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  • il y a 3 minutes
Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie.

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00:017h-9h, Europe 1 Matin.
00:02Il est 7h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le directeur de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie.
00:09Bonjour Nicolas Pouvromonti.
00:10Bonjour.
00:10Bienvenue sur Europe 1, vous êtes avec nous au lendemain de la publication de ces statistiques 2025 de l'immigration, de l'asile et de l'accès à la nationalité française.
00:19Il y a énormément de chiffres, on va se concentrer sur quelques-uns, que le propos soit le plus clair possible.
00:23Nicolas Pouvromonti, qu'on esquisse ce tableau migratoire, comme je le disais il y a quelques minutes.
00:27Alors en commençant avec celui-ci, 8,1%, voilà la part des étrangers aujourd'hui dans la population adulte française.
00:35Que représente ce chiffre Nicolas Pouvromonti ?
00:37Écoutez, il représente un plus haut historique, alors ces 8,1%, c'est la part des étrangers extra-européens qui ont un titre de séjour en cours de validité,
00:45sachant qu'il y ajoute évidemment des étrangers européens qui n'ont pas besoin de titre de séjour et des clandestins, qui par définition n'ont pas de titre de séjour.
00:52C'est un plus haut historique et c'est un plus haut qui se consolide d'année en année.
00:55C'est-à-dire que le nombre de nouveaux titres de séjour qu'on a accordé en 2025, 384 000, c'est un record absolu.
01:02Alors c'est une hausse de 11% sur un an, mais c'est surtout un triplement au cours des 25 dernières années.
01:06Vous voyez, à la fin des années 90, on accordait environ 120 000 titres de séjour par an, trois fois moins qu'aujourd'hui.
01:11C'est une dynamique évidemment qui est structurelle, puisqu'elle s'étend sur plus de deux décennies, pardon,
01:16mais qui s'est accélérée ces dernières années et qui fait que d'année en année, on bat toujours le record de l'année précédente.
01:21Oui, vous dites souvent Nicolas Pouvromanty, il faut voir la photo sur un quart de siècle, cette accélération migratoire historique.
01:28Et l'accélération continue en fait, c'est ça l'idée ?
01:30Oui, absolument. C'est-à-dire que c'est une dynamique qui est auto-entretenue et qui est auto-entretenue par la nature de l'immigration que nous recevons.
01:36À la fois la grande dynamique de l'asile, dans les grands chiffres de l'an dernier,
01:40cette hausse de 11% globale, elle est d'abord portée par les titres octroyés sur la base du droit d'asile,
01:46qui ont augmenté de quasiment 70% l'an dernier.
01:49Et ça, c'est une nature d'immigration qui est sans rapport avec la décision politique,
01:55qui est finalement spontanément en augmentation,
01:57parce que les bases juridiques pour avoir l'asile augmentent toujours et que les flux d'asile augmentent.
02:02Et donc cette dynamique, elle n'a pas de raison, cette accélération, elle n'a pas de raison de se tarir naturellement.
02:06Et ça, c'est très important de le comprendre.
02:08Donc quand Gérald Darmanin dit il y a quelques jours de cela qu'il plaide, lui,
02:11pour une suspension de l'immigration légale pendant 2-3 ans,
02:15c'est virtuellement impossible en réalité, Nicolas Pouvranti.
02:18Dans l'état actuel du droit, à moins d'entreprendre de très grandes manœuvres constitutionnelles et européennes et conventionnelles,
02:23ce qu'on pourrait évidemment faire, c'est impossible.
02:25Et la question qu'il faudra sans doute poser à Gérald Darmanin,
02:27c'est de savoir s'il est prêt à entreprendre ces grandes manœuvres,
02:30mais en tout cas décréter une suspension des entrées régulières.
02:33Aujourd'hui, ça n'est pas possible.
02:33Vous voyez, même pendant le confinement, le Conseil d'État avait enjoint l'administration
02:38à reprendre l'examen des demandes d'asile,
02:40alors même que le pays était complètement à l'arrêt pendant le premier confinement.
02:42Donc on est sur une logique de droit opposable à l'immigration,
02:45où on ne peut pas simplement appuyer sur le bouton stop.
02:47Droit opposable à l'immigration.
02:49Alors prenons un exemple, si vous le voulez bien, Nicolas Pouvranti,
02:51le motif étudiant.
02:53C'est devenu une filière d'immigration très importante en France,
02:56et d'ailleurs le gouvernement avait plutôt tendance à s'en réjouir en disant
02:58« Regardez l'attractivité du pays,
03:00beaucoup d'étudiants du monde entier choisissent la destination France ».
03:04Et alors là, c'est intéressant, parce que normalement,
03:06une fac, elle est censée pouvoir sélectionner ses étudiants.
03:08Sauf que là, cette logique du droit opposable,
03:11elle joue à plein.
03:12Finalement, une université ne peut pas s'opposer
03:14à la venue en France d'un étranger qui voudrait faire des études.
03:17En tout cas, l'État ne peut pas s'opposer à la venue en France
03:20d'un étudiant étranger, ou très difficilement,
03:23à partir du moment où il a été admis dans une université en France,
03:26et qu'il peut se prévaloir d'un niveau de ressources
03:28de l'ordre de 615 euros par mois.
03:30Ce qui n'est quand même pas grand-chose,
03:30et ce qui ne permet pas de vivre en étant étudiant,
03:33surtout pas en Ile-de-France,
03:33où se concentre la majeure partie des étudiants étrangers.
03:36Mais à l'inverse, effectivement, du droit d'asile,
03:38l'augmentation de l'immigration étudiante,
03:39qui est très rapide,
03:40le nombre de nouveaux titres de séjour étudiant
03:42qu'on donne chaque année a augmenté de 70% en 10 ans,
03:45là, c'est très clairement le résultat d'une volonté politique.
03:48Cette volonté politique, c'est celle de la stratégie
03:50Bienvenue en France, qui a été adoptée depuis 2019,
03:52et qui vise à avoir, à tout prix,
03:54500 000 étudiants étrangers sur le sol français en 2027,
03:57et donc, en vérité, on fait de la quantité.
03:59On fait de la quantité sans être excessivement regardant
04:01ni sur les filières qui accueillent ces étudiants,
04:04ni sur leur niveau de réussite académique,
04:06et encore moins sur leur niveau de dépendance sociale.
04:08J'évoquais le niveau de ressources,
04:10mais aujourd'hui, on a, par exemple,
04:11un tiers des places dans les résidences CRUS
04:13qui sont occupées par des étudiants étrangers.
04:15On a plus de la moitié des aides d'urgence sociales des CRUS
04:18qui vont à des étudiants étrangers,
04:20alors qu'ils ne sont que 14% de la population étudiante.
04:22Et donc, oui, c'est une logique
04:24dont on retrouve aujourd'hui les résultats dans ces titres de séjour.
04:27Alors, chose intéressante aussi,
04:28puisqu'on a tendance à faire le distinguo
04:30entre immigration légale d'un côté,
04:32la bonne immigration, discutable certes,
04:34mais la bonne immigration et la mauvaise.
04:36L'immigration illégale, clandestine,
04:38estimée désormais, c'est le chiffre
04:39qui semble être admis entre 600 et 800 000.
04:42Peut-être qu'on est en dessous,
04:43peut-être qu'on est au-dessus, probablement.
04:45Et vous dites, ce qui est très intéressant,
04:47c'est que la vie d'un étranger en France,
04:49souvent, c'est le passage de cette barrière
04:51de l'illégalité à la légalité.
04:53On passe sans arrêt de l'un à l'autre.
04:55Absolument, c'est-à-dire que
04:56prétendre vouloir tasser
04:58ou faire baisser l'immigration irrégulière
05:00en augmentant l'immigration régulière,
05:01c'est une vue de l'esprit, c'est un peu hypocrite,
05:03parce que ces deux dynamiques sont en vérité une seule dynamique.
05:06C'est vrai dans les grands flux,
05:07mais c'est vrai, effectivement, dans le parcours individuel d'un étranger.
05:10Si on prend le cas typique,
05:11qui est celui qui a le plus augmenté
05:13dans les titres de séjour l'an dernier,
05:14qui est celui des demandeurs d'asile
05:15et des bénéficiaires de l'asile.
05:17Je viens d'un pays dangereux,
05:18je suis afghan, je demande l'asile en France.
05:20Je viens d'un pays dangereux,
05:21souvent, quand je suis demandeur d'asile,
05:23j'entre en situation irrégulière,
05:25je dépose une demande d'asile
05:26et je deviens en situation irrégulière
05:28pour la durée de l'instruction de mon dossier.
05:30Je suis débouté, ça arrive dans un cas sur deux,
05:32je deviens à nouveau irrégulier
05:33et je vais me maintenir sur le territoire dans neuf cas sur dix,
05:36ce que dit le ministère de l'Intérieur.
05:38Et ensuite, au bout de quelques années,
05:39j'aurai un motif de régularisation quelconque.
05:41Donc, vous voyez, j'aurais été successivement
05:42irrégulier, régulier, irrégulier, irrégulier.
05:45Et quand on parle de la population clandestine,
05:46qui est effectivement aujourd'hui évaluée
05:48entre 600 à 900 000 personnes,
05:50la majeure partie de ces clandestins,
05:52nous dit la Cour des comptes,
05:53eux sont entrés en situation régulière sur le territoire,
05:56avec un visa, avec un titre de séjour,
05:58et simplement, ils se sont maintenus sur le territoire
06:00à l'expiration de ce visa ou de ce titre.
06:01Merci beaucoup de vos lumières, Nicolas Pouvromonti,
06:04le directeur de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie.
06:06Toutes vos études à retrouver sur votre site internet,
06:07on vous lit également ce matin dans les colonnes du Figaro.
06:10Bonne journée à vous, Nicolas.
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