Passer au playerPasser au contenu principal
La transition va échouer… Le constat glaçant d’Arthur Keller !
Arthur Keller, expert des risques systémiques et de la résilience, intervient sur la chaîne Académie du Climat pour expliquer pourquoi nos stratégies d’atténuation et d’adaptation ne suffisent plus face aux disruptions écologiques et sociales qui arrivent.
Il analyse les verrouillages institutionnels, la difficulté de repenser le droit, l’impact des réseaux sociaux et des élites économiques, ainsi que le risque de rupture majeure de nos sociétés dans les prochaines décennies.
Arthur Keller insiste sur la nécessité d’anticiper les chocs systémiques et de préparer de véritables canots de sauvetage plutôt que de croire que de simples ajustements suffiront. Une intervention essentielle pour comprendre l’effondrement potentiel de notre modèle et la nécessité d’une transformation profonde.

#climat #resilience #effondrement #transitionecologique #arthurkeller

Quel obstacle Arthur Keller cite-t-il concernant la démocratie dans un contexte de réseaux sociaux ?
➡ Dissonance cognitive

Quel groupe social Arthur Keller identifie comme moins motivé par les alertes sur les inégalités climatiques ?
➡ Les élites dirigeantes

Quelle société Arthur Keller utilise-t-il comme métaphore de la situation actuelle ?
➡ Kodak


Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Alors ça va se passer, je vous le dis, alors quand, comment, à quelle vitesse, ça je ne peux pas vous le dire.
00:05Ce qui va se passer, c'est qu'on va se retrouver face à une situation dans les prochaines décennies,
00:10et quand je dis prochaines décennies, je pense que c'est dans la première moitié de ce siècle,
00:13donc dans les 25 prochaines années, on va se retrouver dans une situation où on réalisera
00:17qu'on n'a pas réussi ni à atténuer suffisamment, suffisamment vite,
00:22ni à s'adapter suffisamment, suffisamment vite, et que le système n'a pas été changé profondément.
00:30Alors, vous avez dit la question à 10 000, là c'est comment on s'adapte ?
00:39Moi je ne suis pas venu pour répondre à cette question, moi la question c'est peut-on s'adapter ?
00:44Et moi c'est cette question-là qui m'intéresse. Je ne crois pas, et ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas le faire,
00:49parce qu'on peut le faire jusqu'à un certain point. On peut faire beaucoup de choses.
00:53La question c'est est-ce que ça va suffire ? Non. Alors on peut effectivement regarder tous les verrouillages.
01:00Les verrouillages, il y en a absolument partout. Effectivement, si on n'a pas un nouveau droit,
01:05le droit est une clé essentielle, ça va être compliqué.
01:09Alors si le droit doit se réinventer par la démocratie, il faudra d'abord inventer la démocratie.
01:14La démocratie, dans un temps de dissonance cognitive et de saturation cognitive avec les réseaux sociaux,
01:19pas évident. Polarisation et compagnie. Donc il faut aussi travailler sur les réseaux sociaux.
01:23Ah mais ça, ça veut dire qu'il faut mettre de la pression à Zuckerberg et compagnie.
01:26Ok, on fait comment ? En fait, je ne dis pas que c'est mort, je dis que tous ces combats doivent être menés.
01:31Attention, moi j'ai le plus grand respect pour les gens qui mènent ces combats, parce qu'ils doivent être menés.
01:35Et si on arrive à grappiller ne serait-ce que quelques points, entre guillemets, dans la bonne direction,
01:38ce sera toujours beaucoup de choses de gagnées. Donc il faut le faire.
01:41Mais la question c'est, est-ce que ça va suffire ?
01:45Moi je pars de... On peut se dire, mais on n'a pas le choix.
01:50Mais ce n'est pas parce qu'on n'a pas le choix qu'on va le faire.
01:52Ce n'est pas parce qu'on n'a pas le choix de le faire qu'on va le faire.
01:56Ce n'est pas parce que c'est vital qu'on va le faire.
02:00Et en fait, quand on met également le doigt sur...
02:03Oui mais regardez, il y a également cette dimension sociale extrêmement importante.
02:09Pas que sociale d'ailleurs, effectivement. Hommes-femmes aussi, c'est la dimension du genre.
02:14Les femmes vont souffrir plus que les hommes, et c'est déjà le cas.
02:16Les pauvres, que ce soit pauvres dans notre pays ou les pays pauvres, vont souffrir plus que les riches.
02:23Le problème, c'est que ces messages-là ne motivent pas trop les hommes, pour la plupart,
02:29qui sont les élites dirigeantes et les élites économiques.
02:33Parce qu'ils disent, c'est bon, je n'en fais pas partie des catégories moi-même qui vont souffrir.
02:37Et mes gosses, a priori, non plus. Donc c'est cool.
02:39Mais non, mais c'est faux.
02:41En fait, ils se trompent.
02:42Ils se trompent parce qu'on n'a pas vu ce qui va se passer.
02:45Alors ça va se passer, je vous le dis.
02:47Alors quand, comment, à quelle vitesse, ça, je ne peux pas vous le dire.
02:50Ce qui va se passer, c'est qu'on va se retrouver face à une situation dans les prochaines décennies.
02:56Quand je dis prochaines décennies, je pense que c'est dans la première moitié de ce siècle.
02:58donc dans les 25 prochaines années, on va se retrouver dans une situation où on réalisera
03:02qu'on n'a pas réussi ni à atténuer suffisamment, suffisamment vite,
03:08ni à s'adapter suffisamment, suffisamment vite,
03:10et que le système n'a pas été changé profondément.
03:13Oui, on fait des ajustements dans le système.
03:15En fait, qu'est-ce qu'on fait ?
03:15Moi, des fois, j'utilise l'exemple de Kodak, mais il y a plein d'autres exemples.
03:19Kodak, c'est une bonne métaphore de ce qui est en train de nous arriver au niveau de notre société.
03:23Kodak, c'était un empire photographique, numéro un depuis je ne sais combien de temps.
03:27Il s'est effondré totalement, jusqu'à être racheté pour une bouchée de pain.
03:34Mais globalement, Kodak, non seulement, ils se sont effondrés,
03:37mais en plus, ils étaient persuadés d'être à la pointe.
03:40Rappelez-vous, pour certains, toujours un déclic d'avance,
03:43c'est toujours eux qui sont à l'avance.
03:44Sauf que Kodak, on dit qu'ils n'ont pas vu venir le virage du numérique.
03:48Et ça, c'est faux aussi.
03:49Non seulement ils l'ont vu venir, mais ils étaient les premiers sur le coup.
03:52Le problème, ce n'était pas ça.
03:53Le problème, c'était le logiciel, justement, puisque vous avez parlé de logiciel.
03:55C'était la nature de la pensée et de la posture du groupe Kodak à ce moment-là.
04:00Ils ont commis deux erreurs principales.
04:02La première erreur consistait à dire, non mais nous, on est un empire,
04:04de toute façon, on va durer, on sera encore là dans 100, 200, 300 ans,
04:09peut-être 1000, je ne sais ce qu'ils avaient en tête.
04:10Mais en tout cas, l'idée qui pourrait ne plus exister demain
04:13ne les a même pas effleurés.
04:16Première erreur.
04:17Maintenant, on le sait, c'était une erreur.
04:19Deuxième erreur.
04:20Deuxième erreur, et on fait la même erreur également au niveau sociétal,
04:27c'est qu'on voit arriver des changements,
04:30on voit arriver des contraintes, peut-être des opportunités.
04:33Et qu'est-ce qu'on fait ?
04:34Est-ce qu'on repart de la feuille blanche ?
04:35Il faudrait faire ça.
04:37En fait, quand on est dans un système qui est assez solide,
04:40tout de même à plein d'égards,
04:41et qu'il y a des micro-fluctuations, des petites perturbations,
04:44on n'a pas besoin de changer le système.
04:45Et là, on peut éventuellement travailler sur la robustesse,
04:48puisque tu évoquais Olivier Hamant.
04:50Le problème, c'est la disruption.
04:52Et s'il y a une vraie disruption ?
04:54Là, au niveau sociétal, on peut parler de disruption majeure,
04:58écologique et sociétale,
04:59mais là, dans le cas de Kodak, pour y revenir,
05:00c'est une disruption sur leur secteur économique.
05:04Quand on est face à une véritable disruption,
05:06le fait de dire qu'on pourra s'adapter ne fonctionne plus.
05:09Le fait de s'adapter, c'est introduire la contrainte dans ce que l'on fait.
05:13Sauf qu'introduire la contrainte dans ce que l'on fait,
05:16qu'est-ce que ça a donné chez Kodak ?
05:17Ils se sont mis à développer des pellicules photographiques
05:20avec des puces électroniques.
05:21C'est que quand on allait faire développer son film chez le photographe,
05:25on pouvait également demander à ce que les photos numérisées
05:27soient disponibles sur un CD-ROM.
05:29Bon, ça n'a pas marché.
05:31Ils ont intégré, ils ont même été les premiers là-dessus,
05:33intégré la contrainte, mais l'opportunité aussi du numérique
05:36à l'intérieur de ce qu'ils faisaient,
05:37sans repartir de la feuille blanche,
05:39sans s'anticiper sur le fait que ce serait une vraie disruption,
05:42que les gens ne feraient plus 24 ou 36 photos, mais 1000,
05:44qu'on n'achèterait plus d'appareils photos
05:46et qu'on n'irait plus faire développer chez le photographe.
05:48Et du coup, ils se sont effondrés à cause de ça,
05:50d'une mauvaise perception, en pensant qu'ils pourraient réintégrer
05:52la contrainte dans ce qu'ils font.
05:53Et c'est ce qu'on essaie de faire.
05:54On change le droit par petits bouts,
05:57parce qu'on réintègre dans le droit progressivement,
05:59très très mauvaisement, je vais dire, très mal,
06:02on réintègre des nouvelles contraintes,
06:04ça ne marchera pas.
06:05Il faudrait repartir de la feuille blanche,
06:07avoir un nouveau droit qui soit peut-être plus celui-là,
06:08ça ne veut pas dire tout jeter, il y a des choses certainement à garder,
06:11mais vraiment repartir.
06:12On ne le fera jamais, ça.
06:13Et donc la question c'est, puisqu'on ne va pas le faire,
06:16qu'est-ce qui va se passer ?
06:17Ce qui va se passer, c'est qu'il y a un troisième pendant
06:19qui pour l'instant est totalement absent
06:21de tout ce qui est proposé,
06:23atténuation, adaptation,
06:24mais c'est quoi le troisième pilier sur lequel on a besoin
06:27de travailler absolument ?
06:28C'est le canot de sauvetage, pas le canal,
06:30le canot de sauvetage.
06:32Qu'est-ce qui se passe le jour où,
06:35parce que ce jour, je vous le dis, va arriver,
06:36quand je dis le jour, c'est schématique, ça ne va pas arriver
06:38un mardi à 18h15,
06:40mais le moment où notre modèle de société va casser.
06:46Donc il est en train de subir des pressions
06:49de plus en plus fortes, elles sont déjà là,
06:51on masque des fois un petit peu le truc,
06:53on ne s'en rend pas compte,
06:54on vit dans des décors encore très rassurants,
06:56et déjà il se dégrade,
07:00on passe en mode dégradé de plus en plus,
07:02et ça va continuer comme ça,
07:03on va se dégrader, se dégrader, se dégrader,
07:05on va s'adapter, on va faire ce qu'on peut,
07:07et il va y avoir un point de rupture.
07:10Il y a toujours, dans tous les systèmes dynamiques complexes,
07:11je ne vois pas pourquoi les sociétés y feraient exception,
07:14d'ailleurs, il y a plein de sociétés à qui c'est déjà arrivé,
07:16les sociétés, c'est un début, ça a une fin.
07:18Il y a des points de rupture.
07:19Et là, après, ça coule.
07:21Qu'est-ce qu'on fait quand ce point de rupture arrive ?
07:23Parce que là, on ne sera plus en capacité
07:25de travailler sur les problèmes de fond,
07:28et de travailler sur l'adaptation et l'atténuation.
07:30Là, ce sera la gestion de crise totale.
07:34La gestion de crise, deux options.
07:36Sans s'y est préparé avant, sans s'y est pas préparé.
07:38C'est vachement mieux de s'y est préparé avant.
07:40Et moi, c'est là-dessus que je travaille essentiellement,
07:42qui est donc à côté de l'adaptation,
07:44qui ne remet en aucun cas en question
07:45la nécessité de travailler sur l'adaptation,
07:47d'une part pour limiter la casse et gagner du temps dans un premier temps,
07:50mais d'autre part aussi pour avoir des nouveaux systèmes
07:52et des nouveaux principes qui seront utiles demain de toute façon.
07:55Mais imaginez que ça pourrait suffire pour lisser la courbe.
07:59On voit bien que les verrouillages sont partout.
08:01Donc il est temps de se préparer à la plausibilité
08:04de l'échec de nos stratégies de transition,
08:07que ce soit l'adaptation, l'atténuation
08:08ou la résilience au sens traditionnel du terme,
08:10qui est un mix entre les deux, grosso modo.
08:12Moi, je travaille sur d'autres résiliences
08:13vis-à-vis d'autres types de risques.
08:15Ce sont des chocs systémiques.
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations