Au menu : un débat sur l'allocation sociale unique, un coup d'œil sur les retraites allemandes, des livres sur le narcotrafic... Et un focus sur le monde qui vient, moins sûr et plus instable. Reportage sur l'industrie de défense qui accélère face aux menaces et entretien avec le patron d'Axa.
00:00L'invité d'On n'arrête pas l'écho est le premier assureur français, le deuxième assureur européen.
00:05Bonjour et bienvenue Thomas Bouberle.
00:07Merci Alexandra, bonjour.
00:09Vous êtes le directeur général d'AXA.
00:11Le management des risques, c'est votre métier aussi.
00:15Et à ce sujet, vous menez une grande enquête annuelle avec des experts dans 57 pays,
00:20aussi des questions au grand public.
00:21Est-ce que la menace de conflit devient majeure sur ce radar pour vous ?
00:28Absolument.
00:28Nous sommes confrontés aujourd'hui avec une polycrise.
00:32Dans le passé, on a toujours une période calme, une période un peu tendue avec des risques.
00:38Et après, ça s'est recalmé.
00:39Là, on sort du calme et on a des risques partout.
00:43Et ça veut dire qu'il faut complètement changer la manière dans laquelle on comprend les risques
00:48et on les gère, mais aussi on essaie de les prévenir.
00:51Et est-ce que les risques, les tensions géopolitiques, les risques de conflit,
00:55est-ce que ça, cette menace, elle apparaît ?
00:58Elle apparaît de plus en plus fort et est-ce qu'elle change votre métier ?
01:01Absolument.
01:02Parce que nous sommes au-delà de l'assurance des personnes, aussi assureurs des transports maritimes,
01:08du cyber, des satellites.
01:10Et là, vous tombez tout de suite sur ce sujet géopolitique.
01:14Et il est devenu évident qu'on doit beaucoup plus réfléchir et gérer ça différemment.
01:21Et je veux dire, ça, ça fait le contexte avec le reportage sur la défense qu'on vient de voir.
01:26Le secteur de défense et le secteur de l'assurance sont aujourd'hui assez parallèles dans la question de la compréhension des risques
01:34et dans la question aussi de se préparer sur l'impossible.
01:38Et justement, comment est-ce que, mais comment est-ce que pour un assureur, on se prépare ?
01:43Comment est-ce que, qu'est-ce qui change ?
01:44Vous parliez du transport maritime.
01:46Qu'est-ce qui change quand on assure des transports maritimes avec tous ces risques ?
01:49Ou même en Europe, qu'est-ce qui change pour les entreprises, si vous assurez en Pologne ?
01:53Aujourd'hui, qu'est-ce qui est en train de changer ?
01:55C'est ce qui change, c'est aujourd'hui, on est confronté avec plus de risques qui coûtent plus cher.
02:02Et la question va arriver, comment on peut financer tout ça ?
02:06Comment on peut encore se couvrir dans ce monde où les risques et les primes augmentent ?
02:11Et la seule manière est de passer d'un stade de payer pour la réparation vers de prévenir la réparation.
02:19Ça veut dire qu'il faut qu'on travaille plus avec nos assureurs sur comment on peut se préparer et on peut éviter le prochain sinistre.
02:28Et la prévention va être beaucoup plus au cœur de l'assurance dans le futur.
02:34Lorsque vous dites cela, vous pensez, j'imagine, aux tensions géopolitiques.
02:38Mais le risque numéro un du radar, c'est bien le risque climatique.
02:42Et avec les catastrophes naturelles, on a vu justement les primes payées par les assurés augmenter de plus en plus.
02:47Dans certaines parties du monde, je pense en Floride, il y a de moins en moins de propriétaires qui assurent leur logement.
02:53Est-ce que ce phénomène-là, vous êtes en train de le voir émerger ailleurs ?
02:57Je pense évidemment à l'Europe et à la France.
02:59De gens qui renoncent parce que ça devient trop cher.
03:02Absolument. Même en France, on voit une partie de la population qui peut plus permettre de l'assurance du point de vue.
03:09Parce que c'est trop cher et quelquefois les gens sont exclus.
03:13Et c'est à nous maintenant de trouver des solutions.
03:16Chaque risque est assurable. Il faut trouver la bonne manière de le faire.
03:21Et c'est pourquoi, pour assurer par exemple un risque climatique, il est absolument clair, il faut réresponsabiliser plus l'assuré.
03:31Par la prévention, l'assuré doit contribuer pour que le prochain sinistre ne se fait pas.
03:38Alors à Hong Kong par exemple, j'ai lu, c'était dans le Financial Times, que AXA propose des assurances des prix moins chers si les clients investissent dans des protections face aux inondations.
03:50C'est ça dont vous êtes en train de me parler ?
03:51Exactement. Si un sinistre arrive, on a toujours la phase de reconstruction.
03:56Et au lieu de reconstruire comme à l'époque, on peut reconstruire dans une manière dans laquelle le bâtiment est mieux protégé contre la prochaine inondation.
04:05C'est exactement ça que j'appelle la prévention.
04:08Et il y a aussi une étude qui est sortie l'autre jour, que 1 euro investi dans la prévention évite de sinistre entre 6 et 7 euros.
04:17Là, vous avez vraiment la valeur ajoutée de la prévention.
04:20Donc vous, assureurs, vous redoutez que les gens ne s'assurent plus.
04:24Et pour ça, vous êtes prêts à vous transformer en quoi ? En conseiller climatique pour dire aux gens, il faut faire ça.
04:28Et si vous faites ça, je vous propose une assurance moins chère.
04:32C'est ça que vous faites ? Parce que ça peut coûter cher aussi de s'adapter.
04:36Qui va payer ? Vous dites que les assurés devraient payer pour prévenir.
04:41Mais comment payer, par exemple, s'il faut assurer sa maison contre les inondations ?
04:47Non mais la prime de l'assurance est une fonction de la sinistralité.
04:51Si j'arrive à baisser la sinistralité par la prévention, ça ne veut pas mieux gérer le risque, j'ai automatiquement une baisse de prime.
05:00Et c'est ça qui va financer la prévention.
05:03Et comme je vous avais dit avant, 1 euro investi dans la prévention fait 6 à 7 euros moins de sinistre.
05:10Et ça, c'est une statistique qui vient de la Banque d'investissement de l'Europe.
05:13Oui, mais donc le fait de se prévenir de son logement, sa voiture, son entreprise, ça restera à la charge de l'assurer ?
05:22C'est quand même un effort à faire ?
05:23Oui, mais ce n'est pas une charge vraiment, c'est un changement dans le comportement.
05:27Alors, c'est une charge bien évidemment quand on doit reconstruire le bâtiment, mais on doit le reconstruire dans n'importe quel cas.
05:32C'est plutôt la question, comment on peut faire changer les comportements des gens ?
05:37Prenons par exemple le sujet de la santé.
05:40Si je vois ma prise de sang et je vois qu'il y a quelque chose qui ne marche pas, parce que par exemple j'ai un risque de pré-diabète, il faut changer mon comportement.
05:50L'assuré est au centre de l'équation pour la prévention.
05:55Si il ou elle change son comportement, on peut ensemble baisser la sinistralité.
06:00Mais Thomas Bouberle, est-ce que si je suis votre raisonnement, vous êtes en train de dire que les assureurs, ou vous assureurs, vous êtes en train de penser à ne plus prendre des gens qui ne changeraient pas leur comportement parmi vos clients ?
06:13Refuser certains clients ?
06:14Non, les gens ont le choix.
06:16Si quelqu'un veut contribuer et prévenir, ça veut dire moins de primes.
06:22Si quelqu'un veut dire non, je ne veux pas, il ou elle va forcément être obligé à payer une prime plus élevée.
06:30Alors à propos des primes, ça c'est un gros sujet pour les assurés.
06:35Les primes habitations notamment, elles ont cessé d'augmenter ces dernières années.
06:39Pour 2026, certains experts évoquent encore une hausse à venir des cotisations multirisques habitation de 8%.
06:46Est-ce que c'est exact pour l'année prochaine ?
06:49Alors, on n'est pas encore à la fin de l'année.
06:52L'année, vous savez, le décembre est toujours un mois, quelquefois un peu agité du point de vue climat.
06:58Je pense qu'il faut voir à la fin de l'année.
07:00Mais les augmentations de primes représentent exactement le phénomène sur lequel on a parlé, l'augmentation de la sinistralité.
07:08Parce qu'à la fin, les comptes doivent être égalisés.
07:11Mais justement, cette année, vous aviez prévu des provisions pour les catastrophes naturelles et ça n'a pas été atteint.
07:18Cette enveloppe n'a pas été consommée.
07:20Cette année, ça a été moins dur la sinistralité ?
07:22Globalement, oui.
07:23En France, non.
07:25En France, ça a été consommé.
07:26En France, il y a été.
07:26Ah oui, bien sûr.
07:27Parce qu'on oublie.
07:28On regarde toujours les grandes oragans.
07:30Aujourd'hui, les grandes oragans ne sont plus le sujet.
07:32C'est les petits événements locaux.
07:35La sécheresse, les feux, les inondations.
07:39Et on oublie vite.
07:41Thomas Boubert, je vous ramène en France sur le débat budgétaire.
07:46Les débats au Parlement.
07:48Qu'avez-vous pensé de l'emprunt forcé auprès des plus riches ?
07:51La proposition socialiste qu'on a vu émerger ces derniers jours.
07:54D'abord, nous sommes dans une situation très grave en France.
07:59en ce qui concerne le budget.
08:01Et il y a un sujet que j'ai du mal à comprendre.
08:04On se bat sur 1 000, 1 500 amendements.
08:09Et on perd un peu l'auteur de vue.
08:11Il est important pour la France et aussi pour sa réputation à l'étranger
08:16de retrouver un moyen de confiance.
08:20Et à mon avis, confiance est un budget.
08:22Et c'est pourquoi il faut, à mon avis aujourd'hui, dire
08:25un budget doit s'inscrire dans un projet pour la France.
08:30C'est quoi ce projet ?
08:31Bon, ça, on l'attend.
08:32Mais ma question sur l'emprunt forcé auprès des plus riches.
08:35Dernière proposition socialiste.
08:37Qu'en pense le patron d'AXA ?
08:39Ça revient à la question du projet.
08:41Parce que l'empreinte foncée, quand on l'entend au début,
08:45on peut dire qu'est-ce que c'est cette idée ?
08:46Mais l'idée de dire un citoyen donne de l'argent
08:50et un prêt pour un projet concret.
08:54Par exemple, dans ce cas-là, la défense ou la santé,
08:57je trouve que ça se discute.
08:59Parce qu'à la fin, on a une liaison entre
09:02je donne de l'argent et c'est investi dans un projet concret.
09:06La destination est claire.
09:08Et je pense que c'est exactement ça aujourd'hui.
09:10Il faut amener les citoyens français
09:12sur un projet pour la France.
09:15Là, c'est les plus riches, les 20 000 personnes les plus riches.
09:18Donc ça, vous seriez prêt à contribuer ?
09:20Pour vous, est-ce qu'il y a des conditions à votre accord ?
09:25Moi, je suis chef d'entreprise.
09:26Je ne suis pas parlementaire.
09:28Et c'est pourquoi la question ne se pose pas pour moi.
09:31Thomas Bouber, la suspension de la réforme des retraites.
09:35Le patron du MEDEF a dit que c'était une hérésie.
09:37Vous en pensez quoi ?
09:39On ne peut pas négliger le tableau de mortalité et longévité.
09:45Et là, on voit que si on revient
09:47quand ce sujet de la retraite est inventé,
09:51c'était Bismarck.
09:54À l'époque, les gens ont vécu 6 ou 12 mois
09:58après la fin du travail.
10:01Aujourd'hui, on dépasse 6, 12, 20 ans.
10:04Ça veut dire que notre contrat social
10:07qui nous a fait fort pendant longtemps
10:11doit être redéfini et rebalancé.
10:15Thomas Bouber, le directeur général d'AXA
10:18qui est aussi colonel de la réserve opérationnelle
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