00:00On continue la réflexion sur le télétravail et l'actualité avec le secrétaire général de Force Ouvrière.
00:06Bonjour et bienvenue Frédéric Souillot.
00:07Bonjour, merci pour l'invitation.
00:09Aujourd'hui, les restrictions sur le télétravail, qu'est-ce qu'elles nous disent ?
00:13Est-ce qu'on était allé trop loin dans la mise à distance des salariés ?
00:17Ou bien c'est un état d'esprit général dans les entreprises qui est en train de changer ?
00:22Alors, il y a un état d'esprit général dans les directions de l'entreprise,
00:26notamment toutes celles qui ont des fonds hors France.
00:34Des fonds d'investissement ou des fonds d'entreprise ?
00:37Oui, des actionnaires qui viennent d'ailleurs, qui ne comprennent pas le télétravail,
00:41comme ça, comment on paye quelqu'un à rester à la maison.
00:44Mais il n'empêche que le télétravail, c'est un fait acquis.
00:46Il y a un accord national interpro, ça a été repris dans les branches, c'est repris dans les entreprises.
00:51Je souhaite bon courage à tous ceux qui veulent revenir sur ces accords.
00:54Et à chaque fois, qu'il y ait une rediscussion, une renégociation, un bilan, une évaluation, c'est toujours ce que l'on dit.
01:01Mais si on dit, bêtement, excusez-moi le terme, on arrête le télétravail, ça ne marchera pas.
01:08Un des premiers accords de télétravail signés en France, c'était 2004.
01:14Et Jean-Denis Combrexel m'a trimballé partout pour venir vendre l'accord de télétravail que j'avais signé à l'époque,
01:20qui était le directeur général du travail.
01:22Frédéric Souillot dans le baromètre Opinion Nouée pour Challenge.
01:26Cette semaine, on voit que la confiance des patrons dans l'économie française s'effondre.
01:30Au plus bas depuis décembre 2024, les intentions d'embauche nette, elles sont à zéro.
01:35Qu'est-ce qui vous remonte du terrain, vous, jusqu'au siège de Force Ouvrière ?
01:38Est-ce que vous êtes inquiet ?
01:38On était déjà inquiet par rapport au nombre de plans sociaux qui avaient été annoncés.
01:47Parce que quand il y a l'annonce du plan social, les licenciements n'arrivent pas tout de suite.
01:51Il y a les discussions, les négociations et tout cela.
01:53Ce qui nous remonte, c'est que plein d'entreprises arrêtent les investissements.
01:58Parce qu'elles n'arrivent pas à se projeter.
02:00Parce que, pour tout un tas de raisons, qui parfois n'ont rien à voir avec le contexte actuel.
02:05Dans tous les cas, elles n'auraient pas décidé d'investir après-demain matin.
02:09Vous voulez dire, vous êtes en train de nous dire, ce n'est pas toujours l'instabilité politique ?
02:12Là, on voit que l'instabilité politique pèse sur l'économie française.
02:16Est-ce qu'elle pèse sur les salariés ?
02:17Bien évidemment, elle pèse sur les salariés.
02:20Je rappelle quand même aux deux économistes que j'ai écoutés juste avant,
02:2556% du produit intérieur brut, c'est la consommation des ménages.
02:29Donc quand les ménages sont inquiets et qu'ils n'arrivent pas à se projeter,
02:32ils épargnent, ils ne consomment plus.
02:34Et donc, sur notre PIB, ça a un effet.
02:37Et il y a certaines entreprises qui avaient arrêté les investissements
02:41parce que la branche ou l'activité dans laquelle ils étaient
02:46étaient en train de péricliter.
02:48Et aujourd'hui, ce que l'on dit, ce que je redis,
02:52arrêtons d'avoir réindustrialisation comme un slogan.
02:55Il faut qu'on soit pragmatique, qu'on fasse les choses,
02:58notamment pour l'automobile.
03:00Les inquiétudes dans ce secteur,
03:02et il y a tout un tas de sites qui sont, ce qu'on appelle APLD,
03:06un chômage partiel rebond,
03:08puisque ça avait été mis en place à l'époque du Covid,
03:11et bien là, ça crée de grosses inquiétudes,
03:13notamment chez Peugeot, Renault, c'est d'autres mesures,
03:17mais il y a vraiment de l'inquiétude.
03:19Et là, on parle de presque 700 000 emplois.
03:23700 000 emplois en France ?
03:25Oui.
03:26C'est-à-dire, ça, c'est toute la filière automobile ?
03:28C'est toute la filière automobile, et puis après, vous avez les équipementiers,
03:32et sous-traitants et co-traitants.
03:34Et à chaque fois qu'on perd un emploi industriel, on perd quatre emplois induits.
03:38Les trois premiers directs, c'est commerce, service, sous-traitance, co-traitance.
03:42Et le quatrième, souvent, c'est un emploi de la fonction publique,
03:44parce que quand on a fermé sur un territoire une usine ou une industrie,
03:48petit à petit, on y perd les impôts, la poste, et puis la gendarmerie ferme.
03:57Et j'ai vu un reportage cette semaine à Saint-Claude dans le Jura.
04:00Je l'ai suivi, la fonderie de Saint-Claude à l'époque,
04:03pour la Fédération de la métallurgie FO.
04:05Eh bien, quand elle a fermé, on était sûr que l'hôpital,
04:09trois ans ou quatre ans plus tard, fermerait sa maternité,
04:13ses urgences et tout cela.
04:14Et c'est ce qui est arrivé.
04:15Alors, le budget à présent, pour le budget, ça va beaucoup se passer
04:19au Parlement, à l'Assemblée nationale.
04:22Qu'est-ce qu'il en pense le secrétaire général de Force Ouvrière ?
04:24Parce que c'est nouveau comme méthode.
04:26Est-ce que c'est bien ou c'est mal ?
04:28Logiquement et normalement, c'est la Constitution.
04:31C'est toujours là que ça aurait dû se passer depuis des décennies.
04:36Mais il y avait cette histoire de 49-3, qui est aussi constitutionnelle.
04:42Maintenant, oui, ça va se passer au Parlement.
04:43Mais j'espère qu'au Parlement, on va pouvoir écrire austérité à côté de ce budget.
04:48Parce qu'aujourd'hui, tout le monde nous fait un peu de minauderie en nous disant
04:52« Oui, mais c'est un budget, il est raide.
04:55Il va falloir que tout le monde mette la main à la poche. »
04:57Enfin, je m'aperçois qu'on demande au plus grand nombre.
05:00C'est-à-dire que la facture, on la présente aux travailleurs.
05:02La facture du quoi qu'il en coûte et tout ce qui en a suivi,
05:05c'est aux travailleurs qu'on la présente.
05:07C'est un budget d'austérité.
05:08Alors, il y a quand même annoncé la suspension de la réforme des retraites.
05:13La CFDT, elle dit « C'est une grande victoire. »
05:15Chez Force Ouvrière, on ne considère pas que là, on a fait tomber un totem ?
05:19Alors, voir une partie de ceux qui l'ont porté et qui l'ont soutenu avaler leur chapeau,
05:24c'est plutôt sympa.
05:27Maintenant, pour le reste, tout ça, c'est suspendu à un fil.
05:29Parce que suspension, ça ne veut pas dire abrogation.
05:33Et je suis content que, dans la suspension, on ne suspende pas que l'âge de départ.
05:38L'âge de départ serait concerné un peu moins d'un million de travailleurs,
05:43nés entre 64 et 65.
05:45Enfin, 64 et 65.
05:47L'âge de départ et l'allongement de la durée de cotisation,
05:50là, ça va concerner 3,5 millions de travailleurs.
05:53Mais pourquoi vous dites que c'est un fil ?
05:56Pourquoi est-ce que vous n'avez pas confiance ?
05:58Ben, écoutez, j'ai vu le Parlement, c'est des deux derniers jours,
06:03ce qui s'y est passé, censure, pas censure, avant ça, l'instabilité.
06:08Le Parlement, en fait, la conséquence de cette réforme des retraites
06:13passée au forceps, au 49-3 par Elisabeth Borne,
06:17où elle échappe à la motion de censure à 9 voix près,
06:21un peu moins que Sébastien Lecornu,
06:25eh bien, les résultats des élections, les citoyens n'en voulaient pas.
06:28À plus de 80% des citoyens et 92% des travailleurs.
06:33On ne voulait pas de cette réforme des retraites.
06:35Eh bien, quand ils ont été dans l'urne,
06:37ils ont voté pour des partis
06:38qui avaient mis l'abrogation de la réforme des retraites dans leur programme.
06:42Alors, cette abrogation, est-ce que, je vais vous dire franchement, est-ce que vous êtes bien raisonnable ?
06:47Là, on a l'agence S&P qui dégrade, plutôt que prévu, c'est vraiment la gifle,
06:52et S&P fait le lien avec, vous suspendez la réforme des retraites,
06:55on ne voit vraiment pas comment vous, la France, allez arriver à redresser les finances publiques.
06:59Vous êtes en train de nous dire, Frédéric Souillot, que vous vous demandez encore l'abrogation,
07:03qui coûte beaucoup plus cher qu'une suspension.
07:04Est-ce que c'est ça, la lucidité, à laquelle vous appelle le ministre de l'Économie ce matin ?
07:10Alors, la lucidité, elle est simple.
07:14En France, ce n'est pas qu'on ne travaille pas assez,
07:16c'est que nous ne sommes pas assez nombreux à travailler.
07:19Comment est-ce qu'on se débrouille pour l'emploi des jeunes, l'emploi des seniors ?
07:23Parce qu'on nous parle de démographie.
07:25Mais, sur la réforme des retraites et sur le budget de la retraite,
07:28on oublie de nous parler de 2023.
07:302023, 7,4 milliards d'excédents sur la retraite par répartition,
07:35pour une raison très simple.
07:362023, il y a de l'inflation.
07:38Et quand il y a de l'inflation, il y a de la négociation sur les salaires.
07:40Donc, on a négocié les salaires en février et en mars,
07:44et on a fait des clauses de revoyure,
07:45on n'avait pas entendu ce mot-là depuis 20 ans,
07:48en septembre et en octobre,
07:50et on a augmenté les salaires.
07:51Et quand on augmente les salaires, on augmente les cotisations,
07:54proportionnellement, et les cotisations patronales.
07:57Eh bien, on a été excédentaire de 7,4 milliards.
07:59Si on est plus nombreux à travailler,
08:02notre taux d'emploi...
08:03Mais ça ne se décrète pas, ça.
08:05C'est ça, vous dites, la lucidité,
08:07c'est d'abroger la réforme des retraites,
08:10mais d'être plus nombreux à travailler.
08:11Mais ça, ce n'est pas facile.
08:12Non, non, mais prendre les choses par le bon bout,
08:15c'est ce que j'expliquais à Elisabeth Borne en 2022,
08:20et au président de la République.
08:21Prendre les choses par le bon bout,
08:22c'est d'abord travailler sur l'emploi.
08:24L'emploi des jeunes, l'emploi tout au long de la vie,
08:27formation, reconversion, transition,
08:29et l'emploi des seniors.
08:30Ça prend du temps.
08:31Ben, ça prend du temps.
08:32Oui, alors, écoutez, ça prend du temps,
08:35parce que, dans le contexte qu'est notre République aujourd'hui,
08:38depuis le quinquennat,
08:40on n'a plus de temps long.
08:41On nous parle juste de temps court,
08:42et on est en élection permanente à chaque quinquennat.
08:45Et aujourd'hui, regardez même la logique de dire,
08:50je vais construire un gouvernement
08:51qu'avec des gens qui n'auraient pas de velléité ou de volonté
08:56pour être candidats à l'élection présidentielle.
09:00Frédéric Souillot, vous êtes co-gestionnaire
09:03avec tous les partenaires sociaux du régime de retraite complémentaire.
09:08Hier, vous avez décidé qu'elles, ensemble,
09:10elles ne seront pas revalorisées au 1er novembre.
09:13On n'a pas décidé.
09:14Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
09:16Pourquoi 14 millions de Français ne verront pas
09:18leur retraite complémentaire revalorisée ?
09:20Eh bien, parce que, dans la gestion paritaire,
09:22il y a l'organisation syndicale patronale,
09:24l'organisation syndicale de salariés.
09:27Et le patronat avait décidé
09:28qu'en fonction de l'année blanche
09:32qui allait arriver sur les retraites,
09:34sur la facture du quoi qu'il en coûte,
09:35qu'on présente au plus grand nombre,
09:37c'est-à-dire aux travailleurs,
09:38eh bien, il ne fallait pas augmenter
09:40plus de 0,2%, 0,2%,
09:43je rappelle, c'est 1 euro par mois.
09:46Toutes les organisations syndicales,
09:48elles voulaient 1%,
09:50c'est-à-dire 5,40 euros
09:52d'augmentation de la pension
09:54de retraite complémentaire chaque mois.
09:56Mais ça, c'est une conséquence
09:59de la suspension de la réforme des retraites,
10:01c'est ça qui vous a dit le patronat ?
10:01Non, c'est-à-dire que le patronat dit
10:05« je ne suis pas content,
10:06on me suspend la réforme des retraites,
10:08on me dit qu'on va me remettre
10:10un petit peu d'impôts. »
10:11En même temps, depuis 2017,
10:14le patronat, il n'a fait qu'engranger,
10:17c'est mieux que la française des jeux.
10:19Les aides publiques versées aux entreprises
10:21sans aucune conditionnalité,
10:23je prends juste le rapport du Sénat,
10:25211 milliards d'euros,
10:27allègements généraux de cotisation,
10:2889 milliards que l'État doit compenser.
10:31Question, Frédéric Souillot,
10:32si jamais le gouvernement a dans l'idée
10:35de donner aux partenaires sociaux
10:37la gestion du régime général,
10:39ça vous intéresse ?
10:40Bien évidemment.
10:42Avant 1996, les ordonnances de 1996,
10:45la sécurité sociale était gérée paritairement.
10:48Eh bien, moi, je dis oui.
10:50Chiche, on y va.
10:51Et vous prendriez des décisions difficiles
10:54quand même pour résoudre les déficits.
10:56On est d'accord, c'est ce que vous faites
10:57pour les complémentaires.
10:58La gestion de la sécurité sociale
10:59à maintenant, jusqu'en 1996,
11:02des décisions difficiles,
11:03on savait les prendre.
11:04C'est des décisions responsables.
11:07Dès 19...
11:07D'un mot, d'un mot, Frédéric Souillot,
11:10la conférence sociale,
11:11la conférence sociale, vous irez ?
11:13Vous irez à laquelle vous appelle le gouvernement ?
11:16Tout ça, c'est suspendu au même fil
11:18que la suspension de la réforme des retraites.
11:20Tout ce qu'on nous a dit aujourd'hui,
11:22tout est suspendu.
11:23On dirait une toile d'araignée.
11:24J'espère que le fil de base tient bien.
11:28Frédéric Souillot,
11:29le secrétaire général de Force Ouvrière,
11:31merci d'avoir accepté notre invitation.
11:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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