00:00Alors ça va se passer, je vous le dis, alors quand, comment, à quelle vitesse, ça je ne peux pas vous le dire.
00:05Ce qui va se passer, c'est qu'on va se retrouver face à une situation dans les prochaines décennies,
00:10et quand je dis prochaines décennies, je pense que c'est dans la première moitié de ce siècle,
00:13donc dans les 25 prochaines années, on va se retrouver dans une situation où on réalisera
00:17qu'on n'a pas réussi ni à atténuer suffisamment, suffisamment vite,
00:22ni à s'adapter suffisamment, suffisamment vite, et que le système n'a pas été changé profondément.
00:30Alors, vous avez dit la question à 10 000, là c'est comment on s'adapte ?
00:39Moi je ne suis pas venu pour répondre à cette question, moi la question c'est peut-on s'adapter ?
00:44Et moi c'est cette question-là qui m'intéresse. Je ne crois pas, et ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas le faire,
00:49parce qu'on peut le faire jusqu'à un certain point. On peut faire beaucoup de choses.
00:53La question c'est est-ce que ça va suffire ? Non. Alors on peut effectivement regarder tous les verrouillages.
01:00Les verrouillages, il y en a absolument partout. Effectivement, si on n'a pas un nouveau droit,
01:05le droit est une clé essentielle, ça va être compliqué.
01:09Alors si le droit doit se réinventer par la démocratie, il faudra d'abord inventer la démocratie.
01:14La démocratie, dans un temps de dissonance cognitive et de saturation cognitive avec les réseaux sociaux,
01:19pas évident. Polarisation et compagnie. Donc il faut aussi travailler sur les réseaux sociaux.
01:23Ah mais ça, ça veut dire qu'il faut mettre de la pression à Zuckerberg et compagnie.
01:26Ok, on fait comment ? En fait, je ne dis pas que c'est mort, je dis que tous ces combats doivent être menés.
01:31Attention, moi j'ai le plus grand respect pour les gens qui mènent ces combats, parce qu'ils doivent être menés.
01:35Et si on arrive à grappiller ne serait-ce que quelques points, entre guillemets, dans la bonne direction,
01:38ce sera toujours beaucoup de choses de gagnées. Donc il faut le faire.
01:41Mais la question c'est, est-ce que ça va suffire ?
01:45Moi je pars de... On peut se dire, mais on n'a pas le choix.
01:50Mais ce n'est pas parce qu'on n'a pas le choix qu'on va le faire.
01:52Ce n'est pas parce qu'on n'a pas le choix de le faire qu'on va le faire.
01:56Ce n'est pas parce que c'est vital qu'on va le faire.
02:00Et en fait, quand on met également le doigt sur...
02:03Oui mais regardez, il y a également cette dimension sociale extrêmement importante.
02:09Pas que sociale d'ailleurs, effectivement. Hommes-femmes aussi, c'est la dimension du genre.
02:14Les femmes vont souffrir plus que les hommes, et c'est déjà le cas.
02:16Les pauvres, que ce soit pauvres dans notre pays ou les pays pauvres, vont souffrir plus que les riches.
02:23Le problème, c'est que ces messages-là ne motivent pas trop les hommes, pour la plupart,
02:29qui sont les élites dirigeantes et les élites économiques.
02:33Parce qu'ils disent, c'est bon, je n'en fais pas partie des catégories moi-même qui vont souffrir.
02:37Et mes gosses, a priori, non plus. Donc c'est cool.
02:39Mais non, mais c'est faux.
02:41En fait, ils se trompent.
02:42Ils se trompent parce qu'on n'a pas vu ce qui va se passer.
02:45Alors ça va se passer, je vous le dis.
02:47Alors quand, comment, à quelle vitesse, ça, je ne peux pas vous le dire.
02:50Ce qui va se passer, c'est qu'on va se retrouver face à une situation dans les prochaines décennies.
02:56Quand je dis prochaines décennies, je pense que c'est dans la première moitié de ce siècle.
02:58donc dans les 25 prochaines années, on va se retrouver dans une situation où on réalisera
03:02qu'on n'a pas réussi ni à atténuer suffisamment, suffisamment vite,
03:08ni à s'adapter suffisamment, suffisamment vite,
03:10et que le système n'a pas été changé profondément.
03:13Oui, on fait des ajustements dans le système.
03:15En fait, qu'est-ce qu'on fait ?
03:15Moi, des fois, j'utilise l'exemple de Kodak, mais il y a plein d'autres exemples.
03:19Kodak, c'est une bonne métaphore de ce qui est en train de nous arriver au niveau de notre société.
03:23Kodak, c'était un empire photographique, numéro un depuis je ne sais combien de temps.
03:27Il s'est effondré totalement, jusqu'à être racheté pour une bouchée de pain.
03:34Mais globalement, Kodak, non seulement, ils se sont effondrés,
03:37mais en plus, ils étaient persuadés d'être à la pointe.
03:40Rappelez-vous, pour certains, toujours un déclic d'avance,
03:43c'est toujours eux qui sont à l'avance.
03:44Sauf que Kodak, on dit qu'ils n'ont pas vu venir le virage du numérique.
03:48Et ça, c'est faux aussi.
03:49Non seulement ils l'ont vu venir, mais ils étaient les premiers sur le coup.
03:52Le problème, ce n'était pas ça.
03:53Le problème, c'était le logiciel, justement, puisque vous avez parlé de logiciel.
03:55C'était la nature de la pensée et de la posture du groupe Kodak à ce moment-là.
04:00Ils ont commis deux erreurs principales.
04:02La première erreur consistait à dire, non mais nous, on est un empire,
04:04de toute façon, on va durer, on sera encore là dans 100, 200, 300 ans,
04:09peut-être 1000, je ne sais ce qu'ils avaient en tête.
04:10Mais en tout cas, l'idée qui pourrait ne plus exister demain
04:13ne les a même pas effleurés.
04:16Première erreur.
04:17Maintenant, on le sait, c'était une erreur.
04:19Deuxième erreur.
04:20Deuxième erreur, et on fait la même erreur également au niveau sociétal,
04:27c'est qu'on voit arriver des changements,
04:30on voit arriver des contraintes, peut-être des opportunités.
04:33Et qu'est-ce qu'on fait ?
04:34Est-ce qu'on repart de la feuille blanche ?
04:35Il faudrait faire ça.
04:37En fait, quand on est dans un système qui est assez solide,
04:40tout de même à plein d'égards,
04:41et qu'il y a des micro-fluctuations, des petites perturbations,
04:44on n'a pas besoin de changer le système.
04:45Et là, on peut éventuellement travailler sur la robustesse,
04:48puisque tu évoquais Olivier Hamant.
04:50Le problème, c'est la disruption.
04:52Et s'il y a une vraie disruption ?
04:54Là, au niveau sociétal, on peut parler de disruption majeure,
04:58écologique et sociétale,
04:59mais là, dans le cas de Kodak, pour y revenir,
05:00c'est une disruption sur leur secteur économique.
05:04Quand on est face à une véritable disruption,
05:06le fait de dire qu'on pourra s'adapter ne fonctionne plus.
05:09Le fait de s'adapter, c'est introduire la contrainte dans ce que l'on fait.
05:13Sauf qu'introduire la contrainte dans ce que l'on fait,
05:16qu'est-ce que ça a donné chez Kodak ?
05:17Ils se sont mis à développer des pellicules photographiques
05:20avec des puces électroniques.
05:21C'est que quand on allait faire développer son film chez le photographe,
05:25on pouvait également demander à ce que les photos numérisées
05:27soient disponibles sur un CD-ROM.
05:29Bon, ça n'a pas marché.
05:31Ils ont intégré, ils ont même été les premiers là-dessus,
05:33intégré la contrainte, mais l'opportunité aussi du numérique
05:36à l'intérieur de ce qu'ils faisaient,
05:37sans repartir de la feuille blanche,
05:39sans s'anticiper sur le fait que ce serait une vraie disruption,
05:42que les gens ne feraient plus 24 ou 36 photos, mais 1000,
05:44qu'on n'achèterait plus d'appareils photos
05:46et qu'on n'irait plus faire développer chez le photographe.
05:48Et du coup, ils se sont effondrés à cause de ça,
05:50d'une mauvaise perception, en pensant qu'ils pourraient réintégrer
05:52la contrainte dans ce qu'ils font.
05:53Et c'est ce qu'on essaie de faire.
05:54On change le droit par petits bouts,
05:57parce qu'on réintègre dans le droit progressivement,
05:59très très mauvaisement, je vais dire, très mal,
06:02on réintègre des nouvelles contraintes,
06:04ça ne marchera pas.
06:05Il faudrait repartir de la feuille blanche,
06:07avoir un nouveau droit qui soit peut-être plus celui-là,
06:08ça ne veut pas dire tout jeter, il y a des choses certainement à garder,
06:11mais vraiment repartir.
06:12On ne le fera jamais, ça.
06:13Et donc la question c'est, puisqu'on ne va pas le faire,
06:16qu'est-ce qui va se passer ?
06:17Ce qui va se passer, c'est qu'il y a un troisième pendant
06:19qui pour l'instant est totalement absent
06:21de tout ce qui est proposé,
06:23atténuation, adaptation,
06:24mais c'est quoi le troisième pilier sur lequel on a besoin
06:27de travailler absolument ?
06:28C'est le canot de sauvetage, pas le canal,
06:30le canot de sauvetage.
06:32Qu'est-ce qui se passe le jour où,
06:35parce que ce jour, je vous le dis, va arriver,
06:36quand je dis le jour, c'est schématique, ça ne va pas arriver
06:38un mardi à 18h15,
06:40mais le moment où notre modèle de société va casser.
06:46Donc il est en train de subir des pressions
06:49de plus en plus fortes, elles sont déjà là,
06:51on masque des fois un petit peu le truc,
06:53on ne s'en rend pas compte,
06:54on vit dans des décors encore très rassurants,
06:56et déjà il se dégrade,
07:00on passe en mode dégradé de plus en plus,
07:02et ça va continuer comme ça,
07:03on va se dégrader, se dégrader, se dégrader,
07:05on va s'adapter, on va faire ce qu'on peut,
07:07et il va y avoir un point de rupture.
07:10Il y a toujours, dans tous les systèmes dynamiques complexes,
07:11je ne vois pas pourquoi les sociétés y feraient exception,
07:14d'ailleurs, il y a plein de sociétés à qui c'est déjà arrivé,
07:16les sociétés, c'est un début, ça a une fin.
07:18Il y a des points de rupture.
07:19Et là, après, ça coule.
07:21Qu'est-ce qu'on fait quand ce point de rupture arrive ?
07:23Parce que là, on ne sera plus en capacité
07:25de travailler sur les problèmes de fond,
07:28et de travailler sur l'adaptation et l'atténuation.
07:30Là, ce sera la gestion de crise totale.
07:34La gestion de crise, deux options.
07:36Sans s'y est préparé avant, sans s'y est pas préparé.
07:38C'est vachement mieux de s'y est préparé avant.
07:40Et moi, c'est là-dessus que je travaille essentiellement,
07:42qui est donc à côté de l'adaptation,
07:44qui ne remet en aucun cas en question
07:45la nécessité de travailler sur l'adaptation,
07:47d'une part pour limiter la casse et gagner du temps dans un premier temps,
07:50mais d'autre part aussi pour avoir des nouveaux systèmes
07:52et des nouveaux principes qui seront utiles demain de toute façon.
07:55Mais imaginez que ça pourrait suffire pour lisser la courbe.
07:59On voit bien que les verrouillages sont partout.
08:01Donc il est temps de se préparer à la plausibilité
08:04de l'échec de nos stratégies de transition,
08:07que ce soit l'adaptation, l'atténuation
08:08ou la résilience au sens traditionnel du terme,
08:10qui est un mix entre les deux, grosso modo.
08:12Moi, je travaille sur d'autres résiliences
08:13vis-à-vis d'autres types de risques.
08:15Ce sont des chocs systémiques.
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