00:00L'invité d'RTL Soir.
00:02Plus de 130 écrivains ont décidé de quitter Grasset,
00:06après le limogé du patron emblématique de la maison d'édition,
00:08Olivier Nora, en début de semaine.
00:10Parmi eux, Virginie Despentes, Bernard-Henri Lévis,
00:13Sorcha Landon, Vanessa Springora.
00:14C'est un tremblement de terre dans le monde de la littérature.
00:18Le premier à avoir claqué la porte mardi,
00:21c'est l'essayiste Alain Minc,
00:23et c'est notre grand invité RTL Soir.
00:25Bonsoir Alain Minc.
00:25Bonsoir.
00:26Pourquoi partez-vous ?
00:27Pour une raison affective, ça n'est jamais sans importance,
00:31c'est-à-dire mon lien à Olivier Nora et à toute la famille Nora,
00:35mais aussi pour une raison de principe.
00:37On voit une mise au pas qui se dessine,
00:41qui est analogue à ce qu'on a connu au JDD
00:44et dans les médias audiovisuels du groupe Bolloré.
00:47Et je pense qu'il y a quelque chose auquel il faut faire très attention,
00:51qui est probablement à mes yeux l'étape suivante,
00:53c'est qu'Achette est quand même le principal éditeur de livres éducatifs français.
00:59Achette propriétaire de Grasset.
01:01Achette propriétaire de Grasset.
01:02Et au titre de la croisade que mène Vincent Bolloré,
01:06je ne peux pas exclure qu'il veuille infléchir,
01:09autant que faire se peut,
01:10même s'il y a un contrôle en théorie de l'administration,
01:14la nature des livres éducatifs.
01:17Voilà, on est face à une tentative de prise de pouvoir,
01:22pas du pouvoir, mais d'un pouvoir idéologique et il faut y résister.
01:25Mais que savez-vous des raisons du départ, du limogé de l'Olivier Nord ?
01:29Écoutez, chacun sait bien qu'il était en survie artificielle,
01:32si je puis dire, depuis un certain temps,
01:35que ce qu'il est, ce qu'il pense, le libéralisme qui est le sien,
01:39ne pouvait pas correspondre à la croisade
01:42que le Vincent Bolloré d'aujourd'hui mène.
01:44Alors, je dis bien d'aujourd'hui,
01:47parce que moi, j'ai travaillé 20 ans avec Vincent Bolloré,
01:50j'étais son conseil, avant que je mette fin à nos relations,
01:52quand le conservateur catholique, ouvert relativement qu'il était,
01:59bascule vers un croisé idéologique et intégriste.
02:02Et j'ai deux interrogations le concernant.
02:06Je comprends très bien qu'à un moment d'une trajectoire religieuse,
02:11on devienne plus intégriste.
02:13Je ne comprends pas pourquoi cet intégrisme conduit nécessairement à l'extrême droite,
02:19et pourquoi cette marche vers l'extrême droite
02:21s'accompagne d'une sympathie relative pour le poutinisme.
02:26Donc aujourd'hui, cet homme est un mystère à mes yeux.
02:29Mais au-delà de ça, ce qu'il fait, en revanche,
02:33c'est ce qu'il faut juger,
02:35et l'opération Grasset est exactement le symétrique
02:39dans le monde de l'édition de l'opération du JDD.
02:42Oui, mais c'est trois ans que Vincent Bolloré a pris la tête,
02:45enfin, achète à la guerre d'air.
02:48Pourquoi avoir attendu trois ans ?
02:50Il y avait des contraintes juridiques à un moment donné.
02:54Alors, on va me dire liberté d'expression.
02:56Je crois qu'il y a une différence de nature
02:58entre créer une maison d'édition et lui donner une vocation idéologique.
03:03De la même manière qu'au moment du JDD,
03:05je n'aurais pas été surpris ni choqué que Bolloré achète Valeurs Actuelles,
03:09journal d'extrême droite, le DOP,
03:11mais il lui donne des centaines de millions
03:13et il lui donne les moyens d'une croissance.
03:15En revanche, une institution ne doit pas être vidée de son sang
03:19et faire l'objet d'une transfusion
03:21dès lors qu'on est dans le domaine des idées.
03:23et prendre une maison avec son passé, son image,
03:26pour la transformer en outil de combat,
03:29tout en gardant, d'une certaine manière,
03:32l'histoire qui est la sienne,
03:33ça, c'est inacceptable.
03:35Une démocratie, c'est fait de pouvoir et de contre-pouvoir,
03:38et là, on est en train d'essayer de scier
03:40un certain nombre de contre-pouvoirs.
03:42Ça s'appelle la démocratie libérale.
03:44Remarquez, elle n'est pas vouée à gagner
03:46puisqu'elle a perdu en Hongrie.
03:47Selon une enquête du Nouvel Obs,
03:49en réalité, Vincent Bolloré aurait cherché
03:51à imposer un auteur à Olivier Nora.
03:55Cet auteur est lui-même éditeur
03:56de Jordan Bardella et de Philippe Devilliers.
04:00C'est la réalité ?
04:01Vous en avez parlé avec Olivier Nora ?
04:03Ça, je n'ai pas envie d'entrer dans cette partie-là du débat.
04:06Ceci devait arriver un jour, on le savait,
04:09mais il y a même quand même une symbolique
04:11qui est étrange.
04:13Faire ça à la veille du salon du livre,
04:16c'est une provoque supplémentaire,
04:18c'est-à-dire, je n'ai, entre guillemets,
04:20rien à en foutre de ces sujets
04:22qui agitent le monde intellectuel.
04:25Je le méprise, j'y suis indifférent.
04:27La réaction, elle est massive,
04:28130 auteurs qui partent après vous,
04:31mais vous avez le droit de partir.
04:32Vous n'êtes pas lié à un contrat concrétant.
04:33Ça dépend des contrats différents.
04:35Moi, je suis un privilégié.
04:37Comme je ne vis pas de l'écriture,
04:39Dieu merci, je ne demande pas d'avance,
04:42donc je suis totalement libre.
04:44Je pense qu'il y a des actes d'auteur
04:45pour qu'il y aura des débats juridiques compliqués.
04:47Puis, il y a un sujet qui va se poser,
04:50qui est la capacité de retrouver les droits des livres
04:53quand on quitte un éditeur.
04:55À mon avis, ce problème-là
04:57devrait d'ailleurs être traité par voie législative
05:00pour que les auteurs aient le même droit
05:03que les journalistes ont avec la clause de conscience.
05:06S'il y a un changement de contrôle
05:07d'une maison d'édition,
05:09je trouverais normal que les auteurs
05:11puissent reprendre leurs droits
05:12sur leur œuvre passée.
05:13Alors, une fois qu'on a dit tout ça,
05:15le nombre d'entre nous qui seront réédités
05:17ne sera pas très élevé.
05:19Il ne faut pas se mettre sur la pointe des pieds.
05:22Vous, vous aviez un livre à paraître chez Grasset ?
05:24J'en avais un qui était en cours,
05:27mais ça n'a aucune importance.
05:28Comme je ne leur dois pas d'argent,
05:30je suis libre de leur faire un pied de nez.
05:31Quelle est la relation entre un auteur et un éditeur ?
05:35Ça dépend.
05:36Elle peut être professionnelle, affective,
05:40elle dépend tout à fait des cas.
05:42Mais il y a des auteurs,
05:44enfin, les auteurs dont c'est le métier,
05:46qui ont des relations extrêmement intenses
05:49avec leur éditeur.
05:50Olivier Nora a été, d'ailleurs,
05:52Arnaud Lagardère,
05:53quand il a pris ses fonctions à la tête d'Achette,
05:55a eu le courage,
05:57n'absence que pensait Bolloré,
05:58de se rendre chez Grasset
06:00pour dire,
06:01je viens rendre hommage
06:02au prince des éditeurs.
06:04Et je pense que c'est quelque chose
06:07qu'il faut mettre à son crédit.
06:08Là, il n'était pas en état de résister,
06:10mais au moins, il avait une bonne intention.
06:12Pourquoi aussi ?
06:13Parce qu'il était le fils de Jean-Luc Lagardère
06:16et moi, j'ai connu Jean-Luc Lagardère.
06:18Jean-Luc Lagardère était un homme modérément de droite,
06:21mais qui avait une conception absolue
06:24de la liberté intellectuelle,
06:26de la liberté éditoriale,
06:27de la liberté d'écriture.
06:29Et je pense que c'est de ça
06:32qu'un grand capitaliste doit être.
06:33Alors, il y a ce geste de résistance
06:35des écrivains à Vincent Bolloré
06:37et à ses idées.
06:38Et puis, au même moment,
06:39il y a des patrons qui abattent
06:40certaines barrières avec le RN,
06:42des patrons du CAC 40
06:42qui ont dîné avec Marine Le Pen
06:44la semaine dernière,
06:45qui dînent également
06:45avec Jordan Bardella.
06:47Est-ce que pour vous,
06:48c'est quelque chose de naturel
06:49à un an de la présidentielle
06:50ou de malvenu ?
06:52Je pense que c'est absurde.
06:54Parce qu'en réalité,
06:56il ne mesure pas
06:56ce qui est la logique de la politique.
06:58Si le RN gagne
06:59l'Élysée
07:00et l'Assemblée Nationale,
07:02il appliquera son programme
07:04jusqu'au jour
07:04où il sera dans le mur.
07:06Et les leaders du RN
07:08peuvent dire aux patrons
07:09ou faire semblant
07:10de leur faire croire
07:10qu'ils les ont entendus,
07:12ça ne comptera pour rien.
07:13Donc, ça n'aura
07:14aucune conséquence positive
07:16et en revanche,
07:17ça leur donne
07:17le brevet de responsabilité
07:20économique
07:21derrière il court.
07:22Donc, c'est un cadeau
07:23sans retour.
07:25En revanche,
07:26si par malheur
07:27le RN gagne
07:28les élections,
07:30après,
07:30les patrons traiteront
07:31avec le pouvoir
07:32en place
07:33tel qu'il est,
07:34surtout s'il reste
07:36dans un cadre démocratique
07:37décent.
07:38Mais aujourd'hui,
07:39c'est un cadeau
07:40absolument gratuit.
07:41Merci beaucoup Alain Mink.
07:42Alors, je rappelle
07:43le titre de votre dernier livre
07:44Chez Grasset,
07:45Somme toute,
07:45le prochain,
07:46ce sera où ?
07:46On ne sait pas.
07:47On verra.
07:48On verra.
07:48Merci beaucoup Alain Mink.
07:49Merci.
07:50Vous le savez,
07:50pour son retour sur scène,
07:51Céline Dion a choisi
07:52RTL comme partenaire officiel.
07:55Alors,
07:55ses 16 concerts exceptionnels
07:57au Paris La Défense Arena
07:58en septembre et en octobre
07:59prochains affichent complet
08:00mais on vous a mis
08:02des places de côté.
08:03Pas n'importe lesquelles,
08:04catégorie 1.
08:05Depuis ce matin,
08:06vous pouvez en gagner
08:07deux toutes les heures.
08:08Alors,
08:09c'est simple,
08:09c'est le moment
08:09d'envoyer un message
08:10maintenant avec le mot-clé
08:12Céline
08:12au 74 900
08:15et dans 5-10 minutes,
08:16nous serons en ligne
08:17avec le gagnant.
08:18Bonne chance à vous.
08:19Dans un instant,
08:20on retrouve la bande
08:21d'RTL Soir.
08:22La tentation du soir
08:23nous emmène
08:23au concert d'Héléna
08:24au printemps de Bourges.
08:25Le petit phénomène,
08:27c'est le succès
08:27des croisières fluviales
08:29en France.
08:29Et puis,
08:30l'info qu'on a failli manquer,
08:31c'est le sort tragique
08:32des hippopotames
08:33du baron de la drogue
08:34Pablo Escobar.
08:36A tout de suite.
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