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00:00Il est en apparence depuis quelques mois le maître du monde, celui qui un an après le début de son second mandat s'immisce et s'impose à la une de presque tous les dossiers.
00:09Je vous parle évidemment de Donald Trump, un faiseur de paix aimerait-il sûrement entendre, lui qui multiplie les initiatives aux quatre coins du globe.
00:18Ses équipes discutent en ce moment sur l'Ukraine à Abu Dhabi, elles le feront demain avec l'Iran.
00:24Au sommet de sa gloire, le président de 79 ans pourrait se faire absorber dans les mois qui arrivent par d'autres sujets sur la scène intérieure.
00:31Scandale Epstein, liberté de la presse, immigration et bien sûr pouvoir d'achat à ce jour, le principal grief des Américains.
00:39Le président américain entré en campagne, on l'a vu ces derniers jours pour les élections de demi-mandat, il voit sa popularité au plus bas.
00:47Ça fait beaucoup de dossiers qu'on va tenter d'écrypter avec vous, Tristan Cabello, bonjour.
00:51Merci d'être avec nous, vous êtes historien, spécialiste des Etats-Unis, maître de conférence à Johns Hopkins.
00:57Votre prochain livre d'ailleurs sort la semaine prochaine, on le voit ici à l'écran, la victoire de Zoran Mandani à New York.
01:05On aura l'occasion d'ailleurs d'en toucher un mot dans le cadre de l'affaire Epstein.
01:10Mais d'abord, que de sujets et de thèmes abordés quand on s'attaque à Donald Trump, lui qui dirige l'Amérique et le monde aussi.
01:19On a envie d'ajouter.
01:22Oui, ça fait vraiment beaucoup de sujets, bien évidemment au niveau international, mais aussi au niveau national.
01:30Et vous l'avez bien finalement résumé dans l'introduction, c'est-à-dire qu'il doit faire face à plusieurs fronts.
01:35Il y a bien évidemment l'affaire Epstein, il y a le coût de la vie qui explose aux Etats-Unis,
01:40l'économie dont les signes sont plutôt positifs, mais dont les Américains ne récoltent pas du tout les fruits.
01:48C'est-à-dire que le coût de la vie est toujours tout à fait démentiel pour beaucoup d'Américains.
01:54Et puis bien évidemment, ces attaques continuent contre la presse.
01:59On voit que le Washington Post licencie, je crois que c'est 40% de son personnel ce matin, c'est énorme.
02:07300 journalistes sur 800, des rédactions, il y a des services entiers.
02:11Des services entiers, plutôt d'ailleurs à l'international, mais aussi dans le national.
02:16Donc on voit qu'il y a beaucoup de... On a l'impression d'un pays qui se délite, d'un pays qui est vraiment en crise,
02:22d'un empire américain qui est en crise.
02:25Et on voit Donald Trump, finalement, un président qui est affaibli sur bien des domaines et dans bien des aspects.
02:31Et donc tout cela, il y a une atmosphère quand même de grande anxiété, de grande angoisse aux Etats-Unis.
02:38Les Américains ne savent pas trop quoi faire dans les prochains mois.
02:42Donc c'est toute la grande question qui se pose, c'est-à-dire quel est le futur pour ce pays ?
02:46Alors quand on dit les Américains, c'est intéressant de dire qui ?
02:48Parce que tout le monde n'a pas le même avis, forcément, sur celui qui les dirige aujourd'hui,
02:53puisqu'on évoquait l'état de la presse américaine.
02:57On va peut-être commencer par là.
02:58C'est le coup de tonnerre qui a retenti hier soir avec cette annonce que l'on attendait, malgré tout,
03:04depuis quelques mois, des licenciements massifs, un bain de sang,
03:09ont dit certains rédacteurs en chef de cette rédaction,
03:13qui est donc l'un des piliers de la presse américaine.
03:16Aujourd'hui, le Washington Post, quand on en parle,
03:18300 licenciements sur les 800 journalistes qui constituaient ces équipes.
03:22On revient donc en image sur cette annonce.
03:25Regardez.
03:28C'est un séisme qui ébranle sérieusement les fondations d'une institution américaine.
03:33Le Washington Post, célèbre journal aux Etats-Unis, a annoncé un plan de licenciement massif.
03:38Le quotidien va se séparer d'un tiers de ses effectifs,
03:41et notamment de 300 journalistes sur un total de 800.
03:44Principalement visés, les correspondants à l'étranger, dont l'intégralité de ceux couvrant le Moyen-Orient.
03:50A l'image de Claire Parker, basée au Caire, et de Lizzie Johnson à Kiev.
03:54Renvoyer du Washington Post en compagnie de toute la brochette des correspondants au Moyen-Orient et nos éditeurs.
04:00Difficile de comprendre la logique.
04:02Je viens de me faire virer par le Washington Post alors que je suis en pleine zone de guerre.
04:06Je n'ai pas de mots, je suis bouleversée.
04:08Service des sports, podcast, infographie,
04:11tous sont impactés par une réforme qui vise à endiguer les pertes du journal.
04:15100 millions de dollars en 2024.
04:17Le syndicat du Washington Post estime ainsi qu'on ne peut pas vider une rédaction de sa substance
04:22sans conséquence sur sa crédibilité, son influence et son avenir.
04:26Mais c'est aussi toute l'indépendance du journal appartenant à Jeff Bezos qui est remise en cause.
04:30En 2024, le quotidien n'avait pas pris parti pour Kamala Harris
04:34alors qu'il avait jusqu'ici toujours soutenu les candidats démocrates aux présidentielles.
04:39Depuis, le milliardaire fait tout pour plaire à Donald Trump,
04:42comme avec la sortie du documentaire de Melania,
04:44financé à hauteur de 75 millions de dollars par Amazon.
04:49Une dépendance pointée du doigt par les journalistes du Post.
04:52C'est l'un des jours les plus sombres de l'histoire du journal.
04:55Les tentatives abjectes de Bezos pour s'attirer les faveurs du président Trump
04:59ont laissé une tâche particulièrement indélébile.
05:02C'est un cas d'école de destruction de marques quasi instantanée et auto-infligée.
05:07Le Washington Post est célèbre pour avoir révélé les scandales du Watergate
05:11ou les Pentagon Vapers.
05:13Il a reçu 76 prix Pulitzer depuis 1936.
05:17Malgré cela, il est en crise depuis des années.
05:20Le retour au pouvoir de Donald Trump n'arrange rien.
05:22Le président américain accuse le journal de publier régulièrement de fausses informations.
05:29On a décidé de commencer par là, par ce sujet,
05:32parce que ça en dit long sur l'état du climat ambiant aujourd'hui aux Etats-Unis.
05:38Vous y voyiez quoi, vous, dans cette annonce qui était quand même attendue
05:42ou au moins redoutée déjà depuis plusieurs mois ?
05:44Oui, le monde des médias est un monde en crise aux Etats-Unis.
05:48Il y a non seulement une grande défiance envers les journalistes de la part des Américains,
05:52mais il faut aussi le dire, c'est que les journalistes ne peuvent pas faire leur travail correctement.
05:57On le voit bien là, ce sont des gens qui étaient employés à temps plein,
06:01qui faisaient leur travail très bien,
06:05qui étaient vraiment essentiels au bon fonctionnement de la démocratie
06:07et qui sont limogés du jour au lendemain.
06:11C'était quand même un travail de qualité, le Washington Post.
06:14Et c'est ce travail qui ne sera plus disponible.
06:17Alors, il y a aussi en parallèle une montée des médias indépendants
06:20qui deviennent de plus en plus importants aux Etats-Unis.
06:25Alors, certains sont vraiment de grande qualité et puis d'autres de moins bonne qualité.
06:29Mais en tout cas, ce que l'on voit, c'est que le métier de journaliste,
06:32c'est vraiment un métier en crise aux Etats-Unis.
06:34C'est vraiment un métier qui est très précarisé, où les gens sont embauchés à la pige.
06:38Il y a de moins en moins de postes à temps plein.
06:41Et donc, ça pose vraiment des problèmes sur comment, finalement, informer ses concitoyens.
06:47La faute à quoi ou à qui, plutôt, Tristan Cabello ?
06:49Parce que quand on voit un Trump, et c'est assez fréquent, finalement,
06:53à la Maison Blanche, dans le bureau Oval,
06:55quand il coupe la parole, ça c'est la version la plus sympa,
06:59à des journalistes de médias traditionnels,
07:01qui les insultent même, parfois.
07:04Il a sa main de responsabilité là-dedans ?
07:05Bien sûr.
07:06Ou il n'a fait qu'accélérer un processus qui était déjà en marche ?
07:08Oui, c'est un processus qui était déjà en marche.
07:10Bon, c'est-à-dire que ces journaux et ces chaînes de télévision sont aussi dans la logique du rendement.
07:17Et donc, le Washington Post, on voit, perdait beaucoup d'argent depuis beaucoup d'années.
07:22Même chose pour un certain nombre de télévisions en continu.
07:25CNN, MSNBC ont tous été un peu revitalisés.
07:30Mais bon, les audiences sont très maigres, finalement.
07:34Donc, il y a ça.
07:35Et puis, il y a bien évidemment Trump.
07:36Trump qui insulte pratiquement quotidiennement les journalistes.
07:40Même ceux qui sont, en fait, intégrés dans son pool de journalistes à la Maison Blanche.
07:44Et donc, tout ça crée vraiment une atmosphère
07:47où non seulement les journalistes ont peur de faire leur métier,
07:49mais de toute façon, ils ne peuvent pas vraiment le faire très bien
07:52puisqu'ils n'ont pas le soutien de leur rédaction,
07:54ils n'ont pas des soutiens financiers dont ils ont besoin pour faire leur travail.
07:59J'aimerais lire la réaction du porte-parole de la Maison Blanche,
08:03Steven Chung, qui a réagi sur X.
08:07Imprimer des fausses nouvelles n'est pas un modèle économique rentable.
08:11C'est-à-dire que ces médias traditionnels,
08:14piliers de la presse américaine, sont accusés de fake news.
08:18Ça, c'est un vieux discours, mais qui commence à avoir ses effets ?
08:21C'est un vieux discours, mais c'est un vieux discours trumpiste.
08:24C'est-à-dire qu'il n'est pas partagé par toute la classe politique,
08:26il faut quand même le rappeler.
08:27Bien évidemment, tout ce qui va à l'encontre de Trump
08:30est considéré comme une fake news.
08:33Et donc, Trump a ses propres nouvelles, sa propre réalité.
08:38Et bien évidemment qu'il va souvent à l'encontre de ce qui est publié dans les journaux,
08:41qui font leur travail d'information.
08:43Alors, la question n'est pas de dire que tout ce qui est publié par le Washington Post
08:47est absolument parfait.
08:48Bien évidemment qu'il doit y avoir des erreurs ici ou là.
08:50Mais, en tout cas, ça ne va pas dans le sens de Trump.
08:54Et ça, ça pose un problème à cette administration
08:57qui essaie vraiment de contrôler toute sa propagande
08:59et qui va à l'encontre de tous les médias qui se dressent contre eux.
09:05Est-ce que c'était inéluctable, ce genre de licenciement massif ?
09:08On parle d'hémorragie qui survient quand même sur le fond de rapprochement
09:11entre Trump et Jeff Bezos,
09:13qui est le propriétaire du journal,
09:15mais qui est aussi surtout le fondateur d'Amazon,
09:18qu'on a vu parmi les convives de Donald Trump après son investiture.
09:23Oui, et puis de toute façon, c'est une hémorragie
09:24qui touche vraiment tous les niveaux de la presse aux Etats-Unis.
09:28Il y a eu beaucoup de lay-off, comme on dit,
09:31c'est-à-dire de gens qu'on laisse partir à MSNBC.
09:35MSNBC, par exemple, qui était quand même la chaîne plutôt pro-démocrate,
09:39plutôt centriste modérée, disons,
09:41qui a essayé, ils ont essayé de la revitaliser en ayant un nouveau nom, etc.
09:46Ça n'a pas beaucoup marché.
09:48Et là aussi, ils ont laissé partir beaucoup de gens.
09:52Donc c'est vraiment quelque chose qui se passe dans beaucoup de domaines de la presse aux Etats-Unis.
09:57Non seulement à la presse écrite,
09:58mais aussi beaucoup dans la presse audiovisuelle et à la radio.
10:03Puis, bien évidemment,
10:03ce qui est central, c'est aussi la perte de fonds pour les radios et les télévisions publiques.
10:10Donald Trump ne veut plus financer ces radios qui sont vraiment centrales
10:13dans le tissu économique américain,
10:16les radios PBS, Public Broadcasting Corporation,
10:18c'est-à-dire les radios de services publics.
10:22Et là, les fonds sont coupés par l'administration nationale.
10:25Parce que ce sont aussi ces médias qui vont au bout d'investigations et de révélations.
10:30On ne peut pas, évidemment, contourner ce dossier.
10:32C'est l'affaire Epstein dont on risque d'entendre parler pendant longtemps.
10:353 millions de documents rendus publics il y a quelques jours.
10:39Il va falloir des semaines pour les éplucher.
10:41Mais déjà, on sait que Donald Trump est cité, je crois, lui, ses proches,
10:46ou sa résidence, son club de Mar-a-Lago, 38 000 fois selon le New York Times.
10:52Certains espèrent qu'il devra s'en expliquer un jour.
10:56Le couple Clinton va devoir répondre aux questions d'une commission d'enquête du Congrès
11:01après avoir longuement refusé.
11:04Dans une première réaction, ils ont dit qu'on espère ouvrir la voie à d'autres auditions.
11:07On entendait par là une audition peut-être de celui qui est principalement mis en cause,
11:12le président des Etats-Unis.
11:13Oui, et c'est d'ailleurs pour ça qu'on a besoin de journalistes.
11:16C'est-à-dire qu'il y a 3 millions de documents à lire dans un système qui est assez vieillot.
11:23Finalement, c'est très très dur d'avoir accès à tous ces documents.
11:26Donc, on a bien évidemment besoin de journalistes d'investigation,
11:29ou même tout simplement de gens qui lisent ces documents,
11:31parce qu'il y a vraiment énormément d'informations.
11:34Ce dossier Epstein, on ne sait pas par quel bout le prendre, finalement.
11:38C'est-à-dire que c'est une fenêtre sur ce qu'on appelait, il y a 20 ans,
11:42les 1%, c'est-à-dire ces gens les plus riches, la bourgeoisie états-unienne,
11:47et qui nous révèlent vraiment que ces gens sont d'une violence extrême, finalement.
11:52Vous dites états-unien, moi j'ai envie d'élargir aussi,
11:54parce qu'on voit que c'est un tabou, c'est un au-delà, ici en France aussi.
11:58Peut-être qu'on va écouter Donald Trump,
11:59passe-propos la dernière réaction du président américain sur cette affaire.
12:04Je pense qu'il est vraiment temps que le pays passe à autre chose.
12:08Franchement, maintenant qu'il n'est rien ressorti à mon sujet,
12:10sinon que c'était un complot contre moi,
12:13littéralement de la part de Jeffrey Epstein et d'autres personnes.
12:16Mais je pense qu'il est temps pour le pays de passer peut-être à autre chose,
12:20comme le système de santé, ou quelque chose qui importe aux gens.
12:25Vous entendez quoi, là ? On passe à autre chose ?
12:28Alors il a raison, les Américains aimeraient bien une grande réforme du système de santé,
12:33ça il a tout à fait raison.
12:34C'est ironique quand même qu'il parle de ça, lui.
12:35Oui, voilà, parce que ce n'était pas trop au centre de son programme,
12:38mais les Américains veulent aussi savoir la vérité sur les Epstein Files.
12:42Et c'est vrai qu'il est cité des centaines de fois.
12:45Mais pas que lui, beaucoup de démocrates.
12:48Alors en ce moment, pas beaucoup de républicains,
12:50parce que leurs noms, je pense, sont caviardés.
12:52Il n'y a pas vraiment les noms.
12:53Et donc, voilà, les Clintons vont être auditionnés.
12:58Moi, je pense que c'est très intéressant,
12:59ça va être très intéressant d'entendre les Clintons s'expliquer sur ce qu'ils savent.
13:04Surtout Hillary Clinton, d'ailleurs.
13:05Que savait-elle vraiment de...
13:06Ex-secrétaire d'État américain.
13:08Voilà, ex-candidate à la présidence.
13:11Que savait-elle des agissements de son mari ?
13:14On dit que Ghislaine Maxwell va aussi être auditionnée par...
13:17L'épouse de M. Epstein.
13:19L'épouse de M. Epstein,
13:20qui elle aussi en sait beaucoup sur cette affaire.
13:23Mais encore une fois, moi j'ai l'impression que le scandale sexuel,
13:28qui est vraiment extrêmement problématique,
13:29c'est un scandale pédocriminel,
13:31finalement va peut-être devenir secondaire, là.
13:35Ça offre quand même une vision, une lecture du système bancaire,
13:41du système capitaliste, du système des partis politiques,
13:44du système des médias, du système même des universités, des fondations.
13:48Tous ces gens sont mêlés à ce milieu Epstein.
13:51Et il va y avoir des éclaboussures, des révélations sur vraiment tout le milieu.
13:56Jusqu'à la Maison-Blanche, vous croyez ?
13:58Parce qu'il jouit d'une immunité, le président américain.
14:01Aujourd'hui, quand on l'entend comme ça dire,
14:03il est temps de passer à autre chose,
14:05on a l'impression qu'il ne se sent pas du tout concerné par l'affaire.
14:08Ça pourrait lui valoir des ennuis, réellement ?
14:10Alors, il est en sécurité, si j'ose dire, jusqu'au mid-term.
14:14Mais au mid-term, si la Chambre...
14:15En novembre prochain.
14:15Voilà, en novembre prochain.
14:17Mais si les mid-terms, au mid-term, la Chambre balance du côté démocrate,
14:21là, il peut y avoir vraiment des investigations,
14:24ou même un processus d'impeachment.
14:25C'est d'ailleurs de ça dont ils ont peur.
14:27Steve Bannon l'a très bien dit, et Trump l'a dit aussi.
14:30Si nous perdons les mid-terms, il y aura des impeachments,
14:34ou Steve Bannon l'a même dit, nous irons tous en prison.
14:37Donc, c'est-à-dire qu'ils sont vraiment très au fait de ce qu'il y a dans ces files,
14:42et même d'ailleurs de ce qu'ils font depuis le début dans cette administration,
14:45qui est toujours à la border, j'ai envie de dire, de la frontière de la légalité.
14:50Vous dites, si les démocrates remportent les mid-terms,
14:52donc ce sera la prochaine échéance électorale, évidemment, très importante,
14:55aux Etats-Unis, qui aura lieu en novembre prochain,
14:59ça pourrait avoir une incidence sur le scrutin, justement ?
15:02Est-ce que les Américains vont voter en pensant à ça ?
15:04Est-ce que c'est un sujet pour eux aujourd'hui, ce dossier, ce scandale ?
15:07Oui, alors oui et non.
15:08Je crois que les Américains sont très fatigués par cette histoire.
15:11Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui se déconnectent maintenant
15:13de l'information en continu,
15:16ou même simplement de l'information qui a un rapport avec Donald Trump.
15:19Il y a une grande fatigue, je pense.
15:20Moi, je pense que les mid-terms se joueront sur vraiment l'économie.
15:24C'est vraiment ce qui est central pour la plupart des Américains.
15:27Alors, les démocrates sont en avance,
15:29sans présenter vraiment de programme, il faut bien le dire,
15:32sans être vraiment très visible.
15:35Ils surfent sur l'impopularité de Donald Trump.
15:36Ils surfent sur l'impopularité, ça, ça peut être quand même très dangereux.
15:39Parce qu'on peut avoir des démocrates qui gagnent les mid-terms en novembre,
15:43qui restent populaires pendant deux ans,
15:46ou au moins dominants à la Chambre.
15:48Et puis, un GD Vance peut être à 50-55% aux prochaines présidentielles.
15:54Ça, c'est un schéma assez classique, finalement, dans la politique américaine.
15:57Une opposition qui remporte la prochaine échéance électorale,
16:01et puis qui, après, perd la suivante.
16:03Oui, il y a eu vraiment les deux.
16:06Par exemple, en 92, quand Clinton gagne,
16:09en 94, Newt Gingrich revient à la Chambre.
16:12Et puis, ça n'empêche pas, en 96, Clinton de regagner la présidentielle.
16:16Donc, ils peuvent aussi devenir très impopulaires.
16:20Bon, les démocrates, là, ils sont vraiment à la croisée des chemins.
16:22C'est-à-dire qu'il faut qu'ils présentent vraiment un mouvement,
16:25un programme pour le pays.
16:26Le problème, c'est qu'ils ne sont pas très audibles.
16:30Ils ne sont pas très audibles dans cette Amérique
16:32qui est vraiment polarisée,
16:33et dont Trump occupe, comme on le voit, tous les écrans.
16:37Voilà, et c'est ce qu'on appelle le flou de zone.
16:41Inonder la zone, occuper absolument tous les espaces médiatiques.
16:44J'aimerais quand même qu'on regarde des chiffres,
16:45puisqu'on parle de popularité, ou plutôt d'impopularité,
16:48aussi impopulaire qu'au cours de son premier mandat.
16:51Finalement, 56% d'opinions défavorables.
16:56La courbe de sa popularité, donc, ou d'impopularité
17:00qui est en train de monter.
17:0440% d'opinions favorables.
17:07Ça nous dit que, finalement, les mois passent
17:11et qu'il a du mal à s'inscrire auprès des Américains,
17:14mais pas auprès de sa base,
17:16sa base qui reste inamovible, intacte.
17:19Oui, il est toujours très populaire du côté des Magas,
17:22mais il faut quand même rappeler que les Magas,
17:23les gens qui s'identifient comme Magas, comme Trumpis,
17:27c'est 10 à 15% de la population.
17:29Et même là, s'il est très bas dans les sondages,
17:3140%, finalement, c'est quand même encore assez haut.
17:36Et c'est bien assez pour gagner les élections,
17:38puisque je vous rappelle qu'aux États-Unis,
17:41l'abstentionnisme est vraiment très haut.
17:43En général, c'est 30, 40, peut-être des fois 50%,
17:46surtout au mid-term.
17:47Et donc, il suffit que cette base, Maga,
17:50cette base qu'il a, les 40%,
17:52se mobilise pour qu'il gagne les mid-term,
17:55mais aussi, plus tard, la présidentielle avec G.D. Vance.
17:58Donc, rien n'est joué pour Donald Trump.
18:01C'est-à-dire qu'on a l'impression qu'il est très bas dans les sondages,
18:03et en effet, il est très bas.
18:04Mais il a quand même une base qui est très mobilisée,
18:06et vraiment, les élections américaines se gagnent comme ça.
18:09C'est vraiment le camp qui mobilise sa base.
18:11Une élection qui se fait toujours sur le même sujet.
18:13On en parlait tout à l'heure, c'est l'économie et le pouvoir d'achat.
18:16Alors, les cours de la bourse, la croissance semble dépasser les attentes.
18:20Une croissance qui abondit quand même de 4,3% au troisième trimestre.
18:25Pourtant, ce n'est pas ça qui parle aux Américains.
18:27Ce qui leur parle, c'est l'inflation, le pouvoir d'achat, le chômage aussi.
18:31Et là, on redoute des chiffres qui s'involent dans l'autre sens.
18:35Oui, c'est-à-dire que les chiffres sont en général quand même très bons.
18:39Alors, la bourse tient, etc.
18:41Par contre, le problème, c'est que les Américains voient bien que tout augmente.
18:46Alors que le président lui-même leur dit, vous voyez bien que les prix descendent.
18:51Donc, il y a vraiment une dichotomie là, un peu difficile à vivre pour la plupart des Américains.
18:56Il y a quelque chose de très frappant.
18:57C'était Thanksgiving, une grande fête américaine où les gens, en général, se réunissent en famille.
19:03Le président nous disait à la télévision, regardez bien, vous voyez bien que la dinde, cette année,
19:09elle coûte beaucoup moins cher que l'année dernière.
19:12Or, on voyait tous, quand on allait l'acheter au supermarché, qu'elle était beaucoup plus chère.
19:16Donc, les prix augmentent.
19:19Il y a aussi un dynamisme du marché du travail qui n'est plus du tout là.
19:22Les Américains avaient l'habitude de perdre leur travail et d'en retrouver un, deux semaines, trois semaines après.
19:27C'est des périodes de chômage qui sont de plus en plus longues dans un pays qui n'a pas les systèmes sociaux que l'on a en France.
19:36Donc, des longues périodes...
19:36Quand on perd son boulot, comme les journalistes, par exemple, du Washington Post, du jour au lendemain,
19:40cette journaliste là qui est sur le front en Ukraine, qui apprend par message qu'elle a perdu son travail,
19:45effectivement, il n'y a pas d'assurance chômage.
19:47Il n'y a pas d'assurance chômage.
19:48Et puis, il faut savoir que, comme d'habitude, quand on perd son travail aux Etats-Unis, on perd beaucoup de choses.
19:54En particulier, son assurance santé.
19:56Voilà, qui évoquait Trump il y a quelques instants, sur lesquels les Américains aimeraient bien se pencher.
20:03Les chiffres de l'économie qui ne sont pas très bons, finalement, aujourd'hui, regardent des Américains,
20:10avec des travailleurs modestes, qui sont de plus en plus nombreux devant les distributions alimentaires.
20:16Ça, ça nous dit quoi de cette économie ?
20:19Oui, oui, c'est ce que l'on voit, et ça, c'est très frappant.
20:21Là où j'habite à New York, on voit des queues autour des centres de distribution alimentaire.
20:27Ça nous dit quoi ? Ça nous dit que c'est un pays qui est à bout de souffle.
20:30C'est-à-dire que c'est un pays où l'ascenseur social ne marche plus du tout, où le rêve américain ne marche plus du tout.
20:36On a des gens qui sont bloqués avec non seulement des salaires, alors qui ont l'air très hauts quand on parle,
20:42en comparaison à la France, mais qui, en comparaison au coût de la vie aux Etats-Unis, sont très bas.
20:47Et surtout, des gens qui cumulent plusieurs emplois pour tout simplement subvenir à des besoins qui sont tout à fait élémentaires,
20:56comme le coût de la vie, le loyer et puis l'alimentation.
21:00Donc, on voit de plus en plus de gens qui, en effet, font la queue dans les centres d'alimentation à New York et dans les grandes villes.
21:07Et ça, ça nous dit quand même quelque chose d'un pays en déclin.
21:09Vous parlez de rêve américain. Moi, ça me fait penser à l'immigration.
21:14Ces millions de personnes qui sont arrivées aux Etats-Unis pour s'installer.
21:18Alors, certains, depuis, ont obtenu des papiers et d'autres pas.
21:21Ça fait la une en ce moment, ici, en Europe, notamment.
21:25Aux Etats-Unis aussi, j'imagine, avec l'entrée en scène de l'ICE.
21:29Alors, on parle beaucoup de Minneapolis, forcément, parce qu'il y a des milliers d'agents fédéraux
21:34qui ont été déployés et concentrés, finalement, à un seul endroit.
21:37Mais ça se passe dans d'autres Etats du pays.
21:40Trump a annoncé le retrait de 700 agents fédéraux, donc, a priori, aujourd'hui.
21:47Mais il va quand même en rester 2000 dans la ville.
21:48Il faut mesurer le propos.
21:50Certains disent tentative d'apaisement de la part du président américain.
21:54Bon.
21:54Oui, beaucoup de gens parlent de désescalade.
21:57Bon.
21:57Moi, j'en suis un peu moins sûr, comme vous.
22:00C'est-à-dire que, je pense que le mal est fait.
22:02Trump a eu ce qu'il voulait, c'est-à-dire créer une certaine forme de terreur,
22:06non seulement chez les immigrés, d'ailleurs, sans papier et avec papier, d'ailleurs,
22:10mais aussi chez les citoyens.
22:12C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de citoyens américains
22:14qui ont, après la mort de Alex Prétis et la mort de René Gould...
22:17C'est deux manifestants américains, qui plus est, qui ont été abattus.
22:21Qui ont été tués, voilà, par ICE, qui ont maintenant très peur de défiler dans la rue,
22:26qui ont très peur de se mobiliser contre ICE,
22:29qui ont très peur de se mobiliser contre le gouvernement Trump.
22:32Donc, certes, il y aura 700 policiers en moins.
22:35Finalement, c'est une goutte d'eau, quand même.
22:38Mais moi, je crois que la terreur, elle est là.
22:40Les gens ont peur.
22:41Et ce n'est pas que les immigrés.
22:43C'est vraiment aussi les citoyens américains qui ont peur,
22:46tout simplement d'exprimer leurs opinions.
22:47Justement, c'est ce que j'allais vous demander.
22:49Est-ce qu'on ose, ça on l'évoquait en tout début de mandat de Donald Trump,
22:52est-ce qu'on ose critiquer ouvertement Donald Trump aujourd'hui,
22:56quel que soit le camp politique auquel on appartienne ?
22:59Parce qu'on se souvient au moment des licenciements massifs
23:02au sein de l'administration américaine,
23:04beaucoup restés mutiques à l'égard de la politique américaine.
23:09Est-ce que ça a changé ?
23:10Alors, c'est vrai que publiquement, beaucoup de gens se sont tus.
23:13Même d'ailleurs sur les réseaux sociaux.
23:15Les gens ne disaient plus grand-chose de politique.
23:18Moi, je l'ai vu dans mon cercle d'universitaires, finalement.
23:21Des gens qui étaient très vocaux,
23:23qui s'exprimaient beaucoup sur la politique américaine
23:25et qui, là, restaient vraiment muets.
23:28J'ai quand même vu un basculement, moi, autour de ICE.
23:31Là, il y a eu vraiment un basculement.
23:33Je pense que, voilà, la prise de parole de Bill Clinton,
23:35la prise de parole de Barack Obama,
23:36la prise de parole même des stars, des Grammys, d'artistes.
23:39Il va y avoir bientôt le Super Bowl dimanche.
23:41Le Super Bowl auquel Trump ne va pas aller apparemment lui réconseiller de ne pas s'y rendre
23:45parce qu'il prenait le risque d'être hué.
23:47Oui, bien sûr, bien sûr.
23:48Et ça, c'est vrai.
23:49Et donc, voilà, il y a une coalition quand même, là, des anti-Trump
23:53qui part quand même de la rue.
23:55Ce n'est pas les artistes, ce n'est pas les politiciens.
23:57Ce n'est même pas, d'ailleurs, le Parti démocrate.
23:58C'est vraiment de la rue.
24:00Et c'est des gens, vous savez, c'est des gens qui s'organisent.
24:03C'est un activisme très roots, j'ai envie de dire.
24:06C'est-à-dire, c'est loin des réseaux sociaux.
24:08C'est vraiment du tissu humain.
24:09Des gens qui se parlent.
24:11Des gens qui partagent des polycopiés.
24:14Vous savez, sur comment...
24:15Des photocopies sur comment résister à ICE.
24:18À l'image de René Goud et Alex Pratty, finalement.
24:20Voilà.
24:21Des gens qui, finalement, leur seule arme, c'est leur klaxon.
24:25C'est les sifflets pour prévenir des descentes de ICE.
24:27Donc, on voit que c'est quelque chose, vraiment,
24:29où il y a du tissu humain qui se recrée, là.
24:31Mais loin des partis politiques.
24:33Et puis, loin de la technologie, aussi.
24:36Ça, ça peut faire trembler Trump, en un mot ?
24:37Oui, ça, c'est très clair.
24:39C'est très clair, puisque c'est un mouvement qui vient de la base.
24:41C'est un mouvement qui vient du peuple.
24:42Et c'est un mouvement qui vient de la rue.
24:44Et donc, ils vont se mobiliser.
24:45Ça, c'est très clair.
24:46Merci beaucoup, Tristan Cabello.
24:48Nous avons fait l'honneur de passer par nos plateaux.
24:51Vous qui, d'ordinaire, êtes outre-Atlantique.
24:53Restez évidemment avec nous.
24:54L'info va se poursuivre dans ce pari direct.
24:55On se retrouve pour Le Journal dans un instant.
24:57Tout de suite.
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