00:00Oui, point SNCF
00:01Anne-Sophie Lapix, RTL Soir
00:04Notre grand invité dans RTL Soir est le patron du CNC, le Centre National du Cinéma, Gaëtan Breuil, bonsoir.
00:10Bonsoir.
00:11Le CNC attaqué, remis en cause par le RN, un député, Mathias Renaud, a déposé un amendement en octobre réclamant la suppression du CNC.
00:21Du moins, dans un premier temps, une ponction de la moitié de ses recettes,
00:24parce qu'il finance, selon lui, des films gauchistes en décalage avec les attentes de nos concitoyens.
00:30D'abord, pouvez-vous nous expliquer comment le CNC récolte de l'argent ?
00:34Le modèle du CNC, c'est de prélever des taxes sur les billets de cinéma, sur les abonnements streaming,
00:41c'est-à-dire sur ceux qui diffusent des œuvres.
00:43Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que l'argent du CNC, ce n'est pas l'argent de nos impôts, c'est l'argent du public.
00:48Pour être totalement clair, même si vous n'avez pas de voiture, vous contribuez à l'entretien des routes par les impôts que vous payez.
00:56Si vous n'allez pas au cinéma, si vous n'avez pas un abonnement Canal+, ou Netflix, vous ne contribuerez pas d'un euro au soutien du cinéma.
01:04Et je vais être encore plus clair, en réalité, dans notre modèle, ce sont en bonne partie les entreprises américaines qui payent pour le cinéma en France.
01:10Oui, parce qu'on voit beaucoup de films américains, donc forcément, quand on achète un billet, ça permet de financer le CNC,
01:16mais vous financez aussi la production audiovisuelle, les jeux vidéo aussi.
01:20Alors, les jeux vidéo, c'est une part minime.
01:22On finance d'abord le cinéma et la création audiovisuelle, mais pas simplement les œuvres.
01:27Le fait qu'en France, 90% des Français vivent à moins de 30 minutes d'une salle de cinéma,
01:31et que pour les 10% restants, on a 120 circuits itinérants,
01:35qui fait qu'en France, il n'y a aucun désert cinématographique, ça, c'est aussi le CNC.
01:38Vous récoltez quelle somme ?
01:40800 millions d'euros, mais c'est à la mesure d'une filière qui fait 260 000 emplois.
01:45C'est autant que l'hôtellerie, presque autant que l'automobile.
01:48Alors, qu'en faites-vous de cet argent ? Quels sont les critères pour attribuer les aides ?
01:52Est-ce que ça a un caractère automatique, si on coche les cases ?
01:56Ou est-ce qu'il y a un comité chargé de donner un avis sur le fond, sur un projet cinématographique ?
02:00Votre question, c'est ce qu'au fond, on ne donne pas toujours au même.
02:03Est-ce qu'il ne faudrait pas moraliser un peu ces aides ?
02:05Ce n'est pas du tout ma question.
02:06Je veux savoir si c'est automatique, ou s'il y a quand même une décision en fonction du projet.
02:11C'est les deux à la fois. Le CNC soutient tous les films français, notamment avec, vous y faites allusion, ce qu'on appelle le soutien automatique.
02:17C'est-à-dire le fait qu'un producteur, à proportion du succès qu'il remporte pour son film, et donc des taxes qu'il rapporte au CNC,
02:24va avoir droit, mécaniquement, à un soutien ensuite pour son prochain film.
02:27Je vous prends un exemple au hasard.
02:29Sacré-Cœur, dont les producteurs ont eu un très grand succès, avec près de 500 000 entrées en salle,
02:34eh bien, ils ont maintenant au compte au CNC, et pour leur prochain film, ils auront droit à un soutien.
02:39Ça veut dire...
02:39On n'est pas ce film au hasard, parce que ce n'est pas un film gauchiste, c'est ça que vous voulez dire ?
02:43Ce que je veux dire, c'est que le CNC, ni de droite ni de gauche, il soutient tous les films en France,
02:48et notamment par le soutien automatique, il récompense le succès.
02:51Les œuvres que nous soutenons le plus, il faut le dire, c'est Plus belle la vie, c'est Un si grand soleil,
02:56ce sont les feuilletons des chaînes de télévision, c'est aussi HPI, c'est le Bureau des légendes.
03:00En réalité, nous soutenons toutes les œuvres, et en particulier celles qui rencontrent le succès auprès des Français.
03:06Sacré-Cœur, puisque vous le nommiez, vous l'avez financé ?
03:09Je crois qu'ils n'ont pas demandé d'aide au CNC, et après, ça aurait été aux commissions de le décéder,
03:13mais on a, depuis la création du CNC, après la Seconde Guerre mondiale,
03:17beaucoup d'exemples, des tontons flingueurs, à récemment Emilia Pérez, ou Vindieu.
03:22Vindieu, ça fait un million d'entrées, par exemple.
03:25Vous choisissez bien vos citations pour montrer que vous ne financez pas que des films gauchistes,
03:29mais peut-être parfois plus conservateurs, ou plus proches de la ruralité, par exemple,
03:34comme vous disiez, Vindieu.
03:35À nouveau, on n'a pas de choix éditoriaux.
03:37Le CNC se retrouve par le double jeu de ce soutien automatique et sélectif
03:41à soutenir l'intégralité du cinéma produit en France.
03:44Mais au-delà du cinéma, la création audiovisuelle, notre réseau de salles,
03:49l'éducation aux images, tout ça, c'est le CNC.
03:50Alors, il y a l'amendement du RN, et puis ses propos tenus ensuite par un autre député RN,
03:54vice-président de l'Assemblée, Sébastien Chenu, on l'écoute.
03:57Moi, je pense qu'il y a des bons films, des mauvais films.
03:58En fait, un bon film se juge au nombre d'entrées qu'il fait.
04:01Un film sans spectateur devant la toile, est-ce qu'il mérite d'être soutenu, financé, etc. ?
04:07Alors, c'était sur France Info, depuis, il a précisé que c'était un critère, mais pas le seul.
04:11Pour vous, ce n'est pas un critère ?
04:13C'est quand même un peu un objet culturel, un film, il faut qu'il soit vu ?
04:17On vient de le dire, c'est les deux.
04:18C'est-à-dire que le soutien automatique récompense le succès, donc effectivement, par le soutien automatique...
04:22Non, mais je ne parle pas des films qui marchent, je parle des films qui ne marchent pas.
04:24Est-ce qu'il faut produire tous les films, quand on sait qu'ils risquent de toucher très peu de gens ?
04:28Je vois une comparaison que j'aime bien, la France et l'Italie.
04:30En France, 180 millions d'entrées l'an passé, l'Italie, 60 millions, trois fois moins.
04:34Combien produit-t-on de films en France ? 300.
04:36En Italie, 450.
04:37Une fois et demi plus.
04:38Et puis enfin, c'est le chiffre intéressant, quelle est la part de marché du cinéma français en France ?
04:4244%.
04:43L'Italie, c'est 22%.
04:44Mais je pourrais vous dire le Royaume-Uni, c'est 50%.
04:47Ça veut dire que le cinéma français...
04:48Si on met l'Italie de côté, on s'intéresse juste à notre système.
04:50Il n'y a pas un autre pays libre, où les spectateurs sont libres d'aller voir ce qu'ils souhaitent,
04:54où à 44%, ils vont voir des films français.
04:56Il y a combien de films que vous financez chaque année qui ne passent pas les 50 000 téléspectateurs ?
05:00Alors, en soi, je pense que ça n'est effectivement pas le seul critère.
05:03Justine Trier, pour son premier film, avait fait autour de 40 000 spectateurs.
05:07Combien de films qui ne passent pas les 50 000 dans ceux que vous aidez chaque année ?
05:11Il y en a quelques dizaines, mais de même qu'on en a un certain nombre qui franchissent la barre des 500 000.
05:16Est-ce que vous dépensez tout l'argent collecté ?
05:19Sur la question d'avant, en un mot, est-ce que dans une librairie,
05:22vous n'allez acheter que les livres qui font plus de 500 000 exemplaires vendus ?
05:25Je crois que le goût du public pour le cinéma, comme pour la littérature, comme pour la musique, repose sur une variété.
05:30La question est de savoir, est-ce qu'on produit des films à perte ?
05:33La réalité, c'est que non.
05:34Le cinéma est un secteur évidemment équilibré, ce qui fait que c'est une grande filière.
05:38Je vous demande si vous dépensez tout l'argent collecté,
05:39parce qu'avant de faire disparaître le CNC, le RN veut donc ponctionner la moitié de son budget
05:43pour le mettre dans le budget de l'État.
05:45Est-ce qu'on peut l'imaginer, puisque le budget de l'État a quelques difficultés ?
05:48Et puis, parce que vous l'avez fait l'an dernier à la demande du gouvernement.
05:51Il se trouve que, pendant la pandémie, l'État a soutenu notre secteur, à proportion...
05:55Les 440 millions, je crois.
05:56Exactement, il se trouve que ça correspond à la somme que l'État a prélevé en ce début d'année.
06:00Ça avait été décédé en cas du PLF l'an passé.
06:03Et il se trouve que le CNC, à la demande de notre ministre, et je pense qu'on a eu raison,
06:09a proposé, dans le débat parlementaire actuel, de faire une contribution supplémentaire
06:13qui est au maximum de ce que l'on peut faire sans fragiliser notre dispositif,
06:17qui est une nouvelle contribution de 50 millions d'euros.
06:19Oui, mais on remarque quand même que, quand vous avez des difficultés,
06:21vous êtes tourné quand même vers l'État, vers le gouvernement, au moment du Covid.
06:25Donc, voilà, on peut imaginer des vases communicants.
06:29C'est le seul moment dans l'histoire du CNC.
06:31A posteriori, on constate qu'on aurait pu l'éviter.
06:33Et en tout cas, dès que le secteur est revenu à meilleure fortune,
06:36on a rendu à l'État ce qu'il avait donné.
06:37Vous avez donné la moitié de vos recettes l'an dernier.
06:39Est-ce que vous avez aidé moins de films ?
06:42Il se trouve que c'était un prélèvement qui s'est fait sur la trésorerie.
06:44Et donc, l'an passé, on n'a pas aidé moins de films, mais pas davantage non plus.
06:47Mais ça veut dire que vous aviez quand même des réserves.
06:50Absolument.
06:51Et c'est pour ça que cette année, où on a encore, en gros, 50 millions de réserves,
06:54on a proposé, solidarité du secteur à l'égard de l'État et de l'assurance de notre pays,
06:58de donner l'intégralité de ces réserves.
07:00Vous décollez ce soir pour la Chine.
07:02Vous accompagnez Emmanuel Macron en visite d'État.
07:04La Chine diffuse assez peu de films français.
07:07Alors, c'est une situation qui est très intéressante.
07:10C'était même moins l'an passé.
07:11Il y en a eu, je crois, cinq.
07:12Mais ils ont fait comme Anatomie d'une chute, Justine Trier,
07:1540 000 spectateurs pour son premier film,
07:17plusieurs millions pour celui qui a eu la palme d'or.
07:20Ce qui est très intéressant avec la Chine,
07:21c'est qu'au fond, il y a trois domaines où la France est dans le top 3 mondial
07:24avec la Chine et les États-Unis.
07:26Le nombre de réacteurs nucléaires,
07:28les exportations de défense et le marché du cinéma.
07:31La France est le troisième box-office mondial après la Chine et les États-Unis.
07:34Et est-ce qu'on achète plus de films chinois qu'ils n'achètent de films français ?
07:37Est-ce que là aussi, il y a un déséquilibre de la balance commerciale,
07:39comme dans tout le reste ?
07:40Ça, c'est clair.
07:41Mais ce qui est très intéressant avec la Chine,
07:43c'est que la Chine, comme la France,
07:44a une conviction très forte dans l'avenir de la salle de cinéma,
07:46au point qu'ils ont créé 100 000 écrans de cinéma ces 15 dernières années.
07:50On en a 6 000 en France, pour comparer.
07:52Et en même temps, la Chine, à la différence de la France,
07:55a un peu moins su diversifier son offre.
07:57Et les spectateurs qui partent en nombre,
07:59hors des salles de cinéma en Chine,
08:00conduisent la Chine à se tourner vers la France,
08:02à dire, est-ce que vous n'auriez pas un peu plus de films pour nous ?
08:05Et c'est ce qu'on va essayer de pousser,
08:06à l'occasion de la visite du président de la République.
08:07Et quel est le film français qui a mieux marché en Chine, cette année ?
08:10Anatomie d'une chute, mais on va avoir dans les prochains mois
08:14le De Gaulle d'Antonin Baudry, qui est extrêmement attendu.
08:18Et au fond, à nouveau...
08:18Oui, De Gaulle, la Chine, forcément.
08:21Moi, ce qui me frappe, dans le regard que la Chine porte sur nous,
08:23mais en fait, dans la manière dont le monde entier regarde la France,
08:25on ne nous voit pas simplement comme le pays
08:27qui a inventé le cinéma il y a 130 ans,
08:28on nous voit comme le pays qui a su en faire, aujourd'hui,
08:31sa plus belle réussite.
08:32Et donc, moi j'entends tout à fait toutes les questions qui se posent,
08:34mais moi, la question que je me pose, c'est pourquoi,
08:36dans ce moment-là, va-t-on taper sur ce qui marche aussi bien ?
08:39Merci beaucoup, Gaëtan Bruel.
08:41Merci à vous.
08:41On est dans RTL Soir.
08:43Dans un instant, on ouvre la deuxième case
08:45du calendrier de l'Avent des Tentations du Soir.
08:47Et la case du 2 décembre vous propose
08:49d'offrir la bande dessinée RTL de l'année.
08:52Et puis, Florian Gazan a repêché l'info
08:53qu'en a failli manquer un bûcheron des Vosges
08:55devenu l'un des Pères Noël les plus célèbres de Chine.
08:58A tout de suite.
08:58Anne-Sophie Lapix, RTL Soir.
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