00:00Ça c'est un petit peu moins drôle, le cahier des charges est riche ce soir avec ces dossiers chauds qui nous préoccupent et nous inquiètent parfois et même souvent.
00:08Quelle attitude adopter face à l'appétit de Donald Trump au Groenland, notamment avec désormais des menaces de surtaxe douanière sur la France.
00:15On voit que l'Europe essaye de riposter, en tout cas essaye de s'organiser.
00:20On va en parler avec vous, mon invité Hervé Morin, président de la région Normandie, ancien ministre de la Défense et président des centristes.
00:28Bonsoir Hervé Morin.
00:29Bonsoir.
00:30Hervé Morin, tout d'abord je voulais vous faire réagir à la signature du traité du Mercosur parce qu'on vous a souvent entendu en soutien de la colère des agriculteurs.
00:39J'imagine que vous n'êtes pas très surpris mais tout de même déçu ce soir.
00:43La messe était lite donc il n'y a plus de débat sur le sujet.
00:46On a payé globalement les tergiversations et en vérité le double discours d'Emmanuel Macron qui, quand il était en Argentine, était favorable au Mercosur.
00:59Et quand il était au salon d'agriculture, il était opposé.
01:01Et donc il s'est dit qu'il allait passer à travers les gouttes, qu'il allait finalement faire passer ce traité dont il est au bout du compte favorable.
01:09Ça j'en suis absolument convaincu et que ça finirait par passer.
01:14Sauf que ça ne s'est pas passé comme ça.
01:15Et en fait quand vous discutez avec les agriculteurs de Normandie, le Mercosur c'est simplement le totem de l'exaspération absolue et totale du traitement qui leur est infligé tous les jours.
01:31Un symbole.
01:32C'est un symbole, c'est un totem, c'est un symbole, c'est la goutte, c'est le déclencheur, appelez ça comme vous voulez.
01:38Et de l'absurdité d'un modèle dans lequel on demande à peu près 15 à 20 heures de papier par semaine et de paperasse par semaine à un paysan.
01:46De l'absurdité d'un modèle dans lequel on porte des contraintes chaque jour en oubliant qu'au bout du compte une exploitation agricole c'est d'abord une entreprise qui doit être compétitive, performante.
01:58Ce qui n'empêche pas d'être attentif aux questions d'environnement.
02:01Et puis enfin de constater l'absurdité d'un système que j'évoquais d'ailleurs chez vos confrères d'à côté qui est par exemple l'interdiction, je trouve cet exemple tellement terrible.
02:15L'Europe interdit les cages à poules pour les oeufs.
02:22Vous savez que donc on a vendu nos cages à poules.
02:26Et ces cages à poules vous savez qu'elles ont été vendues dans les pays voisins, c'est-à-dire l'Ukraine et le Maghreb.
02:32Et donc vos oeufs, vos oeufs vous les retrouvez, alors vous les retrouvez pas forcément dans la boîte à oeufs du supermarché ou de votre épicerie,
02:41mais vous les retrouvez dans tout ce qu'on appelle les ovoproduits, c'est-à-dire tous les produits transformés dans lesquels on utilise
02:45des oeufs qui viennent des autres pays.
02:47C'est l'idée pour les poulets, les poulets ukrainiens, vous en avez plein, les supermarchés, et vous le savez même pas.
02:52Et la grande distribution est assez malhonnête quand elle dit je ne vais jamais vendre cela,
02:58parce qu'en fait elle les vend à travers la transformation industrielle des produits.
03:03Quand vous achetez du blanc de poulet, en effet en général il vient pas de là, il vient pas de ces pays,
03:08mais quand vous achetez un produit transformé, le blanc de poulet vient pas de chez nous.
03:13Ophélie Roque.
03:14Oui c'était en tant que consommatrice, c'est vraiment quelque chose, moi j'essaye tout le temps en fait,
03:19alors on peut faire attention, c'est vrai qu'on achète un oeuf ou qu'on achète un poulet,
03:22on peut regarder l'origine, mais pour tous ces produits en fait transformés,
03:25il n'y a pas une manière en fait d'interdire cela.
03:28Alors je sais que la filière pourrait dire que ça va faire une répercussion sur le coût des prix,
03:32mais on n'a rien sans rien, et surtout est-ce que d'une certaine manière,
03:35à long terme ça ne bénéficierait pas aux paysans français ?
03:38Mais c'est pas l'interdire, c'est permettre simplement de produire, c'est pas pareil.
03:43Vous voyez, quand vous voulez faire un poulailler en Normandie, c'est plusieurs années de procédure.
03:50On sait qu'on manque énormément de volaille, puisqu'on consomme de plus en plus de volaille.
03:54Le seul sujet, c'est que faire un poulailler aujourd'hui, c'est déjà le voisinage,
04:02et ensuite les emmerdements administratifs.
04:04Donc, des études, des contre-études, et donc au bout du compte,
04:08vous découragez une bonne partie des volontés.
04:11Donc déjà, si on permettait aux gens de produire...
04:14Mais oui, mais alors, rien à voir avec le Mercosur, si j'ose dire.
04:17Il faut tout remettre à plat.
04:18Vous les encouragez, ces agriculteurs qui vont aller à Strasbourg mardi ?
04:23Il faut continuer la lutte et le combat devant le Parlement européen, selon vous Hervé Morin ?
04:27Il faut le continuer, parce qu'il y a quand même des échéances politiques sur ce traité qui semble encore exister,
04:35donc je pense que ce combat-là, il faut le mener jusqu'au bout.
04:38Mais il faut le mener, je crois, avec l'idée de l'ambition européenne d'avoir une agriculture performante.
04:45C'est ça le combat majeur qu'il faut avoir.
04:48C'est ça, c'est ça, c'est ça.