00:01Europe 1 Soir, 19h21, Pierre de Villeneuve.
00:04Toujours avec Hugo Zalter du Figaro, avec Adrien Matou de Marianne et notre invité, le sénateur de l'Ardèche, président du groupe Les Républicains au Sénat, Mathieu D'Arnaud.
00:13On l'a vu, ce sont les chiffres du ministère de l'Intérieur parus il y a quelques jours, pour les chiffres 2025 des violences et de la délinquance en France,
00:20avec des facteurs aggravants pour les homicides, les tentatives d'homicides, l'agression d'une professeure hier à Sanary-sur-Mer, professeure d'éducation, d'art plastique pardon,
00:32qui est toujours dans un état très préoccupant, nous disait tout à l'heure notre correspondant Frédéric Michel qui est sur place,
00:40avec du nouveau aussi, puisqu'on a appris que cet élève de 14 ans devait bénéficier d'un suivi socio-éducatif.
00:51Écoutez, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, il a pointé des failles dans le suivi de cet élève, il était chez nos confrères d'RTL ce matin.
00:59On sait que cet enfant n'est pas connu des services de la justice, il est suivi par le tribunal pour enfants suite à, manifestement, il serait victime dans son domaine familial.
01:064 mois pour avoir un rendez-vous avec la PJJ, qui aurait dû avoir lieu le 5 février, 4 mois c'est trop long, du fait de notre mauvaise organisation au ministère de la Justice avec les enfants victimes.
01:15Mais il est évident que quand il y a un signalement pour violence qui touche un enfant, et que nous mettons 4 mois pour lui donner un rendez-vous,
01:21on pourrait être beaucoup plus efficace pour pouvoir entendre ce mineur et pouvoir éviter en effet qu'il reproduise des violences.
01:26Ça ne prémunit pas de tout, mais notre travail au service public de la justice c'est d'être plus rapide, c'est ce que j'essaie de faire depuis un an au ministère de la Justice.
01:32Alors, M. Darnot, il y a deux choses, il y a d'abord cette nouvelle agression dans un établissement,
01:36scolaire, c'est un sujet en soi et il est extrêmement grave, et puis il y a le problème de l'insécurité en général,
01:41et quand on pose la question aux Français, à l'approche d'ailleurs d'élections,
01:45là on va voir les municipales, mais on a les présidentielles dans pas très longtemps,
01:49les deux préoccupations des Français, c'est l'insécurité et le pouvoir d'achat.
01:52Alors d'abord, peut-être sur cette énième prof, puisqu'il y a eu d'autres cas, à Antibes, dans le Haut-Rhin également,
02:03là c'est à nouveau une professeure qui est agressée, parce que cet élève l'a dit aux enquêteurs,
02:09il avait la haine et il avait d'ailleurs une collection d'armes blanches dans sa chambre, visiblement.
02:14Je crois que, d'abord vous me permettrez d'avoir une pensée pour la victime,
02:19c'est important et c'est même prioritaire dans l'instant,
02:22redire que je crois que, à l'évidence, la sécurité est devenue la priorité de nos concitoyens,
02:29et pour des raisons tout à fait légitimes.
02:31A celles et ceux qui continuent à nous expliquer qu'il y a dans ce pays un sentiment d'insécurité,
02:36je crois que chaque jour, les faits qui malheureusement se reproduisent tentent à démontrer le contraire.
02:41J'ai moi-même eu à regretter que dans mon propre département, il y a quelques jours,
02:45un cas similaire aurait pu se produire, et c'est grâce justement aux moyens,
02:50notamment aux moyens de vidéoprotection qui entouraient le collège, qu'on a pu éviter un drame.
02:55Donc c'est d'abord une affaire de moyens, et moi je veux redire clairement que la sécurité, c'est l'affaire de tous.
03:02Ça ne peut pas être que l'affaire de l'État, ça doit être aussi, même si c'est avant tout l'affaire de l'État,
03:08l'affaire des collectivités, l'affaire bien sûr de la police nationale,
03:14les forces de sécurité de la gendarmerie, mais aussi, et nous venons, de voter cet après-midi
03:18un texte qui renforce les pouvoirs de la police municipale,
03:24qui peut être amené à intervenir autour de cet établissement scolaire,
03:26c'était le texte de Bruno Retailleau et de François-Noël Buffet.
03:30Donc on voit bien qu'il faut renforcer l'arsenal législatif pour prendre en compte...
03:34Mais comment on fait dans une Assemblée nationale, pardonnez-moi, et vous êtes du Sénat, donc j'entends bien,
03:39mais c'est-à-dire que vous vous rattrapez des textes d'une certaine manière,
03:41et vous essayez de les corriger, ça a été le cas pour la fin de vie,
03:45mais dans une Assemblée nationale où personne n'est d'accord avec personne.
03:48Et j'entends bien que Bruno Retailleau et François-Noël Buffet,
03:51qui étaient le ministre auprès du ministre de l'Intérieur,
03:54essayaient de faire deux ou trois choses.
03:56Comment est-ce que vous expliquez aussi que votre famille politique,
04:00les LR, avaient proposé par exemple une présomption
04:02de légitime défense pour les policiers,
04:04et que cette loi ne même pas été examinée ni votée ?
04:08Je leur conseillerais de commencer par le Sénat, je vais vous donner un exemple,
04:12on a réussi à traiter un sujet tout aussi compliqué qu'est le narcotrafic,
04:16et la place du narcotrafic qui malheureusement ganglène et ne cesse de progresser.
04:21Il n'y a rien de réglé pour le narcotrafic ?
04:22Il y a les premières mesures, notamment sur le parquet national anticriminalité organisé
04:27qui va être mis en place, donc le texte il est voté.
04:30Vous me parlez du travail du Parlement, je vous réponds,
04:34pour essayer de vous dire qu'on peut tout à fait voter des dispositions,
04:39voter des projets de loi, voter des propositions de loi
04:42qui permettent de répondre à ces problèmes, qui répondent à ces drames.
04:47Après, il y a la question encore une fois des moyens, je le dis,
04:50l'arsenal législatif ne suffira pas, il faut mettre des moyens et des moyens financiers,
04:55c'est pour ça que dans le budget, et je reviens toujours au budget,
04:57nous avons sanctuarisé les budgets régaliens, que ce soit la justice ou la sécurité.
05:05L'an dernier, le Conseil constitutionnel a censuré une loi
05:08qu'avait notamment proposée Gabriel Attal à l'Assemblée sur la justice des mineurs,
05:14avec un tour de vis.
05:16Est-ce que vous ne pensez pas que les principes juridiques
05:18qui encadrent aujourd'hui le droit particulier
05:21est spécifique au traitement pénal des mineurs délinquants et des UE ?
05:27Je pense notamment à l'ordonnance de 1945 et ses actualisations.
05:30Est-ce qu'on ne croirait pas que ces principes juridiques
05:33appliqués par le Conseil constitutionnel et les Cours suprêmes
05:35empêchent de faire évoluer le droit qui s'applique aux mineurs,
05:39comme ont évolué les dix mineurs,
05:41qu'il s'agisse des tentatives d'homicides qui ont explosé dans le cas des mineurs ?
05:45Seulement ces dernières années, si on prend les deux ou trois dernières années,
05:48les autres mineurs qui sont utilisés par les narcotrafiquants
05:51comme tueurs à gage parfois.
05:53Est-ce que vous ne pensez pas que les principes juridiques
05:55doivent s'accorder à cette nouvelle réalité ?
05:58On ne parle pas de la loi du coup,
06:00on parle de jurisprudence, des grands textes.
06:03La société évolue.
06:03Moi je suis très respectueux du travail du Conseil constitutionnel,
06:06du Conseil d'État,
06:07mais la société évolue, c'est un fait.
06:09Et malheureusement, le drame d'aujourd'hui ne fait que le confirmer.
06:13Je parlais du narcotrafic.
06:14On a des sujets qui gangrènent notre société
06:17et il faut encore une fois que le droit puisse répondre pleinement à ces sujets
06:23avec un arsenal législatif qui soit adapté.
06:26Mais encore une fois, je crois que ce serait une faute de penser
06:29qu'on réglera toute la question par l'évolution législative.
06:33Il faut vraiment que l'on mette des moyens,
06:36et si vous me permettez, des moyens humains.
06:38Parce que rien n'est plus efficace que de pouvoir mettre des moyens humains.
06:42Je vais parler des polices municipales, bien sûr, police, gendarmerie.
06:44Les moyens humains, on les a faits ?
06:47Il y a eu les opérations place net par Dupond-Moretti et Darmanin.
06:50Vous avez vu ce que ça a donné.
06:51C'est-à-dire que les narcotrifiants reviennent.
06:54Et si ce n'est pas exactement au même carrefour,
06:56c'est deux carrefours plus loin.
06:57Donc, si vous voulez, c'est le problème structurel qui n'est pas réglé.
07:00Bien sûr, c'est pour ça qu'on a mis en place un parquet national anti-criminalité organisée.
07:03Parce qu'il faut les taper aussi au portefeuille, aux porte-monnaie.
07:07On verra ce que ça donne.
07:07On verra ce que ça donne.
07:08Mais juste, vous avez dit,
07:10et je comprends que vous êtes dans votre rôle de président de groupe au Sénat,
07:14mais vous avez dit, j'ai un très grand respect pour le travail du Conseil constitutionnel et du Conseil d'État.
07:19Est-ce que vous diriez aujourd'hui que, sur certains textes,
07:22le Conseil constitutionnel se limite vraiment à,
07:25parce que c'est ce qu'on lui demande,
07:28c'est de juger en droit.
07:29Est-ce qu'il ne sort pas de temps en temps de son rôle ?
07:31Mais c'est à nous, législateurs, d'adapter les textes en fonction des besoins
07:35et d'écrire la loi de nature à ce qu'elles permettent justement de répondre à ces sujets.
07:40Et moi, je ne me résous pas à dire qu'à renvoyer la faute aux autres,
07:44bien sûr qu'à un moment donné, le juge constitutionnel doit aussi prendre ses responsabilités.
07:49Mais moi, je crois qu'encore une fois, nous avons les moyens,
07:52et nous l'avons démontré.
07:53Ce n'est pas un vœu pieux de ma part.
07:55Nous avons démontré que ce texte sur le narcotrafic,
07:58qui a été validé par le Conseil constitutionnel,
08:02met en place des dispositions qui, à mon sens,
08:05permettront de traiter durablement et en profondeur ce sujet.
08:08M. Darnon, sur le sujet des moyens, je vais y revenir brièvement,
08:13il y a quand même un mea culpa, un minima à faire peut-être dans votre famille politique.
08:17Il n'y a aucune famille politique qui a été au pouvoir en France ces 30 dernières années,
08:21qui a autant réduit les moyens pour la police que la droite.
08:24Quand Nicolas Sarkozy était président, il a fait la révision générale des politiques publiques.
08:28Un fonctionnaire sur deux qui partait à la retraite n'était pas remplacé.
08:32Ça a eu des dégâts considérables sur les forces de police.
08:35Il y a eu une politique du chiffre parallèlement qui a été mise en place.
08:38Mais est-ce que vous ne trouvez pas que, évidemment, du temps a passé depuis,
08:42mais est-ce que les LR ne doivent pas faire leur examen de conscience sur ce sujet-là ?
08:46Je crois qu'il faut être pragmatique.
08:48Faire notre examen de conscience, ça n'apportera pas grand-chose en réalité.
08:51Aujourd'hui, il faut entendre les besoins et les besoins humains, les besoins financiers.
08:56Donc il faut avancer.
08:58On pourrait vous dire, la dernière fois que vous avez été aux responsabilités,
09:01vous avez plutôt réduit les moyens de la police.
09:03Plus que les autres, même plus que le Parti Socialiste.
09:05Savoir faire son autocritique est une chose, avancer en est une autre.
09:08Et aujourd'hui, ce que nous demandent les Français, c'est d'avancer sur le plan législatif
09:12et sur le plan des moyens, pas simplement de faire du commentaire
09:16ou de regarder ce qui n'a pas marché.
09:17Il y a des choses qui méritent d'être visitées, ce sujet en fait partie.
09:21Et sur les sujets régaliens, à l'évidence, aujourd'hui, il faut plus de moyens
09:25en matière de force de sécurité, en matière judiciaire,
09:28parce que le drame qu'on a évoqué aujourd'hui montre qu'il y a eu une faille
09:33et que cette faille, elle tient aussi peut-être du manque de moyens humains
09:36au niveau de la PJJ.
09:38Et tout ça, ça doit être pris en compte.
09:40Parce que j'entends bien qu'il ne faut pas faire de commentaires, Mathieu Darnot,
09:43mais il faut parfois aussi des explications.
09:46Et quand vous avez des électeurs, des LR, qui certes regardent le travail du Sénat
09:51et notamment ce que vous avez fait, je l'ai déjà dit tout à l'heure,
09:54sur le texte sur la fin de vie, mais quand il voit que les LR de l'Assemblée nationale
10:00s'acoquinent, pour ne pas utiliser un autre mot, au bloc central pour faire voter un budget
10:06dont on sait qu'il n'est pas bon et qu'ils le regrettent,
10:11qu'une partie des LR, et peut-être certains sénateurs, se disent
10:14mais pourquoi diable ces députés LR ont voté ce budget ?
10:18Est-ce qu'il ne faut pas, comme le dit très justement Adrien Matot, un examen de conscience ?
10:24En étant pragmatique.
10:25Ce n'est pas un examen de conscience, c'est de la clarté, nous l'avons dit.
10:29Mais rien n'est clair, là, pour le coup, Mathieu Darnot.
10:31Je n'ai jamais entendu beaucoup de collègues députés dire que ce budget était bon.
10:35D'ailleurs, si tel avait été le cas, ce budget aurait été voté par au moins deux députés.
10:39Il a été voté par un seul député.
10:41Donc, c'est dire que ce budget ne convenait à personne.
10:44Nous, nous avons dit les choses très clairement.
10:45Je les ai dites pour ma part, considérant que c'est un budget qui est anti-économique,
10:50qui ne permettra pas de relancer la croissance.
10:53Mais ils n'ont pas suivi la censure, les députés LR ?
10:56Parce qu'ils ont considéré, selon moi, parce que c'était aussi important qu'il y ait un budget pour la France,
11:03c'est un mauvais budget pour la France.
11:05Donc, on se couche ?
11:06Non, on ne se couche pas.
11:07Et d'ailleurs, il faudra d'ores et déjà faire, effectivement, avoir une discussion pour voir demain sur quels aspects de ce budget,
11:16sur 2027, il faut mettre l'accent, notamment les points que j'ai évoqués.
11:21Et puis aussi questionner la méthode.
11:23Juste une remarque, en 2025, quand on se tourne vers le Sénat pour voter le budget,
11:28je crois pouvoir dire que nous avons mis, bien sûr qu'on aurait voulu faire mieux,
11:33notamment sur des questions de la surtaxe sur l'impôt sur les sociétés.
11:37Et d'ailleurs, si nous n'avons pas souhaité voter ce budget...
11:40Est-ce que j'ai remis en cause le Sénat ?
11:42Est-ce que j'ai remis en cause le Sénat ?
11:43Non, mais je pense que c'est un ensemble sur la philosophie de fond.
11:47Non, mais je ne suis pas là pour être l'avocat de mes collègues députés.
11:53Si vous aviez été député à l'air, est-ce que vous auriez voté la censure ?
11:58Je ne pense pas que j'aurais voté la censure,
12:00même si je pense qu'à un moment donné, il est difficile, effectivement, de questionner ce budget.
12:06Mais attendez, ce que vous me dites est très important.
12:09Oui, c'est très important, c'est pour ça que je vous pose la question.
12:11Non, mais voter la censure, ça aurait apporté quoi par rapport à ce budget ?
12:19Je crois qu'il faut imposer un rapport de force.
12:20Ça aurait apporté que vous étiez une force d'opposition, et non pas une force de majorité.
12:24Et bien maintenant, il nous reste à le démontrer.
12:26Et d'ailleurs, nous on a dit depuis le départ, s'agissant de ce gouvernement,
12:31que nous s'étiendrons ce gouvernement texte par texte.
12:34Donc on est très pragmatique, c'est ce que nous faisons.
12:37Et d'ailleurs, au Sénat, on a été très clair sur le rejet de ce budget.
12:41Et on l'a dit très en amont. Voilà, c'est ce que j'observe.
12:43Après, je ne suis pas député, la question ne m'a pas été posée.
12:46Mais vous n'êtes pas schizophrène non plus, parce que si vous aviez voté contre au Sénat et à l'Assemblée nationale,
12:51là, on aurait du besoin, avoir besoin d'un salut.
12:53Mais sincèrement, je crois qu'on a apporté une même philosophie.
12:58Je crois que les députés ont voté contre toutes les augmentations de taxes et impôts.
13:02Je pense que là-dessus, on n'est pas loin.
13:03Il ne faut pas essayer de nous trouver des différences matin, midi et soir.
13:06Merci Mathieu Darnot. Vous voyez l'homme qui est derrière la vitre, il me fait des signes depuis tout à l'heure,
13:10parce que je dois terminer cet entretien et partir en publicité.
13:13Merci beaucoup Mathieu Darnot d'avoir été notre invité.
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