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00:00Derrière l'image, il est 14h30 à Paris, on prend le temps de décrypter l'info à partir d'une
00:05photo qui fait sens.
00:06Et c'est sur un sombre anniversaire que l'on revient aujourd'hui.
00:10Un anniversaire marqué au début du mois de février, c'est celui du Putsch en Birmanie qui est entré dans
00:17sa sixième année de répression et de guerre civile.
00:19Bonjour Cyril Payen.
00:20Bonjour Elisabeth.
00:21On aperçoit derrière vous ce cliché qui en dit beaucoup.
00:26Magnifique cliché, racontez-nous ce qu'il nous dit aujourd'hui.
00:28Oui, une très très jolie photo de guerre qui a été livrée par un photographe birman de l'agence France
00:35Presse.
00:36Écoutez, s'il y avait pour une fois, on mettait un autre propre titre, on pourrait dire, on serait tenté
00:40de donner comme titre le sacrifice de la jeunesse birmane
00:44puisque nous sommes sur une route de campagne quelque part en Birmanie.
00:49Et ces jeunes soldats et ces deux femmes soldats sont des membres de PDF, des forces de défense populaire qui
00:59ont été formées pour lutter contre la dictature depuis donc, vous le disiez en préambule,
01:04la jeune militaire qui s'est réinstallée au pouvoir en Birmanie en février 2021.
01:11On entre, ça fait cinq ans que ces jeunes gens ont tout quitté, Génération Z qui est au combat, leur
01:17ville, leur statut, leur famille, leurs universités,
01:20changeant radicalement de vie pour se sacrifier pour ce destin très incertain de la Birmanie.
01:28Et ce qui est très beau dans cette photo, à mon sens, c'est ce regard de cette femme.
01:33On sent que le regard est un peu perdu.
01:36C'est une guerre très très longue.
01:37On le voit en Ukraine, ce parallélisme.
01:39La guerre longue ne profite pas aux gens qui s'engagent sur le terrain.
01:43Et on est sur une route de campagne.
01:45Pourquoi ? Parce qu'on va y revenir.
01:47Mais la coalition des forces pro-démocratiques et des guérillas ethniques et ces gens qui sont issus de la Génération
01:53Z,
01:53qui ont tout quitté pour se battre contre le régime et qui meurent beaucoup aussi,
01:57eh bien, tiennent surtout les campagnes et non pas les villes.
02:02C'est aussi ça qui est un des tournants de ce conflit.
02:05Et puis, pour ajouter, ces deux femmes appartiennent à cette génération qui a connu une petite parenthèse pro-démocratique en
02:13Birmanie entre 2011 et 2021.
02:15C'est la génération qui a utilisé les téléphones portables, les réseaux sociaux.
02:19Ils ont tout quitté pour se battre.
02:21Et on leur a volé cette liberté qui avait été gagnée durement dans les urnes.
02:27Je rappelle qu'il y a des milliers et des milliers de personnes qui ont été tuées dans la répression
02:31depuis le putsch de 2021
02:33et une vingtaine de milliers de prisonniers politiques dont on va recueillir d'ailleurs un témoignage.
02:38Donc, une photo assez magnifique qui est un instantané de cet engagement humain à l'autre bout du monde.
02:43Une guerre lointaine et assez peu exposée de ces jeunes gens qui se lancent dans le combat pour le destin
02:51démocratique de leur pays.
02:52Une partie de la Birmanie, il faut le dire, est entrée en résistance armée depuis plusieurs années maintenant.
02:57Qui sont ces rebelles, Cyril ?
02:59Alors, vous avez les membres de ces forces populaires de combat, les PDF, qui sont engagés.
03:07Alors, eux sont essentiellement des Birmans dans la grande mosaïque ethnique des Birmans,
03:11des villes et des campagnes qui ont donc quitté, et des grands centres humains maintenant,
03:15qui ont quitté ces villes pour aller se battre dans la clandestinité.
03:18Mais ils sont formés et ralliés par l'autre grande force anti-militaire.
03:24Et là, ça dure depuis 1947, puisque la Birmanie a été tenue d'une main de fer pendant 70 ans
03:30par une succession de jeunes militaires, décidément, quel destin ?
03:33Et donc, voilà, c'est une coalition de guérillas ethniques.
03:36C'est une mosaïque ethnique, 130 minorités ethniques en Birmanie qui s'est corrélée,
03:42qui s'est alliée à des volontaires par milliers qui se battent contre la jeune militaire.
03:46Donc là, on voit, c'est un schéma assez simple.
03:49Les territoires contrôlés, ce sont les frontières du Bangladesh,
03:52les frontières de Chine, de la Thaïlande, bien évidemment,
03:55où il y a des guérillas, on va revenir, très implantées.
03:58Mais les villes, ce sont les forces de la jeune militaire,
04:01avec un territoire qui est avec un certain tournant,
04:05avec de nouveaux soutiens de la jeune militaire,
04:07qui ont réussi à repousser les assauts de ces guérillas.
04:14Mais il y a aussi la résistance populaire des intellectuels de la société civile.
04:18Un grand nombre de journalistes ou de parlementaires a été jetés en prison ou tués.
04:24Je vais vous proposer, Elisabeth, d'écouter un témoignage d'un journaliste
04:28qui a passé 4 ans dans les geôles birmanes,
04:31qui a réçu l'endestinement à sortir du pays.
04:34Il est actuellement à Bangkok.
04:35C'est un visage que je connais bien,
04:37puisqu'il a travaillé pour France 24 pendant de nombreuses années en Birmanie.
04:41Aujourd'hui, il est en exil.
04:42Il s'appelle Antarnien.
04:43Il a été torturé pendant 4 ans.
04:45Aujourd'hui, il est clandestinement en Birmanie.
04:48Je trouve qu'il était intéressant d'avoir son témoignage au bout de 5 ans,
04:52puisqu'il est extrêmement engagé dans le combat pro-démocratique.
04:57Antarnien, c'est une interview qu'on a recueillie hier depuis Bangkok.
05:02Écoutez-le.
05:05En tant que journaliste et personne avec des convictions politiques,
05:08j'ai traversé les interrogatoires et la prison en mode survie.
05:12J'ai fait tout ce que je pouvais pour rester en vie, pour tenir bon.
05:15Les traitements inhumains, les intimidations constantes,
05:19la peur qu'ils instillent délibérément,
05:21l'isolement destiné à vous empêcher de faire confiance aux autres
05:24ou d'interagir avec eux,
05:25tout cela laisse des traces profondes.
05:27Le traumatisme est réel.
05:30À quoi ressemble ce traumatisme ?
05:32C'est la peur.
05:33J'ai commencé à avoir peur des gens.
05:35Pendant les 3 ou 4 premiers mois qui ont suivi ma sortie de prison,
05:39à l'exception d'un très petit nombre de personnes en qui j'avais vraiment confiance,
05:42je ne faisais confiance à personne.
05:44Je n'arrêtais pas de me demander
05:46« Est-ce que quelqu'un va me faire du mal ? »
05:49« Est-ce qu'il va m'arriver quelque chose à nouveau ? »
05:52Cette anxiété constante ne me quittait pas.
05:55Il m'a fallu du temps pour sortir du mode survie
05:57et essayer de reconstruire ma vie.
05:59J'ai dû me reconstruire lentement, étape par étape.
06:02Et ce n'est qu'alors que j'ai pu commencer à aller de l'avant
06:04et à vivre à nouveau.
06:10C'est un des premiers témoignages d'Antar depuis sa sortie de prison.
06:15Il n'est pas n'importe qui.
06:15Il a créé le grand groupe de presse Kamayout Media
06:17qui était l'un des plus grands groupes de presse birmans.
06:21Aujourd'hui, il vit dans la clandestinité, la précarité absolue
06:24dans un pays qui est voisin, qui est la Thaïlande,
06:26sans savoir s'il remettra un jour les pieds en Birmanie.
06:29C'est hélas le destin de millions de birmans aujourd'hui.
06:31Parlons peut-être du rapport de force sur le terrain, Cyril.
06:34Quel est-il exactement ?
06:35On est en pleine guerre civile, 5 ans après le coup d'état militaire.
06:38Alors, on l'a vu, Elisabeth, cette coalition de guerrillas ethniques
06:42très puissante, très soutenue et d'éléments civils
06:47qui se sont formés à la guérilla jusque dans les années 2024
06:50avait beaucoup avancé, notamment en conquérant beaucoup de territoires.
06:56Mais l'agent militaire a été très habile,
07:00d'abord en lançant une vaste conscription obligatoire en Birmanie.
07:05Plus de 100 000 soldats ont été recru, hommes et femmes,
07:08de manière totalement brutale et obligatoire.
07:10Mais ça fait évidemment de la main d'œuvre.
07:13Et puis surtout, évidemment, le soutien très important.
07:16Je ne vais pas parler de l'axe du mal.
07:18C'est un terme qui est un tout petit peu désuet et galvaudé.
07:22Mais en tout cas, la Chine, la Russie sont des grands soutiens
07:25de cette dictature militaire.
07:27Et surtout, la Chine qui a une grande frontière avec la Birmanie
07:31qui, jusqu'à les années 2024, jouait un peu un double jeu
07:34soutenant quelques éléments de la rébellion,
07:38soutenant aussi l'agent militaire,
07:39mais ne prenant pas du trop parti.
07:42Et bien là, c'est un tournant.
07:43Début, il y a à peu près un an,
07:46un ajout massif d'armes de guerre, d'armement, de drones.
07:53Et puis, ce soutien très important politique,
07:56on l'a compris, Pékin soutient la dictature militaire
07:59parce qu'elle n'a pas envie d'avoir un pays déstabilisé à ses frontières.
08:02Je vais vous proposer aussi d'écouter un témoignage d'un volontaire français
08:08qui travaille dans les zones clandestines avec les rébellions ethniques.
08:10C'est un témoignage rare, puisqu'en général, par essence, ces gens ne parlent pas.
08:14On va juste lui donner des initiales.
08:16C'est FC qui revient juste de cette...
08:18Il fait des allers-retours avec la frontière.
08:20Et je vous propose d'écouter ce qui est la situation sur place pour les populations
08:23et ce que pensent les populations sur place de la situation en Birmanie au bout de cinq ans.
08:28Écoutez-le.
08:29L'armée birmane, qui a beaucoup de mal à lutter contre les groupes,
08:38la résistance armée, puisqu'elle doit lutter contre une guérilla insaisissable.
08:45Donc, l'armée birmane vise la population civile,
08:50soit par des tirs d'artillerie, soit des bombardements aériens.
08:55Elle établit un blocus général pour empêcher l'acheminement de nourriture,
09:01de médicaments, de matériel médical dans ces zones,
09:07afin d'étouffer la population civile.
09:10Bien sûr, dans le but final étant de couper la population civile
09:17des groupes de résistance armée.
09:20Je dirais qu'il faudrait lutter contre l'ingérence de la Chine,
09:28puisque la Chine, qui est frontalière avec la Birmanie,
09:31exerce beaucoup de pression sur les résistances armées
09:34afin de sécuriser ses intérêts dans Birmanie.
09:39Et donc, c'est un gros soutien stratégique des militaires birmans.
09:47Alors, c'est vrai qu'on prend le temps aujourd'hui de parler de la Birmanie.
09:49C'est quand même un fait rarissime.
09:51La question de la Birmanie est clairement passée sous les radars.
09:55Cyril, le pays est isolé du monde extérieur.
09:57Qui sont les soutiens du régime militaire encore aujourd'hui ?
10:00Alors, je vais commencer par déjà dire qui ne soutient pas.
10:02Ce qui est assez incroyable, la Birmanie, pendant son essor démocratique,
10:05pendant une dizaine d'années, a été un eldorado touristique.
10:07Tout l'Occident, y compris la France, allait investir en Birmanie.
10:13Alors là, effectivement, ce sont les premiers, les guerrilleros,
10:16les gens qui se battent pour la démocratie, qui le dénoncent.
10:18Zéro soutien.
10:19Enfin, en tout cas, peut-être des éléments de langage.
10:21Peut-être que le président Macron, il n'y a pas longtemps,
10:23a appelé encore à libérer les présidents politiques.
10:26Mais au-delà de ça, en face, la Russie,
10:28qui fournit de l'armement absolument déterminant.
10:31Le soutien, comme le disait ce volontaire français,
10:33qui connaît parfaitement le sujet,
10:35puisqu'il fait des allers-retours depuis de nombreuses années
10:37dans les zones ethniques de combat et de résistance,
10:41la Chine qui, stratégiquement, s'est totalement mis dans le jeu
10:46pour, au Conseil de sécurité, voter un veto
10:49contre toute forme de mesures contre les militaires birmans
10:54et qui, surtout, aide avec une aide massive d'armement.
10:59Donc là, c'est le positionnement.
11:00Et même la Corée du Nord ou le Pakistan, des pays assez éloignés,
11:03qui fournissent de l'armement militaire, des pièces de drones,
11:06notamment, ou d'artillerie.
11:08Donc on est, vous l'avez dit, sous le radar d'une grande partie du monde
11:11et puis une autre partie du monde,
11:14dans cette forme de démondialisation.
11:16C'est qu'en fait, on fait ce qu'on veut, avec qui on veut,
11:18et bien on soutient.
11:19Encore un dernier témoignage aussi.
11:21Alors là, c'est aussi, c'est une dernière moyenne
11:22qui émane de l'appareil militaire birman,
11:26la fameuse Tatmado, un million d'hommes.
11:28C'est un déserteur, un officier déserteur de l'armée birmane
11:31qui, il y a quelques temps, nous avait livré son témoignage
11:35sur justement ses soutiens logistiques militaires des pays étrangers.
11:39Lui qui était un connaissant, parce que c'est un haut officier birman
11:42qui est passé du côté des forces pro-démocratiques.
11:45C'était sur la frontière thaïlando-birmane il y a quelques mois.
11:49De plus en plus de soldats désertes.
11:52Nous allons rencontrer l'un d'eux dans un lieu secret sur la frontière.
11:58Tout ce que nous avons en haute technologie militaire en Birmanie
12:02s'est envoyé par la Russie.
12:04Et tout le reste des armements et du matériel est pourvu par la Chine.
12:08En ce qui concerne la sécurité de nos dirigeants,
12:10le soutien vient de la Corée du Nord
12:12et parfois aussi du Pakistan pour la technologie basique.
12:15Mais les avions de chasse, les missiles et les radars
12:18et surtout les nouveaux systèmes de surveillance,
12:21de l'Internet et du téléphone,
12:22tout vient exclusivement de l'armée russe.
12:26Personnellement, je suis convaincu que sans le soutien technique aérien russe,
12:29notre armée serait déjà vaincue.
12:32Alors cet officier a été convaincu à l'époque effectivement
12:34que sans ce soutien il y aurait un tournant
12:37et là ce n'est pas tellement la tendance,
12:39c'est plutôt le contraire.
12:40L'armée birmane au grand sacrifice,
12:42on en revient à cette photo de cette jeunesse
12:44qui s'est engagée et dont des centaines meurent chaque année
12:49sur le terrain et pendant les combats,
12:52il y a eu ce sacrifice de cette jeunesse
12:55et la tendance est plutôt à ce que la junte militaire
12:59sur le terrain et diplomatiquement reprenne la main.
13:02Merci.
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