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  • il y a 7 semaines
Cela fera 30 ans jeudi que l'ancien Président de la République François Mitterrand (1981-1995) est décédé. Dans un documentaire produit par l'INA qui sera diffusé le 8 janvier sur LCP, sa fille Mazarine Pingeot raconte quel écrivain il était. Elle est l'invitée de RTL Soir.
Regardez L'invité d'Anne-Sophie Lapix du 06 janvier 2026.

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Transcription
00:00Notre grande invitée dans RTL Soir est Mazarin Pinjot, bonsoir.
00:09Bonsoir.
00:10Vous venez nous parler d'un documentaire diffusé jeudi soir sur LCP et produit par Lina, François Mitterrand,
00:17Une autre vie possible, vraiment.
00:19Mitterrand aurait pu faire une autre carrière, est-ce que la politique ne coulait pas dans ses veines ?
00:24Si, en réalité si, c'est un scoop mais si.
00:28Si, mais elle coulait à condition qu'elle soit accompagnée à ses côtés d'une autre passion.
00:35C'est-à-dire qu'à la fois elle était totalement présente,
00:39mais il y avait aussi cet autre espace qui lui permettait à la fois de respirer,
00:43de prendre du recul, de réfléchir, d'être avec soi-même également,
00:48qui était la littérature à travers l'écriture et la lecture, les deux,
00:51mais aussi à travers d'ailleurs l'achat de livres, le cheminement pour trouver des éditions rares.
00:58Tout ce qui entourait la littérature était crucial, y compris pour sa réflexion politique.
01:04Mais là on utilise le terme dans ce documentaire, vous l'utilisez et il l'utilisez d'écrivain.
01:09Quelle est la différence entre être un écrivain et un homme politique qui écrit,
01:14qui décrit son lien viscéral avec la France, ses engagements ?
01:17La différence elle est difficile en réalité à définir.
01:23Lui, il a choisi la politique très clairement, il a écrit des livres en y investissant beaucoup de lui-même,
01:30avec une attention au style extrêmement importante, à la langue qui était également sa passion.
01:36Langue d'ailleurs qui va décliner dans d'autres supports à travers le débat, le discours.
01:42La lettre au français ?
01:44Exactement, c'était son matériau de prédilection et il a aimé aussi le travailler dans une optique littéraire.
01:52Ensuite, savoir si c'était un grand écrivain ou pas, je ne sais pas, l'histoire jugera.
01:56Moi j'ai du mal à le dire, d'autant plus que je n'ai pas lu tous ses livres.
01:59Mais en revanche, il avait un engagement littéraire.
02:02Ce n'est pas un politique qui écrivait des livres pour ensuite pouvoir être invité sur des plateaux télé.
02:07Il laisse entendre dans ce documentaire qu'il faut être un homme de lettres pour être président, pour diriger la France, pour la comprendre, pour imaginer son destin.
02:15Est-ce que ce n'est pas finalement un peu élitiste comme conception du dirigeant, du président ?
02:21Non, pour moi c'est exactement l'inverse.
02:23C'est qu'il a au contraire porté une attention extrême à la politique culturelle.
02:28Et si ce n'est pas la politique qui choisit la culture, la culture disparaît, elle ne se défendra pas toute seule.
02:35Et donc si elle disparaît de la politique, c'est-à-dire qu'elle ne sera réservée qu'à une élite.
02:40Donc c'est exactement l'inverse de vouloir faire une politique culturelle forte parce qu'on pense que la culture c'est important.
02:46Parce que justement, ça offre une autre vie possible qu'une vie difficile, qu'une vie routinière, qu'une vie d'astreinte.
02:54Et bien justement, c'est une manière de démocratiser, de rendre accessible une dimension supplémentaire.
03:03Et donc non, je dirais que c'est exactement l'inverse.
03:05Et qu'à se détourner complètement de la langue, de la culture, à penser que les gens sont des idiots et qu'il faut leur parler comme si c'était des idiots,
03:12c'est une forme de mépris du peuple.
03:14Donc c'est exactement l'inverse.
03:16Alors vous l'avez dit, l'écriture était quelque chose de sérieux pour votre père.
03:18C'était même un sujet sensible, une vulnérabilité, dites-vous.
03:22Vous dites que lorsqu'un critique littéraire pointe l'utilisation d'un imparfait du subjonctif en trop, dans un de ses textes, il est mortifié.
03:30Oui, parce que ça c'est une des archives que Catherine Aventurier, la réalisatrice, a retrouvée, qui est hyper drôle.
03:37Il raconte que c'est pour lui quelque chose qui est extrêmement angoissant, d'abord de publier, ensuite d'écrire,
03:44et de s'apercevoir que oui, il y a un adjectif en trop, qu'il y a un subjonctif parfait qui ne devrait pas être là.
03:51Parce qu'il place son orgueil un peu dans l'écriture ?
03:53En fait, ce qui était marrant de découvrir, parce que je ne l'avais pas mesuré à ce point-là, je le savais, mais je ne l'avais pas mesuré,
04:01c'était effectivement une forme d'inquiétude sur la manière dont on allait le lire presque plus que sur la manière dont on allait l'entendre
04:08lorsqu'il allait faire un discours, où il était sans doute beaucoup plus assuré, comme s'il avait presque plus peur du jugement quant à sa plume
04:16que quant à son action, où là, de toute façon, il savait que toute action politique, elle est vouée à être interprétée, critiquée,
04:23mais il était peut-être plus susceptible sur la question littéraire.
04:26On le voit un peu dans un petit échange avec Bernard Pivot, écoutez.
04:30Tout le monde sait, je crois que nos adversaires politiques le reconnaissent aussi, que vous écrivez très bien,
04:35mais j'ai eu la curiosité de mettre le nez dans des ouvrages assez anciens de vous, notamment sur la Chine, tout ça.
04:40Et je me suis aperçu que vous écrivez de mieux en mieux. Je voudrais savoir pourquoi.
04:45Pour d'abord écrire bien, qu'est-ce que ça veut dire ?
04:47Ensuite, bon, j'accepte, et on ne va pas se lancer dans une discussion incidente.
04:52Ensuite, j'écris de mieux en mieux, c'est vous qui le dites.
04:54Oui, non, mais je prends sa attention sur moi.
04:56Enfin, je pense que si c'est vrai, c'est peut-être vrai, c'est parce que je suis de plus en plus libre.
05:03On sent qu'il est un petit peu agacé, quand même.
05:05Il est super énervé.
05:07C'est ça ?
05:08Oui, parce qu'en fait, Pivot se fermait de lui dire, un peu comme un maître à son élève, quoi.
05:15C'est bien, bravo, vous avez fait des progrès.
05:17C'est vrai que c'est un peu agaçant.
05:19Alors, il n'a pas écrit de roman, et il explique pourquoi.
05:22Il dit qu'il n'aurait pas eu l'imagination nécessaire.
05:24Oui, c'est vrai, il disait qu'il n'avait pas d'imagination, et qu'il aimait écrire des chroniques, des essais politiques, des descriptions, plein de choses.
05:35Mais pas de la pure fiction.
05:38Alors, peut-être que l'imagination, il l'a gardée pour l'imagination politique, et que s'écarter trop du réel était compliqué.
05:46Mais c'est vrai que c'est quelque chose qu'il a souvent dit.
05:49Est-ce que vous, vous l'avez vu écrire ?
05:52Je l'ai toujours vu écrire, mais pas forcément des romans, enfin des romans, je veux dire des livres, mais beaucoup des discours.
06:00Tous les vœux, les discours, les préparations, les débats, j'ai toujours vu.
06:05Et même, d'ailleurs, retravailler également des manuscrits.
06:09Il raturait sans cesse, il retravaillait indéfiniment.
06:13Enfin, il avait une forme d'exigence perfectionniste qui était sans doute douloureuse, d'ailleurs.
06:18Et il le dit, à un moment donné, que ce n'est pas léger pour lui d'écrire.
06:22Il y a cette phrase, il n'y a pas de poésie plus grande que l'exactitude des termes.
06:27Vous souscrivez à cela, et ça définit un peu sa recherche, son travail d'écriture.
06:32Oui, complètement.
06:33Parce que c'est aussi une question de maîtrise, arriver à dire exactement ce qu'on ressent, ce que l'on veut.
06:40C'est un combat permanent, l'exactitude.
06:43C'est sans doute ce qu'il y a de plus difficile.
06:44Trouver le bon mot, trouver la métaphore qui est au plus près d'une émotion.
06:48C'est le travail, pour le coup, de tout écrivain.
06:52Et c'est vrai que cette notion d'exactitude, elle est très belle, je trouve,
06:55parce qu'on ne se rend pas compte à quel point c'est difficile, en réalité, d'être exact.
06:59On est toujours un petit peu flou.
07:01Alors, il a écrit des livres, des textes, des lettres, et puis il a des lettres d'amour.
07:06Une écriture plus intime qu'on a découverte il y a dix ans,
07:09avec les lettres écrites à votre mère, Anne Pinjot,
07:11qui avait eu l'intuition qu'elle serait peut-être un peu écrite pour être lue par le public.
07:16On a ce sentiment dans ce...
07:18Je ne sais pas s'il avait l'idée qu'elle serait lue par un public,
07:21mais je pense qu'en revanche, il savait qu'elle serait lue par elle,
07:25et qu'il y avait quand même ce désir de la convaincre, de la séduire.
07:29Et donc, quand on écrit une lettre, on l'écrit pour qu'elle soit lue, ça c'est sûr.
07:34Alors, qui ? Un grand public, peut-être pas.
07:37Mais oui, il y avait toujours en tout cas le souci du style,
07:41qui fait qu'on sort de la pure intimité pour aller vers quelque chose en plus,
07:46qui serait peut-être effectivement une œuvre littéraire.
07:48Que ce doit être étrange et presque gênant de lire les lettres d'amour de ses parents ?
07:52C'est bizarre.
07:54Les enfants détestent la sensualité entre leurs parents, il y a quelque chose...
07:58Alors, ce documentaire, d'ailleurs, témoigne aussi de la vie partagée avec vous.
08:03Vous avez passé beaucoup de temps, vécu avec lui, même si c'était dans le secret.
08:07On sent que vous avez à cœur de le dire.
08:11À cœur, oui et non.
08:13C'est-à-dire que, pour moi, il n'y a pas de revendication ou de quoi que ce soit.
08:18Il se trouve que j'ai accepté de faire ce documentaire parce que je trouvais que l'idée était belle.
08:23J'hésitais quand même, je ne suis pas allée tout de suite.
08:25Mais l'angle était vraiment intéressant et assez original.
08:30Et puis, ça m'a permis de découvrir plein d'archives.
08:33C'était une très belle expérience aussi de travail et de collaboration avec une productrice, avec une réalisatrice.
08:40Donc, ça, c'était vraiment très, très bien.
08:43Mais je n'étais pas à l'initiative d'un désir de raconter ma vie.
08:48En général, je préfère éviter.
08:52C'est-à-dire que, comme c'est un documentaire personnel, puisque c'est moi qui l'ai écrit, par définition, forcément, je reviens sur mon expérience de son rapport à la littérature.
09:03Et mon expérience, c'est celle que j'ai eue lorsqu'on était ensemble.
09:07Ça n'a pas duré assez longtemps, puisqu'il est mort lorsque j'étais jeune.
09:10Mais voilà, c'est la matière aussi du documentaire.
09:14Merci beaucoup, Mazarin Pinjot.
09:16Je rappelle ce documentaire diffusé jeudi soir sur LCP.
09:19François Mitterrand, Une autre vie possible.
09:21Merci beaucoup.
09:22Dans un instant, on va parler encore de livres, avec les deux grosses sorties du jour.
09:26Et puis, Florian Gazan a repêché l'info essentielle qu'on a failli manquer.
09:29A tout de suite.
09:30Sous-titrage Société Radio-Canada
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