00:00 La directrice générale du numéro 1 mondial de l'eau, des déchets et de l'énergie
00:04 est l'invité d'On n'arrête pas l'écho.
00:06 Bonjour Estelle Brachlianoff.
00:08 Bonjour Alexandre Abinceille.
00:09 Vous êtes la patronne de Veolia.
00:11 Veolia c'est plus de 40 milliards de chiffre d'affaires.
00:13 80% de ces chiffres d'affaires se fait hors de France.
00:18 L'eau c'est 40% de votre activité.
00:20 Alors cette semaine on a eu les grandes lignes du plan anti sécheresse du gouvernement pour
00:25 éviter une situation comme l'été dernier.
00:27 La réutilisation des eaux usées c'est une piste.
00:31 Qu'en pensez-vous Estelle Brachlianoff ? Là on a parlé de l'irrigation, de l'irrigation
00:35 dans le reportage.
00:36 Jusqu'où peut-on aller en France ?
00:38 Alors c'est une piste et il y a un certain nombre d'autres solutions qui existent et
00:44 je crois que c'est le moment d'accélérer le mouvement si je puis dire et de se mobiliser
00:49 pour préparer l'été prochain et tous les étés qui vont suivre et pas repasser l'été
00:53 qu'on vient de voir et qui a permis à tous de réaliser je crois que l'eau est un bien
00:58 précieux.
00:59 Alors la réutilisation des eaux usées, ça a été dit dans votre reportage, c'est une
01:03 solution qu'on a développée depuis maintenant longtemps.
01:05 C'est 15% en Espagne, c'est 85% en Israël, c'est moins de 1% en France et on doit pouvoir
01:12 faire beaucoup plus.
01:13 On peut faire, là aussi ça a été dit, du traitement des eaux usées pour ensuite irriguer
01:20 des cultures.
01:21 On peut utiliser cette eau usée traitée, nettoyée pour nettoyer des rues, pour arroser
01:27 des golfes parce que je ne sais pas si vos éditeurs le savent mais en France aujourd'hui
01:31 on arrose très souvent des rues avec de l'eau potable.
01:34 Et on peut aller jusqu'à retraiter les eaux usées pour la boire ?
01:39 On sait technologiquement tout à fait aller jusqu'à des niveaux de filtration, de traitement
01:45 qui permettent de garantir que c'est une qualité de type eau potable.
01:49 On le fait déjà en Namibie, vous avez dit nous avons de l'expérience à l'international
01:54 chez Veolia.
01:55 C'est ce qui permet après de faire part et de faire bénéficier de ces technologies
01:59 aux Français aujourd'hui et demain.
02:01 Ça peut arriver en France qu'on boive un jour de l'eau potable qui en fait serait
02:05 de l'eau usée, recyclée ?
02:06 Ça peut arriver en France.
02:08 Nous avons déjà une première expérimentation au travers du projet Jourdain en Vendée sur
02:14 lequel nous allons le démontrer bien évidemment avec toutes les autorités qui vont vérifier
02:22 tous les éléments sanitaires ou environnementaux bien sûr pour garantir que tout ceci est
02:29 tout à fait sain à la fois pour la planète et bien évidemment pour les habitants.
02:32 En toile de fond il y a cette idée qu'il faut économiser l'eau.
02:35 Vous l'avez dit, vous dites on a tous vécu l'été dernier.
02:37 Est-ce qu'il y a une prise de conscience ?
02:39 Est-ce qu'on sait que les Français ont entendu les appels à la sobriété sur l'électricité,
02:43 sur le gaz ?
02:44 Est-ce que sur l'eau il y a une baisse de la consommation aujourd'hui ?
02:47 La réponse est oui et la prise de conscience elle est là et elle est partout dans le monde.
02:52 Donc l'opinion publique est prête et elle est prête à accélérer.
02:55 Je crois qu'il faut qu'on passe de l'expérimentation au déploiement, qu'on simplifie les procédures
03:00 administratives, qu'on aligne l'ensemble des acteurs de ce monde de l'eau pour aller
03:09 plus vite.
03:10 Concrètement ça veut dire quoi ?
03:11 Vous signez une tribune en septembre dernier, vous écriviez "il est aujourd'hui encore
03:15 plus simple de polluer que de dépolluer, plus facile de faire sale et mal que bien
03:19 et propre, c'est à cette incohérence qu'il faut mettre fin".
03:22 Mais là par exemple si on prend l'exemple de l'eau, de quoi parlez-vous Estelle Brach-Lianoff
03:26 ? Où voudriez-vous qu'on aille plus vite ?
03:28 C'est très simple.
03:29 Aujourd'hui, enfin c'est très simple en l'occurrence, ça n'est pas très simple,
03:33 il faudrait simplifier les choses.
03:34 Mais je voulais vous donner un exemple sur la réutilisation des eaux usées.
03:38 Il faut aujourd'hui quatre types de ministères pour donner des autorisations administratives
03:43 pour faire un projet de réutilisation des eaux usées.
03:45 Ce que je souhaiterais c'est qu'on ait un guichet unique pour avoir évidemment les
03:50 mêmes vérifications, les mêmes autorisations, mais un point d'entrée unique pour simplifier,
03:54 aller plus vite et pouvoir déployer ce type de solution partout sur le territoire.
03:59 Dans l'interview Christophe Béchut, le ministre a donné aux parisiens, il parle d'un "éco-watt"
04:04 de l'eau, c'est-à-dire pour prévenir les consommateurs sur les tensions, les risques
04:07 de pénurie et à la clé de possibles restrictions que lui annonce sur des plages horaires.
04:12 Bref, un "éco-watt".
04:13 Est-ce que vous êtes en train de vous y préparer chez Veolia ?
04:15 Je crois que la solution de façon plus générale, c'est qu'on a découvert que l'eau était
04:19 un bien précieux, je le disais l'été dernier.
04:22 Donc ça veut dire réutiliser de l'eau usée, ça veut dire éviter de gâcher chez soi,
04:26 bien sûr.
04:27 Ça veut dire aussi éviter les fuites dans les réseaux de distribution d'eau puisqu'il
04:31 y a un litre sur cinq qui est perdu au travers de la distribution dans les réseaux d'eau
04:35 en France en moyenne.
04:36 Alors ça c'est intéressant, mais quelle est la marge de progrès ? Parce qu'on dit
04:39 ça depuis des années, un litre sur cinq c'est déjà mieux que beaucoup de nos voisins,
04:43 ça c'est sûr.
04:44 Mais que peut-on faire ? D'abord ça représente des milliards et jusqu'où peut-on aller
04:49 sur ces fuites d'eau ?
04:50 Alors c'est un litre sur cinq en moyenne, mais il y a des endroits en France qui font
04:54 beaucoup mieux, qui ont 5-6% de fuites et d'autres qui ont jusqu'à 70% de fuites.
04:59 Donc on voit bien qu'on sait faire beaucoup mieux et comment ça ? En détectant les
05:03 fuites avant qu'elles arrivent.
05:04 On a toutes sortes d'outils digitaux et de savoir-faire chez Veolia pour faire en sorte
05:10 d'améliorer ces performances.
05:12 Donc la sobriété c'est aussi finalement pour obtenir le même résultat de consommer
05:16 moins de ressources, en l'occurrence la ressource en eau.
05:19 Et donc écovoit, vous n'avez pas tout à fait répondu à ma question, l'écovoit
05:22 de l'eau c'est utile ?
05:23 C'est très utile.
05:25 Donc oui, pardon, je vous réponds que oui ça va dans le bon sens, mais au sein d'une
05:30 série de solutions qui portent sur, oui, les économies d'eau chez l'habitant, mais
05:34 aussi d'améliorer les performances de distribution dans les réseaux d'eau et aussi la réutilisation
05:41 des eaux usées.
05:42 Donc c'est tout ça qu'il va nous falloir travailler.
05:44 L'eau va devenir un bien rare dans les pays du Nord dont la France en est en train d'en
05:49 prendre conscience, précieux, et du coup est-ce qu'elle va être plus chère au mètre
05:52 cube ? Aujourd'hui c'est 4,30€ environ le prix moyen.
05:54 Alors plusieurs choses, je crois que la première question, le sujet avant le prix, c'est celui
05:59 de la disponibilité de la ressource.
06:01 Et on a vu que l'été dernier, la question principale c'était celle-là.
06:04 C'était est-ce que je peux arriver à avoir de l'eau ? Et deuxième chose…
06:10 Et donc est-ce qu'on aura de l'eau dans les années à venir ?
06:14 Si on met bout à bout toutes les solutions que je viens de vous indiquer, la réponse
06:17 est oui, on sait faire face en France dans les dix ans qui viennent.
06:20 Mais ne pas agir maintenant, ça coûtera beaucoup plus cher que si on agit maintenant.
06:25 Et je crois que c'est là-dessus que je me permets d'insister.
06:29 Il faut accélérer, il faut se mobiliser maintenant pour les étés qui vont venir
06:35 et qui vont se multiplier.
06:36 Et donc la question du prix, Estelle Brachianoff, est-ce que l'eau dans les prochaines années…
06:40 Là déjà on voit que les factures dans certaines villes, Charlesville-Mézières,
06:43 Paris, ça augmente, c'est l'inflation, il faut chauffer l'eau, bon, il faut chauffer
06:47 les stations d'épuration.
06:48 Est-ce que dans les prochaines années ça va être plus cher ? Oui ou non ?
06:51 Alors, je vous rappelle que ce n'est pas Veolia qui fixe le prix de l'eau et que
06:55 par ailleurs, l'eau en moyenne, on est dans les prix les meilleurs d'Europe, enfin
07:01 les plus bas si on veut, avec 0,8% des dépenses des ménages et c'est très stable depuis
07:08 dix ans.
07:09 Alors qu'il faille investir pour faire en sorte de gérer la problématique de la rareté
07:13 de la ressource en eau dans les prochaines années, oui très certainement.
07:16 Mais économiser de l'eau, c'est de l'eau que l'on n'achète pas aussi.
07:18 Donc c'est toutes ces solutions et là encore, agir maintenant, ça va éviter des augmentations
07:24 du prix de l'eau dans les prochaines années où ça va permettre de les différer.
07:27 Et mettre toutes nos solutions d'efficacité, là aussi, ça va permettre d'éviter des
07:32 augmentations du prix de l'eau.
07:34 Quant à l'inflation, je me permets de dire, parce que vous avez cité le mot de l'inflation,
07:40 la traitement de l'eau et la distribution de l'eau, ça nécessite d'acheter des réactifs
07:47 chimiques pour traiter l'eau, ça nécessite d'acheter de l'énergie, puisque pour la
07:51 pousser dans les réseaux d'eau, il faut de l'énergie.
07:54 Donc les coûts ont augmenté, les prix augmentent.
07:57 En l'occurrence, les prix de l'eau en France augmentent moins que ceux de l'inflation.
08:01 Donc je crois que c'est un sujet important.
08:03 Et si la question que vous posez c'est est-ce que Veolia gagne plus d'argent avec cette
08:08 inflation, la réponse est non, c'est plutôt le contraire.
08:11 Réponse à une question que je n'avais pas posée mais vous aviez envie de le dire.
08:15 Stelbrach-Lianoff.
08:16 Il y a un an, en janvier 2022, vous êtes devenu propriétaire d'une partie des activités
08:21 du groupe Suez, le PDG de l'époque.
08:24 Antoine Frérot, qui est aujourd'hui le président, disait qu'il voulait créer un super champion
08:28 mondial, la taille c'est capital.
08:30 Est-ce qu'un an plus tard, ça se vérifie sur le marché mondial ? Ça fait la différence
08:34 ou pas ?
08:35 Oui, pour une réponse courte.
08:37 Je suis ravie que vous posiez la question parce qu'on fait quasiment jour pour jour
08:41 aujourd'hui la date anniversaire de ce rapprochement Suez-Veolia.
08:44 On a donc 40 000 salariés de plus qui nous ont rejoints partout dans le monde pour construire
08:52 ce champion mondial de la transformation écologique puisque le métier de Veolia c'est de dépolluer,
08:57 c'est de gérer la rareté des ressources, c'est de décarboner précisément.
09:01 Et on voit bien qu'être plus fort sur ces métiers-là en étant plus nombreux, plus
09:04 puissants, en mettant nos savoir-faire ensemble, c'est encore plus indispensable quand on
09:09 voit les crises dont on vient de parler à l'instant sur le sujet de la rareté de la
09:12 ressource en eau.
09:13 Et c'est déjà un succès après un an à la date anniversaire.
09:19 Et je vous donne un exemple, ces équipes sont toutes très mobilisées pour arriver
09:22 à offrir encore plus de solutions.
09:24 Preuve en est par exemple l'opération d'actionnariat salarié que nous avions lancée il y a quelques
09:30 semaines et qui est un très grand succès avec des taux de souscription très exceptionnels
09:37 et qui sont très exceptionnels aussi chez les salariés qui nous ont rejoints il y a
09:41 maintenant un an et ce dont je suis particulièrement contente.
09:44 Alors puisque vous en parlez, vous avez sans doute entendu le débat en début d'émission,
09:48 l'actionnariat salarié c'est important mais les salaires fixes aussi.
09:51 Comment ont évolué l'inflation en 2022 ? Ça a été plus de 5%.
09:56 Les salaires chez Veolia en France, ils ont connu quelle évolution ?
10:00 Alors deux éléments, l'actionnariat salarié, juste pour vous donner une idée, c'est
10:05 aujourd'hui les salariés sont le premier actionnaire de Veolia avec 6,5% du capital
10:11 et j'en suis ravie.
10:12 Ça ne nous a pas empêché de faire aussi, et en premier j'ai envie de dire, des augmentations
10:18 de salaires puisque les salaires en France, nous employons 55 000 salariés en France,
10:25 les salaires ont augmenté pour 85% d'entre eux entre 5 et 6%.
10:32 Donc mettons 5,5% si vous voulez, donc tout à fait similaire à l'inflation.
10:36 Et on ne s'est pas arrêté là puisqu'on a donné en plus un certain nombre d'autres
10:40 éléments de rémunération, de l'intéressement, de la participation.
10:43 On a fait par exemple tout un plan pour aider nos salariés à avoir accès à des tarifs
10:49 privilégiés, à des véhicules électriques ou hybrides.
10:53 Ça, ça fait partie de la rémunération périphérique.
10:56 Une dernière question, Estelle Brachinanoff, l'actualité c'est la réforme des retraites,
10:59 vous avez beaucoup de cols bleus dans vos salariés.
11:01 Est-ce que garder les salariés jusqu'à 64 ans c'est une grande marche à franchir
11:05 ? Et est-ce que pour aider les entreprises à garder leurs salariés seniors, certaines
11:10 ne sont pas des bonnes élèves, il ne faudrait pas quand même mettre un peu plus de sanctions ?
11:14 C'est tout le débat.
11:16 Alors, chez Veolia, on garde les seniors, on les accueille, on est très content.
11:21 Pour dire les choses autrement, on n'est pas vieux chez Veolia quand on a 55 ou 60
11:25 ans, loin de là.
11:26 Ça se voit d'ailleurs sur notre pyramide des âges, qui est très favorable, enfin
11:31 en tout cas, on maintient dans l'emploi.
11:34 Je l'ai dit, sur nos 55 000 salariés, il y a beaucoup de cols bleus.
11:38 La problématique principale, c'est celle de la pénibilité.
11:41 Pour vous donner un exemple, un employé qui descend dans les égouts pour les nettoyer
11:48 avec un masque respirateur n'est pas aujourd'hui considéré comme un métier pénible.
11:53 On voit bien que c'est plutôt ça l'enjeu, plutôt que de garder les seniors, puisque
11:57 nous gardons les seniors chez Veolia.
11:58 Donc vous serez attentive à ce qui sera accordé sur la pénibilité.
12:01 Tout à fait.
12:02 Estelle Brachianoff, la patronne de Veolia, merci d'avoir accepté l'invitation d'On
12:06 n'arrête pas l'écho.
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