Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 mois
Christine Kelly revient, de 11h30 à 13h, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Europe 1, Christine Cullivre.
00:02La suite à 11h45 sur Europe 1, la loi sur l'aide à mourir, le débat se poursuit avec vos deux chroniqueurs,
00:09Gabriel Cusel, Éric Tegner et vos deux invités, chère Christine,
00:13Emmanuel Hirsch, professeur émérite d'éthique médicale, membre de l'académie de médecine,
00:18et puis Ségolène Perrucchio, docteur en soins palliatifs et présidente de la SFAP,
00:23Société Française d'accompagnement et de soins palliatifs.
00:26Ségolène Perrucchio, je le disais tout à l'heure, vous avez vu tellement d'âmes entre vos mains s'en aller,
00:34je le dis parce que c'est très rare d'avoir quelqu'un face à soi dont le métier est de voir des âmes mourir.
00:44Non mais c'est important.
00:46Et vous êtes donc spécialisée en soins palliatifs,
00:49qu'est-ce que vous dites lorsque vous voyez justement ce texte qui arrive au Sénat sur l'aide à mourir ?
00:56Alors je dis déjà que vous êtes clairement contre ce texte, dites-nous pourquoi ?
01:02Parce que je crois qu'il ne répond pas au problème.
01:05Le problème c'est que les gens ont peur de souffrir, et c'est bien normal, on a tous peur de souffrir,
01:09aucun d'entre nous n'a envie de souffrir.
01:10Et on essaye de nous faire croire que la seule solution serait soit de souffrir, soit de choisir le moment de sa mort.
01:18Or, mon quotidien et le quotidien des acteurs de soins palliatifs nous prouvent le contraire.
01:22Il y a une autre solution, c'est celle d'être accompagné, celle d'être soulagé,
01:26et on a les moyens de le faire, et on sait le faire, et c'est ça.
01:32Et oui, on peut soulager les patients en fin de vie.
01:35Alors après, il y a un problème, c'est qu'on ne l'a pas suffisamment porté.
01:38Et aujourd'hui, un patient sur deux qui relève de soins palliatifs ne peut pas en bénéficier.
01:42Ça fait le lit, et c'est bien normal, de nos inquiétudes, de nos peurs.
01:46Parce que malheureusement, autour de nous, on a tous des expériences de gens pour qui ça ne s'est pas très bien passé,
01:51qui ont été mal soulagés, qui ont été un poids, qui ont été mal accompagnés.
01:56Et évidemment, ça nous fait peur à tous, et aucun d'entre nous n'a envie de vivre ça.
02:01Mais moi, j'ai envie de passer le message, et c'est ce qu'on vient témoigner en prenant la parole dans ce débat,
02:04en tant qu'acteurs de soins palliatifs, que ce n'est pas une fatalité.
02:07Et qu'on sait faire, pour peu qu'on nous en donne les moyens,
02:10venez voir les patients qui sont suivis par les équipes de soins palliatifs.
02:15Mais il n'y a pas que les équipes de soins palliatifs, par les soignants.
02:18Beaucoup de soignants qui s'investissent dans l'accompagnement de la phase palliative et de la fin de vie.
02:23Venez voir comment ça peut bien se passer.
02:25Et oui, ça peut bien se passer, et peut-être que ça, ça peut vous rassurer.
02:28– Ségolène Perruccio, dans un instant, on va entrer un peu dans les détails,
02:32peut-être pour comprendre qu'est-ce que ça veut dire lorsque vous dites « être soulagé ».
02:36On en parle dans un instant.
02:37Emmanuel Hirsch, vous êtes professeure d'éthique médicale,
02:42membre de l'Académie de médecine, auteur de l'ouvrage « Euthanasie, le dernier acte ».
02:47En quoi ce texte aura-t-il un impact concret, fort, puissant sur la société, s'il est effectivement voté ?
02:57– Merci de l'invitation, et merci à Ségolène et à l'ASFAP d'être ce qu'ils sont.
03:02Rappelez-vous, et c'est là la tragédie aujourd'hui que je vis, moi, à titre personnel,
03:06en tant que professeur d'éthique médicale, qui mérite,
03:09c'est l'absence de toute réaction des instances éthiques,
03:12alors que, rappelez-vous, le Comité Consultatif National d'Éthique,
03:16a lancé de la mécanique, puisqu'il a accepté l'euthanasie en 2022.
03:23Et donc, immédiatement après, le Président de la République a lancé sa Convention citoyenne.
03:28Et lorsqu'on fait de l'éthique, on distingue les conséquences et les finalités.
03:33Et aujourd'hui, on voit les conséquences.
03:35C'est-à-dire, avant même que la loi soit définitivement votée,
03:39les gens sont déjà dans la tête que la loi est votée.
03:42C'est pour ça que l'apathie de la société, la résignation de la société,
03:47elle est liée, à mon avis, à deux phénomènes.
03:49D'abord, effectivement, c'est difficile de parler de la mort
03:51dans une société sécularisée, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas.
03:54Parce que la mort, c'est aussi une idée de la transcendance.
03:57Et souvent, c'est abordé, j'ai écouté hier sur CNUS,
04:00une émission précisément religieuse,
04:02qui est abordée d'une manière remarquable avec des collègues de Ségolène,
04:05qui travaillent avec des valeurs religieuses dans des contextes,
04:08et ça pose un vrai problème.
04:08Donc, la mort, c'est aussi une dimension de transcendance.
04:11Mais derrière tout ça, c'est tout ce qui est de l'ordre de la charité,
04:14de la sollicitude, des valeurs de fraternité.
04:17Et c'est tout ça qui est mis en cause par la proposition de loi.
04:20Donc, je m'insurge, si vous voulez, aujourd'hui,
04:23contre la résignation, le défaitisme des sénateurs.
04:26On attendait de cette Haute Assemblée,
04:29quel est au moins le souci, si elle refuse ou si elle accepte,
04:33quel est le souci d'argumenter et qu'il y ait du débat ?
04:36Donc, on a eu, et je l'amène sur ce point,
04:39on a eu au Parlement, à l'Assemblée Nationale,
04:42une résignation aussi parce que tous les parlementaires
04:45qui avaient proposé des amendements
04:47qui nous permettaient d'avoir une loi un peu recevable
04:50ont été sortis, en quelque sorte.
04:52Donc, on a une loi aujourd'hui catastrophique.
04:54Et les plus vulnérables, demain,
04:57c'est pour ça que le collectif que vous avez invité
04:59à plusieurs reprises des éligibles
05:01me semble dire clairement ce qu'on ressent tous.
05:04Aujourd'hui, les plus vulnérables sont la cible
05:06d'une loi que personne ne pourra maîtriser.
05:08Vous allez nous raconter comment, précisément,
05:10les plus vulnérables sont la cible d'une loi
05:13que personne ne pourra maîtriser.
05:14D'abord, deux personnes en ligne.
05:17Isabelle, qui est pour, contre le texte,
05:20et puis Gaïa, qui est pour.
05:22Bonjour d'abord, Isabelle.
05:23Vous nous avez appelé du Maine-et-Loire.
05:25Vous dites que vous êtes complètement contre ce texte
05:27sur l'euthanasie, l'aide à mourir.
05:29Dites-nous pourquoi.
05:30Oui, bonjour Christine Kelly,
05:32puis bonjour à toute votre équipe,
05:33et mes bons vœux aussi en même temps,
05:35de santé et de vie.
05:37Oui.
05:37Voilà.
05:38Alors, pourquoi je suis contre ?
05:40Moi, je n'ai pas de neveux,
05:42je n'ai pas de nièce,
05:43je n'ai pas d'enfant, je n'ai rien.
05:44Je suis toute seule.
05:45Le jour où je vais vieillir
05:47et qu'il va m'arriver quelque chose,
05:49qu'est-ce qu'on va faire de moi ?
05:51Voilà, si j'ai un problème de santé
05:53et que j'ai quand même toute ma tête.
05:55De plus, je suis contre,
05:57parce qu'il y a une de vos interlocutrices
05:59qui disait très très bien les choses.
06:02Moi, quand je parle avec les gens,
06:03ce qu'ils ont le plus peur,
06:04c'est de souffrir que de la mort.
06:06C'est Golan Pierre-Routteau qui nous disait.
06:07Oui, exactement.
06:09Moi, je vois les gens,
06:10quand ils souffrent,
06:11et quand à un moment donné,
06:12ça s'arrête,
06:13ils sont contents d'être en vie.
06:15Et la question qui se pose
06:16sur le plan éthique,
06:17c'est imaginer des parents
06:19qui ont des enfants handicapés,
06:21moteurs, psychologiques,
06:22voire les deux.
06:23Ils décèdent.
06:24Qu'est-ce qu'on va en faire ?
06:25Qu'est-ce que va décider
06:25de faire la société ?
06:27Est-ce qu'ils vont se dire,
06:28après tout,
06:29qu'est-ce qu'on fait ?
06:30Ça va coûter la sécurité sociale,
06:32il n'y a plus de famille.
06:33Alors moi, je conseille...
06:34Donc ça, ça pose un problème d'éthique
06:36très très fort.
06:37On aurait pu faire un référendum
06:38en expliquant bien les choses.
06:40Et puis, n'oubliez pas
06:41que Stine Kelly,
06:42vous avez fait une émission
06:43qui est passée sur C8.
06:46Oh, vous vous en souvenez ?
06:48Oui, oui, je l'ai fait très intéressante.
06:49La seule grande émission de débat
06:52effectivement avec le pour et le contre.
06:55Oui, et il y avait deux professeurs
06:57qui étaient très intéressants.
06:58Un qui a accepté
06:59toutes les gens qui voulaient mourir,
07:01peu importe pourquoi.
07:02Un, parce qu'elle se sentait trop vieille.
07:03Excusez-moi.
07:04Elle n'avait pas de pathologie.
07:05Et il y en avait un autre qui disait
07:07je vous mets en garde.
07:08Il y a eu des dérives
07:09et on ne contrôle plus.
07:11Ne faites pas la même chose en France.
07:13Et si je puis me permettre,
07:15moi, je conseille un livre très intéressant
07:17qui s'appelle
07:17L'heure des spécialistes,
07:19édition 10-18,
07:20de Barbara Zoek,
07:22Z-O-E-K-E,
07:24qui raconte comment les nazis
07:26ont commencé sous Hitler
07:27à dire, bon,
07:29les gens qui sont vieux,
07:31les gens qui ont une maladie mentale,
07:33les gens qui ne servent pas à grand-chose,
07:34ils ont commencé à les mettre dans des hôpitaux,
07:37à les affamer, tout.
07:38Donc voilà, la progression.
07:39Mais pour moi,
07:40c'est exactement la même chose.
07:41C'est une société qui est en train
07:43de se désolidariser des personnes
07:45qui ont un handicap.
07:47Et un handicap,
07:48ça ne veut pas dire
07:48qu'une personne n'a pas sa place
07:50dans la vie et dans la société.
07:51Très intéressant, ma chère Isabelle.
07:53Et un peu, je reprends aussi
07:55ce que disait Éric Tegner tout à l'heure,
07:57une société de la mort,
07:58une valorisation de la mort,
08:00une société, effectivement,
08:01où on ne met plus la vie en avant.
08:03Et rappelons que dans notre société,
08:06tout est fait aujourd'hui
08:07pour porter secours,
08:09tout est fait aujourd'hui
08:10pour aider ceux qui font
08:11des tentatives de suicide,
08:12tout est fait aujourd'hui
08:13pour lorsque vous avez
08:14une crise cardiaque devant vous,
08:16vous avez un défibrillateur
08:18pour pouvoir mettre cette personne en vie.
08:20que va devenir cette société
08:22si ce texte tombe,
08:24si ce texte est voté.
08:26Beaucoup de questions à se poser.
08:27Merci Isabelle de nous avoir appelé.
08:28Merci d'avoir appelé cette émission
08:30sur C8.
08:30Je pensais qu'il y avait personne
08:31qui l'avait vue.
08:32Ah si, moi je ne suis...
08:34Alors moi, je peux vous dire
08:36que c'est qu'il est dit,
08:36j'en ai parlé avec beaucoup
08:37de gens autour de moi.
08:38Tellement je l'ai trouvé
08:39extrêmement brillante.
08:40Ah, merci.
08:41Et vous aviez deux spécialistes.
08:43Oui.
08:44Deux spécialistes sur le même thème,
08:45antagonistes.
08:47Et c'était très intéressant.
08:48Il y avait un débat après.
08:49Voilà.
08:51Je le dis où il faut.
08:51Merci.
08:52Non mais merci beaucoup Isabelle
08:53parce que ce qui nous manque aujourd'hui
08:56c'est le débat.
08:57Ce qui nous manque aujourd'hui
08:58c'est entendre cette autre voix
09:00qu'on va entendre aujourd'hui
09:01et qu'on continue d'entendre sur Europe 1
09:03parce qu'on entend seulement le pour.
09:04On n'entend pas forcément le contre
09:06comme Isabelle.
09:06Merci encore de nous avoir appelé.
09:08Avant d'avoir encore
09:09nos interlocuteurs autour de la table,
09:11Gaïa, vous nous appelez
09:12du centre Val-de-Loire
09:13et vous, vous êtes pour cette loi.
09:15Et voilà l'équilibre sur Europe 1.
09:17Dites-nous pourquoi
09:18vous êtes pour cette loi.
09:19Bonjour.
09:22Bonjour, monsieur Gaïa.
09:23En fait, si j'ai bien compris
09:27le texte de loi,
09:29il s'agit de personnes
09:31qui sont en fin de vie,
09:33qui n'ont pas d'espoir
09:34de guérir.
09:37Moi, je l'ai vécu
09:38avec mon conjoint
09:40qui avait une maladie délétère.
09:42il avait exprimé,
09:45on savait qu'il ne s'est pas fatal,
09:47une maladie génétique rare.
09:49Et il avait exprimé sa volonté
09:53de, si jamais, par exemple,
09:54il faisait une fausse route,
09:55de ne pas être réanimé.
09:57si on ne pouvait pas
10:01il ne pouvait plus se nourrir,
10:04de ne pas l'intuber,
10:06de ne pas le nourrir.
10:09Quel âge avait-il ?
10:10Pardon ?
10:11Quel âge avait-il, votre époux ?
10:1369 ans.
10:16Et donc,
10:17quand il a commencé
10:20à ne plus pouvoir respirer,
10:24ça a duré trois semaines
10:25à souffrir.
10:27Je l'ai accompagné
10:28jour et nuit.
10:29Je suis restée avec lui
10:30jour et nuit.
10:32Surtout la nuit,
10:32c'était terrible pour lui
10:33de ne pas pouvoir respirer.
10:35Gaïa.
10:35Normalement, malgré l'aide...
10:37Ma chère Gaïa,
10:38on marque une pause,
10:40on est obligé de marquer une pause,
10:41malheureusement,
10:42c'est passionnant
10:42ce que vous nous expliquez.
10:44Il avait 69 ans,
10:46c'était votre époux,
10:48il était sur la fin de vie,
10:49ça a duré trois semaines,
10:50vous l'avez accompagné,
10:51surtout la nuit,
10:52c'était compliqué.
10:53On continue de parler avec vous
10:54et de nous dire
10:55pourquoi vous êtes pour ce texte.
10:56Et vous allez poser vos questions
10:58à Ségolène Perreucu
10:59et à Emmanuel Larchon.
11:00On marque une pause sur Europe.
11:01Et comme Gaïa,
11:02vous pouvez aussi témoigner
11:02au 01-80-20-39-21.
11:05Il est 11h56,
11:06vous écoutez Christine Kelly
11:07sur Europe.
Commentaires

Recommandations

Europe 1
il y a 6 mois