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  • il y a 5 mois
Au menu de la première de la saison : un débat sur la crise politique de la rentrée et ses conséquences budgétaires, un détour par Pékin, des conseils lecture... Mais aussi un retour sur la bascule de l'été 2025 : les droits de douane américains qui dessinent un nouvel ordre économique mondial.

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Transcription
00:00Et l'invité d'On n'arrête pas l'écho a été ministre de l'économie à Bercy de 2005 à 2007
00:05et commissaire européen au marché intérieur, en réalité le titre était beaucoup plus long, de 2019 à 2024.
00:13Bonjour et bienvenue Thierry Breton.
00:14Bonjour.
00:15C'est l'information de la nuit, une grande partie des droits de douane imposés par Donald Trump sont illégaux.
00:21Voilà ce que dit une cour d'appel fédérale américaine.
00:24Le chef de l'État américain ne pouvait pas décider de mesures aussi massives sans le Congrès.
00:30Thierry Breton, que faut-il espérer de ce jugement ?
00:34D'abord ce n'est pas une surprise pour ceux qui suivent de près les affaires américaines.
00:39Du reste c'est un jugement d'appel.
00:43Une confirmation.
00:44C'est donc une confirmation qui n'est pas une surprise pour ceux qui suivent de près ce qui se passe aux États-Unis.
00:48Je ferai une petite incise si vous le permettez, en disant que dans son jugement, la cour d'appel a été quand même assez diligente vis-à-vis de l'administration Trump
01:02car elle laisse jusqu'au 16 octobre pour faire en sorte que ces droits de douane deviennent caduques à l'issue du jugement.
01:11Et qu'est-ce que ça veut dire Alexandra Benzaï ?
01:12Qu'est-ce qui peut se passer ?
01:13Ça veut dire qu'évidemment les juges en appel ont donné le temps à l'administration Trump de se retourner, de saisir la cour suprême
01:24qui va donc avoir maintenant 45 jours pour trancher.
01:29On sait que la cour suprême aujourd'hui est à la main évidemment de l'administration américaine.
01:34Donc on va voir, je ne veux pas anticiper évidemment une décision qui par définition est une décision autonome, bien entendu.
01:43Mais on peut penser, on verra bien, que ce temps va être utilisé à bon escient pour que la cour suprême prenne une décision.
01:51C'est elle, je le rappelle, en droit américain évidemment, qui va s'imposer à tous.
01:56Donc on va voir.
01:56J'entends assez peu d'espoir Thierry Breton dans vos propos sur le fait que les droits de douane puissent être éliminés.
02:02En tout cas, la cour d'appel avait la possibilité de les rendre caduques tout de suite.
02:06Elle ne l'a pas fait.
02:07Donc j'invite nos auditeurs à réfléchir à la raison de cette plage de temps.
02:13Et donc, l'accord commercial signé cet été entre l'Europe et les Etats-Unis continue de s'appliquer en effet jusqu'à mi-octobre.
02:18Vous faites partie Thierry Breton des plus critiques.
02:21Encore hier, vous avez publié une tribune dans Le Figaro, La Stampa, Handelsblatt, Le Guardian.
02:26Ça a été publié dans plusieurs journaux européens.
02:29Vous parlez de soumission face à Washington.
02:32Alors franchement, il y a seulement le Royaume-Uni qui a obtenu 10% de droits de douane.
02:36Si on regarde la Chine, ça va être une surtaxe de 30%.
02:39Le Brésil et l'Inde, 50%.
02:42Et si en fait, Thierry Breton, vous étiez trop sévère ?
02:45Et si en fait, Bruxelles avait négocié le mieux possible ?
02:47Non mais, Alexandre Ben Saïd, d'abord, je ne suis pas le critique pour plier de la critique, etc.
02:51Je suis comme beaucoup d'entre nous et comme beaucoup de citoyens européens.
02:55Je pense que l'Europe, on a voulu l'Europe, on veut l'Europe parce que, évidemment, c'est notre projet, notre projet démocratique, d'état de droit.
03:03Mais c'est aussi parce que nous sommes plus forts ensemble.
03:05Et qu'est-ce que nous sommes, nous, Européens ? Il ne faut jamais l'oublier.
03:08Et si on est ensemble aujourd'hui, puisqu'on parle en fait des droits de douane, c'est-à-dire on parle de ce que nous représentons d'un point de vue économique,
03:15eh bien, nous sommes le premier partenaire commercial avec les États-Unis d'Amérique.
03:20L'une des toutes premières puissances économiques du monde.
03:22Et on s'est mis ensemble aussi pour ça et pour peser ensemble.
03:26Alors, il ne faut pas se comparer, pardon de le dire comme ça, je dirais, ni à la Grande-Bretagne, où j'entends qu'il se compare aussi à la Suisse.
03:33Non, moi, je pense qu'il faut qu'on se compare aux autres grands partenaires commerciaux.
03:38Et les plus grands partenaires commerciaux, ce n'est pas la Chine, contrairement à ce que vous venez de dire, c'est évidemment l'Europe,
03:43mais les États-Unis ont aussi deux autres très grands partenaires commerciaux.
03:46C'est le Canada et c'est le Mexique.
03:49Qu'est-ce qu'ont obtenu le Canada et le Mexique ?
03:51Ils ont obtenu aujourd'hui, en taux effectif, Madame Ben Saïd, en dessous de 5% de droits de douane.
03:56Je le répète pour que nos auditeurs l'entendent bien.
03:58En dessous de 5%.
04:00Et encore une fois, comparaison n'est pas raison, sauf que si, un petit peu quand même.
04:04Je vais juste vous dire en deux mots.
04:05En deux mots.
04:07Et ils se sont battus, on l'a vu, avec beaucoup de vigueur.
04:10Souvenez-vous de la présidente mexicaine, qui a tenu tête, précisément, lorsque Donald Trump a dit qu'il voulait désormais mettre des droits de douane,
04:1825%, 30%, 50%, précisément parce qu'il y avait du fentanyl, et il avait raison du reste, qui traversait trop la frontière.
04:24Eh bien, elle a tenu tête.
04:26Le Premier ministre McCartney et son prédécesseur Trudeau ont tenu tête.
04:30Je veux juste terminer, parce que c'est très important.
04:34Mais on a compris, je crois.
04:36Mais il me semble, vous dites, on aurait pu tenir tête.
04:39Mais nous, nous luttons en même temps, nous les 27, pour que les Etats-Unis ne lâchent pas l'Ukraine.
04:44Est-ce que ce n'est pas ça l'explication ?
04:46Attendez, il y a plusieurs choses.
04:48Je termine.
04:49Nous avons donc, ils ont obtenu effectivement une exonération de plus de 90% de leurs produits.
04:5390, ils l'ont maintenu.
04:55Et la Commission avait, à juste titre, commencé les négociations en disant, nous allons faire pareil.
04:59Nous allons proposer ce qu'on appelle du zéro pour zéro en économie.
05:02C'est-à-dire, on va faire aussi une zone zéro pour zéro.
05:05Et c'était la bonne stratégie.
05:07Bien sûr, il faut peser.
05:08Et on a baissé la garde.
05:09Alors, bien sûr, pourquoi on a baissé la garde ?
05:11On peut se poser des tas de questions.
05:12On a baissé la garde, mais parce que, évidemment...
05:15Oui, mais sauf que pour Kiev, Madame, donc désormais, nous allons donc acheter, payer,
05:23ce qu'on fait déjà depuis très longtemps, depuis le début de cette guerre d'agression voulue par Vladimir Poutine,
05:29donc les équipements militaires que l'Ukraine achète aux Etats-Unis.
05:36C'est la décision qui a été prise.
05:37Il y en a donc maintenant, puisque c'est ce qu'a annoncé Volodymyr Zelensky,
05:40il y en a pour 100 milliards.
05:42Nous avons appris également que, je ne sais pas pourquoi,
05:45mais enfin, on va avoir 10% de plus,
05:48puisque, en fait, ça va coûter 100 milliards,
05:49mais en fait, ce sera 110, puisqu'on est maintenant,
05:51on doit payer 10% de plus sur ce qui est acheté aux Etats-Unis
05:56pour soutenir l'Ukraine.
05:58Très bien, dont acte.
05:59Donc, il y a deux choses.
06:00On est dans une logique, cette fois-ci, qui est une logique mercantile,
06:03une logique commerciale.
06:05Le soutien, effectivement, il va continuer à s'exprimer.
06:07On va payer un peu plus cher.
06:08Et je crois qu'il faut, effectivement, faire la part des choses.
06:10Vous avez raison.
06:11On mélange un peu tout.
06:13C'est, au fond, la stratégie qui a été voulue par le président des Etats-Unis.
06:17Et il faut comprendre sa stratégie.
06:18Je ne dis pas que je la suis,
06:20mais il faut toujours comprendre qui est en face.
06:22On est dans ces logiques de rapport de force.
06:24La seule chose que je dis,
06:25c'est qu'à partir du moment où on nous dit
06:26qu'il fallait, effectivement, lâcher ces 15% de droits de douane
06:29contre, je le répète, 5% au Canada et au Mexique,
06:33que pour nous, c'est 5 et 15%,
06:34mais que derrière, on a la stabilité,
06:36et que, 3 jours après, on a 2 éléments qui sont intervenus, madame.
06:40Le premier, c'est, effectivement, celui où on dit
06:42« Attendez, vos lois, vos lois démocratiquement votées
06:46pour protéger nos enfants, vos concitoyens, nos démocraties sur le numérique. »
06:48Ça, ce sont les lois sur le numérique, les textes que vous avez portés.
06:52Le DSA et le DMA.
06:53Finalement, ça ne nous plaît pas.
06:54Donc, il faut les enlever.
06:55Et si vous ne les enlevez pas, je remets les droits de douane.
06:57On n'a donc plus la stabilité.
06:58Je vous donne un autre exemple.
06:59Le 18 août, madame.
07:00Mais on peut lutter ?
07:03Une autre information que je vous livre, si vous le permettez, à votre micro ce matin.
07:07L'administration américaine envoie une lettre en Allemagne en disant
07:09« Attendez, finalement, sur les machines-outils, c'est plus 15%,
07:13ce sera, au contraire, 35%
07:16parce que dans les machines-outils, il y a de l'acier et de l'aluminium
07:18et donc on va taxer l'aluminium à 50%.
07:20Donc, maintenant, vous avez même l'industrie allemande qui est en train de dire
07:27« Mais cette stabilité, elle est où ? Jusqu'où ça va s'arrêter ? »
07:30C'est la seule chose que j'ai voulu dire.
07:32Jusqu'où ça va s'arrêter ?
07:33Eh bien, il faut qu'ensemble, l'Europe, on dise
07:35« Non, stop, il y a un accord, il est ce qu'il est, dont acte. »
07:39Mais on veut la stabilité
07:41et on ne veut certainement pas avoir et l'humiliation et l'instabilité.
07:45Thierry Breton, vous avez été ministre de l'économie, je le disais,
07:48je vous ramène en France.
07:50Comment est-ce que vous qualifiez la situation, aujourd'hui, politique,
07:54la cristallisation sur la question du budget ?
07:56D'abord, il y a deux choses.
07:57Il y a la situation politique qui, hélas,
07:59est, je dirais, la conséquence de la décision de la dissolution.
08:03Donc, on est maintenant dans cette période
08:05qui est une période qui est très néfaste, évidemment, pour la France.
08:08Après ça, les forces démocratives doivent s'exprimer.
08:10On n'arrive pas à créer de majorité au Parlement.
08:13On est en train de le voir.
08:14On en est déjà maintenant au deuxième gouvernement,
08:16donc, depuis cet état, cette situation.
08:20On verra bien ce qui va se passer le 8 septembre.
08:23Il n'est pas impossible que le gouvernement, finalement, tombe à nouveau.
08:29Donc, cette période d'instabilité, elle est évidemment très mauvaise pour nous,
08:33pour la situation...
08:34Pour l'économie ?
08:35Pour l'économie, bien entendu, parce que là encore, on en parlait tout à l'heure,
08:38à l'instant, de stabilité et de prévisibilité.
08:42Alors, bien sûr, on va nous dire, finalement,
08:44on a eu une petite croissance au deuxième trimestre qui n'était pas si mauvaise.
08:47On sait très bien, quand on regarde les choses, que c'est du stockage
08:49et que ceci est dû, au fait, à du surstockage pour se protéger, précisément,
08:52contre les droits de douleur à l'avenir.
08:54Donc, il faut toujours nuancer les choses, même si on prend ce qui est à prendre, évidemment,
08:58et surtout quand on est un chef d'entreprise.
09:00Mais donc, là-dessus, il faut être extraordinairement vigilant.
09:02Et puis, je vais vous dire les choses comme je pense.
09:05Et ça, ça rejoint la première partie de notre discussion, madame.
09:09L'image de la France, la force de la France, la capacité à la France à s'exprimer
09:13dans un moment où on a tant besoin de notre parole.
09:16Bien sûr, en Europe, mais aussi dans le monde, elle est extraordinairement affaiblie.
09:19Et on a beau dire tout ce qu'on voudra, moi, je suis comme beaucoup,
09:23je passe ma vie à l'étranger, j'entends.
09:25Et vous croyez que ça nous fait plaisir ?
09:27Et vous croyez qu'on sait qu'on a des choses à dire ?
09:29On a des choses à dire pour ce qui se passe au Moyen-Orient.
09:31On a des choses à dire pour ce qui se passe en Ukraine, vous y faisiez référence.
09:34On a des choses à dire pour ce qui se passe dans les relations, aujourd'hui,
09:36avec ces grandes puissances du monde qui sont en train,
09:38il faut dire les choses comme elles sont, pour certaines d'entre elles,
09:41de nous écraser entre les Etats-Unis, entre la Chine.
09:46Voilà, on a des choses à dire.
09:47Et aujourd'hui, je vous le dis comme je le pense moi-même,
09:51qu'on soit, qu'on puisse me critiquer,
09:53on affaiblit terriblement la parole de la France dont on a tant besoin en ce moment.
09:58Une question sur ce chiffre de 44 milliards, cet effort,
10:01l'idée que c'est ce montant-là, cet étiage-là,
10:05versus l'opposition qui dit non, une autre voie est possible.
10:08C'est quoi l'avis du commissaire européen ?
10:10De l'ancien commissaire européen ?
10:11Si j'avais un souhait à émettre ce matin à votre micro,
10:15c'est de dire que tous ceux qui croient en notre projet européen,
10:18non pas parce qu'on est l'Europe, l'Europe, l'Europe, comme on disait,
10:22non, parce qu'aujourd'hui, dans l'évolution du monde,
10:25on vient d'en parler à l'instant tel qu'il est,
10:27je crois sincèrement qu'on n'a pas d'autre issue que d'avoir un projet à être ensemble.
10:31Et on a quand même bâti depuis 70 ans ce socle commun basé sur nos valeurs.
10:35Non, mais là, ça veut dire que vous voulez dire qu'il faut respecter nos engagements européens, c'est ça ?
10:38Mais ça veut dire que ce n'est pas...
10:39Depuis, juste un chiffre pour nos auditeurs.
10:43À partir de 2013, du 1er janvier 2013,
10:45on vote le TSSG, c'est-à-dire le traité qui nous engage ensemble,
10:49où là, à l'époque, il fallait qu'on soit à moins 0,5% de déficit
10:55et revenir à 60% d'endettement.
10:58On vote ce traité.
10:59Depuis le 1er janvier, madame, l'Allemagne, tous les ans, le respecte.
11:04Depuis le 1er janvier, madame, la France, tous les ans, ne le respecte pas.
11:08Du coup, on va créer, pour récupérer, je dirais, cette indigence de notre pays,
11:15de se mettre, d'être un pays fondateur de l'Europe,
11:17de voter, de signer, de porter un traité,
11:20aider le premier mois de ne pas le respecter.
11:23Mais ça va durer combien de temps, madame, ça ?
11:26Mais ça va durer combien de temps ?
11:28Que la France prend des engagements et la France ne les respecte pas.
11:32Et on s'étonne après.
11:33Donc moi, ce que j'aimerais tout simplement entendre,
11:35c'est que ceux qui sont des partis, qui croient en ce que je dis,
11:39et ils le sont, je connais beaucoup, notamment au Parti Socialiste,
11:42j'ai beaucoup d'amis au Parti Socialiste,
11:44mais qu'on ne les entend pas.
11:46Et pourquoi ne disent-ils pas ?
11:47Mais on a raison, il faut que l'année prochaine, on fasse moins 4,8.
11:51Donc, moins 4,8, ça veut dire 40 milliards.
11:53Donc, on soutient le gouvernement Bérou en disant,
11:55effectivement, l'objectif, c'est moins 40 milliards.
11:57Et quand Bérou dit, eh bien, je vais demander de la confiance
12:00pour dire, est-ce qu'il faut ces 40 milliards ?
12:02Qui, évidemment, contribuent à réduire la dette.
12:05Pourquoi est-ce qu'ils vont dire non ?
12:07Et c'est ça, ce que je ne comprends pas.
12:08Thierry Breton, ancien ministre de l'économie,
12:11ancien commissaire européen.
12:12Merci d'avoir accepté l'invitation d'On n'arrête pas l'écho.
12:14Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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