00:00Cela fait trois ans qu'il a quitté sa terre. Depuis 2023, l'imam Ndiko vit en Algérie, en rupture
00:06avec les militaires au pouvoir au Mali.
00:08Cette figure religieuse et politique fait de nouveau entendre sa voix. Quel est son message ? Peut-il ĂŞtre une
00:14alternative à la junte ? Peut-il fédérer à nouveau les Maliens ?
00:17Bonjour Wassim. Vous avez échangé récemment l'imam Ndiko en marge de la sixième édition de la Conférence africaine pour
00:24la promotion de la paix organisée à Nouakchott, sous l'égide de la présidence mauritanienne.
00:28D'abord, quel rĂ´le veut-il jouer ? Quel rĂ´le veut jouer l'imam Ndiko dans l'opposition militaire au
00:33Mali ?
00:34C'est vrai qu'il est revenu, disons, au-devant de la scène à la faveur de cette conférence. Mais
00:40il faut savoir qu'il n'a pas choisi ce rĂ´le.
00:43Cela veut dire que c'est une nouvelle formation de l'opposition malienne, le CFR, qui a fait appel Ă
00:50l'imam Ndiko pour qu'il joue un rôle, disons, d'intermédiaire ou de régulateur ou de garant,
00:55d'eux pour parler avec les différentes parties présentes au Mali. Donc il n'est pas l'initiateur de cette
01:01nouvelle opposition, mais de fait, il devient la figure symbolique, reconnue en tout cas, de la nouvelle opposition malienne.
01:08Alors on parle.
01:09La coalition des forces pour la République ?
01:11Exactement.
01:12C'est ça. Est-ce qu'il est prêt à jouer un intermédiaire entre cette force politique, donc la coalition
01:18des forces pour la République, et le JNIM, qui est la filiale au Sahel d'Al-Qaïda ?
01:23Il veut jouer un rĂ´le. Il est en train de jouer un rĂ´le. Et d'ailleurs, on va l'entendre.
01:28On va entendre quelques secondes qui résument un peu ce qu'il envisage pour lui et pour l'opposition.
01:33C'est-ce qu'il est en train de jouer.
02:16Donc, suivant mes échanges avec lui, il a très peu d'espoir, disons, dans une négociation ou de quoi que
02:23ce soit avec la jeune actuellement au pouvoir.
02:25Donc, ce dont il parle, la réconciliation, le regroupement, unir les forces, c'est surtout avec les oppositions maliennes.
02:33Donc, à travers le CFR, mais pas que. À travers aussi d'autres figures de l'opposition malienne, donc qu
02:38'elles soient politiques à l'exil ou armées.
02:42Parce qu'il faut savoir que toute la société civile est sous pression de la jeune, des opposants, des hommes
02:48politiques sont en prison.
02:49Donc, il ne reste que l'opposition à l'étranger qui essaye de s'unir à travers le CFR et
02:53l'opposition, disons, armée.
02:55Donc, les FLA, le mouvement du Nord, qui regroupe Touareg, Arabes et d'autres ethnies, mais qui est à majorité,
03:01disons, Touareg, mais aussi le JNIM.
03:04Donc, le JNIM, la filiale sahélienne d'Al-Qaïda.
03:08Donc, pour le moment, à l'heure où on parle, l'imam Diko est la seule personnalité, disons, malienne, acceptée
03:14et respectée par tous les partis, y compris le JNIM,
03:17qui accepte son rôle de médiateur avec les autres oppositions.
03:21Donc, c'est ça la subtilité de la construction qu'il y a en cours.
03:24Donc, le JNIM, qui est l'acteur militaire dominant, l'accepte Gantle Garant.
03:28Et pourquoi c'est important ? Parce que c'est le JNIM qui donne le lĂ .
03:31Ce n'est pas l'opposition politique.
03:32On est dans une sorte d'Ă©quilibre des forces entre tous ces acteurs qui trouvent un intĂ©rĂŞt, aujourd'hui, Ă
03:41se réunir.
03:41Juste une parenthèse, le JNIM donne le là parce qu'il impose un blocus encore à Bamako.
03:46Parce que c'est la force militaire qui impose ses choix au Mali, que ce soit autour de la capitale
03:52ou dans d'autres régions.
03:53Par exemple, juste une petite anecdote, c'est une très bonne question.
03:56On s'est tous étonnés de l'imposition du voile par le JNIM, par exemple, pour les femmes qui sortaient
04:01de Bamako dans les bus.
04:03Mais après, disons, recherche de la raison qui a mené à cette prise de décision, qui peut être très peu
04:10populaire, disons-le Ă Bamako,
04:12la réponse était la suivante. Le JNIM veut casser l'aura de l'État et que dans l'inconscient des
04:17gens, ça soit lui qui donne le là .
04:20C'est-à -dire que ce n'est pas le gouvernement, ce n'est pas Bamako qui décide de votre
04:23façon, de votre vie au jour le jour, mais en fait, c'est le JNIM.
04:28C'est moins un côté idéologique et religieux qu'une manière de s'imposer.
04:33De dire, voilà , c'est moi qui décide, ce n'est pas l'État malien. Et c'est un changement
04:36de paradigme.
04:37Parce qu'aujourd'hui, Ă l'heure oĂą on parle, les femmes qui prennent le bus et qui sortent de
04:40Bamako, automatiquement, elles mettent le voile.
04:43Alors, pour revenir à l'imam Dikou, qui est entré d'union finalement entre le JNIM et la coalition des
04:46forces pour la République,
04:48concrètement, comment est-ce qu'il envisage son rôle pour le Mali de manière pratique, Wassim ?
04:52D'après ce qu'il dit lui-même, il se voit, encore une fois, comme quelqu'un qui a été
04:55appelé à prendre ce nouveau rôle,
04:57qu'il n'a pas voulu de lui-mĂŞme. Mais, donc, il se voit comme faisant partie d'un rouage
05:03ou d'une sorte de triangulaire
05:04entre le CFR, donc la nouvelle opposition, et le JNIM. Donc, le CFR, cette nouvelle opposition, est en quĂŞte de
05:11popularité.
05:11Parce qu'il faut dire que ce sont des hommes politiques, mais qui n'ont pas de vraie assise populaire,
05:15parce qu'ils sont exilés depuis un moment, et parce qu'ils ont fait partie des précédents pouvoirs, disons.
05:20Et l'imam lui-même, comme vous l'avez très bien rappelé, est parti depuis un certain temps,
05:24donc il cherche un nouvel élan politique. Et du côté du JNIM, il y a une quête, disons, d'interlocuteurs
05:30politiques fiables,
05:31ce que le JNIM a exprimé à plusieurs reprises, de manière officielle et officieuse,
05:34en appelant les forces vives Ă Bamako, les syndicats, etc., Ă se soulever contre l'agent.
05:39Donc, on est dans une sorte de triangulaire, où chaque acteur trouve son intérêt.
05:44Et par ailleurs, ce que l'imam m'a signalé, l'imam Ducon m'a signalé,
05:48qu'il ne souhaitait pas appeler Ă l'insurrection populaire,
05:50parce que ses soutiens dans la capitale subiraient une répression féroce, au même titre que les autres.
05:56Donc, ce qui explique aussi pourquoi il reste en exil,
05:58parce qu'il m'a dit, moi, je suis parti en Algérie, je comptais pas partir en exil,
06:02mais on m'a empêché de revenir.
06:03Et de la même manière, il n'appelle pas, alors on parle, à une insurrection populaire,
06:08parce qu'en fait, il cherche Ă mettre fin, en fait, au bain de sang actuellement au Mali.
06:13Donc, si on imagine quelque chose, disons, dans l'avenir,
06:17pour lui, plus le temps passe, plus le jenim est en force,
06:22et plus on risque, par exemple, un bain de sang dans la capitale ou dans des grandes villes.
06:26Ce qu'il cherche à faire, c'est de désamorcer cette violence avant qu'elle n'arrive.
06:30Ça veut dire, imaginons, le jenim arrive aux portes de Bamako, aux portes d'une autre ville,
06:33à ce moment-là , il pourrait appeler, par exemple, ses soutiens à rester de côté,
06:39à ne pas s'affronter à l'armée.
06:40Donc, son rôle, le rôle qu'il cherche, c'est un rôle d'équilibre
06:43entre les forces qui se battent aujourd'hui au Mali.
06:46Vous parlez de bain de sang.
06:47Est-ce qu'il pense aux pays voisins, l'imam d'Iko, au Burkina Faso, au Niger ?
06:52Est-ce qu'une baisse de la violence au Mali aurait des effets sur le Sahel ?
06:57Comment il voit les choses ?
06:58Pour lui, une baisse de violence au Mali viendrait automatiquement
07:02d'une inclusion du jenim autour d'une table.
07:05Il faut rabattre les cartes du système politique au Mali
07:08dans le cadre de la République, tel qu'il le dit.
07:11Donc, les revendications du jenim ou des populations qui soutiennent le jenim,
07:14comme les peules dans le centre, ou les Touareg, les arabes dans le nord,
07:17doivent être prises en considération
07:19pour refaire un nouveau système de gouvernance
07:22oĂą le jenim est inclus.
07:23Donc, un système islamique, mais qui ramènerait le jenim à sa dimension malienne.
07:27Et d'après ce qu'il dit, si une pacification est atteinte au Mali,
07:32de fait, tout le reste sera de l'ordre dénégociable
07:34et aura des réponses pour le reste, pour le Burkina, par exemple, ou le Niger.
07:39Par exemple, juste Ă titre d'exemple, samedi dernier,
07:41il y a eu deux grandes attaques au Burkina, dans deux localités,
07:44donc une Ă l'est et une au nord.
07:47Et on va voir les images, par exemple, Ă Tandiyari,
07:49c'est une très grande attaque, il y a eu des dizaines de morts
07:51dans les rangs de l'armée burkinabée.
07:54Donc, voilĂ les images de l'attaque.
07:56Donc, c'est assez classique dans les attaques du jenim au Burkina.
08:00On va voir l'attaque de Titao, aussi, dans le nord.
08:02On a des images.
08:03C'est la première fois que cette ville, plutôt épargnée jusqu'à là , a été attaquée.
08:08Là , on voit, par exemple, que l'antenne de communication a été détruite.
08:11Pour la simple raison, c'est comme ça qu'ils coupent les communications de l'armée
08:15et qu'ils peuvent submerger les bases sans intervention extérieure.
08:18Et personne n'oublie, et l'imam Dukon n'oublie pas non plus,
08:21qu'il y a un autre acteur aussi qui est très présent.
08:24C'est l'État islamique.
08:25Il y a eu des défections depuis les rangs du jenim vers l'État islamique
08:28et vice-versa dernièrement au Burkina Faso.
08:30Et des batailles rangées entre les deux groupes.
08:33Et on se rappelle, on en a parlé ici, on va remettre aussi les images,
08:36de l'attaque de Niamey.
08:38Donc, ce qui est important dans cette attaque,
08:39donc la base AIN militaire, la base 101 de l'aéroport de Niamey,
08:44le plus important, c'est important que ça soit attaqué,
08:46c'est important que ça soit au sein de la capitale,
08:48mais le plus important, c'est la coordination qu'il y a eue.
08:51Une attaque de nuit, avec des drones Ă vision thermique,
08:53avec un appui de mortier de l'extérieur de la base,
08:56et avec des forces qui ont submergé la base,
08:59et qui, puis, ils se sont retirés.
09:01C'est ça le plus important.
09:02Donc, c'était quelque chose de très coordonné,
09:04une manœuvre militaire limite,
09:06parce que, de manière classique,
09:08les forces djihadistes, par exemple, quand ils ont attaqué le jenim,
09:10quand il a attaqué l'aéroport de Bamako,
09:12tous ceux qui ont attaqué sont morts sur place.
09:14Là , on voit que l'État islamique filial Sahel
09:17a atteint un niveau de technicité qu'il n'avait pas avant.
09:20On a vu aussi, dans les derniers jours,
09:22des attaques, par exemple, avec voiture piégée à Menaka,
09:25l'attaque d'Anseongo, etc.
09:26Donc, on voit que le corridor dont on a tellement parlé
09:29entre la filiale Afrique de l'Ouest,
09:31qui est la plus puissante,
09:32qui a le plus de technicité et de compétences humaines,
09:35il y a un corridor, maintenant, ouvert Ă travers le Niger,
09:37vers le Sahel,
09:38et la filiale du Sahel profite de manière très réelle,
09:42et on le voit ici,
09:43de sa technicité importée, d'ailleurs.
09:45Et maintenant, c'est devenu quasiment un même théâtre,
09:48disons, d'opération.
09:49Et ça, c'est depuis la chute du président Bazoum
09:53et le coup d'État qui a eu lieu au Niger.
09:54VoilĂ , les plaques sont en train de bouger au Sahel.
09:57Merci beaucoup, Wassim, pour ces informations.
09:59Sous-titrage Société Radio-Canada
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