00:00Les journaux télévisés du service public sur France 2 n'ont jamais
00:04parlé des violences et des interpellations qui ont lieu après la fête de la musique.
00:08Est-ce volontaire ? Est-ce pour cacher des informations aux français ?
00:12Nous recevons en ce moment donc Jacques Cardoz, ancien rédacteur en chef de complément d'enquête
00:17qui publie Les Inquisiteurs chez Fayard, un livre qui pose exactement la question
00:22« Pourquoi certains faits disparissent-ils des écrans ? »
00:26Avant de vous donner la parole, Jacques Cardoz, peut-être un mot du regard que portent sur ce sujet
00:31de Michel Fayard et de Karim Aloum, nos chroniqueurs.
00:35Comment pouvez-vous expliquer qu'après la fête de la musique,
00:39les journaux payés par les français ne puissent pas aborder ce sujet ?
00:44Michel Fayard sur Europe 1.
00:46Non, c'est injustifiable mais je pense que c'est parce qu'à la base la fête de la musique
00:50c'est une fête qui avait été créée par la gauche et que la gauche quand elle crée quelque chose
00:53elle veut toujours contrôler, maîtriser.
00:57Vous êtes en train de dire que France doit être de gauche ?
01:00Malheureusement, je pense que l'idéologie dominante chez les journalistes de France Télévisions
01:05c'est une idéologie de gauche et il suffit de voir ce qui est dit dans les programmes,
01:10ce qui est dit dans les journaux, etc.
01:13Donc oui, je pense que je considère que la fête de la musique ce n'est pas la fête de
01:18tous les français
01:18mais c'est une fête qui est de gauche et qui doit être préservée comme telle
01:23et qu'il ne faut surtout pas montrer des problèmes liés à l'insécurité.
01:26Michel Fayard sur Europe 1.
01:28Karim Maloum.
01:28C'est une faute professionnelle.
01:31Qu'une télé publique ou privée, un journal ou une radio, son rôle c'est d'informer.
01:38C'est tout.
01:39C'est de donner l'information, même s'il n'a pas éditorialisé.
01:42Il n'a même pas donné l'information.
01:44C'est un peu, c'est très grave.
01:46Il y a eu 240 à peu près.
01:49243.
01:50243 arrestations.
01:51268.
01:52Il y a eu des viols, il y a eu des puquures avec des siringues,
01:55il y a eu des arrestations, il y a eu de la bagarre, il y a eu des vols.
01:57Donc il s'est passé des choses graves dans le troisième arrondissement particulièrement.
02:02Le rôle d'un journal, c'est de donner l'information.
02:04Si vous ne le donnez pas, la question est supposée.
02:06Quelle est votre mission ?
02:07Bien sûr.
02:08Quelle est la mission du service public s'il ne donne pas l'information au public ?
02:11C'est la base.
02:12Merci.
02:13Jacques Cardoz, vous êtes notre invité.
02:15Bonjour, merci infiniment d'être là.
02:16Merci à vous, Christine.
02:18Jusqu'à midi.
02:19A partir de midi, nous avons une édition spéciale avec Boalem Sansa.
02:22N'hésitez pas déjà à appeler au standard.
02:24Jacques Cardoz, c'est intéressant parce que votre livre révèle justement ces défaillances.
02:31Cet événement-là que vous soulignez, il est effectivement absolument incompréhensible pour les Français.
02:38Et il s'explique très bien lorsque l'on est journaliste à France Télévisions.
02:42Je pense que ça vient d'être dit, il y a deux choses, il y a deux réflexes.
02:46Il y a à la fois l'identité culturelle plutôt ancrée à gauche qui fait qu'aujourd'hui, on a
02:53du mal à être critique contre son propre camp.
02:58Et c'est ça le problème, savoir penser contre soi-même, savoir être critique contre soi-même.
03:02Jacques Cardoz, pardon, en quoi être de gauche, par exemple, empêche de parler des 268 interpellations ?
03:08Pour essayer de comprendre, pour ceux qui nous écoutent.
03:10Et le deuxième argument que je voulais développer, c'est que vous avez une sorte de prévention dès lors qu
03:17'il s'agit de délinquance.
03:18Parce que l'idée qui est communément admise à France Télévisions, c'est que si vous parlez trop de délinquance,
03:24vous faites monter le vote du Rassemblement National ou le vote de la droite d'une façon générale.
03:28Et puis il y a quelque chose de sale à parler du fait divers.
03:31C'est aussi ça, c'est-à-dire que lorsqu'on est à France Télé, on considère qu'on doit
03:36donner l'exemple et que d'en donner l'exemple,
03:38eh bien, il y a l'idée qu'on ne parle pas des faits dives, des petits faits de délinquance,
03:44parce que ce n'est pas très important.
03:46C'est une atteinte grave aux Français. Pourquoi ?
03:51Parce que les Français sont des actionnaires, de fait, vous l'avez dit, vous l'avez rappelé Christine,
03:56qui paye aujourd'hui le service public quand vous allez prendre un café, quand vous allez au restaurant ?
04:00Mais de fait, vous êtes actionnaire du service public.
04:02Moi, je parle de toutes ces émissions de magazines qui coûtent, ceux qui nous écoutent l'aient en tête,
04:08coûtent 300 000 euros par soir.
04:10Chaque jeudi, c'est 300 000 euros de l'argent des Français qui est investi.
04:13Donc, en retour, je ne dis pas que c'est un problème d'ailleurs d'investir 300 000 euros.
04:16Ça coûte cher de faire de l'information et de faire de l'investigation.
04:19J'ai un quart d'ose sur Europe 1.
04:20Mais en quoi ça doit vous interdire de penser contre vous-même, de critiquer vos opinions, etc.
04:28Et c'est ça, la société dans laquelle on est aujourd'hui, c'est que vous avez en fait un
04:36parti pris
04:36qui a finalement pris le dessus sur votre travail journalistique.
04:40Parce que que vous soyez de gauche ou de droite, et que vous ayez d'ailleurs des opinions ambivalentes,
04:44parce que c'est ça aussi la réalité, c'est que vous pouvez aussi évoluer dans le cours de votre
04:48vie,
04:49eh bien, c'est que vous devez de toute façon savoir mettre ça de côté et traiter tout simplement l
04:54'information.
04:54Votre question, Christine, mais elle est essentielle.
04:57Pourquoi ce n'est pas dans le journal de 20 heures ?
04:58Honnêtement, je vous dis, j'y vois deux choses.
05:01J'y vois une forme de prévention politique et j'y vois une forme de rapport aux faits divers.
05:08Je consacre un de mes chapitres dans ce livre, Les Inquisiteurs chez Fayard, à cette difficulté-là.
05:15C'est que les journalistes ont un rapport aux faits divers qui est très compliqué
05:20parce qu'ils considèrent que ça fait pousser le vote RN et que ce n'est pas digne du discours
05:26qu'on doit développer sur le service public.
05:27Vous êtes en train de m'expliquer, je vous taquine un peu,
05:29de m'expliquer que comme il y a une certaine idéologie à gauche,
05:35ils ne veulent pas montrer la réalité ni les interpellations pour ne pas faire monter la droite nationale.
05:42Oui, il y a ça et puis, alors je vais vous dire une chose, je me souviens d'abord...
05:45Même si on est de gauche, qu'on soit de gauche, de droite, on peut faire son travail de journaliste.
05:51Normalement, ça ne devrait même pas être une question en fait.
05:53Tout à fait.
05:54On est bien d'accord avec ça.
05:55Ça ne devrait pas être une question.
05:57Moi, j'ai travaillé avec des gens dont je savais qu'ils étaient de gauche ou de droite.
06:00Peu importe, peu importe, ça ne rentrait pas en conflit.
06:04Ça ne rentrait pas et ça ne venait pas dominer un discours et un choix éditorial.
06:09La question du choix éditorial s'impose par des événements qui sont d'abord dans l'actualité
06:14et qui s'imposent à vous en fait.
06:17C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous refusez de traiter un sujet comme celui-là,
06:22ça signifie que c'est un acte politique quelque part.
06:24Puisque vous refusez une réalité.
06:26C'est ça qui est quand même incroyable.
06:27Jacques Cardoz, en direct sur Europe 1, ancien rédacteur en chef de complément d'enquête
06:31pour les inquisiteurs qui sortent chez Ferriard.
06:34Question, pourquoi avez-vous fait ce livre ?
06:37J'ai fait ce livre parce que je pense que les Français doivent savoir.
06:40Il est temps, on m'a reproché de, entre guillemets, cracher dans la soupe
06:48ou bien avoir, si vous voulez, un regard trop critique sur ceux avec qui j'avais travaillé
06:54pendant 27 ans.
06:55Ce n'est pas personnel, il n'y a aucun règlement de compte.
06:58Pas de revanche personnelle ?
07:00Mais non, aucune, je l'ai fait pour...
07:03Moi, je n'ai pas été viré.
07:05On ne m'a pas mis de côté.
07:06On ne m'a pas dit complément, c'est fini.
07:08On ne m'a pas retiré des émissions.
07:10On ne m'a pas dit...
07:11Je veux dire, mes patrons étaient les premiers surpris de ma décision.
07:15Et je leur ai dit, c'est irrévocable.
07:16Pourquoi ?
07:17Mais on m'a dit, mais attends, on va peut-être te proposer une autre émission.
07:20Ton nom a circulé pour un poste de direction.
07:22Tu peux faire plein de choses.
07:22Plus tard, les documentaires.
07:23Donc c'est vous qui êtes parti ?
07:25C'est moi qui suis parti, je suis parti.
07:27J'ai eu une longue conversation avec mon patron d'info.
07:29Et ensuite, même avec la présidente de France Télévisions.
07:32Et les deux ont très bien compris que j'étais, d'une certaine façon,
07:34je me sentais enfermé éditorialement.
07:37Je sentais que je devais lutter tous les jours pour un certain nombre de sujets.
07:40Je vous ai parlé de l'émission sur les faits divers,
07:43mais ça a été le cas sur le communautarisme, ça a été le cas sur Mélenchon.
07:46Aujourd'hui, par exemple, les crimes sexuels.
07:47Je regardais les crimes sexuels.
07:50On parle beaucoup de la couverture des crimes sexuels aujourd'hui dans les médias.
07:52Pourquoi pas une seule enquête sur Tariq Ramadan dans Cache Investigation ou dans Envoyé Spécial ?
07:58Pourquoi rien sur Gérard Miller ?
08:01Pourquoi pas de Cache Investigation sur Gérard Miller ?
08:03Il y a eu un 20 minutes dans Envoyé Spécial,
08:06mais ça n'est pas du tout la même exigence.
08:08Cache Investigation, c'est un an et demi d'enquête.
08:10Pourquoi je parle de Tariq Ramadan ?
08:12Parce qu'il a été l'invité pendant 20 ans des plateaux de France Télévisions.
08:15Quelque part, c'est un devoir moral.
08:17Les Français ont payé, d'une certaine façon, pour entendre Tariq Ramadan.
08:21Et c'est quelqu'un de prestigieux, de qualité, il avait une pensée.
08:26Il n'y a pas de problème pour tout ça, c'était légitime qu'il soit présent.
08:29Aujourd'hui, on découvre une phase sombre.
08:31Il est condamné.
08:33Il a eu cinq plaintes, plusieurs mises en examen.
08:38Il y a des faits extrêmement graves.
08:39On n'en parle pas, c'est passé totalement sous silence.
08:42C'est dans la continuité de ce dont vous parliez à l'instant,
08:45sur ces violences qui sont commises en plein Paris,
08:47et qu'on ne voit pas.
08:48Lorsqu'on ne voit pas, ça signifie qu'on veut cacher,
08:51qu'on veut occulter une partie de la réalité.
08:53Ça n'est pas sain pour la démocratie.
08:55Ça n'est pas la télé de tous les Français.
08:57Les Français payent qu'ils prennent un café,
09:00qu'ils aillent au supermarché faire leurs courses.
09:02De toute façon, ils financent, pardon de le dire comme ça,
09:05Élise Lucet et son équipe.
09:07Ou ils financent le journal de 20h ou le journal de 13h.
09:10C'est une réalité.
09:11Donc, les journalistes qui sont dans le service public
09:13devraient s'imposer d'être beaucoup plus critiques à leur égard,
09:17de savoir penser contre soi-même.
09:18Ils ont le droit d'avoir les opinions qu'ils veulent.
09:20On s'en fiche.
09:21Ce n'est pas le sujet.
09:21Ça ne devrait pas.
09:22Mais qu'ils fassent le boulot.
09:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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