00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Patrick Roger.
00:06Il est 7h14, c'est à la une ce matin, le déplacement d'Emmanuel Macron,
00:11notamment en Haute-Saône, pour rencontrer des agriculteurs.
00:14Nous sommes avec Guillaume Fauconnier, exploitant laitier, à Cubry-les-Favernais, c'est en Haute-Saône.
00:21Bonjour Guillaume Fauconnier.
00:23Bonjour.
00:24Bonjour.
00:25Vous avez prévu de rencontrer Emmanuel Macron aujourd'hui ?
00:29Oui, en fin de matinée, on a rendez-vous avec lui.
00:32Qui a organisé ça ? Comment ça se prépare à une telle rencontre, Guillaume Fauconnier ?
00:41L'Elysée annonce, le préfet passe par nous, aujourd'hui pour essayer de trouver une ferme,
00:50et d'organiser cette rencontre au mieux avec la profession.
00:54Voilà, c'est ça. Mais il sera sur votre ferme ou à côté ?
00:58Non, non, non, il est dans une ferme qui a une demi-heure de chez nous.
01:02Oui, d'accord.
01:03Nous, c'est nos responsabilités qui nous ont fait gérer ça, voilà.
01:06Oui, voilà. Bon, alors, vous allez le rencontrer, le Président de la République.
01:10Qu'est-ce que vous allez lui dire ? Je rappelle que vous, vous êtes un producteur de lait, c'est ça.
01:15Vous avez, d'ailleurs, précisez-nous votre exploitation, c'est combien de vaches et combien de litres de lait ?
01:21On traite 160 vaches aujourd'hui, 2 millions de litres de lait.
01:24Ah oui, c'est quoi ? 160 vaches, oui, effectivement. La traite qui va avoir lieu, là où, tout à l'heure, non ?
01:30On est en cours.
01:31Vous êtes en cours.
01:31Alors, qu'est-ce que vous allez lui dire, quoi, à Emmanuel Macron ?
01:35Bon, on a plusieurs choses à y amener sur le terrain, déjà.
01:38Est-ce que l'État français veut encore d'une France de production, être ses agriculteurs ?
01:42Alors, j'ai bien dit l'État français, j'ai pas dit la France, parce qu'on se rend compte, aujourd'hui,
01:46c'est vraiment l'État qui nous met un peu des bâtons dans les roues.
01:49Aujourd'hui, nous, sur le prix du lait, qui est en train de dégringoler à une vitesse assez décente
01:56depuis 4-5 mois, on se rend compte que nos voisins allemands, sur les 12 derniers mois,
02:02c'est 21 000 euros de chiffre d'affaires en plus sur une ferme moyenne de France.
02:06Qui, aujourd'hui, quel chef d'entreprise serait capable de se passer de 20 000 euros de chiffre d'affaires
02:11aujourd'hui sur une année par rapport à nos voisins européens, quoi ?
02:15Pourquoi les prix du lait baissent ?
02:22Parce qu'aujourd'hui, le prix du beurre et de la poudre sur les marchés sont en train de s'effondrer.
02:27Nous, on avait mis des lois également en place pour éviter qu'on soit sur ce marché-là au niveau français,
02:34donc pour éviter qu'on ait des fortes hausses.
02:37Mais par contre, quand on est à la baisse, que ces baisses-là soient un petit peu atténuées.
02:40Et aujourd'hui, preuve que certaines entreprises, dont l'Actalis,
02:44aujourd'hui, ne souhaitent pas les respecter, quoi.
02:47Mais alors, l'Actalis, c'est parce qu'ils sont sur le marché, probablement, quoi,
02:53où ils écoulent le beurre, tout ce qui vient du lait, des produits laitiers.
03:00Oui, mais aujourd'hui, nous, l'Actalis, par exemple, dans le département,
03:02on a un IGP qui s'appelle l'IGP Concroyote, d'ailleurs,
03:04que j'appelle tous les Français à goûter ce produit.
03:10C'est un produit qui a du triscor A, donc qui est plutôt très bon pour la santé.
03:14Et ce produit-là, aujourd'hui, n'est pas valorisé à sa juste valeur,
03:17parce qu'on est sur des marchés européens,
03:19alors que nous, l'Actalis, aujourd'hui, dans notre secteur,
03:21on fait de l'IGP Concroyote.
03:23Donc l'IGP Concroyote, pour moi, il devrait être valorisé.
03:25Et ça, l'Actalis ne veut pas l'entendre aujourd'hui.
03:27Oui. Mais c'est la grande difficulté,
03:30c'est-à-dire que vous êtes un marché où les prix sont très instables, quoi.
03:35Ben, c'est très volatil, et on est sur des marchés, aujourd'hui,
03:37qui sont européens, voire mondiaux,
03:40et la concurrence est complètement déloyale.
03:42Aujourd'hui, on a des normes franco-françaises.
03:44Alors, il n'y a pas que pour l'agriculture,
03:45il y a aussi pour toutes les PME,
03:47que ce soit sur le plan fiscal, social, écologiste,
03:52ou que c'est qu'on a des normes en France,
03:53que nous, qui nous coûtent sur toutes nos entreprises,
03:56et on est sur des marchés, aujourd'hui,
03:58rémunérateurs, qui sont européens, voire mondiaux.
04:01Donc, la concurrence est plus que déloyale, aujourd'hui.
04:04Oui. Donc, vous allez dire à Emmanuel Macron
04:07qu'il faut que l'État intervienne différemment, mieux,
04:12parce qu'on a du mal à comprendre
04:14comment, effectivement, on pourrait faire
04:16pour améliorer et surtout maintenir
04:18des agriculteurs sur tout le territoire
04:20et notre souveraineté alimentaire, quoi.
04:23Ah ben, moi, clairement, aujourd'hui,
04:24ce qu'on veut demander à l'État,
04:27et moi, c'est mon point de vue,
04:28c'est qu'on veut pas d'aide.
04:30Tout le monde dit, ouais, vous allez être aidés.
04:32Non, moi, je veux pas des aides.
04:33J'ai pas besoin de l'argent des contribuables pour vivre.
04:36Je veux juste des prix qui soient rémunérateurs.
04:38Et sur les 5 dernières années, aujourd'hui, nous, dans le lait,
04:41on fait 3 années à perte, une année à l'équilibre,
04:44et l'année dernière, c'est qu'on fait plutôt une bonne année dans le lait.
04:46Donc, c'est qu'on fait une année qui est positive.
04:48Mais combien d'entreprises, aujourd'hui, sur 5 ans,
04:50sur une année positive, s'en sortirait ?
04:53Alors, nous, ce qu'on fait, ça peut être nos salaires,
04:55c'est une chose, on va essayer de faire plus de volume,
04:57de faire différemment.
04:58On est toujours en train de s'adapter.
05:00Moi, j'ai 38 ans, je suis installé depuis 2009.
05:03On est toujours en train de s'adapter,
05:04d'essayer de changer nos façons de faire,
05:06pour essayer d'être au plus économique possible.
05:09Mais aujourd'hui, c'est plus tenable.
05:10Si on veut installer des nouvelles générations,
05:12et puis que nos jeunes, aujourd'hui, se sentent impliqués,
05:16on ne peut plus dire aux jeunes, aujourd'hui,
05:17écoutez, vous allez, pendant 3-4 ans,
05:19pas trop prendre de vacances,
05:21bosser tous les week-ends pour essayer de vous en sortir.
05:23Ça, aujourd'hui, c'est plus tenable.
05:23Oui, c'est plus tenable.
05:26Et alors, bon, un dernier mot,
05:27ce que vous reprochez aussi souvent,
05:28ce sont des normes qui changent en plus en permanence
05:31et qui vous demandent de l'adaptation et des coûts, bien sûr.
05:36Aujourd'hui, quand on voit la nomination de la présidente à l'OFB,
05:39l'Office de la Biodiversité,
05:40comme une militante écologiste,
05:41quand nous, on voit ça,
05:46en gros, on nous cherche.
05:48On met une militante écologiste à la tête de l'Office de la Biodiversité.
05:51Comment voulez-vous que nous, aujourd'hui, agriculteurs,
05:53on accepte ça ?
05:54Vous savez, le terrain, nous, on y vit avec tous les jours.
05:57La terre, on sait ce que c'est.
05:58On l'exploite, moi, depuis mon arrière-grand-père qu'on exploite des terrains.
06:02L'écologie, on la connaît par cœur, certainement mieux que ces gens-là.
06:05Il faut arrêter de vouloir nous expliquer notre métier,
06:08alors que certains ne l'ont jamais fait, quoi.
06:10Oui, oui.
06:11Alors, vous allez demander, justement, à Emmanuel Macron,
06:13éventuellement qu'il intervienne pour changer de délégué de l'OFB ?
06:19Parce que j'ai vu qu'il y avait une grosse colère, quand même,
06:22dans le monde agricole, sur cette nomination.
06:24Elle a changé.
06:24Alors, on a toujours eu des problèmes avec l'OFB, vous savez.
06:26Quand nous, on arrive sur du terrain,
06:28puis qu'on a des gens de l'OFB qui arrivent avec le revolver à la ceinture,
06:33nous, vraiment, on n'est pas habitués à avoir des contrôles de ce type-là.
06:36Et alors, déjà, des explications.
06:38Pourquoi nommer cette personne-là à la tête d'un office comme ça,
06:42alors que c'est quand même un office qui appartient à l'État ?
06:44Donc, c'est toutes des choses, aujourd'hui, qu'on n'est plus capable d'accepter.
06:47Oui.
06:47Merci beaucoup, Guillaume Fauconnier.
06:49Je vais vous laisser aller reprendre la traite, en fait, des vaches, 160,
06:54quand même, avant de rencontrer Emmanuel Macron.
06:56Donc, vous auriez dû l'inviter dès le matin, en fait, à 6h30, 7h,
07:00pour aller traire les vaches.
07:02Je pense qu'il se serait en 2h30.
07:04Non, vous ne croyez pas ?
07:05Vous savez, quand M. Macron descend,
07:09on n'a pas les tenants et les aboutissants désordaires,
07:12de où et de comment,
07:14parce que c'est quand même très, très encadré.
07:16On ne pensait pas que c'était à ce point-là.
07:18Oui, non, mais ça, j'imagine.
07:21Merci, en tout cas, d'avoir été avec nous ce matin sur Sud Radio.
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