00:00Bonjour Frédéric Dhabi. Bonjour Maxime, bonjour à tous.
00:06On a l'habitude de vous retrouver désormais tous les matins sur Sud Radio pour faire le tour des mots qui ont marqué l'année 2025.
00:13Vous êtes le directeur général de l'IFOP et vous signez ce dernier livre que je recommande vivement.
00:17Les charpes et les tempêtes, c'est aux séditions de l'aube.
00:20Et un mot qui a forcément marqué cette actualité des derniers jours, des dernières semaines, des dernières heures,
00:26c'est agriculture, très en lien avec le mot ruralité.
00:29Oui tout à fait, l'agriculture, les agriculteurs, un attachement très fort de la part des Français,
00:34une vision très patrimoniale, une France éternelle qu'ils incarnent.
00:39Et c'est vrai que les agriculteurs s'inscrivent dans la ruralité.
00:41Il n'y a plus beaucoup d'agriculteurs, moins de 1% des actifs,
00:45mais je rappelle souvent qu'il y a 24 à 25% de personnes vivant dans les communes rurales.
00:49Ces communes aussi où au moment du Covid, on a vu un augment.
00:53Vous vous rappelez cette phrase d'Alphonse Allais, construisons des villes à la campagne.
00:57Mais effectivement, les Français sont très inquiets.
00:59Et cette thématique du déclin dont on a parlé ensemble depuis maintenant plusieurs jours,
01:03émerge très nettement sur que va devenir notre agriculture.
01:07Et les Français se disent que c'était un secteur force pour la France,
01:12qui finit maintenant par apporter plus qu'elle n'exporte.
01:15Et on a une vraie inquiétude pour les agriculteurs,
01:17avec aussi une sorte de petit égoïsme personnel.
01:20L'agriculteur, c'est un peu le canari dans la mine,
01:22c'est-à-dire celui qui va plus que les autres,
01:25et d'abord connaître les problèmes de pouvoir d'achat.
01:28On en parlait ensemble il y a quelques jours.
01:30La question des normes, cette question qui ne font qu'emmerder les Français,
01:33pour reprendre la célèbre phrase pompilolienne.
01:36Donc on a une inquiétude très forte des Français.
01:38Et quelle que soit la thématique, celle qu'on a connue en 2024,
01:43la dermatose encore récemment,
01:45il y a un soutien quasi irréductible, indéfectible,
01:49et automatique de l'opinion à l'égard des agriculteurs.
01:52Il y a aussi toujours cet aspect très frappant, bien sûr, de l'opinion.
01:56Mais cet aspect essentiel, ce mot peut-être aussi a-t-il marqué l'année 2025,
02:00de souveraineté.
02:02L'idée qu'avec les agriculteurs, tout d'un coup,
02:04on est quand même maître un tout petit peu de son destin.
02:06Mais oui, on se souvient au moment du Covid, du juin 40 sanitaire,
02:09sur la perte de souveraineté sanitaire.
02:11C'est pour ça que je parlais tout à l'heure de cette inquiétude
02:14face aux importations de produits du pays
02:16et le rejet automatique du Mercosur.
02:19La souveraineté alimentaire, la France grenier à blé de l'Europe,
02:23la France qui se suffit à elle-même,
02:25c'est un élément d'imaginaire très fort chez les Français.
02:29Et effectivement, cette succession de crises que connaissent les agriculteurs,
02:33l'écosystème que vit le monde rural,
02:35avec, on en a parlé en début d'échange il y a maintenant quelques jours,
02:39les services publics. C'est dans le monde rural que, malgré tout,
02:44l'accès aux services publics, la qualité de vie au-delà de la verdure et de la nature
02:48est la plus challengée avec l'absence de l'État à travers l'absence de services publics.
02:53Tout ça, c'est un écosystème qui est vu de manière anxiogène par les Français,
02:58qui est très fortement soutenu.
03:00Et à l'intérieur, on voit très bien l'attrait extrêmement fort,
03:03l'attraction du parti protestataire du Rassemblement National,
03:08qui joue sur du velours avec cette idée d'alternative et d'améliorer la vie des ruraux
03:12et la vie du monde agricole.
03:15Encore en un mot, Frédéric Dhabi, est-ce que vous avez déjà pu tester
03:18à quel point les images qui ont été très frappantes il y a quelques semaines désormais,
03:23d'affrontements entre les forces de l'ordre et les agriculteurs,
03:26ont pu semer quelque chose qui ressemble à la défiance maximum
03:30entre une partie des citoyens, l'État et ce qui peut s'apparenter de près ou de loin à de l'élite ?
03:34Oui, c'est tout à fait, c'est ce filet des vaches gros-petits dont je parlais il y a quelques jours.
03:37L'idée que les gros s'en prennent aux petits.
03:40Le petit, c'est l'agriculteur, l'éleveur qui doit...
03:43Et on a vu des images terribles en Ariège abattre son troupeau.
03:48Et effectivement, on voit ces éléments de défiance par rapport à l'État et par rapport à la science.
03:53Ces images de vétérinaires entravés, empêchés de vacciner des élevages,
04:00ça a particulièrement frappé les Français.
04:02On est vraiment dans cet univers de crise de confiance et de sentiments chez les Français
04:07et dans le monde agricole qu'on ne fait plus rien pour eux, qu'ils ne sont pas écoutés.
04:11Frédéric Dhabi, merci beaucoup.
04:12C'est un plaisir de vous avoir en notre compagnie tous les matins durant cette période de fête.
04:17Je rappelle que vous êtes le directeur général de l'IFOP et à mettre sous le sapin.
04:20Non, non, il n'est pas trop tard encore.
04:22On a le droit de faire des prolongations.
04:23Votre dernier livre, L'écharpe et les tempêtes, c'est aux éditions de l'Aube.
04:27Avec Brice Socol.