Skip to playerSkip to main content
  • 8 minutes ago

Category

🗞
News
Transcript
00:00Pour en parler, j'accueille l'analyste politique et géopolitique Michel Fayad.
00:04Bonjour, vous enseignez à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles.
00:08Lorsqu'un pays, la Chine en l'occurrence, extrait près des trois quarts des terres rares à travers la planète
00:13et raffine 90% sous la quasi-totalité de la production mondiale, peut-on encore proposer une alternative ?
00:22Alternative, ça va être très compliqué, mais au moins se souder les coûts tous ensemble,
00:27les Européens, les Américains, les Japonais, c'est obligatoire en réalité.
00:31Vous savez, aujourd'hui, les États-Unis sont dépendants vis-à-vis de la Chine à hauteur de 80% et l'Europe à 98%.
00:37Donc en réalité, si on ne se met pas ensemble, Européens, Américains et Japonais, alors c'est fini en fait.
00:44Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la Chine pourrait demain nous priver tout simplement d'approvisionnement
00:47dans des ressources stratégiques pour nos industries, notamment de la défense,
00:53ou bien que nous ne sommes plus maîtres du prix auquel nous achetons ?
00:56Les deux, parce qu'en fait, non seulement par rapport au prix, puisque c'est eux qui possèdent l'essentiel du métal
01:02et du métal raffiné également, mais aussi parce qu'ils ont déjà utilisé les terres rares comme armes géopolitiques.
01:09À l'époque, contre le Japon, il y a quelques années, au moment du conflit sur les îles, vous savez,
01:14pour lesquelles les deux pays se battaient, eh bien ça avait fait plier le Japon.
01:18Le Japon s'était rendu compte d'un coup comme quoi il était très dépendant et que les États-Unis étaient capables
01:25de l'utiliser comme armes contre le Japon. En réalité, vous savez, les terres rares, pendant longtemps,
01:30ont été une question un peu industrielle. Aujourd'hui, c'est vraiment une question géopolitique
01:34et elle peut être utilisée par rapport au prix et par rapport comme armes, comme je le dis.
01:40Un peu comme le pétrole, si vous vous souvenez, au moment de la crise pétrolière de 1973
01:44et ensuite avec la révolution iranienne en 1979, où le pétrole est apparu comme vraiment une arme
01:50aux mains des producteurs de pétrole.
01:52Les deux chocs pétroliers, qui ont eu des répercussions effectivement géopolitiques monumentales
01:57à l'échelle de la planète. Michel Fayad, aujourd'hui, la situation, en tout cas, vous dites,
02:03il faut se serrer les coudes, sauf que les États-Unis, ces derniers mois, sur ce dossier,
02:09précisément des minerais stratégiques, donnent plutôt l'impression de faire cavalier seuls.
02:14Eux qui ont conclu un accord bilatéral avec l'Ukraine, un autre avec la République démocratique du Congo
02:19et envisagent également de mener l'exploration de manière intensive au Groenland.
02:25Quelle part du gâteau, d'une certaine manière, quelle possibilité laissent-ils à l'Europe et au Japon
02:31en termes de coopération ? N'est-ce pas tout simplement une vassalisation auprès d'un nouveau fournisseur
02:36qui ne serait plus la Chine, mais les États-Unis, demain ?
02:38Je pense que c'est plus complexe que ça parce que les Américains ont un problème même sur leur propre sol.
02:42Vous savez qu'ils ont des réserves de terres rares sur leur propre sol
02:46et elles ne sont pas exploitées par des Américains. Finalement, le produit va en Chine.
02:49Donc même les Américains ont un problème, chez eux, sur leur propre sol.
02:53Comment expliquez-vous qu'ils n'exploitent pas cette souveraineté sur leur sol ?
02:56Mais parce qu'en fait, justement, pendant très longtemps, les Américains et les Européens
03:00n'ont pas considéré que...
03:01On délaissait cette question.
03:02Toute la question des métaux, vous savez, on réfléchissait de manière l'environnement,
03:06l'écologie, etc., en oubliant une chose, c'est que sans métaux,
03:10il n'y a pas de transition énergétique.
03:11Donc en fait, il y avait une certaine ou hypocrisie ou méconnaissance du dossier
03:15du fait que vraiment les métaux sont liés à cette écologie qu'on veut,
03:19une écologie verte.
03:20Le réveil en la matière, on le doit à Donald Trump, d'après vous,
03:23qui, le premier, tout de même en Occident, a brisé cette union sacrée
03:27autour de l'écologie, née notamment des accords de Paris de 2015 ?
03:30Oui, je pense qu'aux États-Unis et en Europe, entre guillemets,
03:33c'est Donald Trump qui a été le premier, lors de son premier mandat,
03:35à se réveiller sur cette question.
03:37Mais il y a, comme je l'ai dit tout à l'heure, quand même le Japon,
03:39qui s'était réveillé quelques années avant l'élection de Donald Trump,
03:42je crois que c'était en 2010, où justement, ayant eu à faire face
03:47à ce blocus des terres rares de la part de la Chine,
03:50s'était réveillé de fait par ce qu'il avait subi.
03:53Donc aujourd'hui, c'est vrai que Donald Trump remet cette question
03:56au premier plan et ça, c'est une chose très bonne.
03:58Maintenant, nous, en tant qu'Européens, on a quand même un rôle à jouer
04:01parce que les Britanniques ont énormément de sociétés minières,
04:05ce que n'ont pas forcément les Américains.
04:06Nous, en France, on a des petits joueurs, Eramet,
04:10et puis même sur notre sol national, on a par exemple le groupe Arverne
04:13qui est en Alsace, qui développe le lithium et la géothermie.
04:16Et on a quelques autres petites sociétés,
04:18mais on a aussi quelques brevets pour le recyclage.
04:22Parce qu'autant on a perdu la main par rapport à l'exploitation minière
04:25et au raffinage, autant pour le recyclage,
04:28on a peut-être encore quelque chose à jouer en tant qu'Européens
04:31parce qu'on a quelques brevets.
04:32Les États-Unis, les Australiens, les géants de l'industrie mière
04:36sont prêts à nous intégrer, d'après vous,
04:38dans une espèce de continuum occidental ?
04:41Avec l'Australie, ça va être compliqué honnêtement
04:45parce que la plupart des mines présentes sur le sol australien
04:49sont déjà contrôlées soit directement, soit indirectement par les Chinois.
04:53Il y a énormément de sociétés australiennes, singapouriennes
04:55présentes sur le sol australien,
04:57mais qui en réalité sont détenues par des actionnaires chinois.
05:00Et vous savez, presque tout en Chine est public,
05:03donc finalement c'est l'État chinois.
05:04Et c'est une force parce que, autant chez nous,
05:07on a des sociétés privées qui investissent
05:09et donc tout repose sur l'investissement privé,
05:13autant la Chine, qui reste communiste,
05:15intervient en tant qu'État et avec toute cette force de frappe d'État.
05:18Donc il y a peut-être quelque chose à jouer au niveau américain et européen
05:21en créant peut-être des fonds souverains
05:23qui soutiennent vraiment ces métaux.
05:27et notamment, par exemple, pourquoi pas la création d'un Airbus du métal au niveau européen.
05:34Au niveau européen, mais les Américains veulent un partenariat transatlantique.
05:38Oui, mais ils n'ont pas la compétence technique.
05:39Donc vous dites qu'on n'est pas en train d'échanger une dépendance à la Chine
05:42par une autre aux États-Unis.
05:44Disons que les Américains essayent de signer des contrats,
05:47comme vous l'avez dit, avec l'Ukraine, avec le Groenland, etc.
05:49Mais ils n'ont plus ces sociétés américaines capables de faire vraiment du travail minier.
05:54Autrefois, ils avaient une histoire minière, les Américains,
05:57mais ils l'ont petit à petit abandonné.
05:59Vous évoquiez, en dernière question, l'impact environnemental.
06:02Est-ce qu'on peut réellement le mettre de côté
06:04et considérer qu'il faut absolument aller à cette course vers les minerais ?
06:08Écoutez, c'est vraiment la question clé,
06:11parce qu'on est obligé de passer à moins de pollution,
06:14mais en même temps, sans métaux, on ne pourra pas arriver à une écologie verte.
06:17Merci beaucoup, c'est un dilemme en tout cas.
06:19Michel Fayad, analyste politique et géopolitique,
06:22enseignant à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles.
Comments

Recommended