00:00C'est vrai qu'elle a fait causer l'indignité, la déconnexion totale.
00:08Des élus de Paris se sont pris en photo, tous sourirent dans un avion.
00:11Photo publiée par l'adjoint à la mairie Jean-Luc Romero avec cette légende.
00:16Départ pour la visite des camps de la mort d'Auschwitz avec Anne Hidalgo.
00:19Et tout le monde sourit sur la photo avec la mère de la capitale.
00:23Le décalage est terrible, on a l'impression que ces élus partent en vacances
00:26ou vont je ne sais où à Disneyland.
00:29Que s'est-il passé dans leur tête ?
00:31Je vous propose d'écouter Emmanuel Grégoire, candidat à la mairie de Paris,
00:34invité ce matin de sonner à Mabouk sur Europe 1 et sur CNews.
00:37J'ai vu les mois qu'elle a suscité, c'est évidemment une maladresse
00:40et je sais que Jean-Luc Romero en est hautement conscient
00:42et qu'il en était mortifié et qu'il l'a effacé.
00:46C'est d'abord un voyage important puisque c'est un voyage annuel qui est fait.
00:50Personne ne le remet en compte.
00:51Exactement.
00:52Donc d'abord je dis que j'honorerais cette tradition de la mémoire
00:57en faisant le même déplacement chaque année comme maire de Paris
01:00et ensuite il y a des moments où on fait des maladresses, on en convient,
01:04la photo a été supprimée et voilà, je crois que là n'est pas l'essentiel.
01:08Bon, il a été assez classe parce qu'on sait des rapports difficiles
01:11entre Emmanuel Grégoire et Anne Hidalgo.
01:14Je l'ai trouvé intéressant d'ailleurs Emmanuel Grégoire ce matin
01:19sur l'antenne d'Europe 1 et de CNews.
01:23Oui, il dit que les comptes de la ville de Paris sont bons.
01:27Oui.
01:27Juste une petite dette de 10 milliards d'euros.
01:29Mais ça va.
01:30Mais à part ça, tout va bien.
01:31Mais dans la forme, je trouve qu'il est assez agréable.
01:35Oui, c'est vrai.
01:35Il est calme.
01:36Voilà, parce qu'il y a un échange possible.
01:39Ça fait penser au parti socialiste d'avant ou au socialiste d'avant
01:42qui était comme ça quand même capable de gouverner aussi
01:45ou un pays ou une ville.
01:46Il fait penser un peu à ça, je trouve.
01:47En tout cas, qu'avez-vous pensé de cette photo ?
01:50Elle est honteuse.
01:51Surtout, on se demande,
01:52à quel moment dans un cerveau normalement constitué,
01:56on prend un selfie où on est tout sourire
01:58et on met en légende
01:59départ pour les camps de la mort à Auschwitz.
02:01C'est quand même un truc de dingue.
02:02« Excusez-moi, je veux bien que Jean-Luc Romero soit mortifié. »
02:07Ils sont tous sourires, etc.
02:08Je pense que...
02:10Moi, je n'en veux même pas à Anne Hidalgo ou à Jeanne Dosser
02:12qui sont sur la photo
02:13parce qu'elles ne savaient peut-être pas
02:14que ça allait se retrouver sur le compte Instagram
02:16de Jean-Luc Romero avec cette légende.
02:17Oui, c'est vrai.
02:18Donc, elles sont peut-être d'ailleurs victimes collatérales.
02:20Le responsable, c'est lui, évidemment.
02:22Qui, en plus, est un donneur de leçons.
02:24Mais alors, au dernier étage du donneur de leçons,
02:28alors lui, vraiment, il donne les bons et les mauvais points.
02:31Et il n'a même pas la dignité pour se rendre compte
02:33de ce qu'il fait.
02:34Enfin, c'est hallucinant.
02:35Et ajoutez à cela, quand vous savez que le budget
02:37de la communication de la ville de Paris,
02:40c'est, je crois, à 10 millions d'euros.
02:42Il y a 400 personnes.
02:43400 personnes, pour quel résultat ?
02:46Alors, ils partaient tous pour Auschwitz,
02:49pour l'anniversaire de la libération des camps de la mort.
02:53Est-ce que certains, d'ailleurs, sont allés à Auschwitz ?
02:55Moi, j'ai été invité plusieurs fois
02:57et j'ai toujours refusé d'y aller.
02:59Et moi, je ne suis pas allé, je voudrais aller.
03:01Parce que je ne serais malade.
03:02Complètement malade.
03:04De même qu'il y a des films que je ne regarde pas.
03:06Ah oui ?
03:06Oui.
03:08Lesquels ?
03:09Je crois pouvoir dire que je n'ai jamais regardé La Shoah,
03:11par exemple.
03:12Et Lorsman ?
03:13Oui.
03:14Ça me rend physiquement malade.
03:16Donc, voilà.
03:17Ce n'est pas mon honneur, franchement.
03:20Vous savez, dans ces cas-là, il y a la phrase magique,
03:22si j'ose dire.
03:22Vous avez forcément raison pour vous.
03:24Oui.
03:24Et vous avez forcément raison pour vous,
03:26et c'est incontestable.
03:27incontestable et c'est respectable.
03:30Moi, j'ai la tentation et j'ai la volonté d'y aller.
03:33Je n'y suis jamais allé.
03:35Je voudrais y aller.
03:37Et je voulais savoir, par exemple, Christophe...
03:39Non, je ne suis jamais allé à Auschwitz.
03:41Par contre, j'ai vu le cimetière juif de Berlin,
03:46qui est un cimetière avec des blocs de béton plus ou moins haut,
03:51et qui est assez impressionnant,
03:53parce que plus vous vous enfoncez dans ce cimetière,
03:55et plus vous êtes encadré par ces blocs de béton sombres,
04:00et vous ressentez quelque chose d'absolument effrayant et dramatique.
04:04Et c'est un lieu de mémoire,
04:07mais évidemment qui représente quelques milliers de victimes et de personnes,
04:12alors qu'on le sait, ce sont des millions de personnes qui ont péri.
04:15Mais je pense que les classes, les écoles doivent y aller et continuer à y aller.
04:21C'est absolument important pour ne pas oublier,
04:23parce que je lisais ce matin qu'il restait 111 000 uniquement,
04:28111 000 survivants de la Shoah,
04:33qui en moyenne ont 87 ans.
04:34Donc ces gens vont s'éteindre.
04:36Voilà, et quand les gens s'éteignent,
04:38l'histoire est plus difficile à maintenir.
04:39Je suis bien surpris qu'il reste autant de gens que ça.
04:42C'est ce que j'ai vu ce matin chez nos amis de I24 News.
04:45Une grande partie vit en Israël d'ailleurs.
04:47Bon, alors effectivement, il y avait des enfants à Auschwitz.
04:49Par exemple, il y a une histoire extraordinaire.
04:51Un acteur français, Samy Frey,
04:53était, alors je ne sais pas si c'était à Auschwitz,
04:55mais Samy Frey, son histoire est sidérante.
04:58C'est un enfant qui est sorti des camps de concentration.
05:02Et Samy Frey, il est de 35.
05:04On en a parlé récemment,
05:06lorsqu'on a parlé de Brigitte Bardot,
05:07parce que ça a été un des premiers compagnons de Brigitte Bardot.
05:09Il est de 1935, Samy Frey.
05:11Et si vous regardez sa biographie,
05:15ce que je vais faire à l'instant,
05:16je ne sais pas si c'est Auschwitz,
05:17mais c'est un enfant qui est né,
05:19qui a été dans un camp de concentration.
05:22Donc comme il est de 35,
05:23il avait, je ne sais pas si c'était en 41, 42, 43, 44,
05:27je ne sais pas quand est-ce qu'il est sorti,
05:28mais il avait sans doute...
05:29Il est de 37.
05:30Il est de 37.
05:31Donc je pensais qu'il était de 35.
05:34Et il est, donc, il avait maximum 8 ans,
05:38puisque en 45...
05:39Il a 5 ans lorsque sa mère est déportée de Drancy vers Auschwitz.
05:42Donc Auschwitz.
05:43Dont elle ne reviendra pas.
05:44Donc vous vous rendez compte ?
05:46Oui.
05:46Cette histoire, et il est revenu,
05:48lui, je ne sais pas comment il est revenu,
05:50d'ailleurs, je ne sais pas qui lui a permis de revenir en France.
05:55Et Samy Frey, souvent on en parle,
05:57c'est un comédien prodigieux,
05:59c'est le César,
06:00quoi, c'est le David, plus exactement,
06:02de César et Rosalie.
06:04C'est un comédien plutôt un télo,
06:06qui a été sur scène régulièrement au théâtre pendant 40 ans,
06:10qui jouait beaucoup les pièces d'Harold Pinter,
06:12et qui était également avec Delphine Sérig,
06:15qui était une féministe avant l'heure.
06:16Et moi, je rêve d'entendre cet homme-là parler,
06:21ou à notre micro, ou à un autre micro,
06:23mais j'aimerais l'entendre.
06:24Et c'est quelqu'un qui ne donne plus d'interview,
06:25manifestement, depuis de nombreuses années.
06:27Je referme la parenthèse sur Auschwitz,
06:30mais c'est vrai qu'il y a...
06:31Je trouve dommage de...
06:35Comment dire ?
06:35On doit lister sans doute tous les endroits
06:38qu'on doit voir sur Terre,
06:41qui font l'humanité,
06:43qui font la civilisation,
06:46et je pense que Auschwitz fait partie de ces endroits.
06:48D'ailleurs, demain, c'est la journée internationale
06:50de la mémoire de l'Holocauste.
06:52Et petite parenthèse,
06:54j'espère que les professeurs,
06:56les enseignants dans nos collèges et nos lycées
06:58vont pouvoir en parler,
07:00sans que ce soit problématique
07:02pour un certain nombre d'élèves.
07:03C'est un sujet pour Europe 1, ça ?
07:05Bien sûr que c'est un sujet pour Europe 1.
07:07Et donc, vous allez être dans une école, demain matin ?
07:09Non, je ne serai pas, moi, dans une école...
07:11Non, mais nous aurons un sujet, oui.
07:13C'est ça qui est important,
07:14parce que vous avez, accessoirement,
07:16des rôles de rédacteur en chef dans cette maison.
07:19On en a parlé ce matin, oui, avec Christophe Carré.
07:21Par contre, je suis allé sur...
07:22On va marquer une pause.
07:23Je suis allé sur l'île de Gorée.
07:26Qui est l'île en face de Dakar,
07:29qui a vu partir à peu près 6 millions aussi de noirs
07:32dans le cadre de la traite négrière.
07:356 millions !
07:36Et quand vous allez sur cette île,
07:37vous ressentez cela.
07:38Bill Clinton y était allé avec Nelson Mandela,
07:41il s'était enfoncé dans une des cellules
07:43parce qu'on ne tenait pas debout.
07:45Et il racontait comment des Africains
07:47qui avaient été enlevés
07:48se jetaient contre les rochers pour se suicider
07:49avant de partir.
07:51C'est un lieu qui est très méconnu,
07:52l'île de Gorée.
07:53C'est une espèce d'Auschwitz africain, quoi.
07:55C'est ce que je voulais dire.
07:59Non, mais vous avez parfaitement raison.
08:00Mais bon, l'histoire de l'homme n'est pas toujours très belle,
08:05disons-le.
08:06Et ce que les hommes sont capables de faire
08:08nous renvoie à notre propre condition.
08:12Il est 17h44,
08:13on va essayer d'être un peu plus léger peut-être,
08:15pour terminer.
08:16Qu'en pensez-vous ?
08:18J'allais vous le proposer.
08:19Laurent Tessier, merci.
08:21A tout de suite.
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