00:00Europe 1 Soir Week-end, 19h21, Guillaume Lariche.
00:0519h32, Europe 1 Soir Week-end avec toujours Sarah Salman, avocate au barreau de Paris.
00:09Rebonsoir Sarah.
00:10Bonsoir Guillaume, bonsoir à tous.
00:12Michel Fayad, analyste politique et géopolitique.
00:15Rebonsoir Michel.
00:15Rebonsoir.
00:16Alors, une marche des Iraniens à Paris cet après-midi pour justement célébrer cette opération militaire
00:25qui a été réalisée depuis hier et qui va durer encore pas mal de jours, peut-être même de semaines.
00:33Michel Fayad, est-ce que la population iranienne a raison de commencer à se réjouir ou c'est encore un
00:38peu trop tôt ?
00:40Bien sûr, c'est encore un peu trop tôt, mais on ne peut pas les blâmer de se réjouir après
00:44tant d'années de dictature et de répression de la part d'Ali Khemenei.
00:49Donc, je peux comprendre le fait que la population ait besoin de célébrer cela.
00:53Je rappelle qu'ils ont été réprimés vraiment dans le sang, une première fois en 2008, ensuite en 2013, en
01:012018, en 2019, 2020, 2024, même 22, 24, 25 et maintenant encore 26.
01:08Vous voyez, c'est un peuple qui a été martyrisé en fait depuis 1979 et plus encore sous le mandat,
01:14enfin depuis qu'Ali Khemenei a pris la relève en 1989.
01:18Donc, le fait qu'il se réjouisse de son élimination, elle est naturelle, mais il reste encore du chemin à
01:24faire.
01:24La preuve en est, c'est qu'il y a eu la mise en place de ce conseil de transition
01:28avec Ali Larijani, comme le souhaitait le guide suprême Ali Khemenei,
01:35jusqu'à la nomination d'un prochain guide suite à une décision du Conseil des Sages, si vous voulez.
01:41Et donc, il reste encore du chemin à faire, mais à ce rythme-là, si Israël et les États-Unis
01:47maintiennent, c'est-à-dire cette vague de bombardements et d'élimination des personnages clés du régime,
01:52il est possible que le régime réellement tombe.
01:55La question, comme le général le disait, et je suis complètement en phase avec ce qu'il disait, c'est
01:59vraiment la question du timing.
02:01Est-ce que les Américains et les Israéliens vont être en mesure de continuer à ce rythme et avec ce
02:07succès-là, en termes de ciblage, en termes d'assassinat également de personnalité ?
02:13Si oui, alors vraiment, on assiste à un véritable séisme pour la région et le monde.
02:20Par contre, si les choses commencent à traîner, ça risque d'être dangereux.
02:24On voit que les Iraniens, le régime iranien a encore des billes en main, notamment le fait d'utiliser ses
02:29proxys au Liban, en Irak,
02:32et même à moindre mesure au Yémen et dans les territoires palestiniens.
02:36Et tous les alliés, en fait.
02:37Tous les proxys, tous les alliés, mais il y a aussi la possibilité d'attaquer les bases militaires américaines, voire
02:44françaises, comme le général l'a dit,
02:46et impliquer d'autres pays, que ce soit donc la France, du fait de son accord avec les Émirats arabes
02:52unis,
02:52puisque la France serait peut-être obligée de rentrer en guerre de fait, de par ce qu'elle a signé,
02:56et également d'autres pays comme la Grande-Bretagne, puisque les Iraniens ont essayé d'attaquer, ils n'ont pas
03:01réussi à les atteindre,
03:03mais les bases militaires des Britanniques à Chypre. Et Chypre est un pays de l'Union Européenne, et les bases
03:09militaires sont britanniques.
03:10Donc, vous voyez, il y a beaucoup de pays qui pourraient être entrés en jeu sans oublier les Arabes du
03:14Golfe.
03:14Michel, vous parlez justement de cet accord de défense qui prime. On n'en entend pas parler beaucoup pour l
03:20'instant de ça.
03:22Non, allez, je n'y parle.
03:24Oui, en fait, on n'en entend pas beaucoup parler, parce que c'était un accord, justement, jusque-là,
03:29qui servait essentiellement au niveau du complexe militaro-industriel français, parce qu'on leur vendait des armes,
03:36on était en train d'essayer de compter sur un pays qui nous achète beaucoup, beaucoup d'armement.
03:42Vous savez que les Émirats arabes unis, le Qatar et l'Arabie saoudite ensemble,
03:46représentent 43% du chiffre d'affaires du complexe militaro-industriel français.
03:51Donc, ces gens d'accord, en fait, on les a signés à la base, non pas en pensant qu'on
03:56allait vraiment intervenir militairement,
03:57mais en pensant que, justement, c'était un moyen pour nous d'obtenir des contrats pour Thalès, pour Dassault,
04:03pour tous les MDA, pour toutes les sociétés d'armement françaises.
04:07Et là, on se retrouve face, en fait, à quelque chose dont on ne s'attendait pas forcément,
04:12le fait que l'Iran, réellement, bombarde non seulement le pays, mais bombarde la base navale française.
04:19Parce que c'est ça qui est arrivé.
04:21Donc, aujourd'hui, Emmanuel Macron va devoir à nouveau réunir le Conseil de défense pour prendre une décision.
04:27Et on doit appliquer le traité.
04:28Parce que, si on ne respecte pas le traité, il y aura un impact immédiat sur le complexe militaro-industriel
04:34français,
04:34sur les carnets de commandes.
04:36Et ça, ça pèse pour notre économie.
04:37Quand vous avez un client qui représente près de la moitié de votre carnet de commandes,
04:40en général, on s'en occupe bien.
04:42Bien sûr.
04:42Oui, j'avais deux remarques.
04:44Vous parliez des États-Unis et d'Israël.
04:46La différence, pour moi, c'est qu'Israël,
04:49Benyamin Netanyahou est soutenu par les Israéliens,
04:51alors que, normalement, il y a quand même beaucoup d'opposition.
04:53Et du côté de Donald Trump, c'est un pari assez risqué,
04:57parce qu'il y a beaucoup de divergences, y compris au sein de sa majorité.
05:00Donc, il ne joue pas exactement la même chose pour moi.
05:02Et vous parliez aussi de la France.
05:05La France, pour moi, est spectatrice, éventuellement commentatrice.
05:08Mais là, pour l'instant, je ne vois pas bien le rôle ni de la France,
05:11ni de l'Union européenne, d'ailleurs.
05:12Oui, non, moi, je ne dis pas que je cherche à rentrer en guerre au niveau français.
05:15Non, non, moi non plus.
05:16Mais je dis simplement, on n'est même pas consulté.
05:18Même d'un point de vue consultation, on ne demande même pas notre avis.
05:21Et ça fait bien longtemps, malheureusement,
05:22que ce soit les Russes, les Chinois, les Américains,
05:25on ne consulte même pas la France pour demander la France ou l'Union européenne.
05:29Là, je ne parle même pas de rentrer en guerre,
05:30mais simplement, il se passe quelque chose.
05:31Est-ce qu'on pourrait demander l'avis de la France ?
05:33On s'en dispense complètement, moi, c'est ça que j'observe.
05:35Ah non, mais c'est complètement vrai.
05:37La question, maintenant, ce n'est pas tant les États-Unis ou Israël.
05:41La question, maintenant, c'est le fait que les Émirats arabes unis,
05:44s'ils affirment officiellement, ça n'a pas encore eu lieu,
05:48mais si dans les prochaines heures ou les prochains jours,
05:50les Émirats arabes unis considèrent qu'ils sont en guerre,
05:52à ce moment-là, ils feront jouer l'accord de défense signé avec la France.
05:55Et là, la France sera obligée d'appliquer ce qu'elle a signé,
05:59en disant, écoutez, oui, nous, on a signé,
06:01et on va devoir entrer en guerre.
06:03Oui, mais pour l'instant, il ne se positionne pas.
06:04Je regardais les déclarations d'Emmanuel Macron,
06:06et ce n'est même pas pour le charger ou dire quelque chose.
06:09Mais hier, il dit une chose, il dit, voilà, le droit international, etc.
06:12Soit, aujourd'hui, il dit, l'escalade doit cesser, etc.
06:16Donc, même le message n'est pas clair.
06:17Parce que, justement, aujourd'hui, la base militaire française a été atteinte.
06:21Ce n'était pas le cas hier.
06:22Vous avez raison, mais même dans le choix des mots et dans le choix du discours,
06:25ce n'est plus exactement la même chose.
06:27Oui, bien sûr. Et lui, il espère que les choses se calment.
06:30Il a tout intérêt à ce que ça se calme.
06:31Justement, par rapport au président de la République,
06:33on va l'écouter actuellement sur Europe 1.
06:36Tout cela nous conduit, là aussi, à rehausser notre posture
06:39et notre accompagnement défensif,
06:41pour être aux côtés de ceux avec lesquels nous avons des traités de défense,
06:46et pouvoir adapter la posture à l'évolution des dernières heures,
06:49que rien ne justifie et que nous ne laisserons pas passer.
06:52Nous avons, dès les premières heures, pris nos responsabilités,
06:55en effet, pour protéger nos ressortissants, nos intérêts,
06:58être aux côtés des pays de la région, et nous continuerons de le faire.
07:00Et je souhaite que ce conseil nous permette d'examiner l'ansoption,
07:03regarder aussi la cinétique des opérations et des frappes,
07:07l'évolution en Iran, l'évolution dans la région.
07:09Et enfin, nous ferons le point sur la situation nationale,
07:13les risques tels que nous les évaluons,
07:15et évidemment les conséquences économiques de ce conflit.
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