut leur poids ?
17:28Est-ce qu'il était finalement
17:29plus important qu'aujourd'hui ?
17:31Est-ce que le retour à plus d'aide,
17:33ou en tout cas plus d'investissement
17:34des laïcs dans les communautés paroissiales
17:35n'est pas seulement une nécessité,
17:37mais aussi un retour aux sources
17:38pour une partie de l'Église ?
17:40– Alors je pense qu'aujourd'hui,
17:42si les laïcs ont été amenés
17:43à prendre ce rôle
17:44dans la vie paroissiale,
17:46c'est en raison de la raréfaction
17:47des prêtres.
17:47Mais du coup,
17:48on aurait tendance à penser,
17:49mais puisqu'il y avait énormément
17:50de prêtres sous l'Ancien Régime au village,
17:53les laïcs étaient-ils
17:54en quelque sorte marginalisés ?
17:55Non.
17:56Tout d'abord,
17:56ils gèrent ce qu'on appelle
17:58la fabrique.
17:59La fabrique,
18:00c'est notamment dans la France du Nord,
18:02un certain nombre de biens
18:04qui servent à l'entretien de l'Église.
18:06Dans la France du Sud,
18:08c'est la communauté villageoise
18:09qui gère en quelque sorte
18:10la paroisse.
18:11De sorte que les travaux,
18:13les acquisitions,
18:14la construction du presbytère,
18:16la construction d'une sacristie,
18:17la rénovation du clocher,
18:20l'achat d'une cloche,
18:21tout ça est voté,
18:24est délibéré,
18:25est financé par les villageois.
18:26Donc, il y a déjà une gestion matérielle
18:29qui est importante.
18:30Ensuite,
18:30il se trouve que même
18:31d'un point de vue liturgique,
18:33l'animation liturgique,
18:35pour qu'il y ait une messe haute,
18:37et non pas à voir bas,
18:38il faut absolument
18:39qu'à côté du curé,
18:40il y ait quelqu'un
18:41qui anime la liturgie,
18:43c'est ce qu'on appelle le chantre.
18:44Et sauf dans certaines régions
18:46où le chantre est un prêtre
18:47ou quelqu'un qui a reçu
18:48les ordres mineurs,
18:49le chantre est très souvent
18:50un laïc,
18:51et c'est une figure
18:51très importante
18:52des paroisses d'autrefois,
18:54parce que c'est lui
18:55qui donne tout d'abord
18:58la tonalité sonore du village.
18:59Chaque village a,
19:01je dirais,
19:01ses chants, etc.
19:03Donc, il y a une...
19:04Il joue un rôle.
19:06C'est un personnage important,
19:07ce n'est pas un notable,
19:08mais c'est en même temps
19:09lui qui anime la liturgie.
19:11Et puis, enfin,
19:12il y a la participation des laïcs
19:14à la vie spirituelle
19:16à travers la mosaïque de confréries.
19:19Alors, il y a des villages
19:19où il y a peu de confréries,
19:21il y en a ou il y en a beaucoup.
19:23Ces confréries,
19:25elles sont apparues
19:26dans les villes
19:27à la fin du Moyen Âge,
19:28elles se sont généralisées
19:29dans les campagnes
19:30et elles sont devenues
19:32à la fois des lieux d'entraide,
19:35entraide matérielle,
19:36de charité,
19:37entraide spirituelle,
19:38parce que finalement,
19:39pour les malades,
19:40pour les morts,
19:41on accompagne les morts
19:43au cimetière,
19:45on aide les veuves,
19:47on prend en charge
19:48les orphelins.
19:49Et puis,
19:49elles développent aussi
19:50des dévotions.
19:51Alors, des dévotions
19:52qui sont des dévotions collectives.
19:54Parfois, les curés
19:55ont récupéré
19:56ces confréries
19:57pour les mettre davantage
19:58sur leur autorité
19:59et pour promouvoir
20:00en quelque sorte
20:00non seulement des dévotions
20:01qui étaient plus
20:02dans l'air du temps.
20:03Je ne sais pas, moi,
20:05les confréries
20:06du Saint-Sacrement,
20:07puis ensuite,
20:08les confréries
20:09de la Vierge,
20:09puis ensuite
20:10les confréries
20:11du Sacré-Cœur.
20:12Enfin, vous voyez,
20:13on a créé des confréries
20:14pour promouvoir
20:15des dévotions.
20:16Et puis, parfois,
20:16ça a été aussi,
20:17les confréries,
20:18à l'intérieur du Voyelage,
20:19un moyen d'avoir,
20:21en quelque sorte,
20:22une élite spirituelle.
20:23Et donc,
20:24la question de la confrérie,
20:26c'est que,
20:27soit les confréries
20:28ont été une forme
20:30de prise en charge
20:31des laïcs
20:31par eux-mêmes
20:33au risque
20:34de déplaire
20:34aux curés
20:35parce qu'ils développaient
20:36des pratiques
20:36de sociabilité.
20:37Par exemple,
20:38le banquet annuel
20:38de la confrérie
20:39donnait lieu
20:39à des libations
20:40que les curés condamnaient.
20:43Et puis,
20:44parfois,
20:44c'est devenu
20:45des associations
20:47sous l'emprise
20:48du curé,
20:49parfois un peu élitistes,
20:51donc,
20:51dans lesquelles
20:52la communauté
20:52ne se reconnaissait pas.
20:55Donc,
20:55la question des confréries
20:56est fort complexe
20:57parce qu'il y en a
20:58parfois tellement
20:59dans le village
20:59qu'on se demande
21:00si elles sont
21:01un appui
21:02à la cohésion communautaire
21:04ou,
21:04finalement,
21:05si les tensions au village
21:06ne se choisissent pas
21:08chacun leur confrérie.
21:09– C'est un contre-pouvoir.
21:10– Un contre-pouvoir
21:11ou même des luttes
21:12de factions.
21:13Après tout,
21:14il y aura la confrérie
21:15des pénitents gris,
21:16blancs,
21:16etc.
21:17Et donc,
21:17il y a aussi des confréries
21:18parfois même de métiers
21:20à l'intérieur des villages,
21:22donc des rivalités.
21:24mais il n'en demeure pas moins
21:25que les confréries
21:26à l'époque moderne
21:27se sont généralisées
21:28et témoignent
21:29de cette participation
21:31des laïcs
21:31dans la vie liturgique,
21:35l'organisation des processions,
21:36l'organisation
21:37d'un certain nombre
21:38de fêtes de saints.
21:40Voilà.
21:40Donc,
21:40il ne faut pas considérer
21:41que jadis,
21:42l'Église trédentine,
21:44c'était le curé actif
21:47et les fidèles
21:47complètement passifs.
21:48– Et alors,
21:49il est question
21:50donc des fidèles laïcs,
21:52des prêtres,
21:53mais il y a aussi
21:54une partie de votre ouvrage
21:55qui est très importante
21:56qui concerne
21:57les non-catholiques
21:57au village,
21:59et notamment les juifs
22:00et les protestants
22:01qui sont plus nombreux
22:02que les juifs.
22:03Vous évoquez notamment
22:03la protection sénaliale
22:05des juifs,
22:05mais aussi des protestants.
22:06Vous pouvez nous en dire plus
22:07sur les tensions
22:08qu'il y a pu avoir,
22:09les tensions,
22:10justement l'absence
22:10de tensions parfois
22:11entre ces différentes communautés.
22:13– Alors,
22:14effectivement,
22:15le comment,
22:15on a tendance parfois
22:16à considérer que
22:17sous la France du roi
22:18très chrétien,
22:19les paroisses
22:20sont uniformément catholiques.
22:22Or,
22:23les choses sont
22:23beaucoup plus complexes
22:24parce que,
22:25tout d'abord,
22:25le roi très chrétien
22:27a autorisé
22:28pendant,
22:30de 1598
22:31jusqu'à la révocation
22:32de Nantes,
22:34la présence
22:34de protestants
22:35dans les villages.
22:36Et puis,
22:37le fait que le roi de France
22:39ait acquis l'Alsace,
22:40ce fait qu'il a,
22:41alors que dans le reste
22:42du royaume,
22:42les juifs ont été expulsés
22:44à partir du XIVe siècle,
22:46là,
22:46il a reconnu,
22:47en quelque sorte,
22:48les traditions alsaciennes,
22:50reconnu le droit d'empire,
22:51et donc la présence
22:52de juifs,
22:53non pas dans les villes,
22:54mais dans les villages alsaciens.
22:56Alors,
22:57on va parler des protestants
22:59tout d'abord.
23:00Les protestants
23:01sont présents
23:02selon trois modalités légales
23:04dans les villages.
23:05Soit,
23:05ils avaient un culte
23:07présent avant
23:07et attesté
23:08avant 1597,
23:10ils ont le droit
23:11donc d'avoir un temple
23:12dans le village,
23:13ils doivent rendre l'église
23:14s'ils ont occupé l'église
23:15pour en faire un temple,
23:16surtout s'ils sont majoritaires,
23:17et donc,
23:18c'est ce qu'on appelle
23:18le culte de possession,
23:20c'est-à-dire,
23:20ils ont un droit historique
23:21à avoir un culte
23:23dans ce village.
23:24Et dans ces cas-là,
23:24très souvent,
23:26le temple,
23:27l'église protestante
23:28coïncide avec le village.
23:30Et puis,
23:31le roi a considéré
23:33que les seigneurs
23:34avaient aussi un droit
23:36d'avoir un culte,
23:38un culte
23:38que l'on va appeler
23:39un culte de fief.
23:40Et donc,
23:41là où le seigneur
23:42est protestant,
23:43il a le droit
23:44d'avoir son temple
23:45et ses vassaux
23:46ont le droit
23:46d'assister à ce temple.
23:48Et il y a des régions,
23:49par exemple,
23:49en Bretagne,
23:50où il y a peu
23:51d'églises protestantes
23:52léguées par l'histoire,
23:52l'essentiel des temples
23:55protestants
23:55dans la Bretagne
23:56du XVIIe siècle
23:57sont sous la protection
23:58seigneuriale.
23:59Et cette protection seigneuriale,
24:00c'est aussi celle
24:01qui s'exerce
24:02en faveur des juifs
24:04dans les villages alsaciens.
24:05C'est-à-dire que
24:06ce que vraiment
24:06les protestants
24:07et les juifs
24:07ont en commun,
24:08ce n'est pas uniquement
24:09la Bible
24:09puis une histoire minoritaire,
24:11c'est le fait
24:11que comment
24:12ils bénéficient
24:13de la protection seigneuriale.
24:14Et puis,
24:15le roi de France,
24:15et c'est le dernier élément,
24:16a concédé aux protestants,
24:18là où il n'y avait
24:19pas de seigneur protestant
24:20et où il n'y avait
24:20pas de tradition
24:21d'implantation protestante,
24:23le roi de France
24:24a autorisé
24:25ce qu'on appelle
24:25un culte de concession,
24:26c'est-à-dire que
24:27dans deux lieux
24:28par baillage,
24:29il y aurait le droit
24:30d'avoir un temple.
24:31Et donc,
24:32c'est ces conditions
24:33en quelque sorte légales
24:34qui ont permis
24:36la présence comme ça
24:38de plusieurs communautés
24:39à l'intérieur du village.
24:40Alors,
24:40la paroisse en général,
24:43c'est-à-dire
24:43la communauté
24:44ecclésiastique paroissiale,
24:46se confondait
24:46avec la communauté villageoise.
24:49C'était particulièrement net
24:50dans les pays
24:51d'habitats groupés.
24:52Dans le bocage,
24:53la paroisse,
24:54elle peut englober
24:55en fait plusieurs hameaux.
24:57Et donc,
24:58on a parfois
24:59des églises de hameaux
25:01qui ne sont pas
25:01véritablement l'église
25:03qui est au cœur
25:04du bourg
25:05et donc qui est
25:06l'église paroissiale.
25:07Les protestants,
25:08eux,
25:09de toute façon,
25:09vont être contraints,
25:11là où ils ont
25:12un culte qui est autorisé,
25:14à se diriger
25:16vers ce lieu de culte.
25:17Et parfois,
25:18une église protestante,
25:19ce qu'on appelle
25:19une église,
25:20une communauté protestante,
25:21draine des habitants
25:22qui viennent
25:23de plusieurs villages
25:24parce qu'on n'a pas
25:25un temple protestant
25:26dans tous les villages
25:28où il y a
25:28quelques protestants.
25:29Donc,
25:30il n'y a plus forcément
25:31superposition
25:31entre l'église
25:33et le lieu
25:34de résidence
25:36villageois.
25:36Alors,
25:37ça a pu conduire
25:38à privilégier
25:39des mariages
25:41entre protestants
25:43de villages différents
25:44mais appartenant
25:45à la même église
25:46mais il n'en demeure
25:47pas moins
25:47que ce qui est marquant
25:49dans cette France
25:50d'ancien régime
25:51avec cette mosaïque
25:52c'est que
25:53au village,
25:55mis à part
25:56ce qu'on appelle
25:56la guerre des camisards
25:57et qui est vraiment
25:58une guerre de religion rurale
25:59à l'intérieur des villages
26:00et entre villages
26:01il y a eu plutôt
26:03une cohabitation
26:05des villageois
26:06entre catholiques
26:07et protestants
26:08cohabitation
26:09qui n'est pas facile
26:10selon que les uns
26:11ou les autres
26:11sont majoritaires
26:12ou minoritaires
26:13qui n'est pas facile
26:13selon le zèle du curé
26:15ou l'intransigeance
26:16des pasteurs
26:17face à l'altérité religieuse
26:19mais après tout
26:20ces protestants
26:21considèrent comme
26:22des frères égarés
26:23n'en sont pas moins
26:24des frères
26:24et finalement
26:25les mariages
26:27mixtes
26:28ça existe
26:29et les pasteurs
26:30comme les curés
26:31sont obligés
26:31de les admettre
26:32avec évidemment
26:33l'idée de savoir
26:34mais alors les enfants
26:35seront de la religion
26:36du père
26:36ou de la mère
26:37de la mère
26:37traditionnellement
26:38ça dépend
26:38dans certaines régions
26:40ça va être
26:41les fils seront
26:42de la religion
26:42du père
26:43les fils seront
26:44de la religion
26:44de la mère
26:46donc les mariages
26:48bigarrés
26:48des écoles
26:49parfois
26:50où on accepte
26:51la présence
26:52de protestants
26:53ou de catholiques
26:54pour apprendre
26:54à lire
26:55et à écrire
26:55le fait
26:56qu'on va être obligé
26:57de se mettre d'accord
26:58sur la répartition
26:59de l'impôt
26:59sur le tirage au sort
27:02des miliciens
27:03qu'on va se mettre
27:04d'accord
27:05sur la cloche
27:07les usages
27:08le paysage sonore
27:09la répartition
27:10il n'y a que le cimetière
27:11qui pose plus de problèmes
27:13on veut bien
27:13on veut bien cohabiter
27:14dans la vie
27:14mais pour l'éternité
27:16quand même
27:17avoir deux cimetières
27:18distincts
27:19ou de moins
27:19deux espaces
27:20se séparer
27:21mais
27:23il y a une certaine
27:24cohabitation
27:25qui tient peut-être
27:26aussi au fait
27:26que
27:27même s'il y a
27:28des missionnaires
27:29au village
27:29même s'il y a
27:30des prédicateurs
27:31qui viennent
27:31on n'a pas parfois
27:32ce qu'on a connu
27:33dans les villes
27:34de la France
27:34du 16e siècle
27:35c'est-à-dire
27:35des prédicateurs
27:36de haine
27:37qui montent
27:38les uns
27:38contre les autres
27:40finalement au village
27:41qu'on peut très bien
27:43être catholique
27:44et louer la terre
27:44d'un protestant
27:45être protestant
27:46et être le fermier
27:47d'une abbaye
27:48et d'ailleurs
27:49les juifs
27:50de la même manière
27:51en Alsace
27:52il n'y a pas
27:53d'affrontement religieux
27:55il n'y a pas
27:56de comment
27:56pas tellement
27:57d'affrontement religieux
27:58on voit même
27:59par exemple
27:59des catholiques
28:00venir allumer le feu
28:02le samedi
28:03ce que les églises
28:04les prêtres
28:06les curés
28:06et les pasteurs
28:07dénoncent
28:08mais enfin
28:08ça montre
28:08une pratique
28:09de cohabitation
28:11ça se fait encore
28:12en Alsace
28:12aujourd'hui
28:12si vous habitez
28:13Strasbourg
28:13parfois on vous demande
28:14d'allumer
28:14exactement
28:14mais à Paris aussi
28:16voilà
28:16et donc
28:17sans que ça
28:18pose de problème
28:19là où il y a eu
28:20au 18ème siècle
28:21une certaine tension
28:22c'était pour des raisons
28:23économiques
28:24c'était tout d'abord
28:25le fait que
28:26comment un certain
28:26nombre de ces juifs
28:27avaient été employés
28:28par les seigneurs
28:29ils ne peuvent pas
28:30cultiver la terre
28:31mais ils peuvent
28:31faire du commerce
28:32y compris du commerce
28:34de l'argent
28:34ils sont parfois
28:35chargés de collecter
28:37pour les seigneurs
28:38les taxes
28:39les droits seigneuriaux
28:40et donc
28:41ils ont parfois
28:41été assimilés
28:43au système seigneurial
28:44et au moment
28:44de la grande peur
28:45on s'en s'est pris
28:46au château
28:47aux documents
28:48des seigneurs
28:48mais aussi parfois
28:49aux juifs
28:50pas parce qu'ils étaient
28:51juifs
28:51mais parce qu'ils étaient
28:52au service de ces seigneurs
28:53qui leur accordaient
28:54en quelque sorte
28:54une protection
28:55merci beaucoup
28:56Jean-Marie Le Gall
28:58une dernière question
28:59avant de se quitter
29:01l'église au village
29:0217e-18e siècle
29:03est votre dernier ouvrage
29:04quel est le prochain
29:05est-ce qu'il y a quelque chose
29:06dans les tuyaux ?
29:07oui il y en a un
29:08que je dois rendre
29:09en novembre
29:09parce que l'année prochaine
29:10on va fêter
29:11le 500e anniversaire
29:12du sac de Rome
29:13le 6 mai 1527
29:15et donc je suis en train
29:17de préparer un livre
29:18sur le sac de Rome
29:19puisqu'il n'y a rien eu
29:20en français
29:20depuis le livre
29:21d'André Chastel
29:22en 1986 je crois
29:24et donc je pense
29:25que l'année prochaine
29:26il faut que je rende
29:27ce livre sur le sac de Rome
29:28par l'armée impériale
29:29de Charles Lequin
29:30et bien vous serez bienvenu
29:31pour le présenter
29:32donc je répète
29:33Jean-Marie Le Gall
29:33l'église au village
29:3417e-18e siècle
29:36et c'est aux éditions du CERF
29:38merci pour votre accueil
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