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  • il y a 9 mois
Dans son édito du 20/01/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Je pense que c'est une question qui nous invite tous. Alors, le premier élément, vous l'avez dit en début d'émission, nous sommes devant un système aujourd'hui politique qui est incapable d'accoucher d'un budget à travers les règles ordinaires de la démocratie.
00:13Il est tourné obligé aujourd'hui d'entrer dans une logique de l'exception, avec le 49-3 qui en est le symbole, pour être capable d'imposer un budget. On verra si ça va jusqu'au bout, je suppose que oui.
00:23Alors, donc, il y a le forcing budgétaire et ce qu'on voit par ailleurs, c'est que c'est un budget, oui, socialiste, le mot revient parce qu'il y a le grand écart souvent mentionné entre le poids des socialistes dans l'électorat, le poids des socialistes dans l'appareil public et plus encore le poids du socialisme comme philosophie.
00:40Et qu'est-ce qui nous amène à dire que ce budget est socialiste? Je vais vous donner une série de faits qui me semblent indiscutables, quitte ensuite à les apprécier positivement ou négativement.
00:47Très bien.
00:48Premier élément, c'est un budget déficitaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Donc, on vit désormais, mais durablement, le déficit, certains s'y sont habitués.
00:54On vit durablement avec cette idée qu'on dépensera davantage, qu'on en a les moyens et l'accumulation des déficits fait en sorte qu'il y a une dette, une dette telle qu'elle occupe aujourd'hui un des premiers postes budgétaires en France.
01:05Donc, un des premiers postes, ce n'est pas le remboursement de la dette, ce sont les intérêts sur la dette. Derrière cela, moi, je pense qu'il y a une forme de conviction socialiste qui, inavouée, qui consiste à dire que la dette, ce n'est pas important.
01:18La dette est une lubie de capitalistes néolibéraux de droite, donc on peut aller toujours plus loin dans la dette. En dernière instance, ce n'est pas grave.
01:25Deuxième élément, les classes productives sont surtaxées. Alors, vous me direz, la notion de classe productive est probablement juste et un peu méchante, mais je pense qu'elle est factuelle.
01:36Une partie de la population, par son effort, tient véritablement tout le pays et elle est surtaxée parce qu'on considère qu'ils doivent toujours payer davantage.
01:45Celui qui a réussi à se construire une situation, on ne dit pas « félicitations, voilà un homme qui s'est construit », on dit « voilà un homme qui a des privilèges et qui doit voir ses privilèges contestés ».
01:55De la même manière, les entreprises sont surtaxées. Je laisse de côté la question des normes et des règlements aussi.
02:01Donc, entreprises surtaxées égale capacité de créer du travail diminuée.
02:05Autre élément, une dépense publique inefficace. Et pas qu'inefficace, je reviendrai.
02:10Donc, sécurité, justice, santé, éducation, tous les grands postes que l'on dit aujourd'hui régalien sont des postes en faillite politique.
02:18Donc, il y a beaucoup d'argent qu'on y met, ça ne fonctionne pas.
02:21Et quelle est la réaction du commun des mortels ? J'entendais, je crois, Goldadel dire ça il y a quelques jours assez justement.
02:26On comprend son état d'esprit. Il dit « ça ne me dérangerait pas de payer beaucoup si les services étaient à la hauteur ».
02:31Mais le fait est que ça fait un bon moment que les services ne sont plus à la hauteur et on continue de payer beaucoup.
02:36C'est un système incapable de se réformer significativement.
02:40Et ça, j'ajoute ce qui amène une forme de désespoir politique.
02:43C'est combien sont-ils à dire « un jour le FMI va faire le travail, un jour la crise va tout emporter et là on pourra réformer ».
02:50Donc, plusieurs considèrent que dans ce système, il est devenu irréformable de l'intérieur.
02:55Donc, on peut à la rigueur atténuer la catastrophe, c'est ce qu'on appelle l'esprit de responsabilité.
03:00Mais on n'est pas capable de penser sur une autre base, un système qui ne fonctionnerait pas à la pressurisation fiscale intégrale.
03:06C'est un système, je l'ajoute, paralysé par les retraites.
03:10Alors, on nous explique que les retraites, c'est une question secondaire,
03:13que dans les faits, ceux qui ont travaillé toute leur vie doivent avoir droit à la retraite, c'est vrai.
03:16Mais il faut comprendre qu'ils bénéficient de conditions de retraite que n'auront jamais les générations suivantes.
03:22C'est un système où la bureaucratie est devenue métastatique.
03:24Et ça, je pense que c'est essentiel. Les bureaucraties ne servent plus la population.
03:28La bureaucratie sert la bureaucratie.
03:30Et la principale rationalité de la bureaucratie aujourd'hui consiste à s'étendre toujours davantage sur le mode du vampirisme fiscal.
03:39Donc, on prend toujours plus d'argent aux classes productives pour alimenter une bureaucratie
03:44qui ne cesse de créer des postes et de se donner des fonctions nouvelles, mais qui ne servent plus à la population.
03:48Et là, on peut penser aux autres administrations, on peut penser aux multiétagers administratifs,
03:53on peut penser à l'État lui-même qui est obèse, et on peut penser aussi à la surréglementation de l'existence.
03:58Donc, devant tout cela, qu'est-ce qu'on voit?
04:00Il y a des nouvelles dépenses. Des nouvelles dépenses. Il ne faut pas oublier.
04:02On est dans cette logique où chaque catégorie sociale qui croit avoir un besoin pense que la société doit le financer.
04:09Donc, il y a cette idée que les dépenses nouvelles et l'idée que l'État puisse dire non, clairement, n'existe pas.
04:14L'État cherche à dire oui, un petit peu, pas maintenant, un jour on verra.
04:18Mais l'idée que non, nous ne financerons pas cette dépense, aussi sociale soit-elle, n'existe pas.
04:23De même, nouveaux impôts, on l'a dit, nouvelles taxes et demain, de nouveaux règlements.
04:27Alors, la question qu'on peut se demander devant cela, c'est est-ce que c'est simplement une doctrine économique qui fait faillite?
04:31Quelquefois, il y a des mauvaises idées économiques, il y en a eu plusieurs dans l'histoire.
04:34Je pense qu'on doit traiter ici le socialisme non pas comme une doctrine seulement économique,
04:39mais comme une forme de doctrine morale, une doctrine quasiment religieuse.
04:43Et je m'explique à partir de cette idée que la société, fondamentalement, doit fonctionner selon un dogme,
04:50le dogme de l'égalité toujours plus avancé.
04:53Tout ce qui n'est pas égalitaire est jugé défectueux.
04:56Pour en arriver à l'égalité, il faut un État toujours plus considérable, toujours plus gros, toujours plus obèse,
05:02qui reconstruit la société dans la logique de l'égalité permanente,
05:05besoin de plus de bureaucrates, de fonctionnaires, de technocrates.
05:08Un État qui prétend que dès qu'en fait une liberté s'exprime et engendre une inégalité,
05:14on peut être les deux par exemple, vous travaillez tous les deux,
05:16vous travaillez mieux que moi, vous investissez votre argent mieux que moi,
05:20à terme vous êtes plus riche que moi, ce n'est pas une injustice, c'est même plutôt juste,
05:24c'est le fruit de votre travail éclairé et de moi qui aurait fait des mauvais choix.
05:27La logique socialiste dit que c'est injuste parce que nous sommes inégaux.
05:31J'ajoute un élément dans tout cela, c'est qu'on peine à nommer notre socialisme aujourd'hui
05:35parce que l'idéologie dominante laisse croire depuis 30 ans, 35 ans, 40 ans
05:40que partout en Occident dominerait le néolibéralisme et même l'ultralibéralisme
05:45et on vit dans cette espèce de contorsion mentale permanente
05:48où on n'a jamais été autant taxé, jamais autant imposé
05:52et pourtant le discours dominant laisse croire que l'ultralibéralisme est parmi nous.
05:56Donc on a cet État qui veut tout planifier, tout encadrer, tout réglementer,
06:01qui considère que tout ce qui n'a pas été réglementé par l'État, c'est un domaine à coloniser
06:06administrativement, tôt ou tard.
06:08Mais c'est dans cette logique que le présent budget est adopté.
06:11C'est dans cette logique qu'il y a des socialistes de gauche, de centre et de droite.
06:15Vous l'avez dit, la droite semble accepter, elle aussi, le socialisme,
06:20quitte à en proposer une version plus modérée.
06:23On ne comprend pas. Pourquoi?
06:25Alors, dans le système qu'il note, la droite, ça se présente un peu comme les réparateurs du dernier moment.
06:31Donc le système fonctionne mal, de temps en temps, on appelle le plombier,
06:34de temps en temps, on appelle le réparateur,
06:36dit « répare la machine qui n'est pas la tienne pour la remettre en marche le temps d'un autre tour ».
06:41Mais en dernière instance, la droite n'arrive pas avec sa propre philosophie.
06:44Elle se contente d'être un frein dans le système actuel pour que le socialisme n'aille pas trop loin.
06:49Puis si je peux me permettre, en dernière instance, elle échoue la plupart du temps.
06:52Donc la droite n'a pas son propre modèle de société.
06:54La droite, ça devient une gauche pâle. On en parle souvent.
06:57Et pourquoi? En bonne partie parce qu'elle est dominée par un certain vocabulaire qui la paralyse mentalement.
07:03Rappelez-vous quand Michel Barnier a parlé de justice fiscale.
07:06Sur le coup, tout le monde dit « ah ben oui, c'est une bonne idée la justice fiscale ».
07:09Il suffisait d'avoir un minimum de flair pour savoir qu'il se cachait derrière ce terme « augmentation d'impôts »
07:14et « augmentation d'impôts pour les classes productives » encore une fois.
07:17Le mot « justice sociale » laisse croire que tout ce qui n'est pas pris en charge par l'État,
07:22avec une subvention étatique réclamée par différents groupes qui quêtent des subventions à temps plein.
07:28Eh bien, l'État serait injuste.
07:30Inégalité, je l'ai dit, il va falloir un jour se délivrer, je crois, de cette obsession égalitaire
07:34qui considère que les inégalités en général sont nécessairement injustes.
07:38La fonction de l'État, c'est de lutter contre la misère,
07:40s'assurer que personne ne vive dans des conditions indignes dans l'existence.
07:44Mais ce n'est pas de lutter en soi contre les inégalités.
07:46Sinon, dès lors, comme je l'ai dit, il va faire chercher à couper tout ce qui dépasse.
07:51Et d'autres termes comme « faire payer les riches », on connaît ça par cœur.
07:54Ensuite, un autre élément qu'on doit dire, c'est qu'il n'y a pas seulement des dépenses publiques inefficaces,
07:59il y a des dépenses publiques nuisibles.
08:01Les dépenses nuisibles, c'est la formule qui est utilisée de plus en plus.
08:04Donc, pour « finance le militantisme de gauche »,
08:06qui finance une version mutilée et militante de la culture,
08:10qui finance l'audiovisuel public, qui finance l'immigration massive,
08:13et qui nous amène à cette conclusion toute simple,
08:15l'État, trop souvent, s'est retourné contre la nation.
08:18Encore une fois, c'est la trace du socialisme mental qui est le nôtre.
08:21À vous entendre, Mathieu, la situation est bloquée.
08:23Un autre avenir que le socialisme budgétaire est-il possible ?
08:27J'aimerais dire qu'il le faut, mais ce n'est pas parce qu'il faut quelque chose que ça arrive.
08:31Il arrive que, quelquefois, l'encore pire suive le pire.
08:35Et je crois qu'on est dans cette dynamique en ce moment.
08:37Alors, le point de départ, il est psychologique ici, je pense.
08:40C'est... Vous savez, quand vous vivez pendant 40 ans, 50 ans, 60 ans,
08:44sous le signe du socialisme mental,
08:46vous vous êtes habitué à vivre toujours dans un rapport de quémandeur par rapport à l'État.
08:51Vous voulez augmenter votre pouvoir d'achat, vous ne vous demandez pas
08:53« Qu'est-ce que je peux faire pour avoir davantage d'argent, travailler en avantage ? »
08:56Je vous dis « Qu'est-ce que l'État peut faire pour moi, avec quel chèque et ainsi de suite ? »
08:59Donc, je pense que dans cet état d'esprit, tant qu'on ne se sera pas arraché
09:03à la torpeur des endormis du socialisme mental
09:06qui nous transforme chacun d'entre nous en assisté riche, en assisté moins riche, en assisté plus riche,
09:11tant qu'on ne sortira pas de la logique généralisée de l'assistana,
09:13des budgets socialistes s'accumuleront.
09:15Je n'ai pas l'impression que nous sommes à la veille d'en sortir.

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