00:00Le Parlement a donc adopté la loi fin de vie pour la deuxième fois.
00:04Le texte sur l'aide à mourir légalise le suicide assisté et l'euthanasie.
00:08Évidemment c'est un changement de paradigme qui est particulièrement important.
00:13Texte scindé donc en deux parties comme prévu.
00:16Celui sur le développement des soins palliatifs n'a rencontré hier à l'Assemblée aucun obstacle, il faut le dire.
00:22En revanche, celui qui instaure un droit à mourir a été adopté à une courte majorité.
00:27Il y a eu une différence de 73 voix seulement.
00:30Alors pour en parler, Mayalen Trémolet du service politique d'Europe 1 nous a rejoint.
00:34Bonjour ma chère Mayalen.
00:35Bonjour Christophe, bonjour à tous.
00:36Merci beaucoup d'être là avec cette voix si douce et suave en même temps.
00:41Ah bah dis donc, c'est vrai.
00:43Quand même une réalité.
00:44Bon voilà, elle fait de la radio Mayalen, elle a une voix de radio.
00:47Voilà c'est ce que je vous dis, c'est comme ça.
00:49Mayalen, vous allez nous raconter un petit peu les choses parce que c'est vrai qu'on s'y perd.
00:53Moi j'ai rencontré des gens qui pensaient en fait que cette loi était déjà mise en oeuvre.
01:00C'est vous dire si dans l'opinion publique on est perdu.
01:04Parce que ça fait quand même tellement longtemps que l'on parle de ces textes qu'on ne sait plus
01:09très bien où on en est.
01:10Donc là on s'aperçoit que les députés hier ont adopté ce texte sur l'euthanasie, le droit de mourir
01:18comme on dit.
01:20Mayalen, que contient donc ce texte au final pour qu'on comprenne bien ?
01:25C'est un texte qui ouvre un peu plus que celui de l'année dernière.
01:29Donc il y a les mêmes critères à savoir être majeur, être français, être atteint d'une maladie grave, incurable,
01:37en phase avancée ou terminale.
01:39Souffrir d'affections, de souffrances qui sont réfractaires à tout traitement, donc qui sont insupportables, des souffrances qui sont physiques
01:45ou psychologiques.
01:47Et là par exemple il y a une nouveauté durant cet examen, c'est que ces souffrances n'ont plus
01:50besoin d'être constantes, c'est-à-dire qu'elles peuvent être épisodiques.
01:53Et enfin il faut pouvoir évidemment exprimer ce désir de manière libre et éclairée.
01:59Alors quelle est la différence avec les foies d'affaires ?
02:01Non mais je vous coupe tout de suite. De manière libre et éclairée...
02:04Ça ne veut rien dire.
02:05Non mais ça ne veut rien dire. On a tous des expériences dans nos familles.
02:10Ça pose vraiment question notamment au niveau des maladies psychologiques.
02:12À un moment, par exemple mon père qui avait Parkinson, ça a duré 15 ans. Je peux vous dire que
02:19les dernières semaines ont été particulièrement difficiles.
02:23Je m'en souviens comme si c'était hier. C'est particulièrement violent d'ailleurs pour ceux qui sont autour,
02:29bien entendu.
02:32Il n'avait plus la conscience quelque part pour savoir s'il devait partir ou non.
02:37A tel point d'ailleurs que vous avez votre médecin généraliste qui vous dit à un moment, déjà, et ça
02:42remonte à 7-8 ans,
02:44qui vous dit déjà à l'époque, avant même qu'il y ait un texte, écoute, il n'y a
02:50plus aucune chance qu'il s'en sorte.
02:53C'est la fin, il faut l'accepter et on va l'accompagner pour qu'il ne souffre pas.
02:58Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu me donnes le go ou est-ce que
03:01tu ne me le donnes pas ?
03:02Et je me rappelle que pour mon grand-père, dans les années 90, c'était la même chose.
03:08A l'hôpital, c'était déjà la même chose.
03:11Oui, mais la France a mis en place, il y a une vingtaine d'années, la loi Claes-Léonetti qui
03:14permet la sédation profonde et continue,
03:16donc l'accompagnement justement pour éviter les douleurs, mais un geste létal qu'il n'est pas censé tuer.
03:21La personne meurt du corps qu'il lâche face au traitement qui lui permet d'apaiser ses douleurs.
03:27Et c'est là toute la différence.
03:28Et sur cette volonté libre et éclairée dont on parlait, effectivement, il y a énormément de maladies où la personne
03:33n'est plus en mesure de décider les derniers jours.
03:35Quand vous avez Alzheimer, par exemple, c'est très difficile au dernier moment.
03:38Mais Alzheimer, Charcot, la communication est compliquée.
03:40Et c'est toute la question des directives anticipées.
03:43Mais là-dessus, le député Philippe Juvin, qui est un député LR qui est médecin et qu'on a reçu
03:47d'ailleurs sur cette antenne hier,
03:49ne cesse de le rappeler expliquant que le désir de mort aux derniers instants de sa vie, c'est un
03:55désir qui est fluctuant.
03:56Et c'est en fonction des douleurs qu'on ressent, ça peut différer le matin, le soir, etc.
04:00Et il y a un autre élément que je voudrais souligner sur le texte qui a été travaillé là,
04:04parce que là on a un texte que les députés envoient au Sénat et les sénateurs vont l'examiner.
04:08Il y a deux éléments en fait, c'est le délit d'entrave et le délit d'incitation.
04:13C'est-à-dire ?
04:13Qui sont deux choses qu'il faut que les Français comprennent bien.
04:16Le délit d'entrave, c'est un délit que vous commettez, si la loi passe telle qu'elle,
04:23si vous essayez d'empêcher un proche d'avoir recours à une euthanasie ou de se renseigner sur une euthanasie.
04:29Il y a un espèce de flou juridique sur le cercle familial peut s'exprimer...
04:32Mais ça veut dire quoi, se renseigner sur une euthanasie ?
04:34On lance les démarches pour avoir accès à une euthanasie.
04:37Et c'est puni de trois ans de prison, deux ans de prison et 30 000 euros d'amende.
04:41Du coup, les députés qui sont opposés au texte se sont dit qu'il faut équilibrer ce texte
04:45en créant un délit d'incitation, quand même,
04:48pour pouvoir également punir ceux qui encourageraient à l'inverse un proche à avoir recours à une euthanasie.
04:55Mais il est moins puni, cette fois c'est un an de prison et 15 000 euros d'amende.
04:58Bon. Jeanne Amouroux, vous êtes avec nous.
05:00On va continuer d'évoquer le sujet, bien évidemment.
05:03Vous êtes infirmière en soins palliatifs,
05:05membre actif d'une association dont vous allez nous rappeler le nom ?
05:09La SFAP, qui est la Société Française d'Accompagnement de Soins Palliatifs,
05:12qui est la société savante et militante des soins palliatifs.
05:15Et donc, qui a pris la parole dans le débat sur ce sujet.
05:18Absolument. On vient d'écouter les explications de Mayalen Trémollet,
05:23avec des flous quand même qui apparaissent dans le texte,
05:26et en même temps une ouverture qui n'existait pas jusque-là.
05:30J'ai presque... Moi, il y a une formule que j'aime bien,
05:33qui peut évidemment être utilisée dans plein de domaines,
05:36mais c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres.
05:38Et ça veut dire beaucoup.
05:40Parce qu'aujourd'hui, il y a quand même cette inquiétude de dire
05:42« Demain, il peut y avoir des excès ».
05:45Quels sont les excès que vous craignez, vous ?
05:48On sait très bien qu'à partir du moment où, effectivement,
05:51on ouvre ce nouveau droit qui est revendiqué,
05:53on sait très bien que les élargissements vont arriver les uns après les autres.
05:56On l'a vu déjà là, entre les deux lectures à l'Assemblée,
05:59qu'il y a quelques élargissements qui arrivent.
06:01Et on voit bien, surtout, on se renseigne beaucoup des pays à l'étranger,
06:04je pense, qui ont légalisé la Belgique, le Québec.
06:07Enfin voilà, il y a beaucoup de pays quand même qui sont...
06:10Voilà, on peut prendre exemple.
06:12Et qui montrent bien qu'on élargit la question des mineurs,
06:15la question, effectivement, on en parlait, des directives anticipées.
06:18Les personnes porteuses de handicap mental.
06:20Tout à fait.
06:21Et donc là, le Canada réfléchit à cette question-là,
06:24des personnes aussi qui ont des maladies psychiatriques.
06:28Voilà, on sait bien que c'est une ouverture,
06:30et après, c'est impossible de se restreindre.
06:33Parce qu'à quel moment on peut dire à quelqu'un,
06:35toi, ta souffrance est légitime, et donc on va l'écouter ?
06:38En revanche, la scène n'est pas légitime.
06:39Au bout d'un moment, c'est le chemin normal.
06:41On élargit à tout le monde,
06:42parce que juger d'une souffrance qui serait plus légitime que l'autre,
06:46c'est impossible.
06:46Bon, là, ça repart au Sénat.
06:49Quel est votre espoir ?
06:51Parce que les sénateurs, on le sait,
06:52qui sont plutôt sur l'échiquier politique à droite,
06:56ne sont pas très favorables à cet élargissement, justement, du texte.
07:01Donc, est-ce qu'il y a une chance qu'on remette l'Église au milieu du village, si je
07:05puis dire ?
07:07Moi, je ne crois pas qu'on puisse faire...
07:08On nous parle de loi d'équilibre,
07:10on a beaucoup entendu que c'était une loi qui était équilibrée, etc.
07:13Ce n'est pas vrai, ce n'est pas une loi d'équilibre,
07:15c'est une loi qui va très très loin.
07:16On nous parle de cas isolés, ce n'est pas vrai.
07:18C'est une loi qui pourrait concerner un million de personnes.
07:22C'est une loi qui va très très loin,
07:24et qui n'est pas du tout ce qu'on dit aux Français,
07:26que c'est une loi pour l'ultime recours,
07:28pour des personnes qui seraient dans une situation très particulière.
07:31C'est faux, effectivement, quand on parle des personnes
07:33qui ont un pronostic vital engagé, une maladie, une phase avancée,
07:37c'est les patients que je vois tous les jours.
07:39Mais qu'est-ce qu'ils vous disent, les patients ?
07:41Quand vous discutez avec eux, qu'est-ce qu'ils vous disent ?
07:43Les patients, ils nous demandent qu'on les soulage et qu'on les accompagne.
07:46En revanche, ils ne nous demandent pas qu'on leur donne la mort.
07:49De temps en temps, on a des patients qui arrivent en nous disant
07:50« C'est trop difficile, il faudrait que ça s'arrête, j'en peux plus. »
07:53La question qu'il faut qu'on se pose collectivement,
07:55c'est qu'est-ce qu'on répond à ces personnes-là ?
07:57Est-ce qu'on leur dit « Effectivement, ta vie est très difficile,
08:00donc on est OK pour que tu te suicides,
08:03ou pour qu'on te donne la mort, et on va même l'organiser. »
08:06Aujourd'hui, la réponse qu'ont fait nous, les soins palliatifs,
08:08et la société en général, c'est de dire
08:10« On va t'accompagner, on va tout faire pour te soulager,
08:13et surtout, on ne te laissera pas tomber, et on ne t'abandonnera pas. »
08:17Moi, si j'ai choisi ce métier, c'est parce que je pense
08:19qu'effectivement, il y a quelque chose à faire,
08:21et ce que je vois tous les jours, c'est que
08:23les soins palliatifs, le message aussi de la société,
08:25aide ces gens à pouvoir vivre le mieux possible,
08:28et surtout à vivre jusqu'au bout.
08:29Et moi, quelque chose qui m'interpelle beaucoup,
08:31c'est qu'on nous parle d'une loi de liberté.
08:33Moi, dans ma pratique, tous les jours...
08:34La liberté de mourir, c'est quand même extraordinaire !
08:37Moi, tous les jours, je ne vois pas des gens libres.
08:38Je vois des gens qui ne sont pas libres,
08:40parce qu'on n'a pas mis assez de moyens dans des soins,
08:44même pas sans parler des soins palliatifs,
08:45les gens qui sont à la maison.
08:47Si vous voulez avoir quelqu'un de 24h sur 24
08:49pour vous aider, pour vous changer, pour vous assister,
08:52il faut avoir de l'argent.
08:53Donc, il faut être riche, avoir de l'argent,
08:54et être entouré par une famille.
08:56Et moi, ce que je vois tous les jours,
08:57c'est des gens qui sont seuls, qui sont pauvres.
08:59J'ai travaillé dans le 93 pendant quelques mois.
09:02Vous allez à la campagne, c'est pareil.
09:04Voilà, exactement, les déserts médicaux.
09:06Et donc, aujourd'hui, les gens ne sont même pas libres.
09:08Ne sont pas libres.
09:10Et donc, comment est-ce qu'on peut leur dire
09:11« On va vous donner le droit de donner la mort ».
09:13Effectivement, il y a des gens qui,
09:15par manque de soins, par manque de moyens,
09:16par manque de volonté politique,
09:18vont dire « Bah oui, effectivement,
09:19c'est la seule solution que j'ai,
09:20c'est qu'on me donne la mort ».
09:22Jeanne Amourou, infirmière en soins palliatifs,
09:24est avec nous ce matin.
09:25Bien sûr.
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