00:00La secrétaire générale de la CFDT, l'invité d'On n'arrête pas l'écho.
00:03Bonjour et bienvenue Marie-Lise Léon.
00:05Vous avez écouté le reportage avec nous, vous avez entendu cet économiste
00:08qui parle d'un choc sur le marché du travail dans les 5 ans.
00:11Est-ce que vous aussi Marie-Lise Léon, vous trouvez qu'en ce moment on a un discours
00:14sur l'intelligence artificielle trop rassuriste ?
00:18Je partage l'idée qu'il va effectivement y avoir un choc.
00:22Les discours rassuristes, oui c'est vrai qu'il y a plutôt un élan d'optimisme
00:28mais moi ce qui m'interpelle c'est que j'entends régulièrement que l'IA va supprimer des emplois
00:35mais ce n'est pas l'IA qui supprime les emplois.
00:37Ce sont les entreprises qui l'utilisent et qui dessinent dans le cadre de leur organisation
00:40dans un réflexe souvent pavlovien de dire on va faire des gains de productivité
00:45donc on va supprimer des emplois.
00:46Et donc je pense que c'est urgentissime d'avoir un vrai débat sur quel est l'usage,
00:52quelles peuvent être les tâches qui peuvent être supprimées et être au bénéfice des salariés.
00:57Mais la question de cet impact de l'usage et de la façon dont ça va avoir,
01:03ça va métamorphoser complètement le travail et l'ensemble des métiers.
01:07Ça vous bouscule vous en tant que syndicat ?
01:08Oui ça me bouscule parce que nous on veut en faire un objet de discussion,
01:12un dialogue social dans les entreprises.
01:14C'est essentiel.
01:15Et en fait on en est quasiment au point mort.
01:17Alors c'est ça, c'est en train de se déployer mais il ne se passe rien ?
01:20Ça se déploie.
01:21Il y a un peu la stratégie du fait accompli
01:22parce qu'en fait c'est aussi des technologies que les salariés utilisent dans leur cadre personnel.
01:28Donc on voit que ça s'invite dans les entreprises.
01:30Et il y a beaucoup d'employeurs, beaucoup d'entreprises
01:32qui courent un peu après cette technologie
01:36et qui surtout considèrent que ça ne doit pas faire l'objet d'un dialogue social.
01:41Or c'est une métamorphose du travail.
01:43Il va y avoir des créations d'emplois,
01:44il va y avoir des disparitions d'emplois
01:46et tous les métiers vont être, tous les métiers, absolument tous vont être transformés.
01:51Donc il y a urgence à assurer cette transition.
01:55On ne peut pas dire on va passer d'une étape A à une étape B
01:58et puis on verra qui au bout du bout continuera d'être présent dans l'entreprise.
02:02Et vous, vous avez un chiffre à la CFDT ?
02:04Vous vous projetez sur le 5%, le 40% ?
02:06Non, on se projette sur le fait que tout le monde va être concerné
02:08et que l'objectif numéro un pour la CFDT c'est d'assurer ces transitions
02:12et se dire, l'IA, il faut réfuter les discours, que c'est l'IA qui supprime les emplois.
02:17Il n'y a pas de déterminisme technologique,
02:20ce sont les organisations du travail qui décident et qui s'adaptent
02:24et donc la place des humains dans ces transformations,
02:29elle est fondamentale et elle doit être discutée avec les représentants du personnel.
02:34Marie-Lise Léon, ce matin la France se réveille,
02:36elle est tout près d'avoir un budget
02:37et Sébastien Lecornu a échappé aux dernières censures.
02:42Est-ce que le Premier ministre a bien fait d'utiliser le 49-3 ?
02:45Je pense que c'est important d'avoir...
02:47Je ne vais pas rentrer dans la tambouille politique,
02:50ça fait partie des enjeux qu'il y ait un budget le plus rapidement possible
02:53pour deux raisons.
02:54Un, je pense qu'il y a beaucoup de citoyens,
02:57une citoyenne, nous les travailleurs, nous dit sur les lieux de travail,
03:00les responsables politiques en sont encore à discuter de ce budget,
03:03il faut qu'on passe à autre chose
03:04et puis ça a des impacts très concrets
03:06sur notamment les fonctionnaires, les agents des fonctions publiques.
03:10J'ai changé avec une responsable de l'éducation nationale.
03:14Il n'y a aucune possibilité d'anticiper et de se projeter sur l'année 2026,
03:18par exemple sur la question des effectifs, la préparation des concours.
03:21Donc ça devenait extrêmement urgent qu'il y ait ce budget.
03:25Ce n'est pas le budget de la CFDT bien entendu,
03:27c'est le fruit d'un compromis.
03:30C'est le meilleur, le Premier ministre il dit
03:32ce budget est meilleur que celui présenté initialement par le gouvernement.
03:36Ça c'est son appréciation.
03:37Et la vôtre ?
03:38Il y a eu des reculs, il y a eu des choses qui ont évolué,
03:43notamment je pense au fait qu'il n'y ait pas d'année blanche
03:45pour la revalorisation des APL.
03:48C'est une bonne chose pour les allocataires de ces APL.
03:51Je pense qu'aujourd'hui on a besoin de passer à autre chose,
03:55d'aborder la question de l'emploi, qui est un vrai sujet.
03:58Et la CFDT tire à la sonnette d'alarme depuis plusieurs semaines.
04:02On aura l'occasion d'y revenir.
04:03Il y a la question du pouvoir d'achat.
04:05Le pouvoir d'achat c'est la question numéro 1
04:08quand vous êtes représentant du personnel.
04:10C'est le sujet que les salariés, les agents des fonctions publiques
04:13pointent comme étant leur préoccupation première.
04:16Comment je boucle les fins de mois ?
04:17Le gouvernement a eu des réponses ces derniers jours,
04:20dans le budget toujours.
04:21Il y a cette idée que la prime d'activité va augmenter
04:24pour 3 millions de ménages au revenu modeste,
04:2650 euros par mois en moyenne.
04:28Ça va coûter 2 milliards aux finances publiques.
04:31Je voudrais vous lire ce qu'écrivait hier dans une tribune
04:34l'ancienne ministre du Travail, Astrid Panosian-Bouvé,
04:37c'était au Figaro.
04:38Elle écrit « Le logiciel politique français continue de financer
04:41les dépenses courantes par la dette
04:43pour espérer la cohésion sociale à coup de chèque. »
04:46Bref, on serait en train de redistribuer l'argent qu'on n'a pas.
04:49Est-ce qu'elle a raison ?
04:51Elle n'a pas tort.
04:52C'est vrai que quand on regarde l'état des finances publiques
04:55et la question du pouvoir d'achat,
04:58là on parle de personnes qui vont bénéficier d'une prime d'activité
05:00qui va augmenter.
05:01C'est très bien pour eux.
05:02Je pense que c'est important de dire
05:04que ce n'est pas négligeable pour les salariés
05:06qui vont en bénéficier.
05:08Mais moi j'ai une question,
05:08c'est qui paye le travail ?
05:11Qui paye le travail ?
05:12Est-ce que c'est à l'État ?
05:13Ça coûte 2 milliards.
05:14Ça coûte 2 milliards.
05:15On n'a pas forcément les moyens en termes de finances publiques.
05:17Et c'est quand même bien de la responsabilité des employeurs
05:19de justement rémunérer les salariés.
05:23Donc je pense que ce n'est pas un bon signal envoyé aux employeurs
05:27qui, pour beaucoup,
05:28on est en train d'aborder les négociations salariales
05:32pour l'année 2026.
05:34On voit qu'il y a une dynamique salariale
05:37qui est très faible.
05:39Il y a, je crois, un tiers des employeurs
05:41qui pensent proposer des augmentations salariales.
05:44Et en fait, la question de la reconnaissance du travail accompli
05:48qui est le salaire,
05:50doit pouvoir évoluer
05:51et permettre à chacun et chacune
05:53de vivre dignement de son salaire.
05:55Donc augmenter la prime d'activité,
05:57je pense que c'est déresponsabiliser
05:59des employeurs qui devraient
06:01assumer le fait qu'il y ait des compétences supplémentaires
06:05pour les salariés avec l'expérience.
06:09Et je pense que ça n'est pas un bon signal.
06:12En tout cas, ça ne va pas dans le sens
06:14de la responsabilité des employeurs,
06:16que ce soit dans les entreprises
06:17ou dans les branches professionnelles.
06:21Les employeurs, eux, ils ont un autre combat en ce moment.
06:24C'est dans le budget toujours.
06:25Le président du MEDEF prévient que la surtaxe d'impôts
06:27sur les 300 grandes entreprises
06:29qui est reconduite va peser sur, je cite,
06:32des dizaines de milliers de sous-traitants,
06:34de prestataires qu'ont ces entreprises
06:35et ils vont souffrir de cette mesure.
06:38C'est ce que dit Patrick Martin.
06:39Il a raison.
06:39C'est dangereux cette surtaxe ?
06:41Je pense que c'est assez symptomatique
06:43de considérer qu'une surtaxe
06:45qui est pensée comme étant un effort
06:47pour passer le cap aussi
06:49de cette période particulière
06:50d'un déficit important
06:53ne peut pas être assumée
06:55par ces entreprises visées.
06:57Il faut qu'elles soient répercutées
06:58sur les sous-traitants.
07:00Je pense que ça n'est pas responsable,
07:03socialement responsable,
07:04de considérer que ces entreprises
07:07n'ont pas un rôle particulier
07:08à jouer économiquement
07:11dans la période spécifique
07:14que l'on traverse.
07:15Vous tiriez, vous disiez,
07:16la CFDT tient la sonnette d'alarme.
07:18Mardi, vous étiez à une mobilisation
07:19emploi en danger devant Bercy.
07:21Que voyez-vous sur le terrain ?
07:22Est-ce que le chômage
07:23est en train de remonter vivement ?
07:25Aujourd'hui, on se parle
07:26et il y a des manifestations
07:27pour soutenir les salariés de Brandes,
07:29par exemple.
07:29On pense à eux ce matin.
07:30On pense aux salariés de Arc France également,
07:33aux salariés de Sogefi.
07:35On a fait la liste des entreprises
07:36qui sont aujourd'hui en difficulté.
07:40Pour plein de raisons différentes,
07:42on voit qu'il y a effectivement
07:43des suppressions d'emplois
07:44de façon massive et spectaculaire
07:47avec des entreprises emblématiques.
07:49Arc France, on est plus sur des centaines
07:53de salariés concernés.
07:55Le message qu'on a envoyé aussi
07:56aux pouvoirs publics
07:57en ayant ce rassemblement mardi,
08:00qui était spécifiquement
08:01pour le territoire des Hauts-de-France,
08:04c'est qu'on voit aussi des entreprises
08:06de plus petite taille concernées
08:08et aussi supprimer des emplois.
08:10C'est-à-dire que ce n'est pas une question
08:11de taille d'entreprise,
08:12ce n'est pas une question de secteur.
08:13Ça concerne autant l'industrie
08:15que le commerce, la grande distribution.
08:17Et on voit à bas bruit
08:18ce délitement du tissu de l'emploi
08:22à l'échelle du territoire des Hauts-de-France.
08:25Et donc l'idée, c'est de pouvoir
08:26envoyer le message
08:28que les syndicalistes que nous sommes,
08:31dans certaines situations,
08:32nous avions déjà vu depuis longtemps
08:34des entreprises en difficulté
08:36qui n'ont rien fait.
08:37Je pense à Sogefi, par exemple,
08:39qui est un sous-traitant de l'automobile.
08:40Ça fait un an que les élus alertent
08:43sur les difficultés de l'entreprise
08:45et que rien n'est fait.
08:46Et je reviens sur la question
08:47de la transition.
08:48C'est qu'à un moment,
08:49il y a des entreprises en difficulté,
08:51il faut pouvoir sécuriser
08:52les salariés concernés.
08:54Et aujourd'hui,
08:55on manque d'anticipation,
08:56de visibilité sur la situation
08:58de ces entreprises
08:59et la façon dont on va accompagner
09:01les salariés.
09:03Dans certains cas,
09:03on va pouvoir maintenir des emplois.
09:05On va pouvoir trouver des alternatives
09:07à la fermeture des entreprises.
09:08Dans d'autres cas,
09:10ça ne sera pas la possibilité.
09:12Et nous, syndicalistes,
09:13on n'est pas là pour jouer
09:13les pompiers uniquement de service
09:15pour dire qu'on va gérer
09:17les plans sociaux,
09:18les plans de sauvegarde de l'emploi.
09:20Ça, c'est un vrai enjeu
09:21aujourd'hui de la place
09:22des représentants des personnels
09:24dans les entreprises.
09:25Vous ne voulez pas jouer
09:26uniquement les pompiers ?
09:27Dernière question.
09:28Mardi prochain,
09:29on sera le 27 janvier,
09:30vous allez participer
09:30à un événement baptisé
09:32Nuit de la Nouvelle République
09:33organisé par le patron
09:34de Renaissance,
09:35Gabriel Attal.
09:37Vous voulez vous lancer en politique ?
09:39Absolument pas.
09:40Je vais participer
09:41à d'autres initiatives.
09:42La CFDT,
09:43elle est prête
09:45au débat d'idées.
09:47Je pense qu'on a besoin
09:48d'alimenter le débat public
09:49sur les questions de travail.
09:51Je pense qu'il n'y a rien de mieux
09:52qu'un syndicaliste
09:53pour parler du travail,
09:54des enjeux d'emploi
09:55et de conditions de travail.
09:57A tous les politiques,
09:58le RN aussi ?
09:58Je réponds favorablement
10:00à toutes ces sollicitations.
10:01Vous savez très bien
10:02que la CFDT
10:03ne débat pas
10:04avec l'extrême droite
10:06en général
10:06et c'est avec plaisir
10:07que j'irai débattre
10:08avec Renaissance
10:09comme avec les écologistes
10:11ou le Parti Socialiste
10:13à partir du moment
10:13où il y a des invitations.
10:15Marie-Lise Léon,
10:16la secrétaire générale
10:17de la CFDT,
10:18merci à vous
10:19d'avoir accepté
10:19notre invitation.
10:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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