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  • il y a 2 heures
Christine Kelly revient, de 11h30 à 13h, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:00Le Parlement a donc adopté la loi fin de vie pour la deuxième fois.
00:04Le texte sur l'aide à mourir légalise le suicide assisté et l'euthanasie.
00:08Évidemment c'est un changement de paradigme qui est particulièrement important.
00:13Texte scindé donc en deux parties comme prévu.
00:16Celui sur le développement des soins palliatifs n'a rencontré hier à l'Assemblée aucun obstacle, il faut le dire.
00:22En revanche, celui qui instaure un droit à mourir a été adopté à une courte majorité.
00:27Il y a eu une différence de 73 voix seulement.
00:30Alors pour en parler, Mayalen Trémolet du service politique d'Europe 1 nous a rejoint.
00:34Bonjour ma chère Mayalen.
00:35Bonjour Christophe, bonjour à tous.
00:36Merci beaucoup d'être là avec cette voix si douce et suave en même temps.
00:41Ah bah dis donc, c'est vrai.
00:43Quand même une réalité.
00:44Bon voilà, elle fait de la radio Mayalen, elle a une voix de radio.
00:47Voilà c'est ce que je vous dis, c'est comme ça.
00:49Mayalen, vous allez nous raconter un petit peu les choses parce que c'est vrai qu'on s'y perd.
00:53Moi j'ai rencontré des gens qui pensaient en fait que cette loi était déjà mise en oeuvre.
01:00C'est vous dire si dans l'opinion publique on est perdu.
01:04Parce que ça fait quand même tellement longtemps que l'on parle de ces textes qu'on ne sait plus
01:09très bien où on en est.
01:10Donc là on s'aperçoit que les députés hier ont adopté ce texte sur l'euthanasie, le droit de mourir
01:18comme on dit.
01:20Mayalen, que contient donc ce texte au final pour qu'on comprenne bien ?
01:25C'est un texte qui ouvre un peu plus que celui de l'année dernière.
01:29Donc il y a les mêmes critères à savoir être majeur, être français, être atteint d'une maladie grave, incurable,
01:37en phase avancée ou terminale.
01:39Souffrir d'affections, de souffrances qui sont réfractaires à tout traitement, donc qui sont insupportables, des souffrances qui sont physiques
01:45ou psychologiques.
01:47Et là par exemple il y a une nouveauté durant cet examen, c'est que ces souffrances n'ont plus
01:50besoin d'être constantes, c'est-à-dire qu'elles peuvent être épisodiques.
01:53Et enfin il faut pouvoir évidemment exprimer ce désir de manière libre et éclairée.
01:59Alors quelle est la différence avec les foies d'affaires ?
02:01Non mais je vous coupe tout de suite. De manière libre et éclairée...
02:04Ça ne veut rien dire.
02:05Non mais ça ne veut rien dire. On a tous des expériences dans nos familles.
02:10Ça pose vraiment question notamment au niveau des maladies psychologiques.
02:12À un moment, par exemple mon père qui avait Parkinson, ça a duré 15 ans. Je peux vous dire que
02:19les dernières semaines ont été particulièrement difficiles.
02:23Je m'en souviens comme si c'était hier. C'est particulièrement violent d'ailleurs pour ceux qui sont autour,
02:29bien entendu.
02:32Il n'avait plus la conscience quelque part pour savoir s'il devait partir ou non.
02:37A tel point d'ailleurs que vous avez votre médecin généraliste qui vous dit à un moment, déjà, et ça
02:42remonte à 7-8 ans,
02:44qui vous dit déjà à l'époque, avant même qu'il y ait un texte, écoute, il n'y a
02:50plus aucune chance qu'il s'en sorte.
02:53C'est la fin, il faut l'accepter et on va l'accompagner pour qu'il ne souffre pas.
02:58Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu me donnes le go ou est-ce que
03:01tu ne me le donnes pas ?
03:02Et je me rappelle que pour mon grand-père, dans les années 90, c'était la même chose.
03:08A l'hôpital, c'était déjà la même chose.
03:11Oui, mais la France a mis en place, il y a une vingtaine d'années, la loi Claes-Léonetti qui
03:14permet la sédation profonde et continue,
03:16donc l'accompagnement justement pour éviter les douleurs, mais un geste létal qu'il n'est pas censé tuer.
03:21La personne meurt du corps qu'il lâche face au traitement qui lui permet d'apaiser ses douleurs.
03:27Et c'est là toute la différence.
03:28Et sur cette volonté libre et éclairée dont on parlait, effectivement, il y a énormément de maladies où la personne
03:33n'est plus en mesure de décider les derniers jours.
03:35Quand vous avez Alzheimer, par exemple, c'est très difficile au dernier moment.
03:38Mais Alzheimer, Charcot, la communication est compliquée.
03:40Et c'est toute la question des directives anticipées.
03:43Mais là-dessus, le député Philippe Juvin, qui est un député LR qui est médecin et qu'on a reçu
03:47d'ailleurs sur cette antenne hier,
03:49ne cesse de le rappeler expliquant que le désir de mort aux derniers instants de sa vie, c'est un
03:55désir qui est fluctuant.
03:56Et c'est en fonction des douleurs qu'on ressent, ça peut différer le matin, le soir, etc.
04:00Et il y a un autre élément que je voudrais souligner sur le texte qui a été travaillé là,
04:04parce que là on a un texte que les députés envoient au Sénat et les sénateurs vont l'examiner.
04:08Il y a deux éléments en fait, c'est le délit d'entrave et le délit d'incitation.
04:13C'est-à-dire ?
04:13Qui sont deux choses qu'il faut que les Français comprennent bien.
04:16Le délit d'entrave, c'est un délit que vous commettez, si la loi passe telle qu'elle,
04:23si vous essayez d'empêcher un proche d'avoir recours à une euthanasie ou de se renseigner sur une euthanasie.
04:29Il y a un espèce de flou juridique sur le cercle familial peut s'exprimer...
04:32Mais ça veut dire quoi, se renseigner sur une euthanasie ?
04:34On lance les démarches pour avoir accès à une euthanasie.
04:37Et c'est puni de trois ans de prison, deux ans de prison et 30 000 euros d'amende.
04:41Du coup, les députés qui sont opposés au texte se sont dit qu'il faut équilibrer ce texte
04:45en créant un délit d'incitation, quand même,
04:48pour pouvoir également punir ceux qui encourageraient à l'inverse un proche à avoir recours à une euthanasie.
04:55Mais il est moins puni, cette fois c'est un an de prison et 15 000 euros d'amende.
04:58Bon. Jeanne Amouroux, vous êtes avec nous.
05:00On va continuer d'évoquer le sujet, bien évidemment.
05:03Vous êtes infirmière en soins palliatifs,
05:05membre actif d'une association dont vous allez nous rappeler le nom ?
05:09La SFAP, qui est la Société Française d'Accompagnement de Soins Palliatifs,
05:12qui est la société savante et militante des soins palliatifs.
05:15Et donc, qui a pris la parole dans le débat sur ce sujet.
05:18Absolument. On vient d'écouter les explications de Mayalen Trémollet,
05:23avec des flous quand même qui apparaissent dans le texte,
05:26et en même temps une ouverture qui n'existait pas jusque-là.
05:30J'ai presque... Moi, il y a une formule que j'aime bien,
05:33qui peut évidemment être utilisée dans plein de domaines,
05:36mais c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres.
05:38Et ça veut dire beaucoup.
05:40Parce qu'aujourd'hui, il y a quand même cette inquiétude de dire
05:42« Demain, il peut y avoir des excès ».
05:45Quels sont les excès que vous craignez, vous ?
05:48On sait très bien qu'à partir du moment où, effectivement,
05:51on ouvre ce nouveau droit qui est revendiqué,
05:53on sait très bien que les élargissements vont arriver les uns après les autres.
05:56On l'a vu déjà là, entre les deux lectures à l'Assemblée,
05:59qu'il y a quelques élargissements qui arrivent.
06:01Et on voit bien, surtout, on se renseigne beaucoup des pays à l'étranger,
06:04je pense, qui ont légalisé la Belgique, le Québec.
06:07Enfin voilà, il y a beaucoup de pays quand même qui sont...
06:10Voilà, on peut prendre exemple.
06:12Et qui montrent bien qu'on élargit la question des mineurs,
06:15la question, effectivement, on en parlait, des directives anticipées.
06:18Les personnes porteuses de handicap mental.
06:20Tout à fait.
06:21Et donc là, le Canada réfléchit à cette question-là,
06:24des personnes aussi qui ont des maladies psychiatriques.
06:28Voilà, on sait bien que c'est une ouverture,
06:30et après, c'est impossible de se restreindre.
06:33Parce qu'à quel moment on peut dire à quelqu'un,
06:35toi, ta souffrance est légitime, et donc on va l'écouter ?
06:38En revanche, la scène n'est pas légitime.
06:39Au bout d'un moment, c'est le chemin normal.
06:41On élargit à tout le monde,
06:42parce que juger d'une souffrance qui serait plus légitime que l'autre,
06:46c'est impossible.
06:46Bon, là, ça repart au Sénat.
06:49Quel est votre espoir ?
06:51Parce que les sénateurs, on le sait,
06:52qui sont plutôt sur l'échiquier politique à droite,
06:56ne sont pas très favorables à cet élargissement, justement, du texte.
07:01Donc, est-ce qu'il y a une chance qu'on remette l'Église au milieu du village, si je
07:05puis dire ?
07:07Moi, je ne crois pas qu'on puisse faire...
07:08On nous parle de loi d'équilibre,
07:10on a beaucoup entendu que c'était une loi qui était équilibrée, etc.
07:13Ce n'est pas vrai, ce n'est pas une loi d'équilibre,
07:15c'est une loi qui va très très loin.
07:16On nous parle de cas isolés, ce n'est pas vrai.
07:18C'est une loi qui pourrait concerner un million de personnes.
07:22C'est une loi qui va très très loin,
07:24et qui n'est pas du tout ce qu'on dit aux Français,
07:26que c'est une loi pour l'ultime recours,
07:28pour des personnes qui seraient dans une situation très particulière.
07:31C'est faux, effectivement, quand on parle des personnes
07:33qui ont un pronostic vital engagé, une maladie, une phase avancée,
07:37c'est les patients que je vois tous les jours.
07:39Mais qu'est-ce qu'ils vous disent, les patients ?
07:41Quand vous discutez avec eux, qu'est-ce qu'ils vous disent ?
07:43Les patients, ils nous demandent qu'on les soulage et qu'on les accompagne.
07:46En revanche, ils ne nous demandent pas qu'on leur donne la mort.
07:49De temps en temps, on a des patients qui arrivent en nous disant
07:50« C'est trop difficile, il faudrait que ça s'arrête, j'en peux plus. »
07:53La question qu'il faut qu'on se pose collectivement,
07:55c'est qu'est-ce qu'on répond à ces personnes-là ?
07:57Est-ce qu'on leur dit « Effectivement, ta vie est très difficile,
08:00donc on est OK pour que tu te suicides,
08:03ou pour qu'on te donne la mort, et on va même l'organiser. »
08:06Aujourd'hui, la réponse qu'ont fait nous, les soins palliatifs,
08:08et la société en général, c'est de dire
08:10« On va t'accompagner, on va tout faire pour te soulager,
08:13et surtout, on ne te laissera pas tomber, et on ne t'abandonnera pas. »
08:17Moi, si j'ai choisi ce métier, c'est parce que je pense
08:19qu'effectivement, il y a quelque chose à faire,
08:21et ce que je vois tous les jours, c'est que
08:23les soins palliatifs, le message aussi de la société,
08:25aide ces gens à pouvoir vivre le mieux possible,
08:28et surtout à vivre jusqu'au bout.
08:29Et moi, quelque chose qui m'interpelle beaucoup,
08:31c'est qu'on nous parle d'une loi de liberté.
08:33Moi, dans ma pratique, tous les jours...
08:34La liberté de mourir, c'est quand même extraordinaire !
08:37Moi, tous les jours, je ne vois pas des gens libres.
08:38Je vois des gens qui ne sont pas libres,
08:40parce qu'on n'a pas mis assez de moyens dans des soins,
08:44même pas sans parler des soins palliatifs,
08:45les gens qui sont à la maison.
08:47Si vous voulez avoir quelqu'un de 24h sur 24
08:49pour vous aider, pour vous changer, pour vous assister,
08:52il faut avoir de l'argent.
08:53Donc, il faut être riche, avoir de l'argent,
08:54et être entouré par une famille.
08:56Et moi, ce que je vois tous les jours,
08:57c'est des gens qui sont seuls, qui sont pauvres.
08:59J'ai travaillé dans le 93 pendant quelques mois.
09:02Vous allez à la campagne, c'est pareil.
09:04Voilà, exactement, les déserts médicaux.
09:06Et donc, aujourd'hui, les gens ne sont même pas libres.
09:08Ne sont pas libres.
09:10Et donc, comment est-ce qu'on peut leur dire
09:11« On va vous donner le droit de donner la mort ».
09:13Effectivement, il y a des gens qui,
09:15par manque de soins, par manque de moyens,
09:16par manque de volonté politique,
09:18vont dire « Bah oui, effectivement,
09:19c'est la seule solution que j'ai,
09:20c'est qu'on me donne la mort ».
09:22Jeanne Amourou, infirmière en soins palliatifs,
09:24est avec nous ce matin.
09:25Bien sûr.
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