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  • il y a 8 mois
Ariane Chemin vient de republier dans le journal "Le Monde" un article qui date d'il y a 13 ans, écrit en décembre 2012, "Alain Orsoni, ou l'enfer corse". Elle revient sur le parcours du militant nationaliste, sa personnalité, et décrit d'abord un homme charismatique, "le bel Alain", au physique d'acteur...
Regardez L'invité d'Anne-Sophie Lapix du 13 janvier 2026.

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00:00RTL Matin avec Thomas Soto, c'est un tour complet de l'actualité avec les premières infos du jour.
00:05Les Etats-Unis vont-ils réagir ? C'est la question, Donald Trump s'est à nouveau exprimé cette nuit là-dessus.
00:10Mais aussi la politique, les invités qui font la une et l'économie avec François Langlais à 7h35.
00:15L'Empire du Milieu est donc devenu le premier partenaire commercial de l'Iran devant la Turquie.
00:20Et malgré ça, pénurie très importante pour les médicaments en particulier.
00:24Toute l'info du jour, c'est dans RTL Matin.
00:277h9h30.
00:28Anne-Sophie Lapix, RTL Soir.
00:32Et la grande reporter du Monde, Ariane Chemin, vient d'entrer dans ce studio.
00:36Bonsoir Ariane Chemin.
00:37Vous avez republié dans le journal Le Monde un article, une grande enquête qui date d'il y a 13 ans, décembre 2012.
00:44Alain Orseni ou l'enfer Corse.
00:46Vous reveniez sur son parcours, sur sa personnalité.
00:49Vous décriviez d'abord un homme charismatique, le bel Alain.
00:52Vous l'aviez rencontré ?
00:54Oui, je l'avais rencontré à Véro, justement, dans le village où, malheureusement, il a été tué.
01:00C'est quelqu'un qui est très connu en Corse.
01:02Tout le monde connaît Alain Orseni, d'abord parce qu'il résume à lui-même un demi-siècle d'histoire Corse.
01:08Il est à Ajaccio, une famille qui est passée par l'Algérie, un père d'Algérie française, un aventurier, comme la Corse avait en fabriqué à l'époque.
01:18Quelqu'un qui voyage, qui fait des affaires à l'étranger et puis qui devient en 2008 le président d'un club de foot, l'ACA, après avoir été l'un des fondateurs du nationalisme Corse.
01:29Il est le plus jeune militant qui se trouve dans la cave d'Alleria en 1975, qui est l'acte fondateur du nationalisme Corse.
01:36Quand vous publiez cette enquête en 2012, il est donc patron du club de foot d'Ajaccio, et il vivait déjà sous une menace permanente, une menace de mort liée à la guerre des clans, liée à la vente d'État.
01:50Là-bas, la vengeance se perpétue de génération en génération et ne s'éteint jamais.
01:56Je me souviens de ça, je me souviens de, tout le monde le savait, à Ajaccio, qu'il descendait travailler en voiture blindée, qu'il portait facilement un gilet par balle, qu'il faisait attention, qu'il se rendait rarement aux enterrements, justement.
02:10C'est ça qu'il m'avait raconté.
02:13Et c'est vrai qu'en Corse, on a la mémoire longue.
02:15Alors la mémoire longue, c'est deux choses.
02:17Ça peut être une malédiction, c'est aussi parfois un gage de survie, parce qu'il faut se souvenir toute sa vie des petits, comment on dit, les...
02:26Les culturels, les...
02:27Oui, qu'on a pu faire à l'un ou à l'autre.
02:30Et c'est vrai que c'est ça qui me frappe, c'est que c'est presque une métaphore, c'est un tir qui est venu de très très loin.
02:37On ne sait pas du tout, ça peut être visiblement, on s'oriente à la piste de la grande criminalité organisée, mais ça peut être aussi un tir qui vient de loin.
02:46Vous racontez dans votre enquête que son frère Guy avait été enlevé et assassiné en 1983 et qu'il s'était rendu plus tard avec sa mère sur les lieux de l'enlèvement.
02:56Elle avait déposé des fleurs et lui, il avait mis une balle au milieu des fleurs comme pour signer ce besoin de vengeance éternelle.
03:04Oui, je trouve que les fleurs et la balle, ça raconte toute la Corse, c'est-à-dire sa face lumineuse et sa face sombre.
03:13Ce qui m'a beaucoup frappée, moi, dans les réactions que j'ai entendues après son assassinat dans ce cimetière,
03:20c'est que beaucoup de gens disent, dans la rue, et même des responsables politiques, et même le curé qui a fait l'enterrement,
03:28ils disent, mais quand même, tuer quelqu'un dans un cimetière le jour de l'enterrement de sa mère,
03:32mais c'est tuer quelqu'un tout court qui est un problème, c'est qu'il soit mort qui est un problème.
03:37Et pourtant, le fait qu'il y ait eu cette mise en scène, mais ce contexte, est fait pour frapper encore plus fort de la part de ces assassins ?
03:46Je pense que c'est quelqu'un qui faisait très attention, il est rentré du Nicaragua pour la mort de sa mère,
03:52j'imagine que, enfin, je ne sais rien, mais enfin, les petites annonces encore ce matin, c'est une institution,
03:57tout le monde annonce à l'enterrement, et donc, je pense que c'est souvent, quand on lâche la garde,
04:03quand on relâche la garde, qu'on est le plus vulnérable, j'en sais strictement rien.
04:06Mais c'est vrai que cette petite musique, ça me fait penser un petit peu à l'assassinat du préfecto d'Araignac en 1998,
04:14on disait, quand même, l'assassiné dans le dos, mais c'est l'assassiné de tout court qui est grave,
04:18et là aussi, c'est l'assassiné de tout court qui est grave.
04:21Son rival, François Santoni, son rival qui était avec lui nationaliste, et finalement, il y a eu une scission,
04:27lui, il avait été assassiné lors d'un mariage.
04:28À la sortie d'un mariage, effectivement, en Corse du Sud, ça avait déjà beaucoup marqué les esprits,
04:33parce que ce n'est pas la même religiosité, évidemment, qu'un enterrement aussi petit,
04:38ou en général, seule la famille se rend en Corse, et bien là, ça avait été aussi...
04:41D'une manière générale, moi, je me souviens de l'enterrement auquel j'ai assisté devant des églises en Corse,
04:47au moment, au tout d'habit des années 2000, et je pense que c'était le cas aussi,
04:50au moment de ce qu'on appelait la guerre entre nationalistes dans les années 93-95,
04:54où il y avait deux camps rivaux qui se faisaient face, avec des gens en gilet pare-balles,
04:57je me souviens d'avoir vu François Santoni en gilet pare-balles, un peu avant son assassinat,
05:01et l'ambiance était d'une lourdeur épouvantable, quoi.
05:04Et on voyait d'ailleurs les militants à l'époque qui tiraient en l'air, le long de l'église, en criant feu.
05:09Il y a eu des dizaines de morts de cette lutte fratricide.
05:13Au départ, donc, ils avaient créé ensemble le FNLC, le fameux FNLC,
05:19et Alain, le Front de Libération Nationale Corse, plus exactement dans l'ordre,
05:25auteur de nombreux attentats dans les années 80 et 90,
05:28Alain Orsoni, lui, il déposait des petits pains de plastique régulièrement ?
05:32Alain Orsoni, c'est un RR vraiment intéressant,
05:34parce qu'il est là, il a à peine 20 ans, dans la cave d'Alleria, c'est le plus jeune.
05:38Ensuite, effectivement, il crée son propre mouvement,
05:41le MPA, qu'on surnommait Ajaccio le mouvement pour les affaires,
05:45alors que c'était le mouvement pour l'autorité d'autodélimination.
05:48C'est un Ajaccien, c'est un Corse, un vrai Corse, c'est-à-dire aventurier,
05:53et puis, ce que ça raconte aussi, un peu cette histoire, malheureusement,
05:57c'est que, puisqu'il a été abattu à Averro, qui est vraiment tout proche d'Ajaccio,
06:02c'est que depuis 15 ans, aujourd'hui, l'épicentre de la grande criminalité s'est déplacé.
06:08On a tous entendu parler de la brise de mer, c'était le nom d'un bar à Bastien,
06:10c'était la fin des années 90, et bien aujourd'hui, l'épicentre, c'est Ajaccio.
06:16Et pourquoi c'est Ajaccio ?
06:17À cause de...
06:18À cause du bandes rivales, une bande qui s'affronte depuis maintenant 15 ans,
06:22et il y a des morts tout le temps, tout le temps.
06:23Alors justement, avant, c'était la guerre des nationalistes entre eux,
06:27parce qu'après avoir attaqué l'État, ils se sont entretués,
06:30qu'ils faisaient des morts, aujourd'hui, c'est le grand banditisme ?
06:33Bien sûr, c'est le grand banditisme, on commence à parler de mafia.
06:35Pendant très longtemps, on n'avait pas le droit de dire mafia,
06:37quand on parlait de la Corse, on disait toujours,
06:39mais ça n'a rien à voir avec l'Italie, c'est pas la même structure,
06:42c'est pas pyramidal, etc.
06:43Aujourd'hui, dans les écoles, il y a des cours où on apprend ce que c'est que la mafia,
06:46depuis la rentrée de septembre.
06:48Donc c'est quand même une nouveauté.
06:49Et Alain Orsoni, lui, il trempait aussi dans le grand banditisme ?
06:54Il n'était pas dans les bandes telles qu'elles ont été reporteriées,
06:57c'est son fils qui y était, mais pas lui.
06:59Lui, il avait quand même pris beaucoup de champs.
07:01Il était au Nicaragua, il vivait loin, il avait quitté la Corse
07:04depuis qu'il avait laissé tomber l'ACA.
07:06Il était assez loin de tout ça, mais c'est vraiment,
07:09ce que je vous disais, la mémoire longue corse,
07:11et en Corse, on dit la malamortée pour la mauvaise mort.
07:14Alors, il a terminé sa vie avec cette forme de malédiction.
07:21Vous évoquez son fils Guy, qui portait le nom de son frère assassiné,
07:25c'est quand même un héritage très lourd.
07:26Il a été condamné, je crois l'an dernier, à 16 ans de prison
07:29pour une tentative de meurtre,
07:32encore inscrite dans cette vengeance de clan à clan.
07:35C'est rien que le choix des prénoms.
07:38Quand on voit les monuments aux morts en Corse,
07:40tout le monde a le prénom de son grand-père,
07:41autour de son grand-père, comme une sorte de roue fatale
07:44qui tournerait et dont on ne pourrait pas échapper.
07:47Et cette histoire-là, elle raconte, hélas, ce drame,
07:50cet assassinat dans un cimetière,
07:52ce qui a évidemment marqué tout le monde,
07:54puisque ça m'a frappée de voir aussi que les titres des journaux,
07:56c'était toujours, c'était hier,
07:59assassiné dans un cimetière lors de l'enterrement de sa mère.
08:03Eh bien, ça montre aussi que la tragédie corse,
08:08elle reste ce qu'elle était déjà, au fond, du temps de Mérimée.
08:14Et on ne peut pas imaginer que ce dernier meurtre restera impuni ?
08:19Alors, on ne parle jamais au futur quand on fait du journalisme,
08:21je n'en sais rien, mais...
08:23En tout cas, on ne peut pas imaginer qu'il n'y aura pas la volonté de vengeance une nouvelle fois.
08:28La vengeance, en Corse, ça reste quand même quelque chose de très ancré.
08:32Et c'est vrai qu'en entendant les micro-trottoirs,
08:36où, au fond, il y a peu de personnalités publiques
08:39et peu de responsables politiques qui ont pris la parole,
08:41comme s'il y avait, au-delà de la sidération, une forme de gêne.
08:45Mais, en fait, quand on parle de ce genre d'assassinat,
08:49on en parle à voix basse, dans les bars.
08:51Mais c'est quelque chose qui gêne tout le monde, évidemment,
08:54parce qu'on a peur, du coup, d'après.
08:55Merci beaucoup, Ariane Chemin, d'être venue nous parler d'Alain Orsoni,
09:00donc cette figure du nationalisme assassiné hier lors de l'enterrement de sa mère.
09:05Merci beaucoup.
09:06Dans un instant, nous sommes mercredi,
09:08la tentation du soir nous emmène au cinéma
09:10avec un biopic sur le plus grand faussaire de l'histoire,
09:13Bojarski, qui aurait peut-être aimé se confesser sur un télésiège.
09:17Ce sera l'info qu'on a failli manquer de Florian Gazan.
09:19A tout de suite.
09:20Anne-Sophie Lapix.
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