- il y a 12 heures
C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :
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00:09Bonjour à tous, très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:14Il est agrégé de géographie et professeur à l'université Côte d'Azur, Jean-Christophe Guay est notre invité aujourd
00:19'hui.
00:20Ensemble, on reviendra bien sûr sur plusieurs thèmes abordés cette semaine dans votre magazine,
00:24à commencer par la réalité du secteur agricole outre-mer. Alors que la 62e édition du Salon de l'Agriculture
00:31bat son plein à Paris,
00:33nous nous sommes intéressés à ces professionnels qui nous nourrissent, sur qui repose notre sécurité alimentaire.
00:39Un secteur qui subit d'ailleurs de plein fouet les aléas climatiques, on l'a vu ces derniers jours encore
00:44dans le sud-ouest de l'Hexagone.
00:47Mais il apparaît de plus en plus difficile de se faire indemniser des engagements croissants des assureurs ou alors des
00:53souscriptions absolument exorbitantes.
00:55Et puis l'on retournera du côté du piton de la Fournaise sur l'île de la Réunion.
00:59Plusieurs randonneurs ont eu la peur de leur vie en se retrouvant à quelques mètres d'une éruption, deux semaines
01:05qu'elle dure désormais.
01:06Et de nouveau, pour les habitants, ce regard vers un volcan qui rythme leur vie.
01:12Bonjour Jean-Christophe Guay.
01:14Bonjour Karine Vast.
01:15Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation, je suis ravie de vous accueillir.
01:18Vous avez notamment écrit cet ouvrage qu'on va découvrir, La France d'Outre-mer, paru chez Armand Collin.
01:24Il y a question d'éloignement de ces statuts multiples d'un territoire à l'autre, des peuples autochtones, des
01:30inégalités aussi bien sûr.
01:32Ce qui me ramène à une question assez fréquente finalement, les ultramarins, sont-ils des Français à part ?
01:39Je crois qu'ils sont Français à part dans la mesure où l'Outre-mer est largement ignorée par les
01:45personnes qui habitent l'Hexagone.
01:47Et donc, il y a un vrai travail de connaissance.
01:50Et votre émission participe complètement à cette mission.
01:54Et quand on regarde par exemple des travaux comme Fernand Rodel sur l'identité de la France, ou Pierre Nora
02:01sur les lieux de mémoire, on se rend compte que l'Outre-mer est totalement ignorée.
02:06Et donc, aujourd'hui, il y a un vrai travail pédagogique à faire sur ces territoires qui sont passionnants, qui
02:12sont vivants et qui sont très différents de l'Hexagone.
02:17Il vous a fallu combien de temps pour faire naître cet ouvrage ? Parce que les Outre-mer, c'est
02:21varié, c'est de Saint-Pierre-et-Miquelon à la Calédonie.
02:24Ce sont des cultures, ce sont des coutumes, ce sont des traditions, ce sont tellement de réalités distinctes. Il vous
02:30a fallu combien de temps ?
02:31Alors, je vais vous avouer quelque chose, Karine. C'est que cet ouvrage, en fait, la première édition, a été
02:37écrite pendant le premier confinement.
02:39D'accord.
02:40Donc, de 2020. Donc, c'est un ouvrage que j'ai mis deux mois. J'ai commencé le premier jour
02:43du confinement et j'ai terminé quasiment le dernier jour.
02:45Et donc, pour moi, c'était une manière de m'éloigner de mon lieu qui était, maintenant, où j'étais
02:52totalement emprisonnier.
02:55Et c'était une manière, dans mon imaginaire, dans ma tête, de voyager.
03:00Alors, vous y parlez de territoires extrêmement dynamiques, mais écartés donc du récit national.
03:06Et c'est ce que vous nous expliquez. Il revient souvent, ce discours des Outre-mer, écartés du récit national.
03:11Pour quelles raisons, selon vous, cette réalité perdure-t-elle aujourd'hui encore en 2026 ?
03:16Certes, il y a vos ouvrages, il y a notre émission. Malgré tout, on parle de territoires français.
03:22Oui, il y a l'éloignement, il y a l'ignorance, il y a le fait que c'est une
03:26population, finalement, qui est assez peu visible,
03:29sauf dans certains milieux, dans le milieu sportif en particulier, ou dans quelques territoires de l'Île-de-France.
03:36Mais sinon, les ultramarins, comme on dit, c'est un terme que je n'aime pas,
03:42mais les ultramarins, comme on dit, ils sont assez peu visibles en France.
03:46Et ça, c'est un vrai problème aujourd'hui.
03:48Que dit le rapport entre la République et les territoires ultramarins ?
03:52Le fait qu'un ministère des Outre-mer existe encore aujourd'hui, selon vous ?
03:58C'est intéressant de voir d'abord que c'est un ministère qui est devenu pluriel des Outre-mer,
04:03pour montrer qu'il y avait quand même des différences entre ces territoires.
04:08Mais effectivement, c'est des territoires qui restent gérés d'une manière différente de l'Hexagone.
04:14À part.
04:14Complètement à part.
04:16On ne pourrait pas envisager un ministère de la Corse ?
04:18Pourquoi pas ?
04:21En tout cas, la question se pose.
04:22Allez, on va s'intéresser aux différents thèmes sur lesquels vous avez choisi de réagir cette semaine,
04:27Jean-Christophe Guay, alors que le 62e Salon de l'Agriculture bat son plein à Paris.
04:32Gros plan sur un secteur qui, année après année, tente tout simplement de survivre.
04:36Des professionnels de l'ombre, un unique espoir de souveraineté alimentaire,
04:40où que l'on vive.
04:41Regardez l'extrait de notre reportage diffusé cette semaine.
04:47Fabienne mise sur une exploitation biologique en polyculture inspirée du jardin créole traditionnel.
04:53Elle fonctionne en circuit court et vend directement sa production à ses clients.
04:59Donc, oeufs à la coque, c'est possible aussi, ce sont les oeufs du jour.
05:02Allez, c'est bon.
05:04Donc, les oeufs 16 plus 16.
05:07Ça vous fait tout rond 50 euros.
05:09Et voilà pour vous.
05:10Merci.
05:11Mais bonne vacances à vous.
05:13Merci.
05:13Au revoir.
05:14J'aimerais bien avoir ma place.
05:17A ce stade, l'exploitation est encore en phase de développement et n'est pas encore rentable.
05:22C'est que là aussi, l'agriculture, on est surtout avec les aléas climatiques.
05:27Et notamment à Maré-Galante, on a la sécheresse et on n'a pas de l'eau agricole.
05:31Donc, c'est un gros problème pour nous ici.
05:35Il faut bien, bien calculer à quel moment qu'il faut planter quoi, qu'est-ce qu'il faut planter.
05:39Et là, ce sont les cabris.
05:42Ah, ils arrivent.
05:44Je me cherche en foie, parce que c'est vrai qu'on part des foies avec une idée.
05:48Et ensuite, au filet l'aiguille, on voit que la terre ne permet pas de produire cette matière-là.
05:54J'ai les poules qui me donnent de l'argent, mais j'ai décidé de faire un atelier d'agrotransformation.
05:59Donc, cette partie-là, l'argent des poules, ça va me permettre de faire la partie agrotransformation.
06:07Obtenir le terrain, c'est un combat.
06:08Obtenir les subventions, c'est un combat.
06:09Et travailler le terrain, quand on a tout ça réuni, c'est encore un combat perpétuel.
06:16Donc, c'est vrai que quand on commence à être à partir de l'agriculture, il faut savoir ce qu
06:20'on veut.
06:20Et il faut vraiment vouloir aller dans ce domaine-là, que ce soit homme ou femme.
06:24Les femmes, elles sont assez volontaires, elles sont assez résistantes.
06:28C'est-à-dire que peut-être qu'on n'est pas trop trop nombreuses,
06:30mais on a quand même pas mal de femmes qui y sont et qui sont là, bien présentes.
06:38Jean-Christophe Gué, outre-mer, par endroit, l'on importe jusqu'à 80% de l'alimentation consommée.
06:44Comment expliquer pareille dépendance sur des terres historiquement agricoles ?
06:49Une question historique, c'est la colonisation.
06:53C'est les cultures de rente.
06:55Donc, on a fait de la culture d'exportation pour la métropole, comme on disait à l'époque.
06:59Donc, c'est le rapport dominant-dominé, périphérie-centre,
07:04ce qui explique qu'en fait, on a encore une domination de la canne à sucre ou de la banane,
07:09alors que les cultures de subsistance ou la dépendance animataire est très, très forte, comme vous le dites, effectivement.
07:18C'est vrai qu'il y a ces quasi monocultures de la canne à sucre et de la banane dont
07:22vous parlez aujourd'hui.
07:23Est-ce qu'aujourd'hui, ces cultures sont encore un atout économique ou alors uniquement un frein à la souveraineté
07:30alimentaire ?
07:31Aujourd'hui, ça devient de plus en plus un frein à la souveraineté alimentaire.
07:35Ça devient un frein et un frein qui est très soutenu par les institutions,
07:40dans la mesure où, en fait, les aides agricoles, elles sont toujours orientées vers ces cultures d'exportation.
07:47Alors que des cas comme Fabienne, c'est là qu'il faudrait mettre les aides.
07:52Et on voit bien que Fabienne, elle dit qu'elle a du mal à monter ses dossiers d'aide.
07:55Et donc là, on voit les enjeux aujourd'hui.
07:58C'est de réduire cette dépendance alimentaire et l'importance de ces produits qui sont importés.
08:04C'est un vrai enjeu fondamental pour les Outre-mer.
08:08Et c'est tout l'Outre-mer qui est concerné.
08:11Ce n'est pas que les Antilles, mais c'est aussi la Réunion, c'est aussi les territoires du Pacifique.
08:15Ma question va être volontairement provocante,
08:17mais est-ce que vous diriez qu'il y a une volonté de maintenir ces territoires sous perfusion ?
08:21Parce que lorsque les aides ne sont pas allouées à des cultures qui pourraient nourrir la population,
08:25cela empêche de faire, et vous citez Fabienne,
08:27donc cette agricultrice que l'on a vue à Marie-Galante dans l'archipel de la Guadeloupe,
08:31qui essaye effectivement de reprendre l'activité familiale,
08:34de nourrir la population, mais qui est effectivement très rapidement bloquée,
08:39freinée dans son ambition.
08:41Est-ce qu'il y a une volonté de maintenir ces territoires sous perfusion ?
08:44Volonté de maintenir ces territoires sous perfusion, je ne dirais pas ça.
08:47Mais en tout cas, il y a une volonté de statu quo, si vous voulez.
08:52Une volonté de statu quo, dans la mesure où on voit que finalement,
08:55le territoire où l'agriculture d'autosubstance est la plus forte, la Guyane,
08:59c'est le territoire qui reçoit le moins d'aide aujourd'hui européenne.
09:03Et ça, c'est quand même assez phénoménal de trouver cette situation-là.
09:08Et donc, les agriculteurs aujourd'hui, qui veulent faire de l'agriculture raisonnée,
09:12comme Fabienne, donc avec des circuits courts,
09:15se retrouvent face à un vrai problème.
09:18Si demain, les flux maritimes venaient à être perturbés,
09:22des guerres, des crises internationales ou un très long blocage portuaire,
09:27combien de temps ces territoires pourraient, selon vous, tenir, subvenir à leurs besoins ?
09:33Pas très longtemps.
09:34Oui.
09:34Pas très longtemps.
09:35En semaine ?
09:36À mon avis, ça se compte en jours.
09:40Ah oui ?
09:41Ça ne dépasserait pas, en tout cas, une quinzaine de jours.
09:44On est face à une vulnérabilité stratégique ?
09:47Oui, allez-y.
09:47On l'a vu très bien avec la Covid.
09:50Lorsque les échanges ont été réduits, il y a eu très vite des problèmes de pénurie.
09:57Et donc, on voit bien, en fait, cette question de la dépendance alimentaire
10:02qui est une question capitale, effectivement.
10:04Malgré tout, est-ce qu'il y a une nécessaire prise en main des populations,
10:07d'une façon ou d'une autre, qui ne se fait pas ?
10:10Par elles-mêmes ?
10:11Prise en main, je pense que c'est très difficile d'investir dans le secteur agricole.
10:17Fabienne, elle a repris l'exploitation du papa, donc des parents.
10:22C'est en 2020, elle dit, c'est dans le reportage, il y avait probablement la Covid.
10:26Elle travaillait dans le tourisme, donc elle revient sur son île d'origine.
10:30Marie-Galante, c'est une île qui perd beaucoup d'habitants.
10:34Et Marie-Galante, c'est petit.
10:36Marie-Galante, ça rentre dans un carré de 13 kilomètres de côté.
10:39C'est tout petit.
10:40C'est plat.
10:40Il y a des problèmes d'accès à l'eau potable, il y a des problèmes fonciers.
10:45Donc tout ça, c'est des problèmes qui se cumulent.
10:49Et lorsqu'on a vraiment cette envie qu'a Fabienne, on doit vraiment être très fort.
10:56On va avancer avec le deuxième thème sur lequel vous avez choisi de vous arrêter cette semaine,
11:01Jean-Christophe Guay, qui pour payer la note face aux catastrophes climatiques
11:05qui se multiplient sur la planète.
11:07De l'Hexagone à Mayotte, tempêtes et inondations provoquent chaque année des dégâts considérables.
11:12De quoi faire exploser les indemnisations ou alors faire fuir les assureurs.
11:17Tout simplement.
11:18Extrait.
11:21Le site clone Bellal à La Réunion, c'est 42 000 sinistres environ pour un coût total de 100 millions
11:28d'euros.
11:29Chido à Mayotte, c'est 20 000 sinistres pour un peu plus de 500 millions.
11:33Le site clone et garance à La Réunion, c'est 66 000 sinistres pour 350 millions.
11:39Et donc ces territoires ont vraiment payé un très lourd tribut.
11:43À ce lourd bilan des derniers cyclones, s'ajoutent les problèmes d'érosion et d'inondations liées à la montée
11:49des eaux.
11:50En Guyane, en Polynésie comme aux Antilles, les assureurs ne souhaitent plus couvrir certaines parties du littoral.
11:56Il y a des assureurs qui aujourd'hui refusent d'assurer les maisons qui se situent par exemple dans la
12:04bande des 150 à 300 mètres du littoral.
12:07Parce que c'est des zones qui, dans beaucoup d'endroits, on est à peu près certains qu'elles vont
12:12être submergées.
12:13Et les assureurs disent que quand il y a un risque certain, c'est plus une question d'assurance, c
12:18'est une question de politique publique.
12:22Nicolas Dufresne dirige l'Institut Rousseau.
12:25Un laboratoire d'idées spécialisé dans les questions de reconstruction écologique et institutionnelle.
12:31Pour lui, la question d'un changement de modèle assurantiel se pose dans un tel contexte.
12:36Le PDG d'AXA qui avait dit un monde à plus 4 degrés n'est pas assurable.
12:40En réalité, on pourrait reformuler en disant un monde à plus 4 degrés n'est pas assurable.
12:46Avec les conditions actuelles du marché de l'assurance qui demeure fondée sur des entreprises qui ont une vocation de
12:57rentabilité par nature.
13:02À un moment, ce n'est plus une question d'assurance, mais une question de politique publique, entendait-on à
13:07l'instant.
13:08Est-ce que vous êtes d'accord avec cela ?
13:09Complètement. La question de l'assurance, c'est une question de solidarité.
13:13Et la solidarité, ça ne va pas de soi.
13:16Donc il faut des institutions publiques qui la mettent en place, qui la soutiennent et qui poussent parfois les assureurs
13:23à plus de solidarité.
13:24C'est évident aujourd'hui et on le voit très bien dans l'Outre-mer avec la multiplication des événements,
13:31qu'ils soient climatiques comme on dit, ou liés à des émeutes.
13:34Effectivement, comme en Nouvelle-Calédonie en 2024.
13:38Et puis il y a urgence parce que sur plusieurs territoires ultramarins, les primes d'assurance explosent littéralement.
13:45En Martinique, entre 2024 et 2025, elles ont été multipliées par 4.
13:48De quoi laisser plusieurs entreprises et particuliers sur le carreau, ou alors les assureurs se retirent.
13:54Est-ce qu'on est en train de voir naître des zones françaises non assurables ?
14:00Non assurables, peut-être pas.
14:02Mais en tout cas, une difficulté à assurer lorsque la probabilité du risque est trop forte,
14:09effectivement, ça remet en cause tout le système assurantiel,
14:12qui repose en fait sur une probabilité de risque relativement faible.
14:15Quand le risque devient presque certain, comme c'est le cas dans la zone des 100 ou des 150 mètres
14:21sur le littoral,
14:22lié au cyclone, lié à la montée des eaux,
14:25là, on peut se demander s'il ne faut pas revoir le système,
14:29et si ce n'est pas à l'État de réfléchir à une nouvelle manière de mettre en place une
14:35solidarité
14:36qui dépasse les enjeux économiques des sociétés d'assurance.
14:39Les sociétés d'assurance, ce n'est pas de la philanthropie, bien évidemment.
14:43Effectivement, vous parlez de risque, certains, on sait que les territoires ultramarins sont en première ligne
14:47face aux cyclones, aux séismes, aux inondations, ils cumulent, il n'y a pas de doute.
14:52Est-ce que le système assurantiel français est adapté à l'instant T à ces réalités tropicales ?
14:56Alors, il était totalement inadapté quand la solidarité nationale s'est mise en place en 82
15:01par rapport aux catastrophes naturelles.
15:0382, c'est le début de la solidarité sur les catastrophes naturelles,
15:06et d'une manière absolument indécente, l'outre-mer était à l'écart.
15:10Il a fallu attendre le cyclone Hugo, 89, pour qu'on mette en place une solidarité
15:15à l'échelle des départements d'outre-mer en 90.
15:18Et cette solidarité en outre-mer, aujourd'hui, elle fonctionne pour tous les départements d'outre-mer
15:24et les collectivités d'outre-mer, hormis la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française,
15:29qui ont un statut d'autonomie qui les place à l'écart.
15:32Mais on peut dire quand même que le système assurantiel français, basé sur la solidarité,
15:37il fonctionne très très bien.
15:39Est-ce que vous pensez que ce qu'il se passe en ce moment dans l'Hexagone,
15:41avec les tempêtes qui se multiplient, le sud-ouest sous l'eau,
15:44des exploitations agricoles complètement noyées,
15:47est-ce que tout cela peut faire changer la donne ?
15:49Est-ce que le réveil, malgré tout, parce qu'il y a encore des choses à améliorer
15:52en termes d'assurance et de dédommagement,
15:55est-ce que le réveil peut venir de ce qu'il se passe dans l'Hexagone
15:59pour que cela infuse peut-être du côté des Outre-mer ?
16:03De toute façon, le système assurantiel en France, il repose sur la nation,
16:07donc à la fois l'Hexagone et l'Outre-mer.
16:09Donc effectivement, les deux sont liés.
16:11Et donc toutes les catastrophes en Hexagone
16:14aura des conséquences sur l'ensemble de la France
16:17et sur le niveau des primes, effectivement.
16:21Après, comment on fait lorsqu'on a affaire à des émeutes ?
16:24Ça, c'est autre chose.
16:26Le système sur des catenates en France, il est encore assez efficace.
16:29Mais effectivement, la multiplication des inondations,
16:33comme on l'a vu dans le nord de la France en dernier,
16:35comme on le voit cette année,
16:37remet en question le dispositif petit à petit.
16:40Bien évidemment, c'est un problème sans frontières.
16:42On va partir du côté de l'île de la Réunion,
16:44si vous le voulez bien, Jean-Christophe Guay.
16:46Évacués par hélicoptère, ils l'ont échappé belle.
16:48Plusieurs randonneurs en visite sur l'île de l'océan Indien
16:51se sont retrouvés à 30 mètres à peine d'une éruption du piton de la Fournaise.
16:56Alors, au quotidien, comment vivent les habitants avec pareilles menaces ?
16:59C'est la question que nous nous sommes posée cette semaine.
17:01Extrait.
17:10Vendredi 13 février, 10 heures.
17:13Sur ces images amateurs,
17:14des randonneurs fuient les projections de lave du volcan.
17:18La première alerte avait été donnée
17:20par l'Observatoire volcanologique aux autorités,
17:2215 minutes plus tôt.
17:32Émilie est une des premières témoins de l'éruption.
17:35J'ai l'habitude d'avoir beaucoup de chocs, des fois, dans ma vie,
17:39mais là, c'est une poussée d'adrénaline très, très forte.
17:42J'avais eu l'impression que c'était du sang qui jaillissait de la montagne, en fait.
17:46C'est vraiment choquant.
17:49On s'est rendu compte que tout était aléatoire
17:51parce que ça a sauté à 30 mètres.
17:53Ça aurait pu sauter sur nous.
17:54Donc, je pense qu'on va se sentir très chanceuse.
17:59Le volcan, parmi les plus actifs au monde,
18:02fait l'objet d'une surveillance permanente.
18:06À l'Observatoire volcanologique,
18:08les scientifiques suivent en temps réel le moindre signal d'activité.
18:16Il faut savoir que le volcan était dans une phase de repos un petit peu inhabituelle
18:20depuis 2023,
18:21parce qu'on n'avait pas eu d'éruption depuis deux ans et demi.
18:23Donc là, on était hors de la moyenne de ce volcan.
18:26Et là, depuis fin novembre 2025,
18:29on a un regain d'activité du volcan
18:30avec déjà trois intrusions.
18:32Donc, les intrusions, c'est du magma qui remonte du réservoir vers la surface
18:35mais qui n'arrive pas à l'atteindre.
18:37Donc, c'est à peu près des éruptions avortées.
18:39Une éruption en janvier.
18:40Et là, une nouvelle éruption qui a débuté le 13 février.
18:44Vous avez vécu sur cette île de la Réunion, Jean-Christophe Guay.
18:47Quels souvenirs conservez-vous du rapport de la population à ce volcan ?
18:51Oui, alors effectivement, c'est ce qui m'a marqué
18:53quand je suis arrivé à la Réunion.
18:55C'est ce lien étroit entre les Réunionnais et leur volcan.
19:00Je dis leur volcan.
19:01Parce que ça, on n'en a pas conscience dans l'Hexagone.
19:05Les Italiens sont différents.
19:07Les Italiens ont un rapport très étroit avec le Vésuve ou avec l'Etna.
19:10C'est un vrai personnage en Italie.
19:11Ce sont des vrais personnages.
19:12En France, on ne s'en rend pas compte en Exagone.
19:15Les Réunionnais ont un rapport étroit.
19:17C'est un ami.
19:19C'est un objet qu'on admire.
19:22C'est un objet.
19:24On regarde ce qui se passe.
19:26On attend l'éruption.
19:28Lorsque l'éruption arrive, c'est la fête.
19:32C'est la kermesse.
19:33C'est comme un match de foot.
19:34Vous avez des banderoles partout qui indiquent
19:37« Volcan l'a pété ».
19:39Vous avez des marchands de Savoçard.
19:41C'est l'embouteillage pour monter au volcan pour voir les coulées de lave la nuit.
19:45C'est assez fascinant de voir cette relation des Réunionnais.
19:49Vous êtes allé le voir, ce volcan, de près ?
19:51Oui.
19:51Je suis allé le voir lors de la grande éruption de 1998.
19:54C'est vrai qu'il y avait une forte envie dans la population réunionnaise.
19:58Ça venait après une période de repos du volcan.
20:01Tout le monde attendait l'éruption.
20:03J'ai été surpris par l'ampleur des embouteillages.
20:07C'était des heures et des heures d'embouteillage.
20:09La préfecture était totalement dépassée par l'engouement de la population.
20:14C'est comme lorsque vous avez une finale de match de football ou de top 14 de rugby.
20:19C'est incroyable.
20:21N'empêche de vous parler d'un ami, mais c'est un ami sacrément imprévisible.
20:24On a entendu encore dans le reportage à quel point ce volcan est l'un des plus actifs au monde.
20:28On sait que c'est une menace permanente, mais à quel point ?
20:31Alors, à quel point ?
20:32Le volcan réunionnaise, la Fournaise, c'est un volcan bouclier.
20:36Il a la forme d'un bouclier.
20:37Vous posez un bouclier au sol, il a cette forme-là.
20:39C'est un volcan rouge.
20:41C'est un volcan qui fait un produit de lave très fluide.
20:46Et donc, ce n'est pas un volcan explosif.
20:49Pas comme la montagne au Pelé en Martinique, par exemple.
20:51Ce n'est pas comme la montagne.
20:52Ce n'est pas comme les volcans antillais, qui sont des volcans gris,
20:55avec des explosions, avec des coulées, des lards,
21:00donc des coulées de lave et des coulées aussi de boue.
21:05D'accord.
21:06Donc, le volcan réunionnais, il est beaucoup plus doux.
21:09Mais il n'empêche qu'il est quand même, il a ses dangers.
21:13L'enclos, vous marchez et vous avez une éruption qui se produit.
21:16Vous risquez d'être brûlée par la lave.
21:19Vous avez les gaz, bien évidemment, qui sont très importants.
21:24Et vous avez les cheveux des pelés,
21:27qui sont aussi un vrai danger pour l'agriculture.
21:29Les cheveux de pelés, ce sont ces filaments qui se dégagent du volcan
21:33et qui deviennent un peu comme du verre.
21:34Voilà.
21:35Oui.
21:36C'est ça.
21:36Qui peuvent être ingérés par des animaux.
21:38C'est ça.
21:38C'est des gouttelettes d'obsidienne qui sont prises par le vent,
21:41qui deviennent des cheveux qui peuvent emporter sur des kilomètres.
21:45Et effectivement, c'est comme si vous mangez du verre pilé.
21:49Oui.
21:49Donc, pour les animaux, c'est extrêmement dangereux.
21:51Alors, nous, si on ingurgitait aussi…
21:52Alors oui, la question se pose, voilà, pour les êtres humains ?
21:56On serait dans la même situation que les animaux, effectivement.
21:59Alors, on ne va pas risquer d'ingérer, a priori,
22:01des cheveux de pelés au sol si on va sur l'île de la Réunion.
22:03Malgré tout, s'ils se répandent dans l'air
22:05et qu'on est à proximité ou pas, d'ailleurs,
22:07et qu'ils arrivent à nous, est-ce que ça peut blesser ?
22:09Ah, ça peut blesser, bien sûr, au toucher.
22:10Donc, les agriculteurs savent très bien qu'il faut utiliser des gants
22:14lorsque vous avez des cheveux des pelés et qu'ils renvoient…
22:18Alors, les pelés, c'est la déesse du feu et des volcans à Hawaï.
22:22Et en fait, le volcan réunionnais est tout à fait exceptionnel
22:25parce qu'il n'y en a que trois dans le monde qui sont aussi actifs.
22:28Donc, il y a le Monaleo, le Kiloéa à Hawaï
22:31et la montagne pelée et le piton de la Fournaise.
22:34Et le piton de la Fournaise, pas la Soufrière en Guadeloupe ?
22:36Pas la Soufrière du tout.
22:37D'accord.
22:38OK.
22:39De quelle façon et sur quoi miser, peut-être,
22:41pour transformer ce risque naturel en atout économique, selon vous ?
22:45J'avais envie d'avoir votre avis sur la question.
22:47C'est un vrai atout touristique, de toute façon.
22:50Les volcans, c'est un vrai atout touristique.
22:52À la Réunion, il y a un engouement pour le volcan,
22:54à la fois des réunionnais et puis aussi des touristes qui sont là.
22:57Donc, on va voir l'éruption.
23:00C'est aussi un atout pour la randonnée en général, hors éruption.
23:04Et ça, c'est vrai pour tous les volcans de l'outre-mer,
23:09que ce soit la Soufrière, la montagne pelée ou le piton de la Fournaise.
23:14Allez, on va terminer avec votre photo du jour, Jean-Christophe Guay.
23:17Photo que je découvre en même temps que nos téléspectateurs.
23:20La voici.
23:20Alors, qu'est-ce que l'on voit sur ce cliché ?
23:23Alors, ce qu'on voit sur ce cliché,
23:24eh bien, on voit en fait l'entrée du plus grand hôtel de la Nouvelle-Calédonie,
23:31qui est aujourd'hui devenue une gendarmerie,
23:34une caserne pour les gendarmes mobiles qui viennent par escadron,
23:39qui tournent en Nouvelle-Calédonie pour assurer la sécurité du territoire.
23:45Et en fait, c'est une photo qui est assez emblématique
23:47de la situation actuelle de la Nouvelle-Calédonie.
23:49On parle beaucoup aujourd'hui de l'aspect institutionnel de la Nouvelle-Calédonie,
23:55c'est-à-dire donc essentiellement la question de bougival, etc.
24:01Mais en fait, on ne se rend compte compte de la situation économique
24:03dans laquelle est la Nouvelle-Calédonie.
24:05Il n'y a plus de touristes, ou quasiment plus.
24:07Il y a moitié moins de touristes par rapport à 2023.
24:09Les quartiers sud de Nouméa qui vivaient sur le tourisme,
24:12donc avec des restaurants, des lieux de vie.
24:14En fait, aujourd'hui, les touristes ont été remplacés par des militaires
24:17qui sont présents, donc qui logent dans cet hôtel
24:21et qui font tourner l'économie.
24:23On a affaire aujourd'hui à une économie de garnison
24:26dans les quartiers sud de Nouméa.
24:28Et c'est assez symptomatique, en fait,
24:30de cette situation économique de la Nouvelle-Calédonie
24:32où on s'est focalisé sur les institutions,
24:36où on s'est focalisé sur le nickel,
24:38en oubliant toutes les activités qui pouvaient diversifier l'économie,
24:42c'est-à-dire l'agriculture et le tourisme,
24:45avec un toile de fond, une hypertrophie des services publics,
24:49ce qui donne cette situation qui est totalement hallucinante.
24:53Parce que quand vous regardez les conséquences des émeutes de 2024,
24:59elles sont considérables.
25:00C'est un demi-billier d'entreprises qui ont fermé,
25:02c'est des milliers de personnes qui sont aujourd'hui au chômage,
25:06c'est des gens qui sont obligés de partir,
25:09des canats qui rentrent en tribu,
25:11des canats qui partent dans l'Hexagone,
25:13des métropolitains qui retournent dans l'Hexagone.
25:16C'est des situations catastrophiques.
25:18Un territoire qui se meurt ?
25:19Un territoire qui est en très, très mauvaise situation.
25:23Et je pense que les débats aujourd'hui autour des institutions
25:27l'oublient complètement.
25:28On a tendance à oublier la situation.
25:31Merci infiniment.
25:32En tout cas, cette situation en Nouvelle-Calédonie,
25:33on en parle très régulièrement, évidemment, dans « C'est pas si loin ».
25:35Merci, Jean-Christophe Guay, d'être venu sur notre plateau.
25:38Merci à vous d'être fidèle à votre rendez-vous.
25:40Émission qu'évidemment, vous pouvez retrouver sur la plateforme france.tv
25:44et désormais aussi, je vous le rappelle, en podcast sur toutes les plateformes audio.
25:47Je vous souhaite une très belle fin de journée sur France Télévisions.
25:50Un excellent week-end.
25:51Et je vous dis à la semaine prochaine.
25:52Même lieu, même heure, évidemment.
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