- il y a 8 mois
Mardi 13 janvier 2026, retrouvez Agnès Ruiz (Consultant en expositions itinérantes) dans ART & MARCHÉ, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Art et Marché, l'émission qui vous ouvre les portes du marché de l'art.
00:14Et aujourd'hui, à l'occasion du salon Museum Connection, le salon parisien qui analyse les enjeux économiques et culturels des musées,
00:22nous nous intéressons à un modèle en plein essor, les expositions itinérantes.
00:26Quel est le business model derrière de tels projets qui permettent de rentabiliser les coûts de production d'une exposition,
00:32prolonger sa durée de vie, diversifier les ressources de revenus des institutions culturelles ?
00:38Pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir en plateau Agnès Ruiz, qui est consultante spécialisée dans les expositions itinérantes
00:44et qui travaille actuellement au Muséum d'histoire naturelle de New York. On en parle tout de suite dans Art et Marché.
00:50Les exemples sont nombreux. On peut citer par exemple Euphoria, qui a été présenté au Grand Palais,
01:00conçu par les équipes de Balloon Museum. Une exposition immersive dont les premières éditions ont vu le jour à Rome,
01:08avant de partir en tournée aux Etats-Unis, puis en Europe. Un autre cas emblématique, tout en camant le trésor du Pharaon,
01:14véritable blockbuster culturel, qui a rencontré un immense succès à Los Angeles, Paris ou encore Londres.
01:21Voilà, tout ça, ce sont des expositions itinérantes qui séduisent le public et font recette.
01:27Mais derrière le succès, il y a surtout un modèle économique très structuré. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Agnès Ruiz.
01:33Bonjour, merci d'être avec nous.
01:34Bonjour.
01:35Vous êtes consultant spécialisé dans les expositions itinérantes et vous travaillez actuellement avec le Muséum d'histoire naturelle à New York.
01:41Alors, pour commencer, j'ai cité quelques exemples. Là, vous travaillez avec un musée à New York.
01:48Qui sont les acteurs derrière ces expositions itinérantes ? Est-ce que c'est des acteurs privés ? Est-ce que ce sont des acteurs publics ? Qui sont-ils ?
01:56Alors, on va trouver une variété d'acteurs, comme vous le disiez. Donc, on peut avoir des acteurs publics ou parapublics.
02:02En France, on a des musées très renommés, comme la Cité des sciences et de l'industrie, tout ce qui est le Grand Palais, Réunion des musées nationaux.
02:11Et à l'étranger, mais aussi en France, on va trouver des producteurs privés, souvent des producteurs de spectacles également,
02:18et qui se sont, entre guillemets, reconvertis dans les expositions temporaires et itinérantes.
02:22Souvent, on va être sur des grandes expositions un peu spectacles.
02:25Oui.
02:25Et on a également des sociétés privées à l'étranger qui vont aider des musées, comme on parlait tout à l'heure de l'Italie,
02:33qui vont aider des musées publics ou privés à valoriser leurs collections en organisant et en les aidant à organiser ces expositions itinérantes.
02:42Donc, il y a vraiment des acteurs privés qui se sont spécialisés dans ce genre d'exposition un peu grand public,
02:47qui font tourner dans tout le monde.
02:50Est-ce que vous pouvez nous expliquer, peut-être à travers un exemple sur lequel vous auriez travaillé au Muséum d'histoire naturelle de New York,
02:57sur ce cycle d'une vie d'exposition ?
03:00Par quoi est-ce qu'on commence quand on travaille sur une exposition itinérante ?
03:05Et par quelles étapes, par quels points clés il faut passer ?
03:09Alors, tout d'abord, l'idée vient souvent de nos collègues curateurs, chercheurs,
03:14et aussi en charge de développer les expositions,
03:17qui vont avoir une idée d'un sujet.
03:20Probablement, une nouvelle recherche a été faite et c'est important de la mettre en valeur.
03:24Ça peut être une petite partie de cette exposition.
03:26Donc, nous, ensuite, on nous apporte différentes idées de sujets
03:31et on va creuser un petit peu en lien avec nos collègues du service marketing.
03:36Eux vont voir du côté grand public, est-ce que nos visiteurs du musée peuvent aimer ce type d'exposition, ce sujet ?
03:43Est-ce que ça répond à un besoin ?
03:45Et nous, côté équipe exposition itinérance, nous allons étudier le marché.
03:50Y a-t-il déjà des expositions itinérantes sur ce sujet ?
03:53Et nous allons également aussi consulter nos meilleurs clients et partenaires
03:57qui ont l'habitude d'accueillir nos expositions,
04:00pour voir si c'est un sujet qui pourrait les intéresser à l'avenir également.
04:04Vous avez parlé de clients, justement.
04:06Vous faites quoi, en fait ?
04:07Vous leur présentez un projet et vous leur vendez ?
04:12C'est ça, les termes ?
04:13Vous vendez une exposition ?
04:14On vend une exposition, oui.
04:15Je pense qu'il ne faut pas avoir peur des mots.
04:16C'est vrai que dans le domaine culturel, on est parfois un petit peu mal à l'aise avec des termes comme le marketing, le commercial.
04:22Mais je pense que les musées aujourd'hui ont besoin de diversifier leurs sources de recettes.
04:28Depuis longtemps, on parle de location d'espace d'un point de vue très commercial et ça ne dérange plus les musées.
04:33Donc je pense que les atouts, on va dire que la matière grise créée par les musées,
04:38qui se transforme quand on retrouve dans les expositions itinérantes,
04:41peuvent être commercialisés.
04:43Donc absolument, on leur vend le projet, on propose le projet.
04:45Donc parfois, alors c'est vrai que quand on arrive en amont du projet,
04:48il n'y a pas d'image à montrer, pas de photo, parfois pas encore de plan ou d'idée.
04:53Donc on essaye de pitcher au mieux l'exposition, le projet.
04:59Mais ensuite, une fois que les expositions existent, de toute façon, on doit trouver d'autres points d'itinérance.
05:02Donc après, on a des vidéos, des documents pédagogiques, nous, pour expliquer.
05:07Parce qu'il y a tout un travail fait avec nos équipes éducatives pour montrer que l'exposition est absolument bien construite,
05:13qu'il y a tout un parcours pédagogique qui est proposé.
05:16Et donc ça, voilà, ce sont des outils que nous créons, des brochures, des emailings, etc., que nous envoyons à nos clients.
05:23Et vous vous adressez, qui sont les clients ? Ce sont des musées publics, des espaces d'exposition ?
05:29Qui sont-ils exactement ?
05:30Alors nous avons plusieurs clients, mais souvent, notamment en Amérique du Nord, on va dire,
05:35qui est le principaux client aujourd'hui du Muséum d'Histoire Naturelle de New York.
05:38Nous travaillons essentiellement avec des musées.
05:41Alors parfois, certains ont des financements publics.
05:44Mais comme vous le savez, aux États-Unis, on repose beaucoup sur les financements privés,
05:48même si on est un musée qui dépend en partie d'une ville, etc.
05:53On reçoit quand il y a beaucoup de travail sur le mécénat, la philanthropie.
05:58Donc on travaille aussi bien avec des musées publics que privés de diverses tailles.
06:02On travaille aussi avec des jardins botaniques, des zoos,
06:05puisque nous avons toute une variété d'expositions itinérantes qui se déclinent sur divers formats.
06:10Et il nous arrive également de travailler avec des partenaires privés.
06:13Nous avons fait des projets en Chine avec un producteur privé qui avait reproduit une de nos expositions
06:19et qui l'a fait itinérer ensuite dans plusieurs musées en Chine.
06:23Donc voilà, on a vraiment toute une variété de clientèle également.
06:25Justement, par rapport au financement, ce qui est intéressant,
06:29c'est qu'on peut amortir des projets qu'on a déjà réalisés.
06:34Est-ce que ce sont deux financements différents ?
06:36La production initiale et ensuite la mettre en itinérance ?
06:41Alors oui, c'est vrai que nous on travaille énormément en amont avec nos collègues
06:44des expositions qui s'occupent de la présentation au sein du musée.
06:49Puisque les expositions produites par le Muséum d'histoire naturelle de New York
06:52le sont avant aussi et avant tout pour une présentation d'assez longue durée au sein du musée à New York.
06:57Mais ensuite, effectivement, cela nous permet, comme vous le disiez,
07:00d'amortir l'investissement qui a été fait initialement pour nous,
07:05mais également pour les musées qui accueillent.
07:06C'est-à-dire que de louer une exposition sur un temps relativement court,
07:104 à 6 mois en moyenne, leur coûte moins cher que de produire une exposition
07:14totalement sur une durée du début.
07:18Voilà, exactement.
07:19Donc, je dirais que c'est une bonne opération pour tout le monde
07:22puisque, comme je vous le disais, nous, ça nous permet d'amortir nos coûts d'investissement
07:26et pour les musées qui vont accueillir, d'avoir une exposition événement
07:30pour beaucoup moins cher qu'une production maison.
07:33Quels seraient les coûts, les fourchettes ?
07:36Ou alors, en tout cas, qu'est-ce qui rentre en ligne de compte
07:38quand on doit chiffrer une exposition qu'on accueille, par exemple ?
07:43Alors, pour les personnes qui vont accueillir une exposition,
07:45c'est vrai qu'on va définir un tarif de location qui est souvent lié.
07:48Est-ce que l'exposition est récente ? Est-ce qu'elle est très technologique ?
07:52Voilà, donc on prend en compte toutes ces choses-là.
07:54Est-ce que le sujet est plus ou moins attractif ?
07:55Est-ce que c'est une expo grand public, blockbuster, comme on les appelle ?
07:59Ou est-ce que c'est un sujet plus confidentiel ou de fond ?
08:02Et pour le musée qu'il va accueillir, il va y avoir des coûts annexes,
08:05comme le transport, pour faire venir cette exposition,
08:08qui reste à la charge du musée qu'il accueille,
08:10et également tout ce qui est frais d'installation.
08:14C'est-à-dire, s'ils ont besoin de louer un matériel type,
08:17c'est à leur charge, les frais également de logement de nos installateurs,
08:22ou voilà, les choses assez classiques.
08:24Et également, quand on parle d'aller dans des pays étrangers,
08:27tout ce qui est adaptation linguistique,
08:29donc voilà, les traductions, réintégrer tout cela dans les multimédias,
08:34dans les panneaux graphiques, donc il y a tout un travail.
08:36Et c'est pour ça que nous, en général, on recommande
08:38de travailler quand même assez en amont pour avoir le temps de travailler sur toutes ces adaptations.
08:43Oui, généralement, c'est prévu assez à l'avance.
08:45Alors, on a quelques musées qui se décident au dernier moment,
08:49mais souvent, ces expositions itinérantes sont quand même planifiées
08:52au moins deux, trois ans à l'avance.
08:54Et ce qui est fondamental, j'imagine, c'est quand même d'adapter
08:58tout le travail qui est réalisé pour adapter l'exposition
09:01au lieu de nouvelles implantations.
09:04Donc, on pense, j'imagine, ne serait-ce qu'à l'adaptation de l'espace,
09:08mais peut-être qu'il y a aussi les nouveaux publics.
09:11Quels sont ces points-là d'attention à réaliser quand on change de lieu ?
09:15Alors, c'est vrai que parfois, même si on a des expositions relativement standardisées,
09:21j'ai envie de dire qu'on fait un travail d'orfèvre sur chaque expérience.
09:24Chaque salle d'exposition est différente.
09:27Donc, nous avons, nous, un designer scénographe dans notre équipe
09:30qui va redessiner, reimaginer l'expérience d'exposition.
09:34Donc, il arrive parfois qu'une zone soit présentée du début à la fin
09:38ou un sens un peu différent de ce qu'on pouvait avoir au musée à New York.
09:41Et parfois, d'ailleurs, on trouve que la présentation est même parfois mieux
09:45ou différente, offre une expérience de visite différente.
09:47Vous parliez également des publics et c'est vrai que chaque lieu d'accueil, après,
09:52va pouvoir s'emparer des matériaux éducatifs ou marketing qu'on leur fournit
09:57et y adapter à leur public, puisque une publicité, un public à San Antonio, au Texas,
10:02ne réagit pas de la même façon que le public parisien, par exemple, à des outils promotionnels.
10:07De la même façon, sur les outils pédagogiques que nous transmettons,
10:12les attentes pédagogiques pour un enfant de 8 ans ne sont pas forcément les mêmes
10:16selon les pays ou selon les matières qu'ils étudient à l'école.
10:19Donc, souvent, nos collègues dans les musées des services éducatifs et médiation adaptent
10:25et parfois même proposent de nouvelles activités et gentiment nous proposent de les proposer.
10:31Ça arrive d'un petit peu modifier, de ne pas avoir exactement la même chose dans un autre pays.
10:35Absolument, absolument.
10:36C'est absolument nécessaire de, nous, on appelle ça localiser le contenu
10:40et on invite d'ailleurs nos partenaires à le faire.
10:43Nous avons une exposition qui s'appelle Mythic Creatures,
10:46qui est sur les créatures mythiques et qui parle d'un point de vue historique,
10:50mais également artistique, scientifique, sur tous les mythes qu'on peut connaître.
10:56Et cette exposition a été présentée en Floride
10:58et ils ont décidé d'ajouter toute une section avec les spécificités de Floride.
11:04Il y a des mythes particuliers.
11:06Donc, c'est vrai que c'est intéressant et ça enrichit.
11:08Ça enrichit énormément l'expérience de visite et pour nous, c'est aussi intéressant
11:12puisqu'on apprend de nouvelles choses.
11:14Et puis, pour les visiteurs qui viennent voir, je pense que c'est plus facile
11:16de se sentir en adéquation avec une exposition,
11:21de s'impliquer dans une exposition si ça nous parle,
11:23parce que ça raconte quelque chose que l'on connaît.
11:26Et vous mesurez, après tout cela, comment est-ce que vous mesurez
11:28si une exposition est réussie selon vos termes à vous ?
11:33Alors nous, au sein du musée, pour l'exploitation au sein du musée,
11:36souvent c'est tout simplement la fréquentation.
11:38Comme beaucoup de nos confrères dans tous les musées,
11:41c'est souvent la fréquentation qui est importante.
11:42Nous aussi, on va mesurer le taux de capture,
11:44c'est-à-dire quelle exposition va être choisie
11:47plutôt qu'une autre offre au sein du musée.
11:49Donc on le voit sur certaines expositions,
11:52des expositions T-Rex, souvent on a un très bon taux de capture
11:56dans ces cas-là, puisque même si les visiteurs
11:58vont venir visiter globalement le musée,
12:00ils vont choisir en plus spécifiquement d'acheter un billet
12:03pour cette exposition-là.
12:04Donc ça, nous, c'est une bonne mesure de succès.
12:07Et tout simplement, je dirais, nous, d'un point de vue itinérant,
12:10c'est la longévité.
12:11C'est-à-dire qu'il y a des expositions qu'on nous demande
12:13année après année.
12:15Voilà, certaines expositions maintenant,
12:17notamment cette exposition sur les mythes dont je vous parlais,
12:19presque 20 ans,
12:21et elle tourne encore l'heure, bien sûr.
12:23Vous l'adaptez ?
12:24Voilà, on l'adapte, on le met à jour.
12:26Voilà, exactement.
12:27Elle est très bien entretenue par nos collègues opérationnels.
12:32Mais voilà, c'est des sujets qui suscitent toujours de l'intérêt.
12:36Donc pour nous, c'est un vrai gage de succès
12:38quand on a des expositions qui ont une belle durée.
12:40Ça peut être infini, en fait.
12:41Absolument.
12:43Eh bien, merci beaucoup Agnès Ruiz.
12:44Je rappelle que vous êtes consultante,
12:45spécialisée dans les expositions itinérantes.
12:47où vous travaillez actuellement pour le Muséum d'Histoire Naturelle à New York.
12:51Merci beaucoup de nous avoir donné plus de détails sur cet écosystème.
12:55Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
12:57C'était Arrêt Marché.
12:57Sous-titrage Société Radio-Canada
13:07Arrêt Marché.
Commentaires