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Chaque matin dans Europe 1 Matin, Jacques Serais reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Emmanuel Hirsch, professeur émérite d’éthique médicale à l'Université Paris-Saclay, président d'honneur des Eligibles et de leurs aidants.

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Transcription
00:00Il est 7h11 sur Europe 1, Jacques Serret vous recevez ce matin
00:03Emmanuel Hirsch, professeur émérite d'éthique médicale à l'université Paris-Saclay,
00:08président d'honneur des éligibles et de leurs aidants.
00:10Bonjour Emmanuel Hirsch.
00:12Bonjour Jacques Serret.
00:13Demain, mardi, les députés procéderont au vote solennel sur la proposition de loi
00:18créant un droit à l'aide à mourir.
00:21Alors le gouvernement avait présenté ce texte
00:24sur le fait qu'il y avait un équilibre entre aide active à mourir
00:27et des garanties strictes.
00:30A la veille de ce vote solennel, est-ce que l'on peut encore parler d'équilibre Emmanuel Hirsch ?
00:35D'abord on ne peut pas parler d'aide à mourir, on parle d'euthanasie et de suicide assisté.
00:39Et on voit qu'on se rapproche de la deuxième lecture, en tous les cas du vote,
00:43de la deuxième lecture à l'Assemblée Nationale.
00:45Et comme au Sénat il y a quelques jours, les députés ne sont plus d'accord.
00:48Plus on se rapproche de l'échéance, plus on voit que cette loi dérive.
00:53C'est-à-dire qu'il n'y a aucun encadrement possible,
00:56les règles éthiques qu'on a invoquées à plusieurs reprises sont bafouées,
01:00à tel point qu'on ne sait même pas si les parlementaires, les députés,
01:04se mettront d'accord sur une question qui est assez simple,
01:06c'est est-ce que la personne aura le choix entre le suicide assisté et l'euthanasie ?
01:10Ce que je veux dire d'une manière très claire,
01:12on a eu un apprenti sortier, le président de la République,
01:15qui a voulu absolument une évolution de la législation.
01:18On a eu le comité consultatif national d'éthique qui nous a fait croire
01:21qu'on pouvait être encadrés.
01:22On voit aujourd'hui que ça ne sera pas encadré.
01:25Et aujourd'hui, les éligibles, c'est-à-dire vraiment celles et ceux
01:28qui représentent les personnes malades, celles qui sont confrontées au quotidien,
01:31aux réalités de la maladie, et qui vivent, qui assument leur part personnelle
01:36pour démontrer concrètement qu'ils ont droit à la vie
01:39et qu'ils n'ont pas à être éligibles à l'euthanasie,
01:42se sont exprimées dans l'espace public,
01:46défiant aussi la convention citoyenne qui n'a pas du tout été satisfaisante.
01:49Donc si vous faites le bilan, on est après 2022, 23, 24, 25, maintenant on est 26,
01:55cette loi est inacceptable, et même si cette loi a été votée,
01:59ce qui est toujours possible, si cette loi a été votée par des députés
02:03qui, pour des raisons politiciennes, considèrent qu'il y a encore des droits des malades
02:07lorsque la seule proposition qu'on fait, c'est l'euthanasie et le suicide assisté,
02:11alors que, vous avez vu le budget de la France,
02:14les euthanasies ne sont même pas abondées au niveau du financement,
02:17on va vers quelque chose de l'ordre d'une violence totalement insupportable.
02:21Dans la tribune que vous avez signée en janvier dernier,
02:24avec l'écrivain Michel Houellebecq et le cofondateur du collectif démocratie,
02:27éthique et solidarité Laurent Frémont, dans le JDD,
02:30vous écriviez que l'interdit de tuer est une borne civilisationnelle.
02:34Nous nous apprêtons à franchir cette borne demain, Emmanuel Lierge ?
02:39Je pense que les députés qui sont favorables à l'euthanasie et au suicide assisté
02:44n'ont même pas conscience qu'il s'agit de tuer.
02:46Puisque d'ailleurs, vous avez remarqué, la proposition de loi n'évoque même pas le fait de tuer,
02:51on est dans l'euphémisme.
02:52Et c'est quelque chose, à mon avis, de tout à fait dramatique.
02:56Vous avez quelques parlementaires qui se sont appropriés nos problèmes,
03:01nos problématiques, qui sont des problématiques réelles.
03:04Lorsqu'on est effectivement atteint d'une maladie, on peut souffrir,
03:07on peut effectivement évoquer souvent la question de la faim,
03:10éventuellement d'anticiper, c'est des questions que j'arrive à me poser.
03:13Mais cette OPA sur ce que les personnes attendent de notre société,
03:18c'est-à-dire de la sollicitude, une bienfaisance,
03:21une capacité de lutter contre la souffrance et d'être reconnu membre de la cité jusqu'au bout,
03:25tout ça est complètement balayé, j'allais dire, avec une violence
03:28qui est absolument insupportable.
03:30C'est-à-dire au moment où je vous parle, j'imagine ce que va être la société demain,
03:35si le médecin, d'une manière très aléatoire,
03:37puisqu'il n'y a pas vraiment d'encadrement très très précis,
03:40d'une manière arbitraire, pourra décider,
03:42si une personne évoque le fait qu'elle est un peu dans le mal-être,
03:45pourra évoquer la possibilité du suicide ou de l'euthanasie,
03:48alors que la personne atteint surtout, de notre part, de la sollicitude et du soin.
03:52Bref, on est en train de verser, pas d'une manière uniquement civilisationnelle,
03:56on est en train d'abraser ce qui fait société.
03:58Quand on nous dit que c'est une loi de société,
04:01c'est une loi qui va à l'encontre de ce qui est constitutif d'une société,
04:04qui va à l'encontre de ce qui est notre solidarité vis-à-vis des personnes vulnérables.
04:08Et imaginez-vous qu'aujourd'hui, des personnes se soient constituées en collectif,
04:14les éligibles et les aidants,
04:15pour dire, nous revendiquons le droit de pouvoir dire
04:19que nous sommes opposés à notre euthanasie de suicide assisté.
04:22Ce n'est pas d'une manière générale, ça les touche particulièrement.
04:24Dans cette loi, on a exclu les proches.
04:27Alors que vous savez très bien, quand vous êtes malade,
04:29votre plus grand besoin, votre plus grande nécessité,
04:31c'est d'être accompagné.
04:32À qui vous faites confiance ?
04:33Vous ne faites pas confiance à l'abstrait, à des politiques,
04:35vous faites confiance à des proches.
04:38Donc vous voyez, au moment où notre société est minée,
04:40notre démocratie est minée par un certain nombre d'intempérances,
04:44par un certain nombre de décisions politiques ou de non-décisions politiques,
04:47on est en train d'ajouter une souffrance existentielle
04:50à la fois des personnes malades, à leurs proches,
04:53mais aussi à des soignants, des soignants qui ont tellement de difficultés aujourd'hui
04:56à assumer au quotidien leurs responsabilités.
04:59Donc vous voyez qu'on est complètement à contre-courant
05:01de ce que devrait être la raison.
05:03On est dans une obstination déraisonnable, elle est insupportable.
05:07Est-ce que vous espérez tout de même
05:09qu'une majorité puisse se dégager demain pour rejeter ce texte ?
05:13Je vais vous dire que j'ai une confiance totale dans les élus.
05:17Ils sont comme nous.
05:17Ils ont au fur et à mesure vu qu'on dévoilait des aspects
05:21qui étaient totalement obscurcis ou qui étaient dissimulés
05:24de ce qu'était l'intention de cette loi.
05:26Cette loi, ce n'est pas de permettre à certains, d'une manière exceptionnelle,
05:29de bénéficier effectivement du geste qui pourrait leur permettre
05:33éventuellement de ne pas souffrir.
05:35Cette loi, c'est une loi qui banalise la question du suicide assisté
05:39et de l'euthanasie, pas en fin de vie, mais à tout moment de l'existence,
05:42c'est-à-dire son extension, et ce n'est pas de l'extrémisme de le dire,
05:45puisque tous les pays qui nous ont précédés, les dix pays qui nous ont précédés,
05:48le font ainsi.
05:49Donc moi, ce que je pense, c'est qu'il y aura un sursaut,
05:53et j'en suis même quelque part un peu assuré.
05:55Parce que quand j'ai suivi le débat ces derniers jours,
05:57j'ai vu à quel point les porteurs, en quelque sorte,
06:01de l'euthanasie et des physiacités se sentaient extrêmement déstabilisés.
06:04Et alors que je pense qu'il y a un effet de précipitation,
06:07on veut aller coûte que coûte jusqu'au bout, à n'importe quelle condition,
06:11mais le bon sens et une certaine forme de raison politique,
06:14c'est-à-dire ces parlementaires, beaucoup d'entre eux,
06:17ils rencontrent la réalité de terrain,
06:19ils ne sont pas dans l'abstraction et dans la véhémence idéologique.
06:22Merci Emmanuel Yerge d'avoir accepté notre invitation ce matin sur Europe 1.
06:25Merci de votre invitation.
06:26Très bonne journée à vous, je rappelle que vous êtes professeur
06:27et mérite d'éthique médicale à l'université Paris-Saclay,
06:30président d'honneur des éligibles et de leurs aidants.
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