00:00Générique
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00:01Virginie Fauvel, avant d'être CEO d'Arvest, quel a été votre parcours ?
00:21Bonjour, au départ je suis ingénieure, je le précise,
00:24parce que j'aime beaucoup bâtir, beaucoup construire,
00:27et puis je pense que c'est bien aussi de parler des femmes ingénieures,
00:31parce qu'on n'est pas très nombreuses.
00:33Il y a à peu près la même proportion de femmes ingénieures qu'à mon époque,
00:38c'était il y a une trentaine d'années, donc il y a longtemps,
00:40et donc j'encourage les jeunes filles à embrasser des carrières technologiques,
00:45ainsi que les petits garçons, parce que la France a besoin d'ingénieurs, de techniciens.
00:50Donc après mon école d'ingénieurs, j'ai travaillé 17 ans pour BNP Paribas,
00:55où j'ai eu la joie de rencontrer des personnes incroyables,
00:59de lancer EloBank en Europe en 2013,
01:02et ensuite j'ai rejoint Alliance, au comité exécutif d'Alliance France,
01:06et puis ensuite au directoire de l'ERMS, en charge de la zone Amérique,
01:10qui correspondait à États-Unis, Canada, Brésil.
01:13Et ces années, dans ces deux très grands groupes,
01:17ont été vraiment des moments où j'ai beaucoup appris,
01:20j'ai rencontré des personnes incroyables,
01:23et j'ai pris beaucoup de plaisir dans les différents postes qui m'ont été confiés.
01:28Et comment prendre le pouvoir en tant que femme ?
01:31Alors prendre le pouvoir, c'est toujours un sujet un peu délicat,
01:34parce qu'on n'apprend pas toujours aux jeunes femmes à prendre le pouvoir.
01:38Quand on est dans des boums ou des choses comme ça,
01:43souvent les jeunes femmes, les jeunes filles,
01:45attendent que les garçons viennent leur proposer de danser.
01:47Et en fait, dans la vie professionnelle, je crois que c'est vraiment l'inverse.
01:51Il ne faut jamais attendre qu'on vous propose le pouvoir,
01:53il faut oser, il faut prendre des risques.
01:56Et je connais très très peu de moments dans une vie professionnelle
01:59où un poste est confié sans qu'on ait dû combattre pour l'avoir,
02:04le réclamer, lever le doigt.
02:05Donc moi, si j'ai un conseil à donner, c'est vraiment à toutes les femmes,
02:10lever le doigt, oser, n'ayez pas peur,
02:13il n'y a aucun risque à tenter, à prendre du poids,
02:17à prendre des responsabilités et à essayer d'aller à l'étape d'après.
02:21Donc vraiment, oser.
02:22À quel moment avez-vous osé vous imposer dans votre carrière ?
02:27Moi, je crois que je me suis toujours imposée dans ma carrière,
02:31j'ai toujours dit ce que je voulais faire.
02:33Il y a des moments, en fait, où il y avait des éléments
02:35qui étaient pour moi inévidents,
02:37c'est qu'ils n'étaient pas forcément pour mes patrons.
02:39Je me souviens d'une fois, je rêvais de prendre une filiale en Amérique latine,
02:44c'était en Argentine,
02:45et le poste a été confié à un homme qui était, du reste, très très bien.
02:50Et donc, j'ai demandé au décideur,
02:51mais pourquoi vous avez confié ce poste à cette personne qui est très bien ?
02:55Mais moi, j'avais toute légitimité pour devenir patronne de l'Argentine.
02:59Et en fait, le responsable a dit,
03:01mais jamais j'aurais pensé que vous puissiez vous expatrier en Argentine
03:03et prendre ce poste.
03:04Donc il y avait clairement un biais sur le fait que j'étais une jeune femme
03:07et que je ne pouvais peut-être pas pouvoir prendre mon mari et m'expatrier.
03:11Donc voilà, ça m'a aussi fait réfléchir,
03:14à affirmer encore plus,
03:15quand j'avais envie d'un poste ou envie de faire quelque chose,
03:18de pouvoir le verbaliser.
03:20Les réseaux féminins sont-ils une solution pour arriver à prendre le pouvoir ?
03:25Alors, les réseaux féminins, ça peut aider beaucoup de femmes, bien sûr,
03:29pour se former, pour accroître leur réseau.
03:32Moi, je n'ai jamais vraiment trouvé complètement ma place.
03:36Peut-être parce que j'ai eu l'habitude d'être entourée d'hommes
03:39dans ma scolarité en école d'ingénieur
03:43et puis après, dans les différents postes que j'ai confiés.
03:46Moi, ce que je cherchais dans les réseaux féminins,
03:49c'était comment avoir le même salaire qu'un homme,
03:52comment progresser dans sa carrière.
03:54Et souvent, ces questions-là étaient peu abordées dans les réseaux féminins.
03:57Ça a peut-être changé depuis, mais je pense qu'il faut aussi inviter les femmes
04:02à être dans des réseaux globaux, avoir leur réseau qui ne soit pas uniquement
04:06un réseau féminin, mais aussi un réseau mix,
04:08parce que le pouvoir est souvent dans les mains des hommes.
04:11Donc, il faut bien avoir un réseau qui comprenne et les hommes et les femmes.
04:14Et puis, parce que c'est aussi très sympathique d'être dans un milieu
04:18qui est mix, hommes et femmes.
04:20Qu'est-ce qu'une formation d'ingénieur vous a apporté à vous dans votre carrière ?
04:24Alors déjà, elle m'a apporté beaucoup de bonheur,
04:27parce que j'ai vraiment beaucoup apprécié faire des mathématiques.
04:32Et quand j'en refais encore aujourd'hui, je prends vraiment beaucoup de plaisir.
04:35Tout ce qui est aussi la science physique, la thermodynamique,
04:40toutes ces matières-là, la chimie, nous apprennent aussi à comprendre le monde,
04:43à comment fonctionne une voiture, comment décolle un avion,
04:46comment fonctionne son trait nucléaire.
04:47Donc, je trouve que c'est très intéressant, déjà en formation,
04:51de savoir comment comprendre le monde et d'entrer dans les mathématiques
04:56qui sont probablement un des rares endroits absolument purs
04:59dans le monde dans lequel on vit avec la philosophie.
05:01Après, dans une vie professionnelle,
05:04c'est vrai que je ne fais pas de la chimie tous les jours, ni de la physique.
05:07Mais en revanche, la discipline très scientifique m'a permis de poser un regard très chiffré,
05:18de décortiquer les causalités, de mieux comprendre comment les choses s'imbriquaient.
05:24Donc, je pense qu'un esprit très analytique et très scientifique
05:27est biorrement utile dans le monde dans lequel on vit.
05:30Et je pense aussi que les formations scientifiques,
05:33surtout dans le monde dans lequel on vit,
05:34qui est un petit peu particulier avec les réseaux sociaux, les fake news,
05:39permet de bien analyser, bien comprendre
05:42que ce qu'on voit n'est peut-être pas la vérité d'aller chercher plus loin.
05:46L'esprit critique voltairien.
05:48Donc, je pense que c'est aussi très utile d'avoir cet esprit critique
05:52qu'on a aussi à travers la littérature et la philosophie,
05:56mais qu'on apprend dans les écoles scientifiques
05:59de à chaque fois comprendre pourquoi telle chose existe
06:02et comment ça s'est constitué.
06:03Et donc, c'est des structurations d'esprit qui sont très utiles
06:06dans un monde complexe et dans le monde de l'entreprise en général.
06:11Comment donner envie aux femmes d'entreprendre des carrières scientifiques ?
06:15Alors, je co-préside la commission Innovation et Numérique du MEDEF.
06:19Et on a une initiative qui s'appelle Code F,
06:23où on va dans les écoles pour rencontrer des petites filles,
06:28souvent dans des écoles de quartier défavorisées,
06:31pour proposer un rôle modèle et de montrer que c'est possible
06:35qu'on peut avoir des formations scientifiques, technologiques, d'ingénieurs,
06:39et que ce n'est pas réservé aux hommes.
06:43Donc, je pense que les rôles modèles, c'est très important.
06:46Je pense aussi que le fait de pouvoir avoir un enseignement
06:51jusqu'au moins à la terminale scientifique qui soit obligatoire,
06:54ça me semble vraiment très important.
06:56Avoir voulu supprimer les mathématiques en première et en terminale
07:00me semble peut-être une bêtise sans nom,
07:02parce que les mathématiques sont vraiment quelque chose
07:05qui toute la vie servira et permet d'ouvrir de nombreuses portes.
07:09Donc, ne plus faire de mathématiques,
07:10c'est se fermer un nombre de portes importantes.
07:13Et puis après, je pense qu'il faut être peut-être plus,
07:17j'allais dire coercitif, mais en tout cas flécher davantage
07:20vers des métiers dont la France a besoin
07:23et au moins vers des métiers qui fabriqueront des chômeurs à la fin.
07:28Donc, choisir un métier qui nous plaît, c'est bien sûr très important.
07:31C'est ce qu'on dit aux petites filles, un peu moins aux petits garçons,
07:34on leur demande plutôt de choisir un métier
07:35qui leur permettra de nourrir une famille.
07:38Moi, je pense qu'il faut choisir une formation
07:40qui nous permette et qui permette aux jeunes filles
07:42comme aux jeunes garçons de pouvoir avoir des métiers
07:45qui seront utiles et sur lesquels ils auront un salaire
07:48et qui à un moment donné leur donnera aussi leur indépendance.
07:52Quel a été le plus grand risque dans votre carrière ?
07:55Je pense que quand j'ai repris Arvest,
07:57c'était un risque qui était quand même assez fort
07:59parce que j'avais fait toute ma carrière dans des grands groupes
08:03où j'étais vraiment très très bien, mais je voulais être entrepreneur.
08:06Donc, c'est vrai d'avoir fait le pas,
08:08j'ai diminué très significativement ma rémunération.
08:12J'ai investi dans la société qui était très petite à l'époque.
08:15Donc ça, je pense que c'était une prise de risque qui était importante.
08:18Cinq ans et demi après, j'ai bien fait
08:20parce que la société s'est très bien développée
08:23et je suis très heureuse dans cette entreprise.
08:25Néanmoins, je pense que c'est un risque assez fort.
08:26Qu'est-ce qui vous a donné envie d'entreprendre ?
08:30J'ai toujours eu envie de construire, de bâtir.
08:32Ça, c'est mon côté très ingénieur.
08:35Et je voulais développer une entreprise.
08:40Je crois beaucoup à la France et à l'Europe.
08:41Donc, je voulais développer une entreprise française
08:45et lui donner une empreinte géographique européenne.
08:48Donc, Arvest, c'était une société française.
08:50On faisait 31,9 millions de revenus à l'époque.
08:53Et cinq ans plus tard, on est 600.
08:56On opère en Italie, en Allemagne, au Luxembourg, en Suisse.
09:00Bien sûr, en France.
09:02Donc, c'est plutôt bien.
09:03Et on est passé de 31,9 millions à 120 millions en cinq ans.
09:07Donc, c'est quelque chose qui est une grande fierté pour moi
09:10parce que j'ai pu recruter des collaborateurs en France, en Europe.
09:15Voilà, maintenant, on est 600.
09:16On était 270.
09:18Donc, c'est quelque chose qui est, pour moi, extrêmement vigifiant.
09:22Et puis, surtout, on ne veut pas s'arrêter là.
09:24Et pour vous, une bonne chef d'entreprise, c'est quoi ?
09:27Je pense qu'il faut avoir une vie très équilibrée.
09:30Je pense qu'il faut bien se connaître.
09:34Je pense que faire du sport, avoir une alimentation équilibrée,
09:38bien dormir, bien s'entourer,
09:41je pense que c'est peut-être des choses très basiques.
09:43Mais quand on est chef d'entreprise, on vit aussi avec son corps
09:46qui est parfois soumis à rude épreuve avec beaucoup de travail.
09:50Donc, être vraiment dans une hygiène de vie qui soit impeccable.
09:54Donc, ça, c'est plutôt sur la partie hygiène de vie.
09:56Et le deuxième sujet, c'est avoir du temps pour penser.
09:59Parce qu'en fait, on est happé très tôt et on rentre très tard.
10:03Moi, tous les matins, je suis à 7h15 au bureau avec mon café
10:05pour avoir un petit moment tranquille, toute seule et pouvoir réfléchir.
10:09Et donc, si on ne se préserve pas ces moments-là pour réfléchir,
10:12pour anticiper, je pense que c'est difficile d'être un bon chef d'entreprise.
10:17Donc, ne pas subir, ne pas tout accepter,
10:19se garder du temps pour penser.
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